Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 31 août 2007, sur la rentrée scolaire, la réduction des effectifs à l'éducation nationale et la mise en place du Comité sur la revalorisation du métier d'enseignant. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 31 août 2007, sur la rentrée scolaire, la réduction des effectifs à l'éducation nationale et la mise en place du Comité sur la revalorisation du métier d'enseignant.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti : R. Sicard.- Pour les élèves, la rentrée c'était, pour une partie d'entre eux, déjà cette semaine - pour ceux qui sont concernés par la semaine de quatre jours - ; mais pour le gros des troupes, ce sera mardi prochain. Avec déjà une polémique : le président de la Sorbonne dit que le bac c'est une arnaque ; le bac c'est ce que préparent tous les élèves. Est-ce une arnaque ou pas ?

R.- Le président de la Sorbonne rappelle que, parmi ceux qui se présentent au baccalauréat, l'immense majorité d'entre eux est reçue, quelque chose comme 80 %. Mais ce que je rappelle, y compris au président de la Sorbonne, c'est que, sur 100 élèves qui sont en âge de passer le baccalauréat, seuls 65 % d'entre eux l'obtiennent, cela veut dire qu'il y a un tiers d'une génération en âge d'avoir le baccalauréat qui ne l'a pas, et donc, on ne peut pas considérer que le baccalauréat soit donné à tout le monde, bien au contraire. Il n'y a même pas assez de bacheliers en France.

Q.- Mais est-ce qu'il faut le réformer ?

R.- C'est une question que l'on peut discuter, mais je le répète, ce qui compte surtout, c'est de faire en sorte que les générations qui montent aient toutes une qualification.

Q.- Vous, vous dites quand même : le bac, cela a encore de la valeur ?

R.- Cela a de la valeur puisqu'un tiers d'une génération ne l'a pas. La question que je me pose, moi, c'est que faire plutôt de ceux qui ne l'ont pas ? Comment faire en sorte qu'ils soient plus nombreux à l'avoir, et qu'ils soient plus nombreux à aller vers l'université, puisque nous avons tous en commun, tous les pays européens, le projet d'avoir un élève sur deux, un étudiant sur deux qui obtienne un diplôme de l'enseignement supérieur. Et pour avoir un diplôme de l'enseignement supérieur, il faut avoir le baccalauréat.

Q.- Ce que disent les syndicats, c'est qu'on n'y arrivera certainement pas en réduisant les effectifs. Or, vous avez annoncé 11.000 suppressions de postes en 2008 dans l'Education nationale. Pourquoi annoncer cela en 2007 ?

R.- Parce que la loi de Finances est ainsi faite, c'est que l'on examine le projet 2008 au cours de l'été 2007. Alors, du coup... D'ailleurs, les gens confondent ; beaucoup de gens me disent : mais alors à cette rentrée, il va manquer 11.000 personnes ? Non, c'est à la rentrée 2008.

Q.- Il manquera 11.000 personnes ?

R.- Ce sont 11.000 personnes qui ne sont pas renouvelées. Je rappelle tout de même que nous sommes 1,2 million, c'est-à-dire, que nous parlons ici d'un peu moins de 0,8 % de nos effectifs. Lorsque vous êtes 100 personnes dans une entreprise, comme par exemple ici, et qu'on vous dit "la semaine prochaine, vous serez 99 et des poussières", quand même généralement on y arrive. Cessons de faire croire qu'il suffit de rajouter sans cesse des moyens et des postes pour que l'Education nationale se réforme. Tout le monde sait que nous avons augmenté de près de 80 % dans les 20 dernières années notre budget sans pour autant obtenir une amélioration si sensible que cela. Les résultats français restent moyens, voire médiocres, nous sommes au milieu des classements internationaux, alors que beaucoup de pays qui ont moins de professeurs, qui donnent moins d'heures, qui ont des système beaucoup plus souples obtiennent des résultats scolaires meilleurs que nous.

R.-.- Justement, à propos de résultats, il y a un rapport qui est sorti cette semaine, et qui est assez accablant, qui montre que 15 % des élèves du primaire ont vraiment un niveau très insuffisant. Qu'allez-vous faire pour ces élèves-là ?

R.- C'est, en effet, une question absolument centrale qu'a soulevée le Haut Conseil pour l'école. C'est-à-dire, il y a cette marge d'élèves que l'on repère très souvent dès la fin de la maternelle, de la grande section de maternelle, et qui ont beaucoup de mal à aller jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire, et qui souffrent énormément. Eh bien, justement, cette frange d'élèves, ceux qui sont en difficulté en particulier nous rappellent ce que nous devons faire. Vous disiez pourquoi retire-t-on des emplois, pourquoi ne les remplace-t-on pas ? Ce que nous devons faire, c'est non pas rajouter encore des heures, rajouter encore des options, rajouter encore des enseignements ; c'est de nous occuper, de manière plus personnelle, plus individualisée, des élèves qui ont des difficultés ; c'est accompagner le parcours personnel des élèves. C'est-à-dire, quelque chose de très souple.

Q.- Cela ne nécessite-t-il pas des effectifs supplémentaires, justement ?

R.- Cela nécessite de travailler autrement, surtout, et ne pas considérer qu'il suffit de mettre des grandes masses, de rajouter des cubes dans un grand système, mais de mettre de la souplesse, de la réactivité, de faire en sorte que les établissements soient plus autonomes, que les équipes pédagogiques travaillent différemment, que l'on puisse regrouper les élèves par petites sections ou les accompagner lorsqu'ils sont en pleine difficulté dans telle matière. Bref, mettre de l'autonomie partout, de l'initiative partout, plutôt que de croire encore qu'il faut injecter massivement des moyens, aveuglément.

Q.- Chaque nouveau ministre de l'Education veut sa réforme. Va-t-il y avoir une grande réforme Darcos ?

R.- Ce n'est pas comme cela qu'il faut procéder, ce n'est pas au ministre de l'Education nationale de faire une grande réforme qui va s'appliquer uniformément en Lozère, dans la Creuse, ou dans la Saône-et-Loire. Il faut faire en sorte de laisser de l'initiative, de la liberté, de la confiance aux professeurs partout. Donc, je ne ferai pas une grande réforme, mais je m'appuierai sur ceux qui font le succès ou l'échec de l'école, c'est-à-dire les professeurs. Quand vous vous souvenez de votre passé scolaire, M. Sicard, vous souvenez-vous du nom du ministre, des grands théoriciens de l'école de l'époque ? Non. Vous vous souvenez d'un professeur, un homme ou femme, qui vous a apporté quelque chose. Ceux qui font que l'école réussisse, ce sont les professeurs, et c'est à eux qu'il faut faire confiance.

Q.- Alors, il s'agit aussi de revaloriser le travail des professeurs.

R.- Oui.

Q.-...Et vous avez demandé à un certain nombre de personnes de s'en occuper, dont M. Rocard.

R.- Oui.

Q.-...Vous dites que M. Rocard sera le personnage central de ce comité. Lui dit : "non, je serai simplement un personnage de base". Quelle est la réalité ?

R.- M. Rocard est un homme modeste. Mais dans une commission, présidée par monsieur M. Pochard, conseiller d'Etat, lorsque M. Rocard siège tout de même, monsieur M. Rocard, ce n'est pas exactement un homme lambda, donc, forcément ce sera une figure phare, c'est quelqu'un qui va être plus entendu que les autres, son expertise va marquer plus. Evidemment, sa présence donne un lustre particulier à ce comité.

Q.- Pensez-vous qu'il joue les modestes quand il dit qu'il sera un simple membre de base ?

R.- Il joue les modestes, il l'est sans doute, mais indéniablement, on ne peut pas s'appeler M. Rocard et être le membre lambda d'un comité.

Q.- Est-ce que c'est un nouveau débauchage d'une personnalité socialiste ?

R.- Ce n'est pas ainsi que j'ai raisonné. J'ai voulu que ce comité travaille de manière très indépendante, très libre, c'est le cas de M. Rocard. C'est un esprit libre, c'est un esprit qui n'est soumis aujourd'hui à aucune contrainte, et j'ai souhaité qu'il puisse faire entendre sa voix et son expérience.

Q.- Vous avez parlé du service minimum dans l'Education. Comment cela va-t-il se traduire ? Y aura-t-il des cours, même quand il y aura grève à l'Education nationale ?

R.- Non, ce que j'ai dit surtout c'est que, l'Education nationale, c'est la fonction publique. Les Français nous ont donné mission d'installer des services publics, le service minimum dans la fonction publique, donc il faut que nous y réfléchissions. Je ne crois pas...

Q.- Mais quelle forme cela pourrait-il prendre ?

R.- Je ne crois pas franchement qu'on puisse assurer un service minimum du cours de français ou d'histoire-géographie dans des établissements les jours où il y a grève. Et ce que je crois, c'est que nous pouvons examiner la manière dont les enfants seront accueillis, seront occupés, faire en sorte que l'établissement ne soit pas fermé le jour où il y a grève, parce que moi je pense aux familles. Lorsqu'il y a une grève et que les portes sont fermées, que font les parents, que font les enfants ? Donc, c'est une question que nous pouvons débattre. D'ailleurs, il y a déjà des réponses qui ont déjà été apportées par le passé sur ce sujet. Et je crois que les syndicats sont prêts à en discuter.

Q.- Est-ce que les professeurs doivent travailler plus ? Etes-vous sur cette ligne-là ?

R.- En tous les cas, je pense qu'il faut qu'ils travaillent différemment. Leur obligation de service aujourd'hui, cela consiste à dire : vous devez tant d'heures de cours d'une discipline par semaine. Je crois qu'il faut qu'on se rende compte que les élèves, car c'est pour les élèves que nous travaillons, les élèves ont besoin d'une autre forme de présence et de soutien.

Q.- Justement, les élèves ont besoin que les professeurs soient là pour le soutien scolaire. Des heures de plus pour le soutien scolaire ?

R.- Exactement, ils ont besoin de la présence des professeurs d'une autre manière...

Q.- Payés en plus ou pas ?

R.- Bien entendu. Voilà pourquoi d'ailleurs nous mettons en place, dès cette rentrée, les études surveillées de 16 à 18 heures, quatre jours par semaine, pour tous les collèges qui sont en éducation prioritaire, soit 1.119 collèges en France - 20 % des collégiens français - qui vont permettre aux élèves d'être accompagnés, d'avoir des cours particuliers, d'avoir des activités culturelles, et surtout, des activités sportives, comme le voulait le président de la République, qui voulait que nous doublions le temps d'éducation sportive à l'école. Donc, un accompagnement de proximité qui fait que, ceux qui n'ont pas des familles pour les soutenir, pour les aider à la sortie de l'école, trouvent auprès des professeurs, auprès des éducateurs une réponse à leurs difficultés.

Q.- Merci X. Darcos.

R.- C'est moi qui vous remercie.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 31 août 2007

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