Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à "RTL" le 27 août 2007, sur la médiatisation de la vie privée des responsables politiques, sur le climat au sein du Parti socialiste et sur la déclaration de Bernard Kouchner à propos du Premier ministre irakien. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à "RTL" le 27 août 2007, sur la médiatisation de la vie privée des responsables politiques, sur le climat au sein du Parti socialiste et sur la déclaration de Bernard Kouchner à propos du Premier ministre irakien.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. PS, premier secrétaire;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour F. Hollande. Bonjour. Vous réclamez le retrait des kiosques du magazine Closer qui publie cette semaine des photos de vous en vacances avec une femme présentée comme la femme de votre nouvelle vie. Vous faites cette demande au nom du respect de votre vie privée, F. Hollande, mais votre vie privée, justement, on en a beaucoup parlé ces dernières semaines, pendant et après l'élection présidentielle. Êtes-vous bien fondé, personnage public comme vous l'êtes, à réclamer le respect de votre vie privée ?

R.- Mais, on doit exiger de la transparence de la part des personnages publics. Mais, on n'a pas à s'immiscer, à s'ingérer dans leur vie personnelle. Je crois que c'est très important - pas pour moi, mais pour l'ensemble de la vie politique, mais pas simplement de la vie politique - de faire cette séparation. Donc, les tribunaux sont là pour être saisis lorsqu'il y a des manquements. Je n'ai pas plus de commentaires à faire parce que faire davantage de commentaires serait précisément tomber dans le travers que je veux dénoncer.

Q- D. de Montvallon, qui dirige la rédaction du Parisien disait samedi : il y a de l'hypocrisie parce que, écrit-il, le microcosme parisien est au courant et ne pas le dire, c'est ne pas informer ses lecteurs. Il y va, disait-il, de la crédibilité des journalistes.

R.- Écoutez, on verra ce que les tribunaux en pensent. Et je pense que, en matière d'hypocrisie, il faut toujours être très attentif car chacun peut être victime de ce qu'il pense pour d'autres.

Q.- Parfois, les hommes politiques médiatisent leur vie privée quand ça les arrange...

R.- Ce n'est pas mon cas.

Q.- Quand ça les arrange, on le voit, ce n'est pas votre cas....

R.- Ca ne l'a jamais été. Donc, je reste sur ce principe là. Maintenant, sur la vie politique, les questions méritent d'être posées sur les relations entre les uns et les autres. Et je crois que si on ne fait pas cette limite et qu'on ne la défend pas, alors on voit bien qu'il peut y avoir des dérives. Et y compris au niveau du président de la République. Je crois qu'il y a eu aussi des dérives, pas simplement de lui-même mais aussi de la part de la presse. Donc, posons les règles, faisons oeuvre de transparence sur tout ce qui relève de sa responsabilité politique, voire même personnelle ; mais gardons, je crois, le respect de l'intimité qui n'est pas simplement pour soi-même mais pour sa famille et pour ses proches.

Q.- Donc, vous saurez aujourd'hui si la justice défère à votre demande de retrait du magazine Closer des kiosques. S. Royal a fait sa rentrée samedi. Qu'avez-vous pensé de son discours ?

R.- Je pense qu'elle a eu raison d'appeler au travail collectif. C'est ce dont nous avons besoin, les socialistes. Parce qu'on parle beaucoup de rénovation ; et je suis moi-même...

Q.- Un ancien rénovateur.

R.- ... Un partisan de la rénovation. Elle est nécessaire. Mais, la première des rénovations pour une formation politique qui a perdu les élections et qui doit en tirer toutes les leçons, tous les enseignements et faire les choix nécessaires, c'est de faire un travail collectif.

Q.- Mais pourquoi vous ne le faites pas ?

R.- On va le faire, on va l'ouvrir, on va l'organiser, cela va se faire dans les semaines qui viennent... Vous voyez bien la rentrée désordonnée... ...Et quand S. Royal, elle-même, dit qu'elle s'inscrit dans ce travail collectif, elle a raison. La deuxième rénovation, c'est qu'il faut...

Q.- On a l'impression d'un très mauvais climat au Parti socialiste, F. Hollande...

R.-...Engager, c'est le respect des décisions. Quand des décisions sont prises, que ce soit des décisions de congrès quand nous en avons décidé, de vote pour un référendum lorsque nous en avons décidé. Lorsqu'il s'agit d'une désignation de candidat, il faut respecter la décision. Alors après, moi, ce que je vais proposer, c'est qu'on regarde tout ce qui nous unit comme socialistes - il peut y avoir tout de même des valeurs, des principes, des propositions communes - et ce qui doit faire débat entre nous, tranché par les militants le moment venu ou au cours d'un congrès, mais qu'on mette les choses à plat. Qu'est-ce qu'on fait par rapport à la mondialisation, jusqu'où va-t-on dans son acceptation et qu'est-ce qu'on fait sur le plan de la responsabilité individuelle, ou de la solidarité.

Q.- Vous voyez bien le mauvais climat au Parti socialiste, F. Hollande, vous en convenez quand même ce matin ?

R.- Si on veut sortir d'un climat qui est généralement celui des après défaites, il faut faire un travail collectif.

Q.- Il est mauvais le climat, vous le qualifieriez comme ça ?

R.- Mais, moi, je ne suis pas là pour faire de la météo politique, je suis là pour changer précisément le climat. Si on veut qu'il y ait une opposition...

Q.- Cela handicape le travail sans doute ?

R.- Mais, c'est pour ça que je fixe les règles. Si je suis là devant vous, c'est pour dire...

R.- Vous avez encore l'autorité pour le faire ?

Q.- Ecoutez, l'autorité, elle est dans la légitimité que j'ai du côté des militants socialistes. Ils veulent un travail collectif, ils veulent décider eux-mêmes, le moment venu - et j'ai dit que ce moment c'était l'après-municipales - ; ils veulent que les élections municipales soient préparées de la meilleure des façons sur une stratégie qui sera globale et pas simplement locale. Ils veulent qu'il y ait une opposition forte mais néanmoins crédible. Ils veulent que nous puissions travailler ensemble. Eh bien, je ferai en sorte que nous puissions nous engager dans ce cadre là et dans aucun autre.

Q.- F.-O. Giesbert, qui assurait l'édito d'RTL jeudi dernier, disait qu'on vous verrait bien rester à la tête du Parti socialiste sous l'amicale pression de vos amis, c'est vrai ?

R.- Je pense que ce serait effectivement une solution de facilité pour beaucoup...

Q.- Et pour vous aussi, ça serait bien ?

R.- Non, je crois qu'il y a un moment où il faut... Moi j'ai servi le Parti socialiste 5 ans avec L. Jospin, lorsque nous étions au gouvernement de la France, 5 ans dans l'opposition. Après la défaite du 21 avril 2002, j'ai redressé le parti, pas seul ; nous n'avons pas réussi néanmoins. Il faut qu'il y ait de nouvelles équipes, nouvelle génération ; qu'il y ait nouvelle donne qui soit distribuée au Parti socialiste et en même temps, j'ai besoin, moi, de la liberté que je retrouverai, tout en étant tout à fait attentif à l'avenir du Parti socialiste, en y prenant ma part, mais j'ai besoin aussi de cette liberté là, pour peser dans la vie politique française...

R.- Pourquoi faire ? Pour être candidat vous-même ?

Q.- Mais je ne suis pas là pour déjà prédéterminer des candidatures, je suis là pour faire que mon parti puisse être le mieux possible utile à la France.

Q.- On va parler du gouvernement de N. Sarkozy. Une polémique existe actuellement autour de B. Kouchner. Il aurait dit au journal Newsweek, apparemment, que la démission du Premier ministre irakien serait sans doute nécessaire. Qu'en pensez-vous F. Hollande ?

R.- Moi, je ne veux pas polémiquer avec B. Kouchner. La seule question qui doit être posée, c'est qu'elle est la politique de la France par rapport à l'Irak. Il y a eu un voyage improvisé du ministre des Affaires Étrangères...

Q.- Improvisé ! Ah bon ? Il n'était pas préparé ? Il a été reçu par tout le monde.

R.- Visiblement, il ne l'a pas été puisque, au sortir de ce voyage, il fait une interview en disant que celui qui l'a reçu, le Premier ministre, doit partir et il propose même un successeur. Donc, je pose cette question : est-ce que le président de la République est d'accord avec la position du ministre des Affaires Étrangères ? Est-ce que la politique de la France, c'est de choisir le prochain Premier ministre de l'Irak ? Je pense qu'il faut veiller à ce que la France puisse peser et ne pas s'ingérer.

Q.- Parler de ça ce matin au micro d'RTL, F. Hollande, c'est une façon de se venger de ce que vous a fait B. Kouchner ?

R.- Écoutez, non, je pense qu'il faut essayer de mettre objectivement les faits : B. Kouchner il n'est plus socialiste.

Q.- Si, il dit qu'il est socialiste, il n'est plus au Parti socialiste...

R.- Oh ! Pour l'être, d'inspiration et je le souhaite. Mais, il est membre d'une équipe, qui est une équipe, celle de N. Sarkozy et je ne veux pas l'accabler. Je pense qu'il ne joue finalement qu'un rôle réduit dans le Gouvernement de N. Sarkozy parce que c'est N. Sarkozy qui fait tout.

Q.- Mais, qui fait tout bien selon les Français puisque le sondage qu'on publie ce matin sur RTL, qu'on commente ce matin sur RTL, dit que 7 français sur 10 jugent son action positive.

R.- Et vous savez, quand les Français ont voté, qu'ils ont des problèmes de pouvoir d'achat, d'emploi, de rentrée scolaire, ils veulent que les dirigeants réussissent. Ils veulent que leur pays se redresse. Et donc, ils ont raison d'attendre beaucoup...

Q.- Ce n'est pas ça, ils le voient à l'oeuvre, et ils disent c'est positif.

R.- Pour l'instant, nous voulons que cette équipe réussisse...

Q.- Non, ils disent, c'est positif...

R.- Pour autant, non, ils disent sur le pouvoir d'achat, par exemple, ils disent sur l'emploi qu'ils sont sceptiques. Ils disent qu'il y a beaucoup de démagogie. Mais, moi, je ne suis pas là pour annoncer le pire. Je suis là pour dire qu'il y a un déni de la réalité de la part du Gouvernement. Quand le Premier ministre, hier, à la télévision, dit : "la croissance sera supérieure à 2,25 %" l'année prochaine. Chacun sait que c'est faux. Quand le Premier ministre dit que la crise financière ne va pas avoir de conséquences sur l'économie française, chacun sait que c'est faux. Et, il y a deux mesures à prendre, aujourd'hui, d'urgence : c'est le redressement de nos finances publiques ; toute aggravation des dettes est une traite tirée sur les générations futures. Et deuxièmement, c'est la relance de l'investissement privé.

Q.- F. Hollande qui a besoin d'être libre, était l'invité d'RTL ce matin.

R.- Et qui l'est.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 27 août 2007

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