Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à RMC le 24 août 2007, sur la décision du Conseil constitutionnel à propos des intérêts des prêts immobiliers, le rôle de l'épouse du Président de la République, le projet de TVA sociale et les relations entre la France et la Chine. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à RMC le 24 août 2007, sur la décision du Conseil constitutionnel à propos des intérêts des prêts immobiliers, le rôle de l'épouse du Président de la République, le projet de TVA sociale et les relations entre la France et la Chine.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. UMP, vice-président;

ti : J.-J. Bourdin.- Nous sommes avec J.-P. Raffarin, sénateur UMP de la Vienne, ancien Premier ministre, vice-président de l'UMP J.-P. Raffarin, bonjour. Merci d'être avec nous. Vous animez aujourd'hui au Futuroscope de Poitiers un séminaire sur les relations Europe- Chine à l'horizon 2020. On va en parler, on va parler de la Chine tout à l'heure. Futuroscope, dites-moi, belle saison je crois pour le Futuroscope cet été.

R.- Oui, les parcs d'attractions sont des bénéficiaires de la mauvaise météo. Quand il fait beau, on reste à la plage, et quand il ne fait pas beau, on va visiter les parcs d'attractions, les musées et les sites à l'intérieur des terres. Donc le parc du Futuroscope a vraiment trouvé un nouvel élan et connaît un grand succès maintenant.

Regardons l'actualité. Les intérêts des prêts immobiliers, franchement avez-vous été surpris par la décision du conseil constitutionnel ?

R.- Ecoutez, on n'a pas l'habitude de contester des décisions de la Haute juridiction, donc je l'accepte. Je ne suis pas au fond choqué qu'un engagement de N. Sarkozy prenne effet le jour de l'élection de N. Sarkozy.

C'est mieux ?

R.- Les questions de rétroactivité... Ecoutez, je ne dis pas que c'est mieux, je n'ai pas à juger, je dis, cette décision du Conseil constitutionnel, mais je ne suis pas surpris qu'une décision de N. Sarkozy s'applique à partir de l'élection de N. Sarkozy.

Oui, ça paraît logique d'ailleurs finalement.

R.- La rétroactivité a toujours posé un problème juridique dans notre société. Donc, je ne conteste pas la décision du Conseil constitutionnel et je pense que ce n'est pas une bonne pratique que de le faire.

Alors que faire maintenant ? Le gouvernement va faire sans aucun doute un effort supplémentaire pour ceux qui ont acheté depuis le 6 mai ou qui vont acheter. Il y a plusieurs solutions : augmenter le plafond de la déduction d'impôt, augmenter la durée des déductions. Quelle est votre préférence ?

R.- Je pense que tout ce qui est crédit d'impôt est très positif. Je pense que madame Lagarde va présenter des propositions au conseil des ministres ce matin. Je lui laisse naturellement cette responsabilité.

Bien. Alors il y avait aussi l'idée d'une aide directe par les banques pour ceux qui ont emprunté entre mai 2002 et mai 2007 pour contourner la décision du Conseil constitutionnel.

R.- Je pense qu'il faut chercher sur ces sujets-là la simplicité, la lisibilité et respecter naturellement les principes qu'a défendus le conseil constitutionnel.

Nous reparlerons de la croissance et donc de la Chine tout à l'heure. L'actualité encore : Cécilia Sarkozy ne témoignera pas devant la commission d'enquête parlementaire sur les conditions de la libération par la Libye des infirmières bulgares et du médecin palestinien. Elle était l'envoyée personnelle du président, dit l'Elysée ; elle ne peut donc être auditionnée. Le problème, c'est qu'elle n'a pas de statut. Vous le regrettez ?

R.- Non, pas du tout, parce que c'est naturellement quelqu'un qui exprime autre chose qu'une position institutionnelle. Elle représente la personne du chef de l'État et on sait bien que dans des dossiers comme ceux-ci, la dimension personnelle compte. Relations entre chefs d'État, humanité des relations politiques aussi, donc qu'il y ait cette dimension personnelle qui puisse s'exprimer, c'est un atout et N. Sarkozy a bien fait de confier cette responsabilité à Cécilia. Il est clair que cette position est personnelle, liée au chef de l'État, et non pas institutionnelle, et donc c'est C. Guéant, qui est en charge institutionnellement d'une fonction, qui devra répondre devant la commission parlementaire. Le président de la République, tout le monde a accepté cette idée d'une commission d'enquête pour de la transparence mais respectons les principes institutionnels que le secrétaire général de l'Elysée, qui a une fonction officielle et un statut, s'exprime devant les parlementaires.

Si j'ai bien compris, la femme du président, c'est comme le président ?

R.- Non, ce n'est pas comme le président. C'est une dimension personnelle et elle ne représente pas le président : elle représente la dimension personnelle du président.

Mais elle est quand même l'envoyée personnelle du président dans cette opération.

R.- Personnelle, mais il y a naturellement quand une personne s'exprime, et la fonction et la personne. Elle ne représente pas la fonction, elle représente la personne. Et ce faisant, elle n'a pas de position institutionnelle.

Mais au-delà de cette affaire, est-ce qu'elle doit avoir un statut ?

R.- Je ne le pense pas.

Est-ce qu'on doit créer un statut spécial ?

R.- Je ne le pense pas. C'est au président de la République, c'est sa responsabilité, de gérer sa personne je dirais et l'impact de sa personne. Et au fond sa famille, ses proches, sont partie prenante de sa personne mais pas de sa fonction.

Bien. J.-P. Raffarin, là je vais m'amuser un petit peu. On va s'amuser ensemble.

R.- Ce n'est pas interdit encore fin août, voilà.

Non, ce n'est pas interdit. J'ai quelques poignées d'amour à effacer, vous aussi, d'autres aussi. On va s'adresser à Paris-Match.

R.- Moi, c'est une ceinture abdominale hypertrophiée, c'est tout à fait différent.

On va s'adresser à Paris-Match où on est champion.

R.- Ecoutez, je ne suis pas spécialiste de ce sujet.

On ne va pas parler de ça, non. D'accord ! Que pensez-vous de cette petite polémique qu'il y a eu autour de cette photo corrigée ?

R.- Je pense qu'on cherche beaucoup de poux dans la tête de N. Sarkozy. Il est clair qu'il a une communication qui est efficace. Il crée un nouveau style. Je pense qu'il a fait vieillir la politique traditionnelle, on a un coup de jeune sur la démocratie française et donc systématiquement, quand il peut y avoir ici ou là matière à quelque critique un peu pimentée, on n'hésite pas à le faire. Mais je pense que cela n'a aucune importance, aucune signification pour les Français.

Mais au-delà de ça, c'est la bipolisation si je puis dire - je n'aime pas trop ce mot -, mais de la vie politique ; les hommes politiques qu'on retrouve aujourd'hui évidemment dans tous les hebdos, l'image, la force de cette image. Enfin, c'est les dangers, non ?

R.- Non. Je pense que la bipolisation, c'est l'univers médiatique. Là ce qu'apporte N. Sarkozy, c'est un contact direct avec les Français et je trouve qu'il tient sa promesse d'une politique populaire. Il parle directement au peuple et donc, c'est cette liaison directe, cette communication directe qui naturellement pose quelquefois problème aux intermédiaires et donc aux médias.

Q.- On fait état ce matin du rapport du Haut conseil de l'éducation, nous l'avons eu en main. L'école primaire est résignée face à l'échec des élèves en difficulté ; 40 % des écoles du primaire, des écoliers du primaire en difficulté, 300 000 élèves sortent de CM2 avec de graves lacunes et ça s'aggrave depuis dix ans. Alors où sont les responsabilités ?

R.- Ecoutez, notre système éducatif est un système qui a quand même un certain nombre de résultats. Il ne faut pas voir tout noir. La bouteille est certainement en grande partie pleine, elle n'est pas seulement vide.

Q.- Oui, je suis d'accord.

R.- Mais c'est vrai que plus de 150 000 jeunes sortent du système éducatif sans qualification et donc on a un grand nombre d'échecs et c'est vrai que nous sommes le pays d'Europe qui dépense le plus pour son système éducatif et qui n'a pas, selon les grandes études qui ont été faites, les meilleurs résultats. Donc il est clair que c'est un système qu'il faut réformer, mais on sait bien que c'est très difficile parce qu'il y a un grand nombre de rigidités dans ce secteur. Ce qui est important je crois, c'est que les questions ne sont pas quantitatives. Ce n'est pas le nombre de preuves qui compte, ce n'est pas les moyens qui comptent puisqu'on a les moyens. Ce qui compte, c'est la qualité de l'éducation et la modernisation de cette éducation. Quand vous voyez les efforts - on va parler tout à l'heure de la Chine - mais quand vous voyez les efforts que font des pays nouveaux comme l'Inde et la Chine en matière d'éducation, de formation, on se dit que la compétition de l'intelligence, nos vieux pays européens ne sont pas sûrs de la gagner et ça c'est le drame. Il faut vraiment sur ces sujets engager une action profonde de réforme qualitative.

Q.- TVA sociale : vous êtes toujours assez opposé à cette TVA sociale ? Alors on parle d'expérimentation dans l'habillement, dans les produits de luxe. Est-ce que vous êtes toujours réticent franchement ?

R.- Oui. Je suis toujours réservé, parce qu'il y a deux sujets. Je vois très bien les effets positifs sur l'emploi parce qu'on va pénaliser les importations, parce qu'on va soutenir donc l'activité industrielle notamment. Donc je vois le côté positif pour l'emploi, mais je m'inquiète du côté négatif pour le pouvoir d'achat, parce que le risque est naturellement que les prix augmentent. Et donc, j'aimerais en effet qu'il y ait des démonstrations et des expérimentations pour qu'on puisse analyser et comparer l'effet positif sur l'emploi et l'effet négatif sur le pouvoir d'achat et de voir où est le bilan. Est-ce que le bilan va du côté de l'emploi et qu'il faut le faire ou le bilan va du côté de la hausse des prix et donc de la baisse du pouvoir d'achat, et auquel cas il ne faut pas le faire. Donc tant qu'on n'a pas une expérimentation qui nous montrera que l'impact sera positif, je reste réservé. Je crois qu'il faut l'étudier. J'attends avec impatience le rapport d'E. Besson. C'est un point très important pour qu'on débatte, il faut discuter librement. Ce qui est très important vous le savez en matière d'économie, ce sont tous les effets secondaires, tous les effets pervers. Donc il ne faudrait pas que, pour une bonne décision pour l'emploi, on ait une mauvaise décision sur le pouvoir d'achat et que naturellement, si le pouvoir d'achat venait à reculer, cela pénaliserait aussi après l'emploi. Donc c'est cela qu'il faut expérimenter.

Q.- Bien. Expérimentation donc dans l'habillement, dans les produits de luxe.

R.- Absolument.

Q.- C'est ce que semble dire E. Besson. Là vous seriez d'accord pour qu'on expérimente comme ça ?

R.- Absolument. Qu'on expérimente et qu'on regarde bien ce sujet et son impact surtout.

Q.- Quelques mots encore sur - parce que c'est important, ce sont les grands sujets qui arrivent, qui sont récurrents mais qui se profilent une nouvelle fois à l'horizon. La sécu évidemment avec la franchise sur les soins : indispensable cette franchise ? Franchement ?

R.- Oui. Je pense qu'il faut trouver des actions pour que naturellement on fasse les efforts nécessaires, notamment pour financer nos besoins nouveaux de santé, le vieillissement de la population. Vous savez, si moi je garde un grand sujet de mon expérience de trois ans à Matignon, c'est l'évolution démographique de la France, c'est le vieillissement de la population qui est une chance. On repousse les limites de la vie, on repousse la mort : c'est quelque chose de très positif mais cela a des conséquences très importantes sur notre santé, sur le coût de la santé et sur des maladies nouvelles qu'on n'avait pas dans le passé parce qu'on ne vivait pas aussi vieux. Donc il nous faut des efforts financiers importants liés au vieillissement de la population. Donc, la maladie d'Alzheimer, mais aussi toutes les maisons de retraite et médicalisées dont nous avons besoin sur l'ensemble de notre territoire pour ne pas déraciner les familles, je pense que ce sont des sujets sur lesquels il faudra de l'argent dans l'avenir. Il faut dire la vérité aux Français.

Q.- Oui, mais c'est injuste ! 4 euros pour quelqu'un qui gagne 800 euros, qui a 800 euros de revenus, c'est beaucoup. 4 euros pour quelqu'un qui gagne 5 000 euros, c'est peu.

R.- Je pense que c'est un effort que tout le monde doit faire, tout le monde est concerné par la santé et la sécurité sociale, quand elle finance, elle finance les Françaises et les Français avec des principes d'égalité. Donc que tout le monde participe, je ne trouve pas ça choquant.

Q.- Il y a quand même une injustice, non ? Vous ne trouvez pas qu'il y a une injustice sociale ?

R.- Non, je ne pense pas qu'il y ait injustice sociale. Qu'il faille pondérer, et il y a un certain nombre de pondérations financières - l'impôt sur le revenu en est une et d'autres péréquations existent dans notre pays ; les soldes, les plafonds de ressources et tout ça existe pour faire en sorte qu'il y ait de la justice - mais je pense qu'il est très important que les Français sachent que nous avons devant nous des besoins de financement de la sécurité sociale pour faire face au vieillissement de la population. On ne va pas repousser les limites de la vie et ne pas financer la bonne santé des personnes qui ainsi ont une vie plus longue.

Q.- La croissance, pari du gouvernement, 2,25 en 2007. Franchement est-ce que c'est jouable ?

R.- A ce jour, c'est jouable. Evidemment, nous sommes dans une phase de conjoncture internationale complexe et donc, il y a un risque qu'il faut regarder en face. Moi, je ne crois pas qu'aujourd'hui on puisse remettre en cause l'hypothèse du gouvernement. Je pense qu'il faut être vigilant parce qu'il est évident qu'il y a aujourd'hui, sur le plan de l'économie internationale, un certain nombre de tensions et donc soyons très prudents mais ce n'est jamais vraiment au mois d'août qu'on peut lire l'économie et donc il faut attendre la rentrée.

Q.- On a lu le chiffre du deuxième trimestre de la croissance : 0,3. On l'a tous bien lu.

R.- Absolument.

Q.- Et le pari du gouvernement repose sur la croissance en partie, en grande partie.

R.- Je pense qu'il faut mesurer l'impact des décisions que N. Sarkozy a prises avec son gouvernement et on va voir si le choc fiscal qui a été proposé crée cet élan. Il y a un certain nombre de réformes qui sont engagées, un nouveau ton est donné à la politique française et je pense que c'est cette énergie-là qu'il va falloir mesurer dans les semaines qui viennent.

Q.- Alors dernière question avant de parler de la Chine. Est-ce que vous ne trouvez pas que F. Fillon est un peu à l'étroit dans son rôle de Premier ministre, vous ne le sentez pas un peu gêné aux entournures ? Franchement ?

R.- Je pense qu'on a besoin de veiller à ce que la fonction de Premier ministre soit stable, reconnue et forte dans...

Q.- J'ai l'impression qu'il disparaît.

R.- Je pense que ce n'est l'intérêt de personne, dans l'équilibre institutionnel, que de voir la fonction de Premier ministre affaiblie. Le Premier ministre...

Q.- Il est affaibli, vous sentez que la fonction est affaiblie franchement ?

R.- Non, je...

Q.- Vous le laissez entendre.

R.- Il est trop tôt pour le dire, on est à peine à 100 jours, donc...

Q.- Je sens, je perçois une petite inquiétude chez vous, J.-P. Raffarin ...

R.- Mais non, je vais vous dire une chose. Le Premier ministre, sa fonction existe quand il y a la rentrée parlementaire, quand il y a les questions d'actualité, quand il y a le débat au Parlement...

Q.- Il y a eu débat aussi.

R.- C'est là où le Premier... oui, mais on était en session extraordinaire. Vous allez voir à partir du mois d'octobre les questions d'actualité le mardi et le mercredi, c'est le Premier ministre qui est dans l'arène, qui est dans une chaudière qu'est l'Assemblée nationale...

Q.- Mais autant supprimer ce poste, non ?

R.- Non, je ne le crois pas, je crois que le président de la République... Nous sommes dans un pays qui est un pays qui a le tempérament chaud, qui est un pays qui peut avoir des secousses. Le président de la République a besoin du Premier ministre, non seulement pour mettre en oeuvre au Parlement ses orientations et ses décisions, mais aussi pour le protéger. Et c'est en protégeant le Premier ministre que le président de la République se protège lui-même. Il faut protéger les fonctions dans ces pays latins, où naturellement le général de Gaulle a trouvé comme forme de stabilité cette dualité institutionnelle qui n'empêche pas que le président soit le leader, soit le chef, soit celui qui est l'homme en charge de l'essentiel, mais le Premier ministre ne doit pas avoir une position effacée.

Q.- Vous animez aujourd'hui au Futuroscope de Poitiers un séminaire sur les relations Europe-Chine à l'horizon 2020. Dans une semaine, vous allez vous envoler pour la Chine, vous y retournerez avec N. Sarkozy en novembre je crois ?

R.- Cela a été envisagé, mais les conditions du voyage ne sont pas encore arrêtées ; donc, nous verrons ça dans quelques jours.

Q.- Bien. On va parler de la Chine. D'abord vous, ce premier voyage d'une semaine, vous le ferez sous une casquette de grand témoin francophone pour les Jeux olympiques de 2008. Alors certains disent ici ou là : « c'est très bien les Jeux olympiques donnés à la Chine et tout, mais avec les Jeux olympiques on ne parle de rien d'autre, ni des problèmes d'environnement qui sont cruciaux en Chine, on le sait, ni les problèmes sociaux qui sont importants, ni des problèmes... je ne sais pas moi, de l'engagement de la Chine auprès du Soudan », etc. Comment intervenir, comment dire à la Chine ses vérités ?

R.- Vous dites que c'est mon premier voyage, enfin c'est mon premier voyage, cette année. J'y vais plusieurs fois par an et donc...

Q.- Vous connaissez bien le pays d'ailleurs.

R.- C'est un pays très complexe la Chine. Moi je pense que le fond de l'affaire, c'est qu'il nous faut vraiment anticiper ce que va être la vie de la planète dans quelques années. Moi, je suis de ceux qui pensent que la Chine sera la première puissance mondiale avant le milieu de ce siècle. Et donc le défi de l'Europe aujourd'hui, c'est d'équilibrer la puissance de la Chine. La Chine va être la première puissance mondiale, je ne crois pas que les Etats-Unis ont cette capacité parce qu'aujourd'hui, les Etats-Unis sont trop financièrement liés à la Chine. La Chine tient près de 10 % des bons du Trésor américain. Au fond, les Etats-Unis vendent à la Chine des produits avec l'argent que la Chine leur prête, et donc, c'est la Chine qui est le banquier un peu des Etats-Unis. Nous, nous avons une liberté en Europe, et donc il faut construire ce rapport de force qui est un rapport de force équilibré. Nous, nous disons "équilibré", les Chinois disent harmonieux. Donc, il faut que la question des droits de l'homme soit élargie à d'autres sujets qui sont des sujets sur par exemple la protection intellectuelle, sur la corruption, sur un certain nombre de sujets qui sont nos valeurs. Mais nous aurons avec la Chine des relations équilibrées, si nous avons un rapport de force entre l'Europe et la Chine, et pas seulement un certain nombre de protestations, je crois qu'il faut parler des droits de l'homme, je pense que les Jeux olympiques vont être une formidable circonstance pour que la presse du monde entier se rende en Chine, puisse regarder la réalité de la société chinoise. Mais je souhaite que les droits de l'homme soient dans la fête et pas contre la fête, parce que ça va être une fête mondiale, ces Jeux olympiques. Il ne faut pas donner le sentiment qu'il y aura cette grande communication mondiale des Jeux olympiques, et à côté le petit dossier des droits de l'homme. Il faut que le dossier des droits de l'homme soit dans la fête et que tout le monde puisse aujourd'hui exprimer ce qui est pour nous le souhait, c'est d'avoir une Chine qui développe certes sa croissance, mais de manière harmonieuse comme disent les Chinois eux-mêmes.

Q.- Est-ce que l'Europe parle d'une même voix, d'une seule et unique voix face à la Chine, malheureusement d'une manière un peu trop éparpillée ?

R.- Pour le moment, la visibilité politique de l'Europe en Chine est insuffisante, et c'est pour cela, en effet, qu'on voit souvent par exemple des concurrences très fortes entre les entreprises françaises et les entreprises allemandes. Mais je crois que là, il y a un défi très important et il y a une opportunité pour la France, c'est qu'il va y avoir le prochain sommet à Pékin au mois de novembre de l'année prochaine, en 2008, le sommet Chine Europe où on construira ce partenariat entre l'Europe et la Chine. Et qui présidera l'Union à ce moment-là ? Ce sera la France. Donc, la France qui depuis le général de Gaulle a une relation avec la Chine qui est une relation amicale, exigeante mais amicale, la France peut là jouer un rôle très important. Et c'est toute l'importance du voyage de N. Sarkozy au mois de novembre, de faire en sorte qu'il donne - parce qu'il est considéré comme un leader européen d'avenir - à l'Europe de la visibilité politique en Chine. Le rôle de la France, ce n'est pas seulement de parler en son nom, c'est de parler au nom de l'Europe pour que la Chine nous écoute avec la puissance que nous représentons quand nous sommes l'Europe. Alors on va prendre deux auditeurs. Jean-Marie qui est professeur de biochimie à l'université de La Rochelle, Jean-Marie bonjour. J.-P. Raffarin est notre invité ce matin. Jean-Marie, vous vouliez lui poser une question en direct, allez-y.

Q.- Jean- Marie : Voilà, je voulais poser une question en ce qui concerne surtout l'avenir des étudiants à la sortie de l'université, c'est un problème qui nous préoccupe énormément, et en particulier je voulais demander à M. Raffarin ce qu'il compte faire et ce que compte faire le gouvernement pour redynamiser les formations professionnalisantes ? C'est-à-dire qu'on a supprimé les IUP qui étaient d'excellentes formations, actuellement on est en train de faire fusionner les masters professionnels et les masters recherche, c'est bien dommage parce que tout ça contribue à diminuer la visibilité pour les étudiants, et c'est très dommageable pour eux. Donc je demandais...

R.- Eh bien ! Je remercie Jean-Marie de sa question, je suis l'un des fondateurs de l'université de La Rochelle donc je suis heureux de l'entendre, pour lui dire que F. Fillon a un projet qui me paraît très intéressant qui est la jeune entreprise universitaire. C'est-à-dire de faire en sorte qu'à l'intérieur de l'université, on puisse avoir des activités économiques qui soient des activités soutenues par l'Etat et qui donc d'une part, améliorerait la relation avec les entreprises et d'autre part en effet, orienterait les formations vers le souci de la professionnalisation, et donc s'inspirer en effet de cette expérience des IUP qui a eu des points positifs. Donc, je pense qu'il y a là une évolution qui est l'ouverture de nos universités, les universités qui doivent être plus branchées sur la vie, c'est l'objectif de l'autonomie. Il faudra aller au-delà de la réforme qui a déjà été engagée par le texte de V. Pécresse au mois de juillet, et aller vers cette responsabilisation (je dirai) professionnelle dans l'université.

Q.- J.-J. Bourdin : Bien, merci Jean-Marie. On va prendre Pascal qui est cadre dans l'assurance, qui est dans le Var, bonjour Pascal. Pascal : Bonjour. Je voulais justement revenir sur ce qui a été dit au niveau du gouvernement, au tout début d'ailleurs, concernant les heures supplémentaires et notamment celles des cadres. Et concernant celles des cadres, sachant que les cadres aujourd'hui sont sur des forfaits d'heures annualisées, et donc vous Monsieur Raffarin, comment et qu'est-ce que vous avez prévu pour ces cadres qui sont assujettis à un forfait d'heures annualisées, 2.181 heures exactement et qui veulent effectuer des heures supplémentaires. Que faire pour eux, est-ce que c'est un bonus, est-ce que c'est de l'ARTT supplémentaire, est-ce que c'est dédié à des périphériques de rémunérations exonérées en social et en fiscal, comment...

R.- Moi je pense en effet qu'il faut (comme vous le dites) agir sur les périphériques de la rémunération, et donc faire en sorte que la valorisation du crédit temps... qu'il soit possible donc de gagner plus pour les cadres quand on travaille plus. Et donc, c'est en effet par des avantages qui sont des avantages sociaux ou des avantages fiscaux, qu'on peut aider les cadres à travailler plus, puisque naturellement leur temps et leur efficacité ne se résument pas en nombre d'heures. Et leur revenu n'est pas seulement fonction du nombre d'heures, mais aussi de la qualité des responsabilités qu'ils assument. Donc, je pense que c'est par des aides sociales et fiscales qu'on peut aider les cadres à travailler plus pour gagner plus.

Q.- J.-J. Bourdin Merci Pascal. P.Dufreigne, des mails sont arrivés avec plusieurs questions. P. Dufreigne : Comme la question de Joseph qui est dans les Yvelines, qui dit : le gouvernement de N. Sarkozy, avec ses premières mesures, n'avantage-t-il pas les plus riches au dépens des plus pauvres, est-ce que vous n'avez pas l'impression en ce moment de décevoir vos électeurs ?

R.- Je ne crois pas que les Français aujourd'hui soient déçus par N. Sarkozy et par son gouvernement. J'ai l'impression qu'au contraire, quand on regarde les études d'opinion, N. Sarkozy a le meilleur score des présidents en dehors du général de Gaulle depuis très longtemps. Et donc, je pense qu'il y a un vrai succès, et je crois que son succès ne sera pas éphémère. Je pense qu'il tient ses promesses, il a un nouveau style et il changera durablement la politique en France. Mais pour ce qui est du bilan...

Q.- J.-J. Bourdin : Le style, ça ne fait pas tout ...

R.- Voilà, mais je pense que si vous voulez, il va changer durablement et donc, il va y avoir je pense un succès qui sera durable. Mais on n'aura pas de bilan lisible avant au moins un an, et donc on ne peut pas parler de bilan. Pour le moment on parle d'action, mais le vrai bilan, il se fera à mon avis sur trois critères : l'Europe, la crédibilité en Europe, nos bonnes finances, nos bonnes réformes, crédibilité en Europe, l'efficacité c'est l'emploi, la hausse de l'emploi (ce qui est un point très clair) et la sérénité de la société, qui est la violence, le recul de la violence. L'Europe, l'emploi, la violence, c'est les trois critères, les trois paramètres sur lesquels on pourra lire, d'ici un an, le bilan de N. Sarkozy. Avant, nous sommes dans le style et pour le style, il est clair que le succès de N. Sarkozy sera durable.

Q.- Merci J.-P. Raffarin, merci d'avoir été notre invité ce matin.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 24 août 2007

Rechercher