Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à RTL le 26 juillet 2007, sur la politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à RTL le 26 juillet 2007, sur la politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

ti : Richard Arzt : Bonjour François Fillon.

François Fillon : Bonjour Richard Arzt.


QUESTION : Commençons par l'événement, le Tour de France, avec successivement le maillot jaune sifflé par le public, qui finalement se retire. Et puis, avant cela, ce cas de dopage détecté. Quelle impression ça vous fait ?

François Fillon : Vous savez, le Tour de France c'est une très vieille dame qui a plus de 100 ans, et qui constitue un immense succès populaire. Et un succès populaire, d'ailleurs, qui ne se dément pas. Il y a des gens qui trichent, il faut qu'ils soient sanctionnés de la manière la plus sévère qui soit. Et je trouve qu'aujourd'hui, le rôle qui doit être celui des pouvoirs publics, c'est d'encourager les organisateurs du Tour de France, qui finalement font leur boulot. Il y a des contrôles, il y a des gens qui sont pris en flagrant délit, qui sont sanctionnés. Évidemment, ça donne une image désastreuse du Tour de France et du sport, mais en même temps, si on encourage les organisateurs, on nettoiera le sport français, et en particulier, le cyclisme, et on permettra de faire en sorte que les Français retrouvent ce spectacle qu'ils aiment tant, qui est tellement populaire, et qui est aujourd'hui regardé par des millions de personnes.


QUESTION : Ça va donc être à l'ordre du jour du gouvernement, cet encouragement ? C'est quelque chose d'important pour l'avenir de cette compétition ?

François Fillon : La lutte contre le dopage est une priorité du gouvernement. Il ne vous a pas échappé qu'on avait pour la première fois rassemblé dans le même Ministère, la Santé, et le Sport. Ce n'est pas la seule raison, mais c'était une des raisons pour laquelle nous l'avons fait. D'abord parce que le sport est un des éléments qui permet à chacun d'entre nous de protéger sa santé, mais aussi....


QUESTION : Il y en a même qui font du jogging pour ça...

François Fillon : Mais aussi... Il y en a même qui font du jogging pour ça... Mais aussi parce que nous voulons que le contrôle du dopage soit une priorité dans tous les sports, et pas seulement dans le cyclisme.


QUESTION : Puisqu'on nous y invitait, la clarification sur ce début de quinquennat et la façon dont se met en place le fonctionnement dans l'exécutif entre le Président et vous, est-ce que vous avez du mal à définir votre rôle ?

François Fillon : Je pense que Serge July, tout à l'heure, a très très bien résumé les choses. Il est revenu aux origines de la République, de la Vème République, quand le Général de Gaulle disait que le Premier Ministre était le premier des Ministres. Le peuple français a choisi un homme et un projet, au terme d'un débat qui a été un débat remarquable, qui a duré près de 6 mois, avec une participation des Français considérable. Cet homme, c'est Nicolas Sarkozy. Ce projet, je le connais, je l'ai rédigé avec lui. Le rôle qui est le mien aujourd'hui, comme le rôle de tous les Ministres, ce n'est pas de faire la course à la popularité, c'est de mettre en oeuvre le projet de Nicolas Sarkozy, et de faire en sorte que pour la première fois depuis très longtemps dans l'histoire de notre République, dans 5 ans, un Président de la République, une majorité puisse dire "voilà le projet qui était le mien, j'ai coché toutes les cases".


QUESTION : Vous aviez prévu que Nicolas Sarkozy serait aussi omniprésent qu'on peut le remarquer ?

François Fillon : Richard Arzt, Nicolas Sarkozy on le connaît depuis longtemps. On le voit travailler depuis 2002. Chacun sait quelle est sa conception du pouvoir, quelle est sa conception du rythme de l'action du gouvernement, et je pense d'ailleurs que cette conception et c'est ce rythme qui donnent aujourd'hui une confiance aussi forte dans le pays. Parce que, je voudrais vous faire remarquer que le débat, que vous avez en permanence dans les rédactions, les Français ne l'ont pas. Et vous devriez regarder régulièrement combien de fois vous avez des débats qui ne correspondent pas à ceux que les Français avaient. J'entendais ce matin, juste avant d'arriver sur votre antenne, un sujet dans lequel on expliquait que pour exister, j'étais arrivé 10 minutes avant Jean-Louis Borloo sur le site du drame de dimanche dernier. Comment est-ce qu'on peut dire des choses pareilles ? Comment est-ce qu'on peut imaginer que le Chef du gouvernement, lorsqu'il y a 26 morts, lorsqu'il y a un car qui brûle, lorsque le Président de la République polonaise se déplace pour venir soutenir ses concitoyens, se préoccupe de la question de savoir s'il va arriver 10 minutes avant son Ministre des Transports ? Je pense que, parfois, il y a un vrai décalage dans le débat médiatique, par rapport à l'opinion publique....


QUESTION : A propos de ce drame, vous êtes donc allé sur place et depuis, c'est-à-dire hier, vous avez annoncé un certain nombre de mesures concernant cet endroit-là, Vizille, où a eu lieu l'accident. Il s'agissait d'aller le plus vite possible bien sûr.

François Fillon : Oui, parce que c'est insupportable qu'il y ait près de 30 personnes qui perdent la vie dans un accident pareil, dans un endroit où déjà se sont produits des accidents identiques. Donc, j'ai voulu, avec Jean-Louis Borloo et avec Michèle Alliot-Marie, prendre des décisions immédiates pour que plus aucun autobus ne puisse prendre cette route. Elle est interdite depuis très longtemps. Il y a des chauffeurs routiers qui la prennent quand même. Désormais, ils ne pourront pas le faire parce que, d'abord, les gendarmes les en empêcheront, dans l'immédiat, et ensuite parce que, dans très peu de temps, il y aura des obstacles physiques qui empêcheront ces autocars de descendre.


QUESTION : L'enquête semble indiquer que c'est le GPS qui aurait trompé le chauffeur, c'est-à-dire, il indiquait que c'était le chemin le plus court, sans dire que c'était interdit.

François Fillon : Raison de plus pour qu'il y ait des obstacles. Ce n'est pas compliqué de mettre en place un portique, qui fera que les poids lourds et les cars ne pourront plus emprunter cette descente. Vous savez, 7 km de descente pour un chauffeur qui n'a pas l'expérience nécessaire, ça peut être très très très vite dangereux. C'est ce qui s'est passé. Il a manifestement freiné pendant 7 km. Il n'avait plus de freins en bas de la pente. Je ne veux plus que cela se reproduise. Moi, je ne veux plus voir le spectacle que j'ai vu dimanche dernier de ces corps alignés dans la prairie.


QUESTION : Dans l'actualité gouvernementale, il y a le paquet fiscal. Ce qu'on appelle ainsi, c'est-à-dire l'exonération des heures supplémentaires, le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunts immobilier, le bouclier fiscal à 50%. Ca passe au Sénat en ce moment. Et le président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis, exprime des doutes sérieux. Il se demande si c'est compatible avec la situation actuelle des finances publiques. D'ailleurs, à l'Assemblée, Didier Migaud se demande à peu près la même chose.

François Fillon : Pour le président de la commission des finances du Sénat, je le rassure, je suis en train de procéder aux arbitrages budgétaires. Le gouvernement se réunira en séminaire la semaine prochaine pour les assumer collectivement. Nous respecterons intégralement les engagements que nous avons pris sur le niveau de notre déficit et sur notre désendettement. Pour la gauche, je dirais qu'elle a perdu sa boussole. Qu'est-ce qu'il y a dans ce texte ? Il y a d'abord des mesures pour les heures supplémentaires. Les heures supplémentaires, ça profite à qui ? Ca profite aux plus modestes, et c'est la moitié du coût de ce projet. Il y a des mesures pour permettre aux gens modestes d'acquérir leur logement grâce à un crédit d'impôt.


QUESTION : Certainement qu'il y a beaucoup de mesures qui peuvent être parfois sociales, peut-être...

François Fillon : C'est la majorité.


QUESTION : ... mais est-ce que ça risque de coûter cher, budgétairement parlant ? Est-ce qu'on peut se permettre ça ? C'est ça l'idée.

François Fillon : Notre conviction, c'est que la raison de la faiblesse de la croissance française c'est l'insuffisance du volume d'heures travaillées. On a le volume d'heures travaillées le plus bas de tous les pays européens. Donc, il n'est pas tout à fait étonnant, malgré notre compétitivité, qu'on ait une croissance plus faible. Et donc, en augmentant le volume d'heures travaillées, en récompensant le travail, en donnant envie aux gens qui investissent de rester en France et pas d'aller investir chez nos voisins pour payer la protection sociale de nos amis et de nos voisins européens, on relancera la croissance. Alors, on a d'autres mesures qui sont en préparation. Je viens de confier à Jacques Attali une mission sur les freins à la croissance, qui va permettre d'alimenter un projet de loi de modernisation économique qui va être présenté au Parlement d'ici la fin de l'année 2007, et qui comportera des mesures très énergiques en matière de relance de l'économie.


QUESTION : Ca a été confié à Jacques Attali, cette mission. C'est une commission qu'il va diriger. C'était donc mieux que la question soit abordée par quelqu'un venant de la gauche ?

François Fillon : Non, mais on a été cherché... on avait pensé à Philippe Séguin...


QUESTION : Il n'a pas voulu ?

François Fillon : Philippe Séguin, pour des raisons qui sont liées à sa fonction à la tête de la Cour des Comptes, a estimé que ce n'était pas compatible. Et donc, on s'est adressé à Jacques Attali parce qu'on cherche des hommes et des femmes qui ont à la fois l'intelligence, l'expérience, le talent, le caractère pour conduire des missions comme celle-là, et pour rassembler dans une commission, qui va être très diverse, des gens très divers. Il y aura dans cette commission des gens très libéraux et il y aura des gens qui viendront de la gauche ou des organisations syndicales.


QUESTION : Vous avez d'autres idées en tête, de missions comparables ?

François Fillon : Alors il y a des débats qui sont en cours, qui ont été confiés aux partenaires sociaux. Il y a un débat sur la modernisation du contrat de travail qui, j'espère, va aboutir avant la fin de l'année. Nous avons confié aux partenaires sociaux un travail sur la sécurisation des parcours professionnels, c'est-à-dire comment faire pour que les demandeurs d'emplois soient mieux accompagnés, mieux formés et tout ça va déboucher sur des projets de lois dans le courant de l'année 2007 ou de l'année 2008.


QUESTION : Dans les attributions à l'intérieur du gouvernement, le Ministère de l'Immigration, l'Intégration et l'identité nationale a compétence sur le travail illégal des étrangers. Et dans ce cadre, les inspecteurs du travail peuvent être mis à la disposition de ce Ministère et leurs syndicats ne sont pas d'accord. Ils ont même déposé plainte.

François Fillon : Oui, alors, le rôle des inspecteurs du travail n'est en rien modifié. Leur statut n'est pas modifié, leur indépendance est complète.


QUESTION : Ils ne veulent pas être la police des étrangers, disent-ils.

François Fillon : Ce n'est pas aux inspecteurs du travail de choisir leur Ministre de tutelle. Dans la République, c'est d'abord au peuple de ce prononcer à l'occasion des élections, puis ensuite au gouvernement, soutenu par sa majorité, de fixer les attributions des Ministres. Les inspecteurs du travail ont un statut. Ce statut est respecté. La question de savoir qui est leur Ministre de tutelle, si le Ministre en charge de l'immigration peut avoir tutelle sur les inspecteurs du travail, c'est une question qui regarde le gouvernement et pas les fonctionnaires, dont l'objectif est de mettre en oeuvre la politique qui est décidée par le peuple français.


QUESTION : Bon, donc isl n'ont plus qu'à rentrer dans le rang ?

François Fillon : Ils seront respectés et leur statut sera respecté. C'est ça qui est important. Mais, encore une fois, ce n'est pas les inspecteurs du travail qui peuvent décider de l'organisation du travail gouvernemental.


QUESTION : Concernant Clearstream, il est pratiquement annoncé que les juges vont mettre en examen Dominique de Villepin demain. Ca vous étonne ?

François Fillon : Je n'ai aucun commentaire à faire sur ce sujet. Je n'en sais pas plus que vous et j'attends de voir...


QUESTION : Il l'a lui-même annoncé...

François Fillon : J'attends de voir ce que la justice dira et ce que la justice décidera.


QUESTION : Elles se sont vite éloignées, les années Villepin ?

François Fillon : Je crois en tout cas qu'il y a un changement radical que les Français ressentent. Moi, je le vois en tout cas à travers ce qu'ils me disent quand je les rencontre et puis je le vois à travers les études d'opinions. Les Français ont le sentiment qu'il y a une vraie rupture, à la fois dans le rythme, dans l'esprit, dans la manière dont le pays est conduit. Mon souci, en tant que Chef du gouvernement, c'est de faire en sorte que le contrat de confiance soit respecté. Moi, je crois beaucoup que les difficultés que notre pays a connues étaient liées au sentiment que les Français avaient que les engagements n'étaient jamais respectés.


QUESTION : Deux dernières questions : est-ce qu'il sera utile un jour de préciser le statut de l'épouse du Président de la République ?

François Fillon : Non, je ne crois pas. Je pense que c'est un faux débat. Le Président de la République est élu au suffrage universel. Il peut confier les missions qu'il veut à qui il veut. Qu'il confie une mission à un diplomate ou à son épouse, c'est exactement la même chose. Ni l'un ni l'autre, je veux dire le diplomate ou l'épouse, n'ont été élus par le peuple. C'est le Président de la République qui a la légitimité et qui décide des émissaires qu'il a envie d'utiliser pour résoudre une crise et comment l'a-t-il fait, avec quel succès, comme celle qui s'est déroulée en Libye !


QUESTION : Dernière question : où allez-vous en vacances et quand ?

François Fillon : D'abord, j'espère pouvoir partir en vacances, si la situation le permet. Et si la situation le permet, j'irai me reposer quelques jours en Italie.

Richard Arzt : Merci François Fillon.

Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 juillet 2007

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