Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Aujourd'hui en France" du 30 juillet 2007, sur la lutte contre le travail illégal et l'immigration clandestine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Aujourd'hui en France" du 30 juillet 2007, sur la lutte contre le travail illégal et l'immigration clandestine.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement

ti : Q - Vous faites de la lutte contre le travail illégal l'une des priorités de votre ministère. Quels sont vos objectifs ?

R - La mission qui m'a été confiée est de lutter contre toutes les formes d'immigration illégale. Il y a en France entre 200.000 et 400.000 étrangers clandestins. Une grande proportion travaille illégalement. Certains sont recrutés par des employeurs de bonne foi, d'autres sont exploités, privés de tout droit syndical et de salaire minimum. Je le réaffirme donc clairement : les immigrés en situation irrégulière ont vocation à être reconduits dans leur pays d'origine. Au contraire, ceux qui ont un titre de séjour régulier doivent être prioritaires pour accéder à l'emploi. Car, je le rappelle, les premières victimes de l'immigration clandestine, ce sont les étrangers qui, eux, ont effectué le parcours légal d'intégration. Leur taux de chômage est supérieur à 20 %. C'est pour ceux-là qu'il faut se battre.

Q - De quels moyens disposez-vous ?

R - Mon combat contre l'immigration irrégulière passe d'abord par une augmentation des contrôles opérés par les différents services de gendarmerie et de police, dont l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi d'étrangers sans titre (Ocriest). Il suppose également une action forte à l'égard de tous les employeurs qui n'ont désormais plus l'excuse de ne pas savoir : depuis le 1er juillet, ils sont dans l'obligation de saisir les préfectures afin que celles-ci vérifient la validité des titres de séjour de tout étranger candidat à un travail. C'est une garantie et une protection pour les employeurs de bonne foi, mais également une mise en garde sérieuse envers ceux qui ne respecteraient pas les règles. Il n'y aura plus d'ambiguïté possible.

Q - C'est-à-dire ?

R - Par exemple, l'affaire du Buffalo Grill de Viry-Châtillon, dans l'Essonne, ne devrait plus se reproduire. Une cinquantaine de salariés ne disposait pas de papiers en règle tandis que, ainsi que je l'ai personnellement vérifié auprès de l'ANPE locale, 150 immigrés en situation régulière recherchaient un emploi dans la restauration. Ce sont eux qui auraient dû être embauchés, pas les clandestins ! Ma détermination est totale. Nous ne fermons plus les yeux et les premiers résultats arrivent : 10.000 personnes ont été contrôlées depuis le début de l'année. Dans ce cadre, 275 employeurs et 536 étrangers ont été interpellés. C'est une augmentation de 300 % en un an. La loi doit être respectée et les fautifs condamnés. Je me réjouis d'ailleurs de l'exemplarité de la peine infligée - dix-huit mois de prison ferme - par le tribunal correctionnel de Rennes à l'encontre de deux dirigeants d'une entreprise de travaux publics pour avoir employé des ouvriers turcs en situation irrégulière. C'est un signal clair adressé à tous.


Q - Quatre syndicats d'inspecteurs du travail ont déposé un recours devant le Conseil d'Etat pour contester les compétences de votre ministère. Ils craignent d'être utilisés pour pister les sans-papiers...

R - Je suis stupéfait par ces méthodes d'un autre âge : plutôt que de demander à me rencontrer, on fait un recours contre le décret qui définit mes attributions. Comme l'a dit le Premier ministre, ce ne sont pas les fonctionnaires qui choisissent les compétences des ministres. Je suis serein et très déterminé à lutter de façon implacable contre le travail clandestin des étrangers, en liaison avec le ministre du Travail. Le Code du travail prévoit que les inspecteurs du travail doivent constater les infractions d'aide au séjour irrégulier des étrangers. Ce qui leur est demandé, c'est d'appliquer la loi, ni plus ni moins.

Q - Cette démarche des inspecteurs du travail montre que votre ministère reste l'objet d'intenses critiques...

R - Si j'écoute les élites, j'entends d'abord le peuple. Soixante-douze pour cent des français approuvent la création et la dénomination de ce ministère. Nous devons nous battre pour aider les dirigeants africains à offrir un avenir à leur jeunesse chez eux. Je me réjouis à cet égard des propos de Lilian Thuram qui, lors d'un voyage en Guinée, a encouragé les Africains à ne pas se laisser tromper par le prétendu eldorado français ou européen. Oui, nous avons besoin d'une immigration choisie et concertée. La priorité doit donc être donnée à l'immigration de travail, légale et maîtrisée. Elle ne représente actuellement que 7 % des flux. Notre objectif est de parvenir à 50 %.

source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 juillet 2007

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