Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à France Inter le 19 juillet 2007, sur le projet de service minimum dans les transports et éventuellement dans l'éducation nationale, les démissions au cabinet de R. Dati et la réforme des institutions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à France Inter le 19 juillet 2007, sur le projet de service minimum dans les transports et éventuellement dans l'éducation nationale, les démissions au cabinet de R. Dati et la réforme des institutions.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, WEILL Pierre.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député;

ti : Q- Bonjour monsieur le président... Faut-il instaurer un service minimum dans l'Education en cas de grève ?

R- Peut-être revenons-en à l'actualité. Aujourd'hui, ce qui est examiné par le Parlement, c'est un engagement du président de la République que les Français approuvent très largement : ces services minimums dans les transports.

Q- Oui mais, je vous parle de l'Education.

R- Nous pouvons effectivement pousser la réflexion plus loin. Et poser la question sur les services publics. Les services publiques sont à la disposition du public, mais dans le même temps, il faut bien entendu qu'en leur sein soit respecté le droit de grève, qui est un droit constitutionnel, mais il n'est pas interdit de poser la question d'un service minimum d'accueil des enfants dans les établissements scolaires, de telle façon que leur parents, généralement leurs mamans, puissent bénéficier, jouir de leur droit d'aller travailler, lorsqu' il y a jour de scolarité.

Q- Et vous souhaitez qu'un texte vienne rapidement devant l'Assemblée nationale pour établir ce service minimum dans l'Education ?

R- Nous ne sommes pas là. C'était une réflexion qui a été faite par monsieur le Premier ministre. Elle est tout à fait fondée, parce que c'est un vrai problème, et que les familles qui sont concernées par les difficultés les jours de grèves d'enseignants pour accueillir leurs enfants, pour faire garder leurs enfants sont nombreuses. D'ailleurs, il n'y a qu'à voir la réaction des associations de parents d'élèves.

Q- Les syndicats alors parlent de provocation, préparent une riposte sociale pour la rentrée. Le climat se tend.

R- Il y a un amalgame. Si on n'a pas le droit de parler, il faut le dire tout de suite. Mais si on veut librement évoquer les problèmes qui touchent notre pays, à savoir les difficultés qui non seulement sont celles des familles, mais également celles de notre pays pour avoir un dynamisme, une capacité de travail, une capacité pour se défendre dans la mondialisation, alors, ce n'est pas la peine d'essayer de créer un avenir. Il ne s'agit que de cela. Il faut pouvoir parler de tout dans une République qui se dit une République où la liberté prévaut.

Q- Mais, les syndicats disent qu'on essaye de restreindre le droit de grève, de rendre la grève finalement inefficace, alors que c'est un moyen de pression.

R- En aucune façon, la volonté des pouvoirs publics est de revenir sur ce droit constitutionnel. Pour autant, la France devrait-elle être le seul pays où certaines catégories de salariés, notamment, ceux des services publics pourraient avoir le droit exorbitant de bloquer le fonctionnement du pays et de s'en prendre par là, à la liberté des autres citoyens ? Ce n'est que cela. Et en aucun cas, il s'agit de restreindre en quoique ce soit le droit de grève. Encore une fois, il est constitutionnel.

Q- B. Accoyer, vous avez vigoureusement pris la défense de la ministre de la Défense, R. Dati. Alors une question : a-t-on le droit, monsieur Accoyer, dans une démocratie, de s'interroger sur les démissions successives au cabinet de R. Dati sans être accusé de "jalousie et xénophobie" comme vous l'avez dit avant hier ?

R- Bien sûr, qu'on peut parler de tout. Mais à ce moment là, il faut vraiment parler de
tout. Et là encore, il y a une sorte de manipulation qui consiste à focaliser : on ne
parle que de problèmes touchant à une personnalité ; on ne parle que d'autres
problèmes dans un domaine spécifique.

Q- Je ne comprends pas là.

R- Ce que je veux dire...

Q- Il y a un problème se pose au cabinet du ministre de la Justice, on peut poser la question ?

R- Il n'y a pas que là. Il y a des problèmes dans tous les cabinets. Si vous regardez, même dans ce Gouvernement ou dans les gouvernements précédents, les changements de responsabilité, les départs de collaborateurs dans les cabinets, c'est quotidien. Or là, il se trouve qu'il y a eu une multiplication d'attaques à l'égard d'une personnalité, dont le parcours républicain et personnel est évidemment admirable...

Q- Mais personne ne dit le contraire...

R- ... et de surcroît est considérée par le Français comme exemplaire. Et alors, en France, quand il y a quelque chose qui va bien, lorsqu'il y a quelqu'un qui a un beau parcours, en France on a pris l'habitude de se focaliser sur cette personne pour essayer d'atténuer. Si on coupe toutes les têtes, il faut que personne ne dépasse. C'est cela qui m'a choqué, surtout que c'était fondé sur ce que notre pays doit toujours considérer comme étant une de ses plus grandes menaces, un vieux réflexe, qui est un réflexe de considérer qu'il y aurait des personnes différentes par leurs origines, par leurs parcours. Ca c'est insupportable ! Et nous avons un devoir, qui est un devoir de vigilance à cet égard. C'est ce que j'ai voulu dire.

Q- Monsieur Accoyer, personne n'a parlé d'origine ! On a constaté la démission d'un directeur de cabinet et de trois conseillers. Cela fait beaucoup quand même, ce n'est pas courant ?

R- Vos informations sont incomplètes, parce que c'est très fréquent qu'il y ait des départs dans les cabinets ministériels.

Q- Comme ça en quelques jours ?

R- Mais bien sûr. Oui parce que généralement il y a un directeur avec son équipe. C'est tout à fait banal. Mais, ce qu je voudrais que l'on regarde, c'est l'action. Parce que le seul combat qui vaille, c'est le combat des idées, c'est le bilan de l'action. Or, l'action du garde des Sceaux est d'ores et déjà remarquable. Le texte, un texte emblématique, extrêmement important, attendu par les Français, parce que c'est vrai que la récidive, la question des mineurs, l'ordonnance de 45 notamment, tout cela c'est essentiel. Les Français le savent bien, ils le voient dans leur vie quotidienne. S'ils sont gênés, s'ils sont agressés, s'il y a une délinquance qui dérape, c'est à cause de cela. Or d'ores et déjà, les deux lectures ont eu lieu du texte de R. Dati : au Sénat, dans des conditions remarquables, et à l'Assemblée également. C'est cela qu'il faut voir. C'est l'action.

Q- La réforme des institutions, la commission Balladur est en place. Que souhaitez-vous pour renforcer les pouvoirs de l'Assemblée nationale ? Tout récemment, vous avez dit : "Il faut un parlement plus démocratique, plus moderne, plus proche des Français". Concrètement, cela signifie quoi ?

R- Plus démocratique, ça veut dire que le Parlement ait davantage son mot à dire. Nous avons commencé. Il y a un président de la Commission des Finances, qui est la commission la plus importante de l'Assemblée nationale, qui appartient à l'opposition. Il faut aller plus loin avec un rôle du Parlement dans le contrôle, l'approbation d'un certain nombre de nominations qui jusque-là étaient quelque peu discrétionnaires à des responsabilités pourtant très importantes. Il faut également, certainement, que l'opposition ait des conditions mieux définies pour exprimer ce qu'elle a apporté, ce qu'elle a à dire, même s'il ne s'agit pas de revenir sur la règle de la majorité. Mais il est vrai que notre Parlement a maintenant besoin de modernité pour que l'échange, le dialogue y soient plus vivants. J'ajoute d'ailleurs que pour le Parlement lui-même, son image a besoin d'être restaurée, qu'on a besoin d'être plus nombreux dans l'hémicycle, de travailler de façon plus dense certainement, en commission ou en commission élargie, sous le regard bien entendu des observateurs de la presse, parce qu'il s'agit que la maison soit totalement transparente.

Q- Mais "plus proche des Français", cela veut dire quoi ?

R- Bien plus proche des Français, ça passe également par l'observation de nos travaux. Et plus proche des Français, ça peut aussi vouloir dire qu'ils puissent être associés de façon plus précise à certaines missions, à certains de nos travaux.

Q- Vous avez dit que vous soumettiez une opposition constructive et responsable, quand vous avez pris vos fonctions. Alors pour vous, cette opposition constructive et responsable... Mais l'opposition elle se s'oppose ?

Ah non. L'opposition elle propose autre chose. Elle s'oppose à ce qui est proposé, en disant : il faudrait faire de telle façon parce que ce serait meilleur. Or, ce que l'on a vu se dérouler et se mettre en place depuis quelques années, d'ailleurs selon les termes mêmes de l'opposition, lors de la précédente législature, c'était des murs d'amendements. Une opposition frontale. Non. L'opposition, elle doit proposer. Nous ne voulons pas...

Q- Mais un amendement, c'est une proposition ?

R- Maintenant, vous pouvez mettre n'importe quoi dedans. C'est bien là le problème. Et c'est un des objectifs que je voudrais voir aboutir, c'est-à-dire que lorsqu'il y a un amendement, lorsqu'il émane de l'opposition, il propose quelque chose de constructif et que le débat entre majorité, Gouvernement, opposition, dise : bon d'accord c'est constructif, mais c'est moins intéressant que ce qui est proposé. Et puis si c'est plus intéressant, eh bien on le prend, parce qu'il faut utiliser les bonnes idées d'où qu'elles viennent, qu'elles viennent de la majorité ou de l'opposition.

Q- On le sait, N. Sarkozy souhaite venir s'exprimer devant l'Assemblée nationale. Mais en dehors d'un symbole, d'une grande cérémonie, quel intérêt que le président de la République vienne parler devant l'Assemblée ? Il va parler, on va l'écouter poliment, et puis après, rien ?

R- C'est essentiel. Et cela c'est carrément une modernisation. Aujourd'hui, le Président ne peut s'adresser que par des messages au Parlement. Eh bien, demain, personnellement, j'espère qu'il pourra venir, si nous en décidons ainsi, dans des réformes institutionnelles qui sont engagées, s'exprimer lui-même devant les parlementaires. C'est tout simplement la réalité, la simplicité d'un message personnel que les représentants du peuple aient devant eux le chef de l'Etat, qui leurs explique et qui leurs dise va faire pour notre pays, pour nos compatriotes. C'est tout à fait naturel.

Q- Mais ils le savent, les députés ?

R- Convenez que de le faire en exigeant que les parlementaires soient debout pour écouter un message lu par le Premier ministre, c'est d'une autre époque. C'est simplement de cela dont il s'agit.

Q- L'ouverture voulue par N. Sarkozy, vous, B. Accoyer, vous faites partie des personnes enthousiastes ou alors des grognons, ceux qui ont un peu le blues à l'UMP ?

R- Je suis pragmatique. Je considère qu'en toute chose et en particulier pour un pays comme le nôtre, lorsque nous avons besoin d'avancer, de préparer notre avenir, il faut utiliser toutes les compétences. Et je trouve que le chef de l'Etat a parfaitement raison d'utiliser au service de la France les compétences, qu'elles soient de droite, qu'elles soient du centre, qu'elles soient de gauche.

Q- Et de piéger le PS ?

R- Et lorsque je vois que le candidat français pour le FMI est non seulement soutenu par tous les Français, mais qu'il est soutenu par tous les pays de l'Union européenne, j'en suis heureux. Parce que je pense que pour la première fois, nous avons quelques chances de l'empoter.

Q- Mais l'objectif c'est aussi de piéger le Parti socialiste ?

R- Cela c'est voir les choses par le mauvais côté.

Q- Hier soir, N. Sarkozy vous l'a dit très clairement ?

R- Moi, par nature, par construction, je vois les choses positives. Je suis triste de voir que notre pays, au lieu d'utiliser le droit de critique, c'est érigé maintenant en autocritiques. Et on ne sait qu'attaquer ce qui marche, ce qui avance, ce qui monte, ce qui permet d'espérer, et jamais on encourage et l'on se félicite. On voit la garde des Sceaux qui avance, qui réussit, au lieu d'applaudir "oui mais il y des problèmes à son cabinet", alors qu'il y en a partout des problèmes dans tous les cabinets. Voilà, c'est simplement cet élan que je voudrais communiquer au cours de cette législature.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 juillet 2007

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