Tribune de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, dans le quotidien polonais Fakt le 1er septembre 2007, sur l'apport du syndicat Solidarité issu des accords de Gdansk de 1980 à l'évolution de la démocratie en Pologne et à l'Est. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, dans le quotidien polonais Fakt le 1er septembre 2007, sur l'apport du syndicat Solidarité issu des accords de Gdansk de 1980 à l'évolution de la démocratie en Pologne et à l'Est.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Voici plus d'un quart de siècle, en 1980, les accords de Gdansk ouvraient la voie à la création du syndicat "Solidarité". Ce fut une révolution. Pour la première fois, et sans violence, le "socialisme réel" dut reculer devant la réalité de la société. Les ouvriers polonais, derrière Lech Walesa, et avec eux toute la Pologne, infligèrent au pouvoir communiste une défaite historique. On en connaît les conséquences : grâce à leur courage, leur habileté politique et leur obstination, ils changèrent le monde.

Pour ceux qui, comme moi, étaient engagés depuis longtemps dans l'action humanitaire, la défense des Droits de l'Homme et des valeurs de la démocratie, la naissance de Solidarnosc leva un formidable espoir. "Solidarité" devint aussitôt un mot d'ordre, un principe et une obligation.

J'ai conservé un souvenir très vif de cette lueur qui s'allumait à l'Est et du combat qu'il fallut mener pour qu'elle ne s'éteigne pas. Alors à la tête de Médecins du monde, je me suis rendu en Pologne, où l'état de guerre avait été décrété, avec Simone Signoret et Michel Foucault, le premier directeur du Centre de civilisation française à Varsovie.

Des convois de Médecins du monde furent organisés vers la Pologne. Il fallait agir dans l'urgence, transporter du matériel d'imprimerie, du papier, de l'encre. Défendre la liberté syndicale, c'était défendre nos libertés, c'était tenter de changer le destin de l'Europe.

Mes rencontres avec les militants de "Solidarnosc" comme avec ceux qui luttaient depuis longtemps pour la démocratie - je pense en particulier à Bronislaw Geremek et à Adam Michnik -, furent exaltantes : nous retrouvions enfin des frères.

Je songe aussi à Marek Edelman qui, depuis son engagement dans le Bund, son rôle dans l'insurrection du ghetto de Varsovie et dans son soutien à Solidarité, a été dans toutes ces luttes fidèle à lui-même. Et au cardinal Lustiger que j'ai croisé, pour la première fois, durant ces moments éprouvants. Je salue ici la mémoire de celui qui fut un partisan infatigable de la liberté des peuples de l'Europe de l'Est et singulièrement de la Pologne, sa seconde patrie.

Depuis cette époque, que de bouleversements ! Nous avons su ensemble transformer les solidarités souterraines en une communauté de destin et la Pologne est entrée dans l'Union européenne.

"Solidarité" demeure le nom d'un syndicat, mais c'est aussi l'un des idéaux de cette Europe que nous construisons. Solidarité quand nous arrêtons le budget communautaire et quand nous défendons les politiques communes. Solidarité quand nous appuyons le développement régional des territoires les moins favorisés. Solidarité quand nous organisons un espace commun de sécurité et de justice. Solidarité quand nous décidons une politique énergétique européenne pour faire face aux défis de l'avenir. Solidarité quand nous nous engageons côte à côte au Kosovo, au Congo ou au Liban.

La solidarité est au coeur de la construction européenne. Voilà l'héritage des accords de Gdansk. Je sais que la Pologne et l'Europe sauront s'en montrer dignes. En relançant la dynamique européenne, en engageant la réflexion sur les grands chantiers de l'avenir, en affirmant nos responsabilités au service de la sécurité de l'Europe et du monde, la France continuera de porter la solidarité communautaire au plus haut.

Je suis convaincu, pour ma part, de la nécessité d'une Europe forte, c'est-à-dire une Europe capable d'agir et d'intervenir dans le monde, une Europe ouverte, fière de ses valeurs et prête à les incarner, une Europe disposée à partager ses savoirs et ses talents. Sur ce chemin, chacun tirant à sa façon les leçons de "Solidarnosc", j'ai la certitude que la France et la Pologne seront des partenaires majeurs et solidaires. Ce n'est pas toujours facile, nous le savons, mais c'est une raison supplémentaire de continuer à travailler de concert.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 septembre 2007

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