Interview de M. Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, à France 2 le 23 août 2007, sur les grands dossiers de la rentrée et notamment le service minimum dans les transports, la baisse des effectifs dans l'éducation nationale et la scolarisation des handicapés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, à France 2 le 23 août 2007, sur les grands dossiers de la rentrée et notamment le service minimum dans les transports, la baisse des effectifs dans l'éducation nationale et la scolarisation des handicapés.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité;

ti : R. Sicard.- N. Sarkozy fête aujourd'hui ses cent jours à l'Elysée. On a l'impression qu'après une période très euphorique au début, on entre dans une période plus délicate, avec la rentrée sociale. Les mauvaises nouvelles vont-elles arriver ?

R.- Et pourquoi y aurait-il forcément des mauvaises nouvelles ? L'allocation de rentrée scolaire, qui est versée depuis maintenant quelques jours, c'est une bonne nouvelle ; les efforts que nous voulons faire pour l'accessibilité justement, des personnes handicapées dans la cité, dans la société, c'est aussi une bonne nouvelle ; les conférences que je vais avoir justement à présider sur l'égalité salariale, pour l'amélioration des conditions de travail, il ne me semble que ce soit des mauvaises nouvelles. Chaque année je crois qu'on entend : "est-ce que la rentrée sociale va être chargée ou difficile ?", et on s'aperçoit que chaque année, la rentrée est comme les autres. Par contre, les cent jours du président de la République ont été cent jours d'action, et je crois que nous avons commencé à faire bouger les choses en profondeur ; on l'a vu avec le texte sur le service minimum que j'ai présenté ; les textes de R. Dati, notamment, pour lutter justement contre les multirécidivistes. Autant de choses très concrètes qui étaient très attendues, et qui montrent que le changement est déjà là.

Q.- Justement, sur le service minimum, les syndicats disent : on ne va pas se laisser faire, c'est une grave atteinte au droit de grève. Est-ce que, de ce point de vue-là, vous vous attendez à quelques petites difficultés ?

R.- Certains syndicats l'ont dit. Je crois que les choses ont été dites aussi très clairement par le Conseil constitutionnel, qui a indiqué qu'il n'y avait pas de remise en cause du droit de grève. Un salarié, dans les transports, qui voudrait faire grève pourra s'arrêter de travailler. Maintenant, l'autre réalité, c'est qu'on a aujourd'hui les moyens de permettre aux salariés qui veulent aller travailler et qui ont besoin des transports en commun de savoir le faire à partir du 1er janvier 2008. Et aujourd'hui, je suis très attaché à mettre en oeuvre ce que j'appelle "le service après vote". Le texte est voté, oui. Maintenant, à moi de rencontrer tous les acteurs pour qu'il y ait des discussions sur le terrain, entreprise par entreprise, pour qu'on sache se mettre autour d'une table quand il y a un problème pour éviter la grève, et si jamais il y a une grève, pour qu'on puisse déterminer, région par région, ville par ville, ce que sont les dessertes prioritaires. Dans ma région, la Picardie, par exemple, c'est de pouvoir dire aux usagers du train quels seront les trains prioritaires en cas de grève.

Q.- Et si certains salariés ne respectent pas cela, il y aura des sanctions, que se passera-t-il ?

R.- S'ils ne respectent pas quoi ? Parce que le droit de grève aujourd'hui est garanti. Maintenant, ce que nous leur demandons, c'est de...

Q.- S'ils ne vont pas travailler alors qu'ils sont requis ?

R.- Mais il n'y a pas de réquisition. Il n'y a pas de réquisition, le Conseil constitutionnel l'a indiqué. La réquisition aurait été le contraire du droit de grève et la remise en cause du droit de grève. Nous avons trouvé, je pense, le bon équilibre, et ce bon équilibre va nous permettre d'améliorer concrètement les choses pour les Français utilisateurs des transports en commun dès le 1er janvier 2008.

Q.- Faut-il étendre ce service minimum à d'autres secteurs, notamment l'Education ?

R.- Le texte en question ne visait que les transports terrestres de voyageurs, cela faisait quand même vingt ans qu'on en parlait, il devient réalité. Sur les autres sujets, il y a toujours la place pour le dialogue, il n'y aucun sujet tabou. Mais on va déjà mettre en oeuvre pour le 1er janvier 2008 ce service minimum dans les transports terrestres de voyageurs.

Q.- Sur l'Education justement, X. Darcos annonçait hier la suppression de 11.000 postes dans l'Education. Cela ne va pas créer des difficultés ?

R.- Mais on va aussi annoncer, et nous allons rencontrer les associations de personnes handicapées aujourd'hui, 2700 créations de postes d'AVS - c'est-à-dire d'Auxiliaires de vie scolaire - pour s'occuper des enfants handicapés. Le président de la République a voulu qu'il y ait un droit opposable, c'est-à-dire que, l'accessibilité des enfants handicapés dans l'école soit une réalité. Pour cela, nous avons créé des postes, mais on ne se contente pas justement de créer ces postes, on veut qu'il y ait aussi une démarche qualité, qu'ils soient formés, qu'ils puissent accompagner justement les enfants handicapés. Nous allons donc rencontrer les associations aujourd'hui, avec X. Darcos, avec V. Létard. Nous allons avoir l'occasion demain de nous rendre sur la plate forme d'une association, l'APF, pour qu'on puisse travailler avec les associations ; on doit tous travailler ensemble pour améliorer la situation, et au-delà même de l'accessibilité en milieu scolaire. Je veux faire de l'accessibilité dans la cité, une priorité. La mobilisation doit être maximale, et j'ai un maître-mot en tête : "accélérer". Accélérer parce que, il était initialement prévu qu'on devrait faire un diagnostic de l'accessibilité pour fin 2011. Eh bien, ce sera fin 2008, trois ans plus tôt. Comme je souhaite que les commissions d'accessibilité qui, dans les communes de plus de 5.000 habitants, réunissent les élus locaux, les associations de handicapés puissent être mises en place pour la fin de l'année. Et puis l'Etat doit montrer l'exemple, il reste encore des décrets à appliquer de la loi de 2005. Il faut qu'au moins deux tiers de ces décrets soient pris en compte pour la fin de l'année. Il faut éviter que les personnes handicapées ne soient obligées de rester enfermées chez elles, parce qu'il n'y a pas d'accessibilité.

Q.- Sur les créations de postes que vous annoncez dans l'Education pour les handicapés, cela veut dire qu'il n'y aura pas 11.000 suppressions de postes finalement dans l'Education ?

R.- Non, vous savez, il y a des choses qui sont différentes. Bien sûr, on se focalise toujours sur les chiffres, mais X. Darcos l'a indiqué, il y a des choix qui sont faits en fonction du nombre d'élèves sur le secondaire, on voit que sur le primaire cela progresse, et sur la question des handicapés on ne s'est pas contentés d'en parler pendant la campagne, les créations de postes sont là, concrètement, rectorat par rectorat. Et nous allons, nous, maintenant...

Q.- Le chiffre de 11.000 reste vrai ?

R.- Moi, je suis en charge avec X. Darcos, de l'accessibilité des enfants handicapés, et c'est 2700 postes, c'est un effort sans précédent qui a été créé. Et maintenant, on ne se contente pas d'avoir créé ces postes, on veut que les postes soient bien pourvus, que les personnels soient bien formés, et on va regarder, département par département, la semaine prochaine, en réunissant les maisons du handicap et les responsables d'académies, pour être sûr que cela correspond bien aux besoins sur le terrain. Vous savez...

Q.- Et si on s'aperçoit qu'il faut plus de postes de prévu ?

R.- Les associations nous ont dit que cet effort sans précédent de 2700 permettrait de couvrir les besoins. Mais je crois beaucoup au surmesure ; la politique doit maintenant sortir des généralités, on doit rentrer dans le concret, c'est ce que nous faisons avec X. Darcos.

Q.- Alors, il y a plusieurs autres gros dossiers qui vous attendent, notamment les retraites. L'idée de supprimer des régimes spéciaux est-elle une idée acquise ?

R.- Le rendez-vous des retraites, ce n'est pas un scoop qu'on ait à en reparler. Pourquoi ? Parce que, en 2003, il était prévu qu'il y ait des rendez-vous successifs, et un rendez-vous, donc, prévu pour 2008. J'ai à traiter ce sujet-là, je le ferai avec toujours le même maître-mot, l'esprit de dialogue, ma porte sera toujours ouverte pour la concertation, pour le dialogue avec les partenaires sociaux, mais on doit aussi avancer. La société française, vous savez, ce n'est plus une société bloquée. La société de 2007, ce n'est plus la société de 1995. Et je crois que sur tous ces sujets il y a une attente très forte des Français pour que les choses bougent, et nous, nous avons envie de faire bouger les choses. Pas n'importe comment, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi, mais on a besoin aussi de mener les réformes qui sont attendues.

Q.- Autrement dit, sur les régimes spéciaux, il y a une place pour la négociation ? C'est un très gros dossier, cas par cas ?

R.- Mais attendez, il n'y a pas que les régimes spéciaux, vous êtes choqué, vous, de savoir qu'à 65 ans, quelqu'un qui a envie de continuer à travailler ne puisse plus le faire ! Eh bien cela me choque. On l'a vu avec G. Roux, bien sûr, mais il n'y a pas que G. Roux, il y a des milliers de G. Roux qui, aujourd'hui ont toutes les capacités pour travailler, qui voudraient le faire, et qui ne peuvent plus le faire. Cela aussi, ce sont des choses qui sont importantes, au moins aussi importantes. Mais je vais vous le dire, régimes spéciaux ou autres, il n'y a aucun sujet tabou.

Q.- Il y a une autre négociation qui va s'ouvrir, c'est celle de l'égalité salariale entre les hommes et les femmes. Quel est l'objectif ? C'est pour quand ?

R.- C'est de parvenir à l'égalité salariale hommes-femmes pour fin 2009, c'est-à-dire, dans deux ans. C'est-à-dire, de ne pas renvoyer cela encore aux calendes grecques ; c'est d'arrêter de dire : "il faut, il faut, il faut". C'est de nous fixer un objectif précis, de pouvoir faire en sorte que l'égalité salariale soit une réalité, et aussi, de comprendre pourquoi il y a l'égalité professionnelle qui est en jeu. Pourquoi aussi, une femme n'exerce pas les mêmes responsabilités dans une entreprise ? Cela renvoie aux tâches ménagères, à l'éducation des enfants, à la garde des enfants. Voilà tous les sujets qu'on va mettre sur la table. Je ne veux pas d'une conférence colloque, je veux une conférence décisions. Ce sera avec les partenaires sociaux, représentants des salariés, représentants des employeurs. Et il y en a une autre qui va avoir lieu avant, celle sur les conditions de travail, pour améliorer les conditions de travail dans notre pays, prendre en compte...

Q.- Concrètement, qu'allez-vous proposer ?

R.- Améliorer dans l'ensemble des entreprises les conditions de travail, c'est-à-dire, penser et repenser parfois l'organisation du travail ; prendre en compte le stress au travail. J'ai été marqué par les questions liées au suicide au travail, et surtout par cette question plus générale et plus présente du stress au travail. Je crois profondément à la valeur du travail. Mais les Français ne se reconnaîtront dans la valeur du travail que si on améliore leur rapport au travail. Le travail est en train de changer dans la société. Il nous faut prendre en compte aussi ces évolutions. Voilà pourquoi ces conférences auront lieu. Mais ne comptez pas sur moi pour que ce soit des conférences états des lieux ou des conférences colloques.

Q.- Il y aura des décisions ?

R.- Ce seront des conférences décisions, bien sûr.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 23 août 2007


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