Interview de M. François Fillon, Premier ministre, dans "Le Mensuel du Gouvernement" d'août-septembre 2007, sur les réformes annoncées dans la déclaration de politique générale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, Premier ministre, dans "Le Mensuel du Gouvernement" d'août-septembre 2007, sur les réformes annoncées dans la déclaration de politique générale.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

ti : QUESTION : Vous avez indiqué, dans votre déclaration de politique générale, que vous souhaitiez réécrire le contrat politique, social et culturel de la France...

François Fillon : Pendant des décennies, nous nous sommes efforcés d'ajuster le modèle français au lieu de le repenser de fond en comble. Aucun gouvernement n'a réussi à enrayer son déclin, faute d'aller au bout des réformes. Par appréhension politique et hésitation intellectuelle. Le monde se réveille, des continents entiers sont en quête de progrès. Leur population est jeune, douée, terriblement motivée. Cette nouvelle donne exige de la France un sursaut qui n'a que trop tardé. Il faut rompre avec le cercle vicieux qui consiste à travailler de moins en moins et à s'endetter de plus en plus afin de combler l'écart croissant entre nos capacités de production et nos ambitions redistributives.


QUESTION : Comment mettre en oeuvre un tel projet ?

François Fillon : Nos atouts sont forts : créativité exceptionnelle, patrimoine sublime, travailleurs qualifiés et productifs, entrepreneurs et artisans passionnés, infrastructures publiques de qualité, pôles d'excellence, démographie solide. Et la plus grande force de la France, ce sont les Français eux-mêmes, qui ont été souvent plus entreprenants et modernes que ceux qui parlaient en leur nom. Tout le sens de l'élection de Nicolas Sarkozy réside dans cette volonté farouche de notre peuple de se libérer, en rompant avec les pesanteurs, le défaitisme et les hésitations du passé. Cette vitalité doit s'exprimer pleinement. Il faut renouveler notre démocratie politique, moderniser notre démocratie sociale, porter notre excellence intellectuelle et scientifique.


QUESTION : Vous envisagez une modernisation de nos institutions...

François Fillon : Elle est rendue nécessaire par l'instauration du quinquennat. J'ai proposé aux parlementaires de poser les bases d'une démocratie plus équilibrée, plus transparente et plus efficace. Des modifications sont envisageables, par exemple accroître les moyens de contrôle du Parlement, dépoussiérer la procédure législative, reconnaître la place de l'opposition... Autant de questions auxquelles réfléchira le comité composé de parlementaires et de juristes, présidé par Édouard Balladur, que le président de la République a installé le 18 juillet.


QUESTION : Vous avez évoqué la modernisation du dialogue social...

François Fillon : Je crois au dialogue social car on ne bâtit pas une économie efficace sur les décombres de la cohésion sociale. Il faut dégager des compromis sociaux sur le terrain, dans les entreprises, là où entrepreneurs et salariés doivent joindre leurs intérêts. Dès son entrée en fonction, le président de la République a reçu les partenaires sociaux et leur a précisé nos objectifs, notre calendrier. Il les a invités à faire des propositions précises, notamment sur l'évolution du marché du travail. À la fin de l'année, ces propositions devront être mises sur la table. Si tel n'est pas le cas, le Gouvernement prendra ses responsabilités sans faillir : la nécessité de la concertation et de la négociation ne peut se substituer à l'obligation d'agir.


QUESTION : Un dialogue social avec en ligne de mire, l'emploi...

François Fillon : L'objectif de mon Gouvernement est simple et clair : c'est le plein emploi. Le caractère endémique du chômage a fait du plein emploi une chimère, une promesse à laquelle les Français, si souvent déçus, ne croient plus. Pourtant il n'y a là rien d'impossible, y compris en Europe, puisqu'une bonne moitié des membres de l'UE connaissent le plein emploi, parfois depuis une décennie. Je me suis fixé pour objectif un taux de chômage de 5 % à la fin du quinquennat.


QUESTION : Comment peut-on y parvenir ?

François Fillon : Inventons une "nouvelle croissance", sortons de l'impasse de la "croissance molle" qui a plombé notre économie : une croissance à crédit, avec un endettement privant l'État de toute marge de manoeuvre, un dérapage incontrôlé des dépenses sociales - ce qui n'a pas empêché nombre de nos concitoyens de basculer dans la précarité -, des prélèvements obligatoires trop élevés, l'opposition stérile entre la flexibilité du marché du travail et la sécurisation des salariés.


QUESTION : Justement, comment inventer cette croissance forte, saine et durable ? Comment gagner ce point de croissance qui nous manque ?

François Fillon : Par la revalorisation du travail. C'est le travail des uns qui entraîne le travail des autres. Cette logique nous conduit à proposer des mesures qui visent tous les âges de la vie : ne plus soumettre le travail des étudiants à l'impôt ; faire sauter les verrous aux heures supplémentaires ; conforter la réussite des dirigeants qui se distinguent par leurs performances mais interdire le scandale qui consiste à récompenser ceux qui échouent ; adapter nos prélèvements fiscaux pour que ceux qui ont créé de la richesse grâce à leurs efforts puissent transmettre ce capital à leurs proches.

Le projet de loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat n'est que la première étape d'une réforme profonde du marché du travail et de l'environnement réglementaire de nos entreprises. Celles-ci ont besoin d'un cadre réglementaire qui les aide et non qui les contraigne : je veux réduire l'impôt papier, tout ce qui fait que l'administratif entrave le productif. Le contrat unique de travail, la réforme du mode d'indemnisation du chômage, la fusion de l'ANPE et de l'Unedic, le revenu de solidarité active doivent réconcilier efficacité économique et solidarité sociale. Si nous voulons encourager le travail et le pouvoir d'achat, nous devons cesser de taxer plus ceux qui travaillent plus. Si nous voulons en finir avec les délocalisations et la fuite des capitaux, nous devons encourager ceux qui continuent à investir et à produire dans notre pays.


QUESTION : Vous avez l'intention d'utiliser la fiscalité pour promouvoir les comportements vertueux en matière de respect de l'environnement. Sous quelle forme ?

François Fillon : Il n'est plus possible de rester neutre face aux enjeux environnementaux. La fiscalité écologique doit émerger dans notre droit. Déjà l'Europe nous invite à mettre en place une eurovignette pour que les poids lourds circulant sur nos routes ne le fassent plus en totale franchise fiscale alors qu'ils engendrent des nuisances, des risques et des coûts en infrastructures. Nous devrons également poser la question d'une taxation sur le contenu en carbone des produits offerts sur le marché. L'instauration d'un grand ministère de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durables est à l'image de la politique structurante et globale que nous allons conduire. Le Grenelle de l'environnement qui se tiendra à l'automne en donnera le départ.


QUESTION : Bataille de la croissance dont vous avez souligné qu'elle est aussi celle de l'intelligence...

François Fillon : Aussi et surtout : le développement de notre pays se jouera sur notre capacité à produire plus d'ingénieurs, de cadres, de diplômés de l'enseignement supérieur. Il est indispensable de mieux orienter nos jeunes, de les guider vers les filières correspondant aux besoins de l'économie. Il faut aussi leur donner une bonne culture générale pour qu'ils puissent rebondir parce qu'ils seront sans doute amenés à changer de profession au cours de leur vie. De gros efforts sont donc prévus en faveur de l'université et de la recherche. Il faut rebâtir notre université, trop longtemps restée le parent pauvre des politiques publiques : nous prévoyons d'y consacrer 5 milliards d'euros d'ici à 2012. Le projet de loi sur l'autonomie a été conçu pour permettre aux universités de devenir des pôles d'excellence grâce à une plus grande liberté financière et pédagogique. Parallèlement, le Gouvernement travaille à l'amélioration des conditions de vie des étudiants. Cela concerne aussi bien l'accès à des bibliothèques modernes, les facilités de logement que la lutte contre l'échec en première année de licence... Pour la recherche, il faut que nous parvenions à lui consacrer 3 % de notre PIB. C'est pourquoi les programmes de recherche publique seront évalués afin d'en revoir les moyens et l'organisation. Et comme l'effort de nos entreprises en ce domaine est insuffisant, nous prévoyons déjà de simplifier sérieusement le crédit impôt recherche.


QUESTION : La sécurité reste-t-elle une priorité pour votre Gouvernement ?

François Fillon : Certainement. J'ai dit que face à la culture de la violence il ne fallait rien céder. C'est pourquoi nous avons proposé une loi instaurant des peines planchers contre les multirécidivistes. C'est pourquoi la minorité ne sera plus un alibi d'office pour les jeunes délinquants. La justice sera ainsi plus que jamais au service de nos concitoyens. Avec, aussi, des tribunaux davantage sécurisés, une carte judiciaire révisée, des outils de travail modernisés. Sur le plan plus général de la sécurité intérieure, nous prévoyons d'étoffer nos moyens techniques et scientifiques.


QUESTION : Avec d'aussi lourdes réformes, comment maintenir le cap du désendettement ?

François Fillon : Nous ramènerons la dette publique en deçà de 60 % du PIB et nous nous efforcerons de rétablir l'équilibre budgétaire en 2010, ou en 2012 au plus tard. Dès l'année prochaine, les dépenses de l'État seront strictement reconduites en volume. J'appelle aussi les collectivités locales à maîtriser leurs dépenses. Globalement, les dépenses publiques, y compris celles de la Sécurité sociale et des collectivités, ne devront pas augmenter de plus de 1 % hors inflation à partir de 2008. Autre piste d'économie, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Bien sûr, tout cela sera discuté et accompagné. Certes, il y aura moins de fonctionnaires, mais ils seront mieux payés, et travailleront dans des administrations mieux gérées où le dialogue social sera un acte de management normal, avec des employeurs responsables. La révision générale des politiques publiques que nous venons de lancer doit permettre une remise à niveau de nos finances tout en améliorant les services publics. Preuve qu'il s'agit d'une priorité : c'est le chef de l'État qui présidera le Conseil de la modernisation des politiques publiques.


Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 7 août 2007

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