Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à RTL le 10 août 2007, sur les mesures prises en France pour éviter une pandémie de fièvre aphteuse, sur la hausse des prix laitiers et sur le dossier des OGM. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à RTL le 10 août 2007, sur les mesures prises en France pour éviter une pandémie de fièvre aphteuse, sur la hausse des prix laitiers et sur le dossier des OGM.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, ARZT Richard.

FRANCE. FNSEA, président;

ti : Richard Arzt : Bonjour Jean Michel Lemetayer

Jean Michel Lemetayer : Bonjour Richard Arzt

Richard Arzt : Vous êtes chez vous, dans votre ferme, en Bretagne...

Jean Michel Lemetayer : ... en Ille et Vilaine

Richard Arzt : Et c'est pour ça que vous êtes au téléphone. Des cas de fièvre aphteuse sont apparus la semaine dernière en Angleterre. Hier l'abattage du bétail a été ordonné dans une troisième ferme. Est-ce qu'à vos yeux le système d'alerte et de précaution fonctionnent bien ?

Jean Michel Lemetayer : Je pense que oui. Je pense que contrairement à 2001 la situation là est gérée rapidement par les anglais mais on voit à quel point le virus peut être hyper actif parce que malgré les décisions rapides, là il faut le dire des anglais, le virus se propage ; ce qui veut dire qu'il faut prendre effectivement un maximum de précautions et c'est la raison pour laquelle la France aussi avait pris immédiatement un certain nombre de précautions.

Richard Arzt : Alors les exportations de bétail britannique vers le reste de l'Europe sont stoppées, pour un certain temps. C'est la décision qu'il fallait prendre ?

Jean Michel Lemetayer : Bien sûr, bien sûr, je pense que on ne peut pas prendre le risque d'une propagation de ce virus non seulement en Grande Bretagne. Je pense que les éleveurs, nos collègues éleveurs de Grande Bretagne doivent être extrêmement inquiets mais encore moins voir cette propagation à travers l'Union Européenne contenue, j'allais dire des mouvements d'animaux à la fois vers les abattoirs mais les ateliers de production.

Richard Arzt : Les animaux importés récemment d'Angleterre vers l'Europe et vers la France ont été totalement recensés ?

Jean Michel Lemetayer : Il semble que oui. J'allais dire hier, j'ai eu une nouvelle fois le gouvernement, le responsable du gouvernement qui nous dit avoir tout recensé ; c'est la raison pour laquelle je pense maintenant que l'on peut prendre de nouvelles décisions pour alléger la situation, assouplir la situation en France, d'autant que une très grande majorité de ces animaux ont transité par la France pour aller vers l'Espagne.

Richard Arzt : Quelles nouvelles décisions vous souhaitez ?

Jean Michel Lemetayer : Je souhaite que désormais on permette à nouveau les rassemblements d'animaux et en particulier la tenue des marchés parce que, spontanément Lundi les marchés n'ont pas pu avoir lieu et le fait que l'on mette de telles entraves au fonctionnement économique d'une filière pose d'énormes problèmes ; donc je crois qu'aujourd'hui la situation est maîtrisée en France et il faut permettre à nouveau aux marchés de fonctionner, aux rassemblements d'animaux de pouvoir se faire. Ce qui va permettre aussi la tenue de nombreuses manifestations qui ont lieu à cette époque à travers toute la France dans les régions d'élevage : comices agricoles, différentes manifestations qui permettent par ailleurs, j'allais dire une communication entre le monde paysan et puis les consommateurs, l'opinion publique.

Richard Arzt : Sur un plan économique il y a un risque que le prix de la viande augmente en Europe ?

Jean Michel Lemetayer : Ce n'est pas, non il n'y a pas forcément cette conséquence. Je pense que...

Richard Arzt : ... parce que il y en aurait moins venant d'Angleterre ?

Jean Michel Lemetayer : ... oui, l'équilibre du marché ne se faisait pas forcément qu'avec les anglais mais c'est vrai que les prix qui avaient eu tendance à baisser ces dernières semaines en viande bovine, pourraient effectivement se retrouver à la hausse dans les jours prochains.

Richard Arzt : C'est un phénomène que l'on voit dans d'autres produits, en particulier le lait. On voit qu'il y a pénurie de lait. D'ailleurs de beaucoup de produits agricoles actuellement....

Jean Michel Lemetayer : ... non on assiste effectivement à une hausse importante du prix des matières premières, c'est à dire qu'on a deux très grands secteurs déficitaires sur le plan mondial. C'est le lait et les produits laitiers avec des hausses très importantes dans le secteur des beurres industriels et de la poudre de lait. Parce que l'équilibre là aussi du marché par rapport à des marchés quotidiens : fromages, produits frais, laits de consommation, se faisait par le beurre et la poudre ; et là une importante diminution de la production en Europe et une sécheresse en Australie ont fait que tout de suite les marchés se sont trouvés déséquilibrés.

Richard Arzt : Cette hausse des prix laitiers, c'est une bonne nouvelle pour les agriculteurs ?

Jean Michel Lemetayer : Vous savez, il faut dire les choses clairement, les producteurs avaient besoin d'une remontée des prix, notamment dans le secteur laitier où la production est une production contraignante et où les prix étaient devenus extrêmement bas, décourageant nombre de producteurs de faire cette production. Si cette remontée des prix peut relancer la production et notamment la motivation chez des jeunes, eh bien ce sera finalement le bienvenu.

Richard Arzt : Et pour les consommateurs c'est une moins bonne nouvelle. Comment faire pour que cette hausse se répercute pas sur les étiquettes dans les magasins au final ?

Jean Michel Lemetayer : Disons qu'il faut qu'il y ait une maîtrise des marges, il faut qu'il y ait transparence totale et là j'en appelle clairement à la distribution en particulier pour que on ne joue pas aux coefficients parce que c'est vrai que si on part de prix plus élevés et qu'on applique le même coefficient de marge, non seulement le prix au départ à la production va être plus élevé mais ça va faire, comme on dit chez moi, ça va aggraver la hausse. Donc j'espère que la distribution sera sage et qu'il y aura une maîtrise des marges et que le gouvernement surveillera de très très près les marges notamment des distributeurs.

Richard Arzt : Un drame secoue actuellement le monde agricole c'est le suicide de Claude Lagorse qui était agriculteur dans le Lot. Il cultivait discrètement du maïs transgénique. Des militants anti OGM l'avaient repéré et s'apprêtaient à venir pique-niquer dans son champ ; ces militants ont une grande responsabilité dans ce drame ?

Jean Michel Lemetayer : Évidemment, je pense que les militants aujourd'hui et la confédération paysanne, José Bové en tête, cherchent à minimiser les faits et évidemment ils veulent ne pas se sentir responsables de cette affaire. On ne peut pas et on ne saura jamais les raisons de l'acte, d'un acte irréparable de la part de Claude Lagorse mais il est clair que en portant systématiquement chaque année le débat dans les champs qui appartiennent aux paysans, je pense que c'est pas la meilleure façon de favoriser le débat et la sérénité du débat. Moi je regrette que, on en soit encore à ce feuilleton de chaque été où soit on fauche des parcelles de maïs, soit on vient tenir pique-nique pour rendre responsable, j'allais dire certains producteurs qui le font en toute légalité.

Richard Arzt : José Bové, dans Libération ce matin, dénonce la commercialisation de cultures d'OGM, la main mise d'intérêts privés au détriment de l'intérêt général.

Jean Michel Lemetayer : Je trouve qu'il fait bien mauvaise réflexion parce que la main mise d'intérêts privés elle se fait justement par le fait qu'on ne laisse pas faire la recherche en France. Au fil des années on a complètement démoralisé les chercheurs français, en particulier les chercheurs de l'Institut National de Recherches Agronomiques. En faisant comme font les anti OGM et José Bové, on favorise justement le pouvoir des multinationales au lieu de soutenir la recherche française. Je pense qu'on ne peut pas rester dans cet obscurantisme permanent des anti OGM . Il va y avoir le Grenelle de l'environnement...

Richard Arzt : ... et vous comptez sur ce Grenelle, pour, c'est la dernière question pour apaiser les choses ?

Jean Michel Lemetayer : ... puisqu'ils veulent le débat, il est ouvert le débat. Moi je regrette que le gouvernement précédent ne soit pas allé au bout du débat puisque le Sénat avait statué sur le dossier des OGM. Le dossier n'a pas été porté à l'Assemblée Nationale. Donc il faut qu'il y ait définitivement une position du gouvernement sur le dossier des OGM pour qu'on arrête ce feuilleton de l'été.

Richard Arzt : Merci Jean Michel Lemetayer.


source http://www.fnsea.fr, le 20 août 2007

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