Déclaration de M. Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie, sur les défis du développement et sur les priorités de la coopération française, à Paris le 17 juillet 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie, sur les défis du développement et sur les priorités de la coopération française, à Paris le 17 juillet 2007.

Personnalité, fonction : BOCKEL Jean-Marie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Ouverture des Journées de la coopération internationale et du développement, à Paris le 17 juillet 2007

ti : Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la Directrice générale,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,


Comme vous le savez, j'ai pris mes fonctions il y a un peu moins d'un mois. Durant ces trente premiers jours, je me suis efforcé de rencontrer la plupart d'entre vous, sur vos lieux de travail, à Paris et lors de mes premiers déplacements à l'étranger, au Gabon et au Mali. J'ai pu mesurer la passion qui vous anime, votre dévouement, votre professionnalisme. Vous m'avez également interrogé, parfois même fait part de vos doutes, de vos inquiétudes.

Ces journées 2007 me donnent ainsi l'occasion de vous répondre, tout en complétant utilement ma connaissance du monde de la coopération française. C'est une occasion unique, pour moi, de vous adresser collectivement quelques messages, puis, si vous le voulez bien, de vous entendre. Je souhaite en effet que nous construisions ensemble un dialogue efficace, libre et sans faux-semblant.

Mon premier message est un constat.

Vous qui pratiquez au quotidien les métiers du développement, vous qui êtes également aux avant-postes de la mondialisation, ce constat ne vous surprendra pas. Dans le monde dans lequel nous vivons, singulièrement celui où nous agissons, les nouvelles ne sont pas très bonnes. Certes, à l'échelle du monde, l'extrême pauvreté recule, et certaines régions, à l'image de l'Asie, connaissent même une croissance spectaculaire. Mais les inégalités se creusent entre les nations. En dépit des engagements pris à l'aube du XXIème siècle par la communauté internationale, les pays qui étaient les plus pauvres en l'an 2000 le sont tout autant ou presque, en 2007.

En Afrique, à quelques trop rares exceptions près, l'écart avec le reste du monde ne cesse de se creuser. Or si nous avons bien collectivement une obligation de résultat et d'ambition, nous devons également rester modestes et surtout lucides. Tout ne peut pas venir de l'aide extérieure, et il ne suffit pas d'organiser la charité pour redonner espoir à tous les exclus de la croissance et de la prospérité.

D'abord parce que la responsabilité du développement est une responsabilité partagée, et la France entend l'assumer pleinement. Mais, disons le clairement, la réussite de cette ambition commune, dépend d'un effort collectif produit par l'ensemble des nations et de leurs dirigeants.

Ensuite parce que nous refusons de nous satisfaire de liens d'assistance qui placent les uns en situation de puissance et les autres en situation de dépendance. Notre ambition, hors l'aide humanitaire est plutôt de permettre aux individus et aux peuples de s'insérer dans la globalisation et d'en devenir des acteurs de plein exercice. Il faut par conséquent sortir de la logique de l'aide, vécue comme un simple don, pour entrer dans une logique d'investissement, où bailleurs et récipiendaires sont conjointement responsables.

Mon second message est une règle de méthode.

Pour être efficaces, nous devons aller à l'essentiel. Nous avons besoin de concevoir en commun les vraies priorités du développement. J'en vois cinq, qui correspondent aux principaux défis auxquels l'humanité est confrontée aujourd'hui.

Le premier est le défi écologique à travers la préservation des biens publics mondiaux. Si la maison brûle et que nous regardons ailleurs, pour reprendre une image qui a fait son chemin, nous courrons collectivement le risque de voir tous nos espoirs de développement réduits à néant.

Comment prétendre être au rendez-vous des grands Objectifs du Millénaire pour le Développement, si nous négligeons notre maison commune ? Comment imaginer réduire la pauvreté dans le monde si les déserts gagnent sur les terres fertiles ? Comment faire coexister pacifiquement les nations si l'accès à l'eau potable se raréfie, au point d'engendrer des conflits ? Comment réduire l'urbanisation sauvage, les bidonvilles, si les peuples se concentrent sur les littoraux, et pire, si demain, avec la fonte des glaciers, il leur faudra survivre dans des terres inondées et donc insalubres ?

Le second défi vous est tout aussi familier. On en parle trop peu et le plus souvent trop mal ou de manière polémique. Il s'agit des problèmes démographiques.

Voilà dix ans que le continent africain connaît, une croissance de son PIB de l'ordre de 5 à 6 % en moyenne. Cette croissance soutenue, enviable à bien des égards, n'est malheureusement pas synonyme de prospérité. C'est une croissance, si l'on peut dire, sans développement.

La moitié de cette croissance est absorbée mécaniquement par l'augmentation démographique. A ce rythme, il faudrait encore des décennies pour que l'Afrique rejoigne ne serait-ce que le niveau de vie actuel de pays émergents. En 2050, 85 % de la population mondiale vivra au Sud, seulement la moitié y vivait en 1950. Au Niger, pays parmi les plus pauvres au monde, la fécondité atteint le niveau record de 7,46 enfants par femme. Sa population pourrait passer à 50 millions d'habitants en 2050, contre 12,5 millions en 2006 et 2 millions en 1950.

Le défi est par conséquent immense et il faut que chacun en prenne la pleine mesure. Outre les politiques de contrôle de naissance, deux secteurs auront un impact direct sur la fécondité : la santé et l'éducation. Lorsqu'une femme sait qu'elle a deux fois plus de chance de perdre ses enfants en bas âge, elle n'a pas d'autre choix que de privilégier des naissances à répétition. En l'absence par ailleurs d'éducation, les jeunes femmes n'ont pas la maîtrise de leurs choix de vie.

Le troisième défi, au-delà de l'accompagnement des politiques urbaines, est celui du développement rural. Avec à la clef un enjeu plus précis : comment être en mesure d'assurer pour toutes les nations la sécurité alimentaire ?

Le monde s'urbanise à pas de géant. Dans moins de cinquante ans, trois mille villes au moins auront plus d'un million d'habitants. Pourtant, le monde d'aujourd'hui reste pour l'immense majorité des pays les plus pauvres encore largement rural. En Afrique sub-saharienne, l'agriculture, le plus souvent de subsistance, occupe toujours les deux tiers de la population active. Et les femmes sont particulièrement concernées : la proportion de celles qui gagnent un salaire en dehors du travail de la terre ne dépasse un tiers.

A défaut de relever ce défi du développement rural, comme l'ont fait de nombreux pays d'Asie, avec la révolution verte, nous devrons continuer à faire face à la croissance anarchique des villes, à la désertification des campagnes, à la montée de la criminalité, à la multiplication des conflits, à l'exode des plus démunis. Tout cela conduisant inéluctablement à une émigration de la misère dont personne ne peut vouloir.

Le quatrième défi est celui de la gouvernance.

Gouvernance mondiale, tout d'abord, à travers la mise en oeuvre de principes couramment admis au sein de chacun de nos Etats : redistribution des revenus, solidarité entre les générations, protection des plus faibles...

La réalisation de ces objectifs requiert une communauté internationale soudée qui ne soit pas sourde à la voix des plus démunis. Cela suppose également une organisation mondiale où chacun puisse être efficacement représenté et faire valoir valablement ses points de vue et ses droits. Il est enfin nécessaire que les règles du commerce international soient équitables et qu'elles permettent aux plus faibles de tirer le meilleur parti des échanges mondiaux. Reconstruire ici ou là des filières agricoles, pour le coton par exemple, est un travail de Sisyphe si l'on ne limite pas au préalable les distorsions de concurrence. Qu'il s'agisse de subventions abusives ou de normes sanitaires parfois clairement protectionnistes.

Ces efforts en vue d'une meilleure gouvernance mondiale n'auront de sens que s'ils sont relayés par les pays en voie de développement. La faiblesse des investissements, nationaux ou étrangers, en Afrique, comme le faible niveau de l'épargne, sont autant d'indicateurs préoccupants.

Là où règne l'arbitraire, là où la démocratie est bafouée, les Droits de l'Homme violés, les décisions de justice jamais ou rarement appliquées, là où se développe la corruption, la communauté internationale se doit de parler vrai. Ne renonçons jamais à des valeurs et à des exigences qui servent d'abord les peuples avant d'être au service des Etats. L'histoire le prouve : les lâchetés d'aujourd'hui peuvent être les conflits de demain.

Le cinquième défi, enfin, est celui de la diversité culturelle et linguistique. Peut-on concevoir un monde en paix où des millions d'individus seraient privés du droit le plus élémentaire de transmettre aux générations futures leurs langues, leurs histoires, leurs rêves ?

Dans un monde saturé d'images, qui appartiennent aux autres, il est vital que chaque nation, que chaque peuple, puisse trouver ses propres modes d'expression afin de pouvoir se définir, de pouvoir exister et se faire connaître. Les pays les plus pauvres, les exclus de la croissance et de la prospérité, sont également les grands absents du rendez-vous mondial de l'information, de la communication et de la culture.

J'aurai l'occasion après-demain, à l'ouverture des journées de CulturesFrance, de revenir plus longuement sur notre action culturelle et linguistique, sur le sens du combat pour le français, sur la modernité de la francophonie, sur le rôle de la recherche et de la formation pour les élites de demain.

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Dans ces conditions, que pouvons-nous faire ?

Quels sont les moyens à notre disposition pour relever ces défis ?

Je l'ai dit tout à l'heure. La France ne peut pas tout.

Pour être efficace, il nous faut choisir, nous concentrer, aller à l'essentiel : réorientons au plus vite nos actions, en dégageant des priorités claires et en nombre limité.

J'entends conduire cette démarche en étroite concertation avec vous.

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