Interview de M. Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, à France 2 le 19 juillet 2007, sur le projet de service minimum dans les transports en commun et la rentrée sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, à France 2 le 19 juillet 2007, sur le projet de service minimum dans les transports en commun et la rentrée sociale.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier.

FRANCE. Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité

ti :

Lui n'est pas astreint au service minimum pour porter des réformes toujours
explosives. X. Bertrand bonjour.

Bonjour.

Q- Alors vous dites aujourd'hui merci à F. Fillon d'ouvrir un nouveau débat sur le service minimum à l'école, alors que vous tentez de faire passer sans trop de casse, le service minimum dans les transports ?

R- Déjà la première des choses : ça montre qu'il ne doit pas y avoir de sujet tabou dans notre société et que tous les sujets doivent être sur la table. Vous savez, cette question notamment de l'école, elle a déjà été abordée, je l'avais abordé dans le cadre de l'évaluation du Lundi de Pentecôte, de la journée de solidarité, parce qu'on sait que les questions qui se posent pour les parents, c'est comment seront accueillis, comment seront pris en charge à l'école les enfants. Et c'est surtout valable pour le primaire, quand vous avez des enfants de moins de 12 ans - c'est mon cas, avec ma fille - on se pose cette question. Et je crois qu'il faut bien prendre en compte les questions légitimes des Français. Et l'on voit notamment que les associations de parents d'élèves disent qu'il est tout à fait légitime d'ouvrir ce débat. Mais je vais vous dire une chose, toute réforme que nous menons, toute réforme que nous mènerons, ça se fera dans le dialogue et la concertation. L'actualité...

Q- Excusez-moi, ce ne sont pas les parents d'élèves qui ont ouvert le débat, c'est F. Fillon qui lance cette idée. C'est une gaffe ou encore on nous fait le coup du ballon d'essai pour tester l'opinion et les syndicats ?

R- Ce n'est pas un sujet nouveau, je pourrais vous poser la question : comment vous faites, vous, s'il y a une grève à l'école pour faire garder vos enfants ? C'est une vraie question. Voilà pourquoi cette question ne date pas d'aujourd'hui, ni d'hier, ça fait maintenant plusieurs années qu'elle est là sur la table, et par rapport à cette question légitime, il faut apporter des réponses pragmatiques...

Q- C'est une question de méthode.

R- C'est la méthode justement. L'actualité c'est le service minimum dans les transports terrestres de voyageurs, c'est ce qui aujourd'hui nous réunira au Sénat, on a fini tard dans la nuit, on recommence ce matin, c'est ça aujourd'hui la logique du Gouvernement...

Q- On va en parler. Mais on voudrait comprendre, quand même, un peu mieux. Parce qu'on a le sentiment qu'il y a une cacophonie dans le Gouvernement...

R- Il n'y a pas de cacophonie du tout.

Q- Hier, X. Darcos sort du Conseil des ministres, en disant : « il n'y a pas de projet de service minimum à l'école. » Hier, vous avez plutôt, vous, soutenu et encore ce matin, F. Fillon. Alors que se passe-t-il ?

R- Attendez, il n'y a pas de cacophonie, regardez bien les déclarations des uns et des
autres. Je ne sais pas si on va avoir le temps, et vous remarquerez quoi ?

Q- On l'aura.

R- Que ce que dit X. Darcos, qui va justement avoir à mener différents dossiers - il le fera de toute façon avec le sens de l'écoute et du dialogue qui est le sien - c'est tout simplement qu'aujourd'hui, il n'y a pas de projet. Et en plus, je ne suis même pas sûr, à titre personnel, je sors de mon champ ministériel, que ce soit forcément une loi. Parce que de quoi est-il question ? De l'accueil et de la prise en charge des enfants, voilà la question.

Q- Alors pourquoi il en parle, s'il n'y a pas de projet, F. Fillon ?

R- Parce que ce sujet, vous le savez bien, les parents d'élèves en parlent depuis des années et encore une fois, il ne doit plus y avoir de questions qu'on laisserait de côté. Il faut aller au coeur des problèmes des Français et je pense que cette situation-là, de la même façon que tous les autres dossiers, que nous avons à gérer, on le fera à la fois avec détermination, en tenant nos engagements, mais surtout avec la méthode du dialogue.

Q- Alors justement si on revient, sur votre terrain cette fois-ci, donc le service minimum dans les Transports. Cette loi, que vous faites passer en ce moment, que vous promettez donc pour le 1er janvier 2008, est-ce vraiment utile ? C'est une loi pour montrer qu'on tient les promesses de la campagne, alors qu'il y a de moins en moins de conflit dans les transports ?

R- Là aussi, notre volonté c'est de tenir nos engagements. Mais pourquoi ces engagements ? Parce que ça fait aussi 20 ans, vous, vous rendez compte ! 20 ans qu'on parle du service minimum dans les transports. C'était devenu un peu le serpent de mer du débat politique français. Eh bien cet engagement va être retenu, il sera voté à l'été, au Sénat, aujourd'hui ou demain, à l'Assemblée nationale avant la fin de la session parlementaire. Et il va devenir réalité concrètement au 1er janvier 2008. Et pourquoi ? Parce qu'il est indispensable, parce que les Français nous le demandent depuis des années, de tout faire pour éviter le recours à la grève, de tout faire, de mieux organiser le service pour éviter la paralysie en cas de grève. Et surtout pour leur donner plus d'information quand il y a une grève. Tout ceci figure dans ce texte, c'est un texte pragmatique, c'est un texte qui va vraiment améliorer les choses et ce texte va enfin devenir réalité.

Q- Vous avez réussi à rassurer ceux qui dans la majorité pensent que ce texte n'est pas assez contraignant, qui voulaient durcir encore votre loi ?

R- La seule logique qui est la mienne, c'est de savoir si ça va marcher oui ou non. Et si ça va améliorer les choses. Et on s'aperçoit dans les débats parlementaires, débat qui est très ouvert - je suis à la fois ouvert aux amendements, parce que je crois que c'est important d'écouter pour trouver la bonne voie de passage - je pense qu'on a aujourd'hui à la fois un texte qui est ambitieux, améliorer vraiment la situation des usagers des transports publics, mais aussi pragmatique parce qu'on va être sur le terrain, pour savoir s'il y a une grève, si demain le train de 6 heures 31 va partir oui ou non ? Si le car de ramassage scolaire pourra prendre mes enfants et les ramener le soir. Voilà qu'elle a été notre logique d'action et encore une fois, ça ne sera plus un serpent de mer de la vie politique française, ça sera une réalité et encore une fois, ça fait des années, que les Français l'attendent et je voudrais aussi bien montrer, quand on voit les sondages, les enquêtes d'opinions, 71 à 80 % des Français sont attachés à ce service minimum, ça montre bien que ce n'est pas une question de droite, ce n'est pas une question de gauche, c'est une question de service public tout simplement.

Q- Alors justement, autre serpent de mer, on annonce toujours des rentrées chaudes, surtout du côté des syndicats...

R- Les journalistes annoncent souvent des rentrées chaudes.

Q- ...En l'occurrence, hier c'était les syndicats qui le disaient, nous on ne fait que répéter ce qu'ils disent. Donc c'est encore un serpent de mer, c'est une posture ou entre les lignes, on vous rassure plutôt sur ce qui va se passer ?

R- Non, je crois que sur tous les dossiers, on le voit bien que la société française n'est plus une société bloquée. Qu'il y a la volonté de moderniser les choses d'un point de vue politique, institutionnel, ce qu'a dit le président de la République hier. Mais aussi sur le plan social et qu'il y a un grand nombre de réformes qu'on ne mène pas par idéologie, mais tout simplement parce qu'on a besoin de ces réformes. Je viens de parler du service minimum, ça sera la même question sur la réforme des retraites pour garantir notre système de retraite. A chaque fois, les réformes que nous menons c'est tout simplement parce qu'elles sont indispensables, et puis surtout parce qu'elles sont attendues par les Français. Et donc le train des réformes a été engagé, sans tarder, comme l'a voulu le président de la République, comme l'ont voulu les Français, et on va continuer.

Q- Sans tarder et encore plus vite, parce que N. Sarkozy dit : "il faut aller encore plus, on ne va pas encore assez vite". Pourquoi ? C'est parce que la réalité va rattraper le Gouvernement ?

R- Non, c'est tout simplement parce que pour les Français, tant qu'une réforme n'est pas rentrée dans leur quotidien, elle n'existe pas, et ce sont eux qui ont raison. Ca veut dire qu'on doit accélérer les choses pour que les réformes votées rentrent dans le quotidien des Français. Le service minimum on en parle, il va être voté à l'été, mais c'est au 1er janvier 2008, que la différence peut se faire sentir, que l'on pourra justement mieux garantir le service en cas de grève, mais aussi en cas de perturbations prévisibles. Renforcer notamment l'information, la communication, vis-à-vis des clients des services publics. La seule chose qui intéresse les Français, c'est de savoir quand ça va rentrer en ligne de compte. Quand vous voyez les incidents qu'il y a eu, notamment sur un TGV où des passagers, des clients, restent trois heures sans information, eh bien, là, la direction doit faire des efforts, de formation, de communication, pour que justement on puisse renseigner les clients. Vous voyez, tant que ça, ça ne sera pas devenu réalité, ça n'existera pas et il faut donc aller plus vite pour que ça devienne réalité.

Q- Rapidement, en quelques mots : également, le chef de l'Etat, hier, est allé parler devant les cadres de l'UMP. Il sait qu'il doit les rassurer, il a lancé finalement les municipales, en disant : « n'ayez pas peur, faites comme moi, de l'ouverture sinon, on perdra. »

R- Il a voulu déjà souligner le rôle qui avait été celui des militants, des cadres du mouvement. Et puis surtout, c'est une façon de mettre un terme à l'hypocrisie, parce qu'on sait pertinemment que depuis des années, tous les présidents de la République sont intéressés à la politique, à leur famille politique. Là, N. Sarkozy est allé devant eux, et puis surtout, je pense que sa détermination...

Q- Pour les rassurer parce qu'ils ne veulent pas l'ouverture...

R- ... Sa détermination, son enthousiasme, sont toujours intacts, plus grand que jamais. Il n'a pas changé dans sa volonté justement de mettre en oeuvre ce changement, mais le message qu'il a passé, c'est que ce qu'il a voulu faire pour le gouvernement de la France, parce que ça correspond à l'attente des Français, il faudra aussi qu'on puisse renouveler la vie politique et pour l'UMP aussi, pour les élections municipales. Il y a un vaste mouvement de changement qui ne s'arrêtera pas, qui est attendu par les Français. Cela concerne le Gouvernement, ça concerne aussi l'ensemble des élections locales.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 juillet 2007

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