Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la décentralisation du Conseil des ministres à Strasbourg, les propositions pour le développement de l'Alsace et les mesures prises pour relancer l'économie et réformer l'Etat, Strasbourg le 7 septembre 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la décentralisation du Conseil des ministres à Strasbourg, les propositions pour le développement de l'Alsace et les mesures prises pour relancer l'économie et réformer l'Etat, Strasbourg le 7 septembre 2007.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement à Strasbourg (Bas-Rhin) le 7 septembre 2007, dans le cadre de la Foire européenne

ti : Madame le maire,
Monsieur le président de la communauté urbaine,
Messieurs les présidents du conseil régional et du conseil général,
Mesdames et messieurs les élus,
Messieurs les présidents des chambres consulaires,
Mesdames et messieurs,


J'ai voulu être parmi vous parce que la Foire européenne de Strasbourg est un événement majeur pour votre ville et pour toute l'Alsace. Elle marque le coup d'envoi de sa rentrée et illustre son dynamisme.

Le Conseil des ministres s'est réuni ce matin, non pas à l'Elysée, mais à Strasbourg. C'est la première fois depuis 1976 qu'un conseil est décentralisé. Ce choix a un sens ! Il indique que nous gardons le cap du changement dans la manière de faire de la politique. Tout ne vient pas de Paris et tout ne se passe pas à Paris.

L'énergie du pays est partout. Elle est ici, et elle est en vous. La plus grande force de la France, c'est les Français eux-mêmes. Les Français avec leurs ambitions et leurs projets que nous voulons libérer. C'est donc avec eux et auprès d'eux, que nous devons agir.

Nous avons délibérément choisi Strasbourg et l'Alsace car il y a là un formidable potentiel économique et social qui exige d'être soutenu et valorisé. Votre région est au 14e rang des régions françaises en termes de population, mais elle est au 3e rang en ce qui concerne le PIB par habitant.

L'Alsace croit au travail. Elle est créative. Elle est européenne. Son économie est fortement exportatrice. Venir à votre rencontre, c'est donc une manière de saluer la France qui y croit, la France qui s'engage. C'est aussi faire honneur à Strasbourg, capitale européenne, capitale de l'espace rhénan, symbole de l'amitié franco-allemande.

Ici, on conjugue l'amour de la France et la passion de l'Europe. Cette Europe, qui, ces dernières années, nous attendait, nous espérait et qui nous a vu revenir en force depuis quatre mois pour résoudre ses blocages institutionnels.

L'Alsace croit en l'Europe, et elle aime naturellement et passionnément la France et cet amour est réciproque. Pourtant, il faut le reconnaître : Paris n'a pas toujours été à la hauteur de cet attachement mutuel, de sa force, de ses exigences.

Aujourd'hui, je suis venu vous dire que le Gouvernement se tient résolument aux côtés de l'Alsace et qu'il veut lui témoigner la considération qu'elle mérite. Je suis venu vous dire que nous croyons en vos atouts et qu'il faut maintenant investir et agir ensemble.

Ce matin, le Conseil des ministres a pris des décisions volontaristes, notamment sur la question des infrastructures.

Sur le TGV Est, tout d'abord. Son inauguration en juillet a été un succès exceptionnel. Pourtant, il ne parcourt une ligne à grande vitesse qu'entre Paris et Baudrecourt en Moselle. Son achèvement ne doit plus attendre ! C'est pourquoi nous allons lancer la 2e phase du TGV Est, qui permettra un parcours complet à grande vitesse jusqu'à Strasbourg. C'est une question de justice pour les Alsaciens, qui ont participé au financement de la 1ère phase.

C'est aussi une question stratégique, car l'enjeu est d'inscrire le maillon Paris-Strasbourg dans un réseau européen de lignes à grande vitesse, filant vers Munich, Vienne ou Prague.

Deuxième mesure : la circulation routière à Strasbourg. Depuis quinze ans, les études sur un contournement autoroutier à l'Ouest de Strasbourg se succèdent sans déboucher. Maintenant, place à l'action ! Je vous annonce le dépôt au Conseil d'Etat du projet de décret déclarant d'utilité publique le grand contournement ouest par l'A 35. Je rassure ceux qui sont inquiets pour la biodiversité. Nous prendrons toutes les mesures pour la conservation du grand hamster.

Troisième mesure : nous allons lancer l'expérience de taxation des poids lourds, car il faut réagir face à l'afflux des camions qui passent par l'Alsace pour esquiver la taxe allemande.

Cette possibilité a été introduite par la loi du 5 janvier 2006 qui n'a toujours pas été appliquée, au grand dam des Alsaciens qui pâtissent au quotidien de ce détournement de trafic. Il ne serait pas juste que votre économie ne bénéficie pas de cette taxe. C'est pourquoi une partie de son produit sera affectée à des investissements routiers ou ferroviaires en Alsace.

Nous avons également décidé de poursuivre notre effort de rénovation urbaine.

Décidé aussi de réaffirmer fortement l'engagement de l'Etat sur la sécurité, en étroite collaboration avec la ville de Strasbourg. Face à la délinquance et la violence, il ne faut pas céder d'un centimètre. Avec vous, madame le maire, nous ne céderons rien.

Enfin, nous avons décidé d'amplifier notre soutien sur l'enseignement supérieur et la recherche. Nos engagements sont clairs : nous allons soutenir vigoureusement le pôle de compétitivité "innovations thérapeutiques", l'école de chimie de Mulhouse, la réhabilitation de la bibliothèque universitaire de Strasbourg et le magnifique projet de fusion de ses trois universités qui, conjuguées à l'autonomie, va leur permettre de devenir une des plus grandes universités d'Europe et du monde.

Voilà, mesdames et messieurs, quelques-unes des décisions qui ont été actées ce matin par Nicolas Sarkozy et moi-même. Si nous sommes ambitieux pour l'Alsace, nous le sommes tout autant pour le pays.

Au printemps, les Français ont voté pour un projet de rupture. Ils ont senti que le temps de l'action et de la modernisation était venu. Les Français nous ont dit " agissez " : nous agissons ! Ils nous disent aujourd'hui "ne calez pas " : nous ne calerons pas ! Notre message est clair : la France est en mouvement, et elle est en train de se libérer des poids et des carcans qui l'étouffaient !

En quatre mois, nous avons cassé l'image d'une France immobile, incapable de se réformer, condamnée à la frilosité. On disait que les Français ne croyaient plus à la valeur du travail... On les disait hésitants à l'idée de se "retrousser les manches" . On le voit chaque jour. Tout cela est faux. Et ils le démontrent jour après jour.

La loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat va entrer en vigueur le 1er octobre. Les heures supplémentaires seront détaxées et le bouclier fiscal sera porté à 50 %. Nous allons enfin pouvoir augmenter de manière massive le travail, promouvoir l'effort, récompenser le mérite à sa juste valeur !

La fiscalité va redevenir favorable aux investissements dans les PME. Les contribuables assujettis à l'ISF vont pouvoir bénéficier d'une réduction de cet impôt à hauteur de 75 % des sommes investies dans le capital des entreprises. Cet avantage fiscal, qui peut atteindre 50 000 euros, doit permettre de dynamiser nos PME.

Plus de travail d'un côté, plus d'innovation et de formation de l'autre : voilà notre stratégie. Nous sommes engagés à fond dans la bataille de l'intelligence.

Après vingt années d'hésitation, vingt années de rapports mis au placard, la réforme des universités est enfin votée et enclenchée. Nos universités vont devenir plus autonomes, et donc plus efficaces dans leur gestion et leur travail scientifique. 2 milliards d'euros supplémentaires pour l'enseignement et la recherche sont prévus dans le budget 2008.

Parallèlement, la recherche privée va faire l'objet d'un soutien décisif, grâce à une réforme radicale du crédit impôt recherche. Trop complexe, le système actuel sera remplacé par un dispositif simple et massif : un crédit d'impôt de 30 % de tous les investissements de recherche sera accordé aux investisseurs. 100 % des dépenses de recherche seront ainsi éligibles au nouveau dispositif. Afin d'inciter les entreprises à y entrer, le taux du crédit d'impôt sera même de 50 % la première année.

Bref, nous avons déjà levé plusieurs freins qui bloquaient la France. Mais cela n'est qu'un début. Qu'un début car le malaise français est profond.

Nous vivons depuis plus de dix ans avec un taux de croissance inférieur à celui de nos partenaires européens. Et depuis quinze ans avec un taux de chômage supérieur. Ce simple diagnostic, qui transcende largement les clivages partisans, nous invite à toutes les audaces.

La récente crise boursière américaine comme le ralentissement conjoncturel de l'économie mondiale, ne modifie pas fondamentalement notre cap.

La croissance, mesdames et messieurs, résulte d'une stratégie cohérente et déterminée. Avec le président de la République et Christine Lagarde, je crois que l'économie française mérite mieux qu'un pilotage à vue. Il faut agir sur le fond. Avec continuité et ténacité. Il faut renforcer notre productivité : c'est l'exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires.

Il faut maintenir la consommation et le pouvoir d'achat : c'est la déduction des intérêts d'emprunt immobilier, c'est l'allègement des droits de succession et de donation et c'est le plafonnement des impôts directs à 50 %.

Il faut favoriser l'innovation : c'est la refonte du crédit impôt recherche et l'allègement de la fiscalité pour les investissements dans les PME.

Il faut moderniser l'Etat : c'est l'obligation du service minimum dans les transports, c'est la stabilité des dépenses publiques, c'est le non remplacement d'une partie des fonctionnaires partant à la retraite.

Tout ceci est cohérent. Tout ceci se tient. Mais tout ceci n'est pas suffisant. Dans les mois qui viennent, nous allons réformer en profondeur notre économie. Il faut lever les obstacles culturels et administratifs qui brident encore l'activité, qui dissuadent les entrepreneurs, qui découragent les commerçants, qui étouffent les salariés et les consommateurs.

Nous allons réformer le marché du travail. Il faut que ce marché soit plus fluide, plus souple, et en même temps plus sécurisant pour les parcours professionnels.

Fusion de l'ANPE et de l'Unedic, évolution du contrat de travail, réforme de la formation professionnelle, emploi des seniors : tout cela va évoluer. Ces réformes, il faut qu'elles puissent se déployer sur des bases solides et saines.

La dette publique nous tire vers le bas. Il faut arrêter de vivre à crédit. Il est vital de contenir les dépenses publiques. Pour investir sur l'avenir, il faut nous désendetter. Pour nous désendetter, il faut dépenser un peu moins et surtout mieux. C'est notre volonté, et c'est pourquoi le budget 2008 est placé sous le signe de la responsabilité. A plus long terme, nous sommes en train de passer au peigne fin l'ensemble de nos dépenses. Cette " revue générale des politiques publiques " sera suivie d'une réforme de l'Etat, qui ne se résumera pas à la réduction du nombre de fonctionnaire. Nous allons rationaliser les structures, évaluer leurs résultats, responsabiliser les agents publics, et mieux les considérer, tant au plan de leur carrière que de leur rémunération.

Voilà la dynamique que nous sommes en train d'impulser. La France change. Elle se modernise. Se détache de ses nostalgies anciennes. Se libère de ses peurs. La voici dans le XXIe siècle, disposée à tenir sa place. Les choses vont beaucoup vite qu'on ne le dit, parce que les Français ont beaucoup plus d'allant qu'on ne le croit.

Le goût de l'action et le sens de l'intérêt général doivent nous guider. Aujourd'hui, à Strasbourg, c'est ce message d'unité et d'audace que le Gouvernement a voulu partager avec vous.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 10 septembre 2007

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