Déclaration de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la mise en place du Comité de suivi des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires, à Paris le 10 septembre 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la mise en place du Comité de suivi des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires, à Paris le 10 septembre 2007.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Installation du Comité des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires, à Paris le 10 septembre 2007

ti : Monsieur le Ministre, cher Xavier,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,


Je suis heureuse de vous accueillir aujourd'hui au Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, en compagnie de mon collègue Xavier Bertrand, Ministre du travail, des relations sociales, et des solidarités, pour installer officiellement le comité des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires. Ce comité, nous l'appelons entre nous le Sta-Pro.

En effet, ce titre un peu long comprend deux mots clés essentiels à mes yeux : le stage et la professionnalisation. La relation du premier au second est naturelle et il me semblait important de la souligner. La généralisation des stages entraîne mécaniquement une professionnalisation plus forte des cursus universitaires. La professionnalisation des cursus universitaires, nécessaire et demandée par tous, ne peut pas se faire sans une moralisation des stages.

C'est donc un comité ambitieux que nous installons aujourd'hui.

1. L'ambition

Sa mise en place s'inscrit dans le droit fil des actions entreprises par mes prédécesseurs mais aussi depuis mon arrivée : je pense bien sûr la signature de la Charte des stages qui est intervenue au printemps 2006, mais aussi à la loi du 11 Août 2007 relative aux responsabilités et aux libertés des universités, qui dote les universités d'une nouvelle mission : celle de l'insertion professionnelle des étudiants. Pour ce faire, un nouvel outil est mis en place : un bureau de l'insertion professionnelle sera créé dans chaque université.

Il nous faut aujourd'hui accompagner ces changements, les rendre concrets pour les étudiants et le monde du travail, les rendre lisibles et efficaces.

Ce que nous voulons, c'est changer d'époque. Repenser la relation entre le monde du travail et les universités. Ancrer les formations universitaires dans la France de demain. Construire pour les étudiants des passerelles naturelles vers le monde du travail et l'emploi, inciter les entreprises et les employeurs à puiser plus largement encore dans le vivier de l'université française.

Nous voulons jeter les bases d'une relation renouvelée, d'une confiance réciproque entre les deux acteurs de l'emploi et du développement du pays que sont les étudiants et les employeurs.

Vous le savez tous, vous avez même souvent eu l'occasion de me le rappeler, la question des stages étudiants m'intéresse depuis longtemps. En tant que député, j'avais travaillé longuement sur cette question, avec plusieurs d'entre vous. Nous avions dégagé plusieurs pistes et des propositions audacieuses. Certaines ont déjà été retenues par mes prédécesseurs, d'autres doivent être retravaillées, approfondies, et de nouveau mises sur la table.

Si la question des stages est centrale, notamment pour créer du lien et de la confiance entre le monde de l'université et celui du travail, elle n'est cependant pas exhaustive. C'est tous les aspects de ce lien qu'il nous faut réétudier. C'est pourquoi j'ai souhaité que ce comité soit intitulé « comité des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires ». En effet, il vous faudra poser la question de la place des expériences professionnelles dans les cursus, de la forme qu'ils doivent revêtir, de leur apport et de leur évaluation. L'objectif est clair : il faut professionnaliser tous les cursus. Vous savez que nous avons lancé un chantier sur la réussite en licence dont les conclusions seront rendues d'ici à la fin de l'année. Mais je le dis dès aujourd'hui : chaque diplôme post baccalauréat devra à terme comporter au moins un stage dans le monde professionnel. Le passage dans l'entreprise ou auprès d'un employeur ne peut plus demeurer l'apanage de certains diplômes ou de certains cursus, il doit être généralisé, et pour cela, mieux encadré, mieux compris par les enseignants et les étudiants, mieux pensé par les employeurs publics et privés.

Je sais que certains étudiants n'ont pas vocation à effectuer une carrière dans l'entreprise, ils peuvent se destiner à la recherche, à l'enseignement ou aux métiers de la fonction publique. Ils doivent même être encouragés dans cette voie car la France a besoin de chercheurs nombreux et performants si elle veut garder voire améliorer sa place dans le monde. Mais rien n'empêche, à un moment ou à un autre de la scolarité, de les confronter au monde de l'entreprise par exemple. Rien n'empêche non plus de généraliser la pratique des stages dans le secteur public. C'est ce qui est prévu pour la formation des enseignants dans le nouveau cahier des charges des IUFM. L'expérience qu'ils en tireront doit être valorisée dans leur cursus. Elle leur permettra également de comprendre les enjeux du travail qu'ils s'apprêtent à accomplir, la finalité et les applications possibles de leurs travaux.

Dans la lettre de mission qui a été remise aux Présidents et dont vous trouverez une copie dans les dossiers qui vous ont été remis, nous avons assigné plusieurs missions à votre comité.

2. Les missions du comité

La collecte de l'information d'abord.

Nous ne disposons pas de données réellement fiables à ce jour, recensant les stages étudiants : l'offre est dispersée, les stages effectués peu ou mal comptabilisés, les analyses sur leur déroulement, leur durée, le montant des gratifications proposées ou offertes, quasi-inexistantes. Le comité doit se saisir de cette question car des propositions doivent toujours s'appuyer sur un diagnostic fiable. La diversité de la composition du comité que nous avons souhaitée est, par nature, un gage d'objectivité. Ce comité sera notre expert indépendant.

La bonne application des textes existants ensuite.

La loi du 31 mars 2006 pour l'égalité des chances avait permis de clarifier les bases de la relation entre les entreprises et les étudiants qui effectuent des stages. Elle a d'ores et déjà été prolongée par la conclusion de la charte des stages étudiants en entreprise et des dispositions réglementaires importantes sur l'encadrement des cas de recours aux stages et la détermination d'une convention-type de stage. Un décret relatif à la gratification est en préparation au ministère du travail. Le comité devra s'assurer que ces textes sont connus de tous les acteurs concernés et qu'ils sont appliqués avec vigilance.

Une force de propositions nouvelles, innovantes, pour améliorer et renforcer le lien entre les universités, les étudiants et le monde du travail.

Ces propositions ont un double enjeu : elles doivent concerner à la fois l'accueil des étudiants dans l'entreprise, et l'intégration du passage en entreprise dans les cursus, la professionnalisation de ces cursus, que ce soit au travers de stages, de l'apprentissage, d'un accès possible au contrat de professionnalisation pour les étudiants ou à toute autre forme de scolarité en alternance. Au total, votre champ de compétence doit s'étendre à l'ensemble des relations de l'étudiant avec le monde du travail.

C'est le rôle de ce comité : être force de proposition, promoteur des bonnes pratiques, boîte à idées audacieuses. Il vous faudra réfléchir aux blocages qui persistent, aux abus qui sont dénoncés, aux encadrements qui pourraient être trouvés pour assainir encore la relation université / monde du travail, tout en limitant les effets pervers d'une trop grande réglementation en la matière. Je suis décidée à avancer rapidement, avec vous, sur ces sujets. J'ai même quelques idées personnelles sur la question. Vous les connaissez, je les mettrai à l'agenda des réflexions du comité. Je me suis engagée auprès des deux présidents du comité à mettre en oeuvre dans les meilleurs délais toute proposition qui émanerait du comité et se révélerait consensuelle. Je ne souhaite pas de grand-messe, de grande loi générale. Lorsqu'une mesure fait consensus, nul besoin d'attendre. Nous travaillons à sa mise en oeuvre immédiatement.

L'extension de la réflexion et de l'évaluation aux fonctions publiques enfin.

J'ai souvent eu l'occasion de le dire : l'Etat doit être exemplaire. Nous devons nous appliquer à nous même ce que nous préconisons pour les autres. Les fonctions publiques doivent s'ouvrir aux étudiants de toutes filières, pour y susciter des vocations peut-être, bien sûr, mais aussi pour en améliorer leur connaissance. L'échange entre ces deux mondes ne peut être que fructueux. La fonction publique sera, quoi qu'il advienne, un interlocuteur important de l'étudiant après son entrée dans la vie active.

3. une ligne de conduite : la lutte contre toute forme de discrimination

Je voudrais m'arrêter un instant sur un sujet plus particulier mais qui me tient à coeur : c'est celui de la lutte contre toute forme de discrimination. Je veux que vous ayez, tout au long de votre travail, ce souci en permanence à l'esprit. Les stages étudiants sont une porte d'entrée dans l'entreprise, mais cette porte reste fermée pour bien des étudiants. Je pense bien sûr aux discriminations en raison de l'origine, du sexe ou de la couleur de peau. J'ai demandé à M. Lozes, Président du CRAN, le Conseil National des Associations Noires, de rejoindre ce comité pour nous apporter son expérience et ses idées dans ce domaine.

Mais je pense aussi à un autre type de discriminations, peut-être plus pervers encore, pour le moins beaucoup plus complexe à corriger. C'est celle que l'on appelle, en langage politiquement correct, « l'inégale répartition du capital relationnel ». La discrimination par le réseau. Il est infiniment plus simple pour un étudiant dont les parents sont entourés, insérés dans la vie professionnelle, particulièrement dans les grandes entreprises ou les professions libérales, de trouver un stage. Il est plus facile de frapper à la porte d'une entreprise quand on en connaît les codes parce que notre entourage immédiat nous y a initiés. Il est plus simple d'aller présenter son CV à un employeur qui a fait les mêmes études que soi.

C'est une discrimination insidieuse car elle se fait avant même l'arrivée chez l'employeur potentiel. Elle s'opère de manière sournoise. Elle a pour conséquence la reproduction sociale et l'absence de possibilité de promotion des jeunes hors système. Il nous faut donc y trouver des solutions adaptées, originales : je pense à l'accompagnement à la recherche de stages que certaines académies ou universités ont développés. Je pense aussi à l'organisation de forums de stages dans universités avec des entretiens organisés pour mettre en concurrence les étudiants, come cela se pratique dans les grandes écoles. Mais il y a d'autres idées à développer et je compte sur votre concours dans ce domaine.


Pour symboliser le rapprochement entre le monde du travail et l'université, nous avons souhaité une coprésidence qui associe ces deux mondes : un chef d'entreprise et un universitaire, qui a de surcroît été président d'université, Je remercie ainsi Monsieur Geoffroy de Bézieux et Monsieur Daniel Laurent d'avoir accepté cette tâche, malgré leurs emplois du temps très chargés, avec enthousiasme.

Je sais qu'ils sauront vous guider dans vos réflexions et instaurer entre vous tous un climat de confiance, qui préfigurera, à n'en pas douter, celui que nous souhaitons tous voir naître entre les universités et le monde du travail !

Je remercie les partenaires sociaux, les organisations étudiantes et les personnalités qualifiées parmi lesquelles plusieurs directeurs des ressources humaines d'entreprise et les représentants des ministères, d'abord le ministère du travail, d'avoir accepté de se joindre à cette réflexion essentielle et concrète sur la première rencontre entre les étudiants et le monde professionnel. Donnons ensemble les garanties nécessaires pour que cette première rencontre puisse se transformer en belle histoire.

Source http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 11 septembre 2007

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