Interview de Mme Rachida Dati, ministre de la justice, à RTL le 17 juillet 2007, sur la lutte contre la récidive, la situation dans les prisons, la composition de son cabinet et les attaques personnelles dont elle est la cible. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Rachida Dati, ministre de la justice, à RTL le 17 juillet 2007, sur la lutte contre la récidive, la situation dans les prisons, la composition de son cabinet et les attaques personnelles dont elle est la cible.

Personnalité, fonction : DATI Rachida, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de la justice;

ti : Bonjour Rachida Dati.

Bonjour...

Q- Ce projet de loi de lutte contre la récidive, pourquoi est-ce qu'à votre avis, il provoque autant de polémiques de la part de l'opposition, mais aussi de toutes sortes de professionnels de la justice ? Pourquoi cette polémique ?

R- Ce texte il répond à quoi ? Les Français sont exaspérés par la montée de la délinquance, et en particulier de la récidive. Comment devons-nous répondre à une augmentation des condamnations en récidive de plus de 70% pour les crimes et délits, et pour les crimes et les délits les plus violents, d'une augmentation de plus de 150% entre 2000 et 2005 ? Donc ce texte apporte des outils adaptés à une délinquance nouvelle, avec des formes nouvelles de délinquance. Je les ai entendues, les critiques, bien sûr. Mais il y en a beaucoup moins, d'abord...

Q- Beaucoup moins depuis que le Sénat...

R- Le texte a été adopté au Sénat. Mais je les entends, c'est normal, et j'y réponds. Je devrais encore faire plus d'efforts de pédagogie, mais ce texte répond à des
exigences qui sont liées à la sécurité.

Q- Les arguments principaux contre, c'est que : un, il va remplir les prisons, et deux, plus un délinquant va en prison, plus il récidive en sortant.

R- Il n'y a pas d'effet mécanique à cette loi. Ce n'est pas parce que cette loi va être adoptée que les prisons vont se remplir. D'abord, vous avez raison, les sorties sèches de prison favorisent souvent la récidive. Il s'agit non seulement d'être ferme, parce que la loi pénale est répressive, mais elle est aussi dissuasive. Et de la même manière, et j'ai mis en place dès mon arrivée, et j'ai demandé à toutes les juridictions de favoriser toutes les politiques d'aménagement de peine, que ce soit les semi-libertés, les placements extérieurs, ou les placements sous bracelet...

Q- Autres que la prison donc ?

R- ...Les placements sous bracelet électronique, tout ce qui est alternatif à l'incarcération. Donc, vous savez, ce texte ne touche absolument pas aux dispositions actuelles liées aux aménagements de peine.

Q- En tout cas, un autre projet de loi, sur les prisons celui-ci, va arriver prochainement. Est-ce que, pour vous, c'est le complément indispensable du texte que vous défendez aujourd'hui ?

R- C'est un complément et un impératif indispensable pour un pays comme la France, qui se doit de respecter aussi la dignité des détenus. Ce n'est pas parce qu'on sanctionne et qu'on incarcère qu'on doit aussi ne pas respecter la dignité des personnes détenues. Ce n'est pas parce qu'on est privé de sa liberté qu'on doit être privé de sa dignité.

Q- Vous êtes allée visiter les prisons d'ailleurs ?

R- Oui, mais je suis pratiquement un jour sur deux à l'administration pénitentiaire. Je souhaite rendre un hommage au personnel pénitentiaire, qui fait un travail formidable avec beaucoup de dévouement et de compétence et de professionnalisme.

Q- Et vous avez l'intention de continuer à visiter de la sorte, les prisons ?

R- Oui, j'irai en fin de semaine, j'irai dans deux centres en fin de semaine, et j'irai à Fresnes la semaine prochaine.

Q- Et quelle est la démonstration que vous voulez faire ? Qu'un dialogue est possible y compris avec les détenus ?

R- D'abord, je vais soutenir les personnels pénitentiaires. Je souhaite être à leur côté, en
particulier dans des moments où quand ça va bien, mais aussi quand c'est plus
difficile. Quand je me rends à Grasse suite à l'évasion de P. Payet, il est important
que je suis à leur côté.

Q- Vous faites une différence entre les attaques qui sont contre votre action, contre vos projets de loi et les attaques qui cherchent à vous déstabiliser personnellement ?

R- Ecoutez, dans toutes les familles, il y a des moments difficiles, des histoires difficiles et des étapes difficiles...

Q- Il s'agit de vos frères ?

R- Je n'en dirai pas plus, je ne ferai pas de commentaires. Il serait mal venu en tant que garde des Sceaux de faire des commentaires. Et par pudeur, je n'irai pas plus loin.

Q- C'était une allusion effectivement à deux membres de votre famille. Vous avez des contacts avec eux ? Vous avez pu leur parler ?

R- Monsieur Arzt, faites la part des choses, comme vous le feriez pour vous-même.

Q- Autre chose, puisqu'on parle de ce genre de sujet, enfin, ce n'est pas la même chose, pas le même domaine, mais votre cabinet a été secoué par des démissions, est-ce que maintenant vous considérez que vous avez le cabinet qui vous convient, avec des gens que vous connaissez et qui vous vont parfaitement ?

R- Il y a eu un changement de directeur de cabinet, c'est la vie quotidienne des cabinets en général. J'ai un nouveau directeur de cabinet...

Q- C'est allé un peu vite...

R- Non, ça arrive fréquemment. J'ai un nouveau directeur de cabinet, qui est P. Gérard, qui est quelqu'un d'une grande compétence et d'une très grande qualité, qui dirige un cabinet qui tourne et qui fonctionne et qui me permet de travailler confortablement au quotidien et de répondre aux attentes des Français, parce qu'ils attendent beaucoup de la justice et donc ils attendent beaucoup de moi.

Q- Oui. La justice. Ils attendent ce que vous avez dit, notamment par rapport aux projets de loi. Et de vous, vous avez l'impression qu'on attend beaucoup aussi.

R- C'est normal. Moi je suis là. Vous savez, être ministre ce n'est pas un aboutissement en soi, c'est une vraie mission, une vraie responsabilité. Moi je suis là grâce aux Français et donc il est normal que je sois à leur service et je travaille dans l'intérêt de ce qu'attendent les Français, d'avoir une justice de qualité, plus lisible et plus rapide.

Q- D. Soppo, de SOS-Racisme, estime que votre profil "jeune, femme et d'origine maghrébine", crée des rancoeurs chez "les élites républicaines", comme il dit, "attachées à leurs privilèges". On entend ça aussi du côté de la Licra. Qu'est-ce que vous en pensez ?

R- Moi, ce qui m'importe, c'est que les Français n'ont pas cette rancoeur. Ils l'ont démontré et ils le démontrent au quotidien.

Q- D'ailleurs, il y a sur Internet des sites extrémistes, qui prétendent représenter la diversité, qui vous reprochent violemment d'être ministre.

R- Vous le dites vous-même, quand c'est extrémiste, quand c'est excessif, quand c'est caricatural, ça n'apporte rien et quand on ne peut pas attaquer les personnes sur leurs idées ou, finalement, sur leur parcours, on les caricature de manière excessive. Donc, ça fait partie de l'exposition liée à ma mission.

Q- Vous considérez que vous êtes particulièrement exposée ?

R- Je suis garde des Sceaux, je suis ministre de la République, c'est forcément un poste exposé.

Q- Le magazine Le Nouvel Observateur, la semaine dernière, vous a mise à la Une en vous désignant comme "icône et dame de fer". Ca vous convient comme façon de parler de vous ?

R- Ecoutez, je vous le disais, moi je suis là pour remplir une mission. Il y a des engagements présidentiels qui ont été pris pendant la campagne. Les Français attendent que le Gouvernement, que le président de la République, réalisent et exaucent leurs attentes et qu'on se mette au travail, et vite. C'est ce que je fais. Je ne compte pas mon temps, je ne compte pas mon énergie. Je ne m'en plains pas, mais je travaille ardemment pour mettre en place ces réformes.

Q- Et vous avez l'impression d'un soutien suffisant, convenable, notamment de la part de l'UMP ?

R- Ecoutez, le soutien, il est dans l'avis des Français au quotidien, dans ce qu'ils me renvoient. Et puis, le soutien, il sera par l'adoption du texte sur la récidive, par l'adoption du texte sur la loi pénitentiaire et dans mes missions que je mènerai au quotidien. Le soutien, il sera là. Ce sera un soutien populaire.

Q- Vous avez un soutien très visible, très affirmé, du Président et de son épouse. Vous l'expliquez comment ?

R- Il l'a toujours été.

Q- Et donc, là, c'est une confirmation qui ne vous surprend pas ?

R- Il a toujours existé ce soutien, comme l'affection que j'ai pour eux.

Q- Là, dans les textes que vous allez défendre, quel type de marge de manoeuvre vous voulez laisser à l'opposition, s'il y en a une marge de manoeuvre ?

R- C'est un débat démocratique. Les parlementaires sont là par la volonté populaire. Ce sera un débat et un échange, constructif je l'espère, comme ça s'est passé au Sénat. Les amendements de l'opposition, et en particulier du sénateur Badinter, ont été intégrés au texte.

Q- Il a été assez rude le sénateur Badinter dans la façon de parler du texte.

R- On a débattu de ce texte et c'est normal, c'est la vie républicaine.

Q- Donc, quelle leçon vous avez tirée de cette première expérience au Sénat ?

R- C'est très intéressant et c'est un grand honneur. Je présente pour la première fois un texte au nom du Gouvernement devant une haute assemblée aussi prestigieuse que le Sénat. C'est très fort et puis ça veut dire des choses, et moi j'en garde un excellent souvenir.

Q- Vous vous attendez à quelque chose de différent à l'Assemblée ?

R- Ecoutez, je verrai. De la même manière, moi j'aborde tout ce que je fais de manière très républicaine, de manière constructive, de manière la plus large possible, et j'espère que ce sera un échange constructif, de part et d'autre, sur tous les bancs de l'Assemblée.

Merci R. Dati, ministre de la Justice.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 17 juillet 2007

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