Tribune de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Les Echos" du 31 août 2007, sur l'aide au développement orientée vers les pays sources d'immigration et sur la volonté d'impliquer les ressortissants étrangers pour l'investissement dans leur pays d'origine, intitulée "Le codéveloppement, un enjeu majeur pour la France". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Les Echos" du 31 août 2007, sur l'aide au développement orientée vers les pays sources d'immigration et sur la volonté d'impliquer les ressortissants étrangers pour l'investissement dans leur pays d'origine, intitulée "Le codéveloppement, un enjeu majeur pour la France".

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement

ti : Le codéveloppement, un enjeu majeur pour la France.

La présence du codéveloppement dans l'intitulé du nouveau ministère dont j'ai la charge ne relève pas du hasard. Elle est le signe d'une volonté forte du président de la République et du Premier ministre de donner à l'aide au développement une nouvelle orientation et une nouvelle dimension. Le mécanisme est connu : la pression de l'immigration, qui s'exerce sur le Nord, se nourrit des déséquilibres du Sud. Aujourd'hui, le continent africain représente à lui seul 65 % des flux migratoires réguliers vers la France. Et pour cause, plus d'un tiers des 900 millions d'Africains vivent avec moins de 1 euro par jour et plus de la moitié ont moins de 17 ans.

Notre ambition est claire : devenir un exemple en Europe en imaginant et mettant en oeuvre des outils efficaces d'aide au développement des pays du Sud, impliquant les migrants et leur permettant de contribuer au développement de leur pays d'origine. Notre objectif est de permettre aux ressortissants des pays d'émigration de mieux vivre chez eux, plutôt que de survivre ailleurs. Concrètement, qu'allons-nous faire ?

Nous allons encourager le développement des pays d'origine en prenant en compte, mieux et plus que par le passé, l'apport des immigrants, et en créant, pour la première fois dans notre pays, une gestion concertée des flux migratoires, en coordination avec les gouvernements des pays d'origine. Avec Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères et européennes, et Jean-Marie Bockel, le secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, j'entends participer activement à la définition et à la mise en oeuvre d'une politique d'aide au développement orientée vers les pays sources d'immigration.

Le moment est venu de nouer des partenariats avec les pays les moins développés, en particulier en Afrique, pour réguler ensemble, dans l'intérêt des deux parties, les flux migratoires. Les pays d'origine nous feront part de leurs besoins et s'engageront à nos côtés contre l'immigration illégale, en échange de quoi nous accueillerons un certain nombre de leurs ressortissants et formerons leurs élites, charge à celles-ci de mettre ensuite leur formation au service de leur pays.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait signé un accord de cette nature avec le Sénégal, le 23 septembre 2006. J'en ai signé un autre avec le Gabon, le 5 juillet. J'ai engagé des discussions avec le Bénin en m'y rendant en juin dernier. J'ai également recueilli l'accord de la République du Congo pour préparer un tel accord. Notre approche de l'aide publique au développement sera très pragmatique. Nous souhaitons privilégier les actions sectorielles et géographiques, notamment en matière de santé, d'état civil, d'aide au secteur productif et universitaire. Par ailleurs, grâce notamment à la carte "compétences et talents", nous veillerons à faciliter la circulation des cadres immigrés des pays en développement qui le désirent.

Parallèlement, je donnerai une impulsion nouvelle à l'implication des ressortissants étrangers vivant en France dans le développement de leurs pays d'origine. Par l'importance des transferts d'épargne qu'ils opèrent comme par les compétences et expériences qu'ils acquièrent dans le pays d'accueil, les migrants jouent un rôle important dans le développement de leurs pays d'origine. Si nous entendons mobiliser les crédits du codéveloppement pour cofinancer des projets mis ensuite en oeuvre par les diasporas, nous souhaitons également mobiliser l'épargne des migrants. Aujourd'hui, 80 % des transferts de fonds des migrants en France dans leur pays d'origine, soit 8 milliards d'euros, sont consacrés à la consommation courante. Leur utilisation même partielle à des fins d'investissement productif constituerait un levier essentiel de développement. C'est pourquoi j'ai demandé à la Direction générale du Trésor de conduire, avec la Fédération bancaire française, un travail approfondi pour faciliter les mécanismes de transfert de l'épargne des migrants vers des projets d'investissement utiles aux pays d'origine.

J'entends aussi augmenter très fortement notre effort d'aide à la réinsertion économique des migrants souhaitant retourner volontairement dans leurs pays d'origine. Cette aide doit être proposée à tous les étrangers en situation irrégulière ayant été invités à quitter le territoire. Ce dispositif, qui concernait 1.000 personnes en 2005 et 2.000 en 2006, sera augmenté de 25 % en 2007. Enfin, nous mettrons en oeuvre le "compte épargne codéveloppement", qui incitera fiscalement les migrants séjournant en France à investir leur épargne dans des projets économiques mis en place dans leur pays d'origine.

J'ajoute que nous devons utiliser, autant que possible, le levier européen. L'Union européenne a trop longtemps ignoré le lien entre l'aide au développement et la lutte contre l'immigration irrégulière. Le grand rendez-vous de 2008 sera l'occasion d'évoluer : la France aura la chance, dans un an, de présider l'Union européenne et, ce faisant, d'afficher ses priorités.

A l'évidence, notre dialogue bilatéral avec les pays d'origine sera d'autant plus riche que nous saurons aussi aborder les questions essentielles dans les enceintes multilatérales. C'est dans cet esprit que la France organisera, au deuxième semestre 2008, une conférence euro-africaine sur les migrations et le développement.

Le développement, la mondialisation et les migrations sont intimement liés et les défis qui se posent dans ces trois domaines concernent aussi bien les pays du Nord que ceux du Sud. En choisissant, conformément aux engagements du président de la République, d'accorder une place accrue au codéveloppement, nous allons non seulement favoriser le développement économique de pays qui en ont besoin, mais, au-delà, faire en sorte que, dans les pays de départ comme dans ceux d'accueil, les migrations soient enfin vécues comme une chance d'enrichissement partagé.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 septembre 2007

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