Déclaration de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, sur l'histoire de la francophonie et sur la politique de l'immigration, Libreville le 5 juillet 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, sur l'histoire de la francophonie et sur la politique de l'immigration, Libreville le 5 juillet 2007.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement

Circonstances : 33ème session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, à Libreville le 5 juillet 2007

ti : Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,


Je suis très heureux d'être venu ici à Libreville pour la 33ème session de l'Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Vous êtes, chacun dans votre pays, les représentants des peuples francophones, conscients de leurs aspirations et de leurs inquiétudes, notamment en termes de migrations. Cette assemblée plénière qui réunit aujourd'hui 40 pays, sous la présidence de Monsieur Bernard PATRY et en présence du Secrétaire Général Abdou DIOUF, est pour moi l'occasion de vous adresser un double message relatif à la francophonie :

le premier touche à la francophonie comme vecteur, vecteur auquel nous sommes tous attachés et que nous avons le devoir de promouvoir et de faire évoluer ;
le second envisage la francophonie comme espace à travers la question des flux migratoires, flux dont j'ai aujourd'hui la responsabilité comme ministre de la République française en charge de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement.

I. La francophonie est, avant tout, un formidable vecteur que nous devons promouvoir au service des valeurs démocratiques que nous défendons.

Qu'elle soit langue maternelle, officielle ou simplement culturelle, la langue française est à l'origine d'une communauté de plus de 200 millions d'habitants à travers les cinq continents.

Du Québec au Vietnam, du Liban au Mali, de la Roumanie à Haïti, une identité francophone, diverse mais unie, s'est découverte autour de ce dénominateur commun qu'est la langue française.
Telle a été la première force de la francophonie : exister de facto, comme une communion d'individus et de traditions malgré l'appartenance à des territoires différents et épars.

Au XVIIIème siècle, siècle des Lumières, la langue française véhiculait déjà des valeurs universelles. C'est en français que de grands monarques étrangers tels Catherine II de Russie et Frédéric II de Prusse correspondaient avec Voltaire. La langue française et les valeurs qu'elle portait et qui inspirèrent la Révolution française étaient déjà fort présentes sur de nombreux territoires.

Ce n'est donc sans doute pas un hasard si ce sont avant tout des géographes qui, dès 1871, sentirent, les premiers, le besoin de fixer par un terme cette réalité culturelle.

En baptisant celle-ci "francophonie", l'un de ces plus éminents géographes, Onésime Reclus, conceptualisa ce qui n'était encore qu'un fait.

La Francophonie, avec un grand F, pouvait alors voir le jour. Désormais consciente d'elle-même, la francophonie sut évoluer, ne se contentant plus d'un état de fait culturel, pour devenir un vecteur politique et diplomatique, dans le même esprit que celui des Lumières.

La francophonie, comme entité politique, a vite compris quel était son potentiel et a alors fait le choix de s'organiser puis de s'institutionnaliser pour à la fois préserver sa culture et promouvoir ses valeurs.

En 1967, il y a tout juste 40 ans, l'Assemblée consultative de la Francophonie était créée. En 1969, se tenait au Niger la première conférence intergouvernementale des Etats francophones.

Un an plus tard, en 1970, naissait un premier opérateur multilatéral, l'Agence de coopération culturelle et technique devenue, en 1996, l'Agence intergouvernementale de la Francophonie. Parallèlement à l'Agence, le Sommet de la francophonie de Hanoi créait, il y a dix ans, le poste de Secrétaire Général afin d'affirmer haut et fort toute la dimension politique de la francophonie.

Les différentes activités de votre instance - l'Assemblée parlementaire de la Francophonie - illustrent à quel point la francophonie a su se placer à la hauteur des enjeux qui l'attendaient. Vous agissez ainsi en faveur de la démocratie en veillant, par exemple, à ce que les Etats ratifient les conventions internationales relatives aux droits de l'homme.

Vous poursuivez, parallèlement, votre mission de promotion linguistique en demandant, par exemple, aux Etats francophones de s'abstenir de tout engagement de libéralisation à l'OMC en matière de biens et services culturels. Nous savons à quel point la culture, véhiculée avant tout par la langue, peut servir de modèle. La francophonie est donc un outil précieux que chacun de nous doit défendre.

Mais la francophonie doit aussi rester un phénomène vivant. Ne nous y trompons pas, si nous devons défendre notre identité, nous devons aussi nous adapter autant que la langue française a évolué. N'ayons pas de conception frileuse, fixiste ou trop protectionniste de la francophonie comme nous ne pouvons réduire notre langue à une vision muséale et figée.

La langue française n'a pas seulement des racines latines et grecques, mais aussi entre autres arabes, anglaises et germaniques.

La langue française a, par ailleurs, été servie par de grands écrivains et poètes du monde entier, qu'ils soient sénégalais, comme Léopold Sédar Senghor, irlandais comme Samuel Beckett ou encore roumains comme Emil Cioran. Elle l'est encore aujourd'hui par des hommes et des femmes comme le tunisien Tahar Ben Jelloun ou la belge Amélie Nothomb.

Souvenons-nous aussi que parmi ses Immortels, l'Académie française compte des personnalités d'origine étrangères : Hector BIANCOTTI d'origine argentine, François CHENG, d'origine chinoise et Assia DJEBAR, d'origine algérienne. Par conséquent, la mission essentielle de la francophonie ne doit donc pas être de chercher à nous protéger à tout prix ni à rester figés dans nos frontières, mais plutôt à nous ouvrir et à offrir une vision.

C'est aussi cela le message des pères fondateurs de la francophonie que furent, là encore, Léopold Sédar Senghor mais aussi Hamani Diori au Niger, Habib Bourguiba en Tunisie, Norodom Sihanouk au Cambodge ou encore Charles Hélou au Liban.

Ce n'est pas un hasard si ce sont des dirigeants de nations indépendantes qui ont été les plus grands défenseurs de la francophonie, pourtant souvent associée au colonialisme : ces précurseurs et bâtisseurs avaient compris avant tout le monde que la francophonie n'était pas un concept figé mais une réalité évolutive. Une réalité qu'il fallait construire et accompagner et qui pouvait profiter à leurs peuples.

II. Les flux migratoires seront organisés dans l'espace francophone et l'aide au développement sera amplifiée.

La création du ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement dont j'ai la charge exprime l'intention de la France de maîtriser les flux migratoires tout en participant parallèlement à l'indispensable effort de développement des pays d'origine des migrants. Ce n'est pas l'un ou l'autre ni l'un sans l'autre, c'est l'un avec l'autre.

J'entends, ainsi, être le ministre de la loi, en faisant respecter les règles et en contrôlant les flux, mais je serai aussi le ministre du coeur qui aidera les habitants des pays du Sud à mieux vivre chez eux plutôt qu'à survivre ailleurs.

Nous le savons, l'immigration zéro n'est ni possible ni souhaitable. Cette certitude ne peut aller sans une autre : l'Europe, et en son sein la France, ne peut accueillir tous ceux qui voient en elle un Eldorado.

Il est, par conséquent, indispensable de mettre en place un véritable partenariat avec les pays d'origine, dont beaucoup sont francophones, sur la gestion concertée des flux migratoires.

Le sommet euro-africain de Rabat en juillet 2006 a posé les fondements d'une telle gestion concertée. Tentant d'être à la fois équilibrée, pragmatique et opérationnelle, notre politique vise le renforcement de l'aide au développement de l'Union européenne à l'Afrique, principal continent source des migrations. Aujourd'hui, le continent africain représente 65% des flux migratoires réguliers vers la France. Quand 3 étrangers viennent s'installer en France, 2 viennent d'Afrique du Nord ou d'Afrique subsaharienne.

La construction d'une nouvelle politique européenne de l'immigration sera l'un des éléments majeurs de la présidence de la France au deuxième semestre 2008. J'ai le plaisir de vous indiquer que, à cette occasion, la France accueillera une conférence euro-africaine sur les migrations et le développement.

Ce nouveau partenariat que la France vous propose, nous devons l'envisager ensemble, sans malentendu, sans faux espoirs, sans tabous. Nous devons l'organiser d'Etat à Etat, dans le cadre d'un dialogue approfondi.

Tel fut le sens de ma démarche il y a deux semaines au Bénin. Tel est le cas aujourd'hui au Gabon. Nicolas Sarkozy, alors Ministre d'Etat, avait engagé cette démarche en signant, lui-même, le 23 septembre dernier à Dakar le premier accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires comportant un volet codéveloppement. Nous devons poursuivre et renforcer cet effort.

Un partenariat est possible. Nous pouvons, ensemble, définir et mettre en oeuvre les conditions dans lesquelles une immigration temporaire peut être organisée dans notre intérêt mutuel.

Nous refusons totalement l'idée d'un « pillage des cerveaux » africains. Nous refusons que les élites du Sud partent vivre définitivement en Europe.

En revanche, nous souhaitons pouvoir contribuer à leur formation, dans la perspective d'un retour dans leur pays d'origine, au service du développement du Sud.

Soyons clairs : en vertu de la tradition française d'accueil des élites et donc de vos peuples, la France souhaite accueillir chez elle des étudiants et des personnes qualifiées qui pourront, en retour, apporter à leur pays d'origine des compétences et des talents utiles au développement.

Je ne serai pas « le Ministre de la fermeture ». Au contraire, je serai le Ministre de l'ouverture concertée, pensée et mise en oeuvre avec les pays d'origine.

C'est cela, l'immigration choisie, l'immigration concertée, l'immigration maîtrisée. C'est cela, la politique d'immigration que nous voulons.

J'ajoute que la circulation sera d'autant plus favorisée dans les pays francophones que, dans un projet de loi que je défendrai cet été devant le Parlement français, la maîtrise de la langue française a été clairement valorisée. Désormais, les personnes souhaitant rejoindre la France dans le cadre du regroupement familial seront soumises, dans les pays de résidence, à une évaluation de leur degré de connaissance de la langue française et se verront proposer, si cela est nécessaire, une formation. Ce sera, pour nous, aussi l'occasion de développer le réseau de nos instituts culturels et de l'Alliance française à l'étranger.

La circulation des cerveaux bénéficiera, elle aussi, à la francophonie. Grâce à l'immigration choisie et concertée, la France deviendra plus attractive et accueillera davantage d'étudiants, d'ingénieurs et chercheurs issus de pays anglophones, hispanophones ou sinophones. En se rendant en France, ils seront appelés à apprendre le français. Ainsi, l'immigration choisie dynamisera considérablement la place de la langue française dans le monde.

Concrètement, j'entends mettre en oeuvre de manière volontariste la loi du 24 juillet 2006, voulue par le ministre de l'intérieur d'alors, Nicolas Sarkozy, qui comporte de nombreuses dispositions novatrices destinées à encourager cette circulation entre la France et les pays d'origine, démontrant notre attachement à la circulation et non au pillage.

Cette loi crée, par exemple, la carte « compétences et talents » attribuée pour trois ans renouvelable une fois à l'étranger participant, du fait de ses compétences et de ses talents, de façon significative et durable au rayonnement de la France et au développement du pays dont il est originaire.

La loi du 24 juillet 2006 instaure aussi un compte-épargne codéveloppement. Aujourd'hui, 80% des transferts de fonds des migrants en France dans leurs pays d'origine sont consacrés à la consommation courante. Il s'agit, donc, de mobiliser davantage l'épargne de ces migrants vers des projets d'investissement économique.

Mesdames et Messieurs,

La mission que m'a confiée le Président de la République française, Nicolas SARKOZY, à la tête d'un ministère nouvellement créé, consiste, pour une large part, à renforcer le lien entre les flux migratoires et l'aide au développement. Ma détermination est totale.

Il me revient aussi, au sein d'instances internationales comme la vôtre et devant les représentants des peuples francophones que vous êtes, de rappeler le profond attachement de mon pays aux valeurs de la francophonie que nous partageons. Nous savons à quel point la promotion de la francophonie peut bénéficier à l'ensemble de nos peuples.

Mes chers amis, pour reprendre une expression de Léopold Sédar Senghor, la langue française est un trésor qui n'a pas encore donné toutes "ses pépites". A nous, alors, tous ensemble, de les trouver, de les exploiter et de les faire partager.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 19 juillet 2007

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