Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat chargé des transports, à La Chaîne Info le 20 septembre 2007, notamment sur la réforme des régimes spéciaux de retraite et le préavis de grève à la SNCF, le transport de marchandises et les relations entre le Président de la République et le Premier ministre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat chargé des transports, à La Chaîne Info le 20 septembre 2007, notamment sur la réforme des régimes spéciaux de retraite et le préavis de grève à la SNCF, le transport de marchandises et les relations entre le Président de la République et le Premier ministre.

Personnalité, fonction : BUSSEREAU Dominique, BARBIER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports;

ti : C. Barbier.- C'est la grève ! Ce sera la grève le 17 octobre, à la SNCF, peut-être à EDF, à GDF, à la RATP. Vous disiez hier ne pas redouter le conflit. Eh bien, vous avez le conflit. Est-ce le spectre de novembre-décembre 1995 qui resurgit ?
 
R.- Je pense que cette grève ce n'est pas une bonne idée. Je veux dire par là que le président de la République a fixé un cadre pour la réforme des régimes spéciaux. Mon collègue, X. Bertrand, le ministre du travail, va recevoir les organisations, il a déjà commence depuis hier. Et puis, dans la SNCF, une fois que X. Bertrand aura fixé le cadre, il y aura négociation sur tout cela.
 
Q.- C'est une réponse archaïque de bloquer la France une journée ?
 
R.- Si vous voulez, c'est une réponse qui m'attriste un peu parce que la SNCF est une entreprise encore fragile. L. Gallois a mené un redressement, même si aujourd'hui l'entreprise ne gagne pas beaucoup d'argent, elle en gagne quand même. Et donc, c'est dommage de l'affaiblir à un moment où elle est en train de reprendre des parts de marché sur le fret, au moment où le TGV et le TER marchent très bien. Et chacun sait qu'une journée en moins dans l'activité d'une entreprise, dans la rentrée d'automne, c'est une perte sèche, très importante pour l'entreprise. Donc, ce n'est pas une bonne idée. Ceci étant, le droit de grève naturellement dans notre pays est respectable et respecté.
 
Q.- Qu'êtes-vous prêt à céder pour éviter l'embrasement, et peut-être, éviter même cette journée de grève ? Il vous reste un mois, ce n'est pas perdu.
 
R.- Ce mois va être très utilisé entre aujourd'hui et le 17 octobre. D'abord, les quinze jours de X. Bertrand ont commencé, il a déjà discuté, il a reçu hier la présidente de la SNCF, il a reçu la CFTC, il a tout un programme de rencontres. Dès qu'il aura fixé le cadre à l'issue de ces rencontres, la SNCF pourra commencer à discuter en interne, comme les autres entreprises concernées par la réforme des régimes spéciaux. Voilà. Et j'espère que, durant cette période, la discussion, le dialogue, les avancées seront tels, que les syndicats seront en mesure de renoncer à cette grève. Je le répète, cette grève, elle est légitime, je veux dire par là qu'il appartient aux syndicats de décider ce qu'ils font. Je souhaite aussi au passage, qu'à l'occasion de cette grève, même si les modalités d'application du service minimum ne sont pas encore respectées à la SNCF, l'esprit en soit respecté, c'est-à-dire que, l'entreprise, si cette grève devait avoir lieu, fasse attention à ce qu'il y ait quand même une offre suffisante pour permettre aux Françaises et aux Français qui souhaitent aller travailler de le faire et de ne pas casser complètement la reprise du trafic fret en stoppant tous les trafics ce jour-là.
 
Q.- Cette loi sur le service minimum a été votée rapidement avant l'été. Pourquoi ne sera-t-elle pas appliquée, là, le 17 octobre ? Pourquoi cela traîne tant que cela ?
 
R.- Non, non, mais cela ne traîne pas. La loi a fixé un cadre, c'est comme dans le cas des régimes spéciaux, et ensuite il appartient dans chaque entreprise d'en définir les modalités d'application. Donc, à la SNCF en réalité, il y a trois dialogues sociaux en cours actuellement : un dialogue autour du fret - réforme du fret, indispensable, parce qu'on ne peut pas concevoir de perdre de l'argent dans un domaine où toute l'Europe en gagne...
 
Q.- Arrêtons-nous un instant : filiale spéciale sur le fret ?
 
R.-...Pardonnez-moi, j'ai dit les trois domaines : discussion sur le fret pour que cela marche enfin, et que cela marche très bien. Deux, application de la loi sur le service minimum à la SNCF comme dans les autres entreprises de transport, de toute nature, dans toute la France. Et troisièmement, les modalités d'application de la réforme des régimes spéciaux.
 
Q.- Alors, reprenons-les dans l'ordre inverse. Est-ce qu'on n'a pas été un peu trop vite ? Il aurait peut-être fallu d'abord régler le problème du service minimum et dans quelques mois s'attaquer aux régimes spéciaux ?
 
R.- Le président de la République a très bien expliqué le calendrier. Il s'agit de faire en 2008 toute une série de réformes de nos retraites sinon nos régimes vont exploser, et une partie des jeunes Français qui travaillent aujourd'hui n'auront pas les retraites auxquelles ils aspirent. Et avant de faire cela, il est indispensable, dans un souci d'équité, de faire la réforme des régimes spéciaux. On a trop tardé à faire. Donc, le calendrier est très légitime, d'ailleurs les Français le comprennent très bien, on le voit à travers les sondages. Le Président, je suppose, en reparlera ce soir à TF1 et à France2. Et puis, il faut que les choses avancent pendant cette période.
 
Q.- Sur le fret, allez-vous créer une filiale indépendante, qui gèrera cette activité de la SNCF ?
 
R.- Sur le fret, ce n'est pas une question de forme, c'est une question de fond. Les Français en ont assez de "trains", entre guillemets, de camions entre la frontière espagnole et le nord de l'Europe, entre la Côte Atlantique et l'Italie, etc. Donc, ils veulent un report modal, ce que le président de la République a demandé. Et donc, que voulons-nous avec J.-L. Borloo dans le cadre du "Grenelle de l'environnement" ? C'est de provoquer de report modal par des autoroutes ferroviaires, par des opérateurs de proximité, par du fret maritime, du fret fluvial etc. Et le fret ferroviaire, c'est naturellement, dans le report modal le plus important. Je constate qu'en Allemagne, il y a deux fois plus de trafic et deux fois plus de chiffre d'affaires. On s'est beaucoup moqué des Anglais ; vous vous souvenez des réformes de Mme Thatcher, etc. En Angleterre, le fret ferroviaire a repris des parts de marché. Cela marche partout sauf en France.
 
Q.- Avez-vous un problème avec la présidente de la SNCF, A.- M. Idrac ?
 
R.- Non, non, on n'a pas un problème avec personne. On a un problème de fonctionnement du système ferroviaire français pour assurer le transport de fret. Donc, Mme Idrac et son équipe sont parties dans une réforme très forte du fret ferroviaire, que le Gouvernement soutient. Et il faut que cela marche, parce que notre objectif c'est moins de camions... Vous savez d'ailleurs les camionneurs, cela ne les amuse pas de balader un camion entre l'Espagne et la Hollande. Ils préfèreraient avoir une offre d'autoroute ferroviaire sur laquelle ils mettent le camion, ils le récupèrent au bout, et ils font le transport terminal. Donc, il faut que tout cela se mettre en place, on a besoin de transporter les marchandises en France autrement que par la route, et de manière complémentaire avec la route.
 
Q.- 8 milliards de dettes de plus pour l'Etat à cause de la SNCF qui avait caché un passif, et Bruxelles l'a trouvé et nous demande de le réintégrer. Alors, expliquez-nous !
 
R.- Ce n'est pas une nouvelle, c'est simplement la manière dont Bruxelles calcule les déficits publics. Ce déficit existait, il était connu, et il n'était pas caché. Cela montre bien que nous revenons de loin en matière ferroviaire. Mais voyons aussi les résultats, voyons ce que le TGV-Est auquel personne ne croyait, dont tous les TGV sont pleins, vers Reims, Nancy, Metz, Strasbourg. Voyons aujourd'hui, nous sommes dans la semaine de la mobilité - c'était hier la Journée du transport public - le fantastique succès des trains express régionaux dans nos régions. Donc, le transport ferroviaire, aujourd'hui, c'est un transport d'avenir, et on a une des plus belles entreprises en Europe, la SNCF, pour le réaliser avec le record du monde, etc. Donc, faisons en sorte que cela marche pour les voyageurs et pour le fret.
 
Q.- Tollé aussi des syndicats contre la réforme de la fonction publique, "la révolution culturelle" annoncée par le président de la République hier. On a l'impression qu'il veut en finir avec tous les avantages des fonctionnaires pour les transformer de fait en agents privés, comme dans une entreprise qui s'appellerait l'Etat.
 
R.- Ce n'est pas ce que j'ai entendu dans l'intervention du Président à Nantes. J'ai vu au contraire la volonté de dépoussiérer un peu la fonction publique. Il faut qu'aujourd'hui des jeunes aient envie d'entrer dans la fonction publique en sachant qu'ils peuvent, s'ils travaillent plus, progresser plus, gagner plus d'argent, et qu'il y ait un petit moins, je dirais, ces vieilles strates de fonctionnement qui font que la fonction publique par rapport aux entreprises ou tout de même toute la vie de notre pays, apparaît parfois un peu à l'ancienne. Donc, il a donné un coup de booster à une fonction publique moderne, attractive pour les jeunes. Et maintenant, comme le Président l'a dit également, il faut en parler. Mais dans notre pays, une fonction publique de qualité, attractive pour les jeunes, avec différentes possibilités statutaires d'évoluer, je crois que ce serait une bonne modernisation de la société française.
 
Q.- F. Fillon s'est avoué "agacée" par certains propos du Président, comme l'appellation de "collaborateur". Il a confié un peu ses états d'âme, hier aux parlementaires. Comprenez-vous cet état d'esprit psychologique un peu triste du Premier ministre ?
 
R.- Nous sommes dans un système dans lequel la fonction présidentielle est au coeur du dispositif, et les Français ont élu un homme, N. Sarkozy, sur un programme de changement, une certaine continuité, de changement et de rupture. Le Premier ministre, à partir de cela, aux termes de l'article 20 de la Constitution, dirige le travail gouvernemental. Je trouve que c'est un bon équilibre. Alors c'est vrai qu'aujourd'hui...
 
Q.- N. Sarkozy fait tout...
 
R.- C'est vrai qu'aujourd'hui le Président préside plus qu'un certain nombre de ses prédécesseurs. Rappelez-vous le septennat de V. Giscard d'Estaing et les soucis d'ailleurs qu'il a vus avec le président Chirac, qui était à l'époque son Premier ministre parce que le pouvoir présidentiel s'affirmait. Aujourd'hui, je trouve que les deux personnalités sont très complémentaires...
 
Q.- Qui est le chef de la majorité alors dans ce couple ?
 
R.- C'est naturellement le Premier ministre qui, tous les jours, dirige la majorité, s'exprime au Parlement, rencontre les parlementaires. Je trouve que ces deux personnalités sont extraordinairement complémentaires, et que c'est une belle équipe pour la France, mais c'est le Président qui est à la tête de la maison France. C'est un peu, vous qui aimez l'art lyrique, le Président, c'est le compositeur, c'est lui qui écrit la partition, et puis le Premier ministre c'est le chef d'orchestre qui la joue devant les Français, qui dirige l'orchestre gouvernemental.
 
Q.- Poids lourds, TVA, taxe carbone... on a l'impression que "le Grenelle de l'environnement" va se résumer à une pluie de taxes et de coûts pour les Français ?
 
R.- Le Grenelle de l'environnement, c'est une très belle idée du Président, mise d'abord en oeuvre par A. Juppé, puis par J.-L. Borloo. Et J.-L. Borloo met toute son intelligence créatrice au service de cette affaire. On fait discuter tout le monde ensemble, alors c'est un peu compliqué. J'ai été ministre de l'Agriculture, quand vous parlez "OGM" entre les syndicats agricoles et les anti-OGM, cela fait...cela crispe un peu, ça crisse et ça crispe. Mais l'objectif c'est que tout le monde parle ensemble. On va sortir de cela un certain nombre de propositions, mais ensuite, on est dans une démocratie. C'est naturellement le président de la République, le Premier ministre, le Gouvernement et le Parlement qui s'en empareront. Et si la fiscalité est une arme pour améliorer l'environnement - je pense à la fiscalité sur les transports de poids lourds, ou à un certain nombre de choses, il n'y aura pas que cela - et nous souhaitons mais c'est compliqué, conjuguer croissance et développement durable et de se dire même, si on fait plus de développement durable, on ira peut-être chercher ce point de croissance dont la maison France a besoin.
 
Q.- Des données sur l'origine raciale seront inscrites dans certains fichiers, contrôlés par la Commission national informatique et libertés, officiellement pour lutter contre les discriminations. L'Assemblée nationale cette nuit a quand même fait sauter un verrou psychologique important ?
 
R.- C'est la volonté du Parlement, et je pense que B. Hortefeux, sous l'autorité du Premier ministre, ont fait en sorte que cet amendement soit dans l'état où il a été voté par l'Assemblée nationale.
 
Q.- En revanche, les tests ADN ont l'air maintenant enterrés. Cela va être facultatif, expérimental. On n'en parle plus ?
 
R.- Je crois qu'il y a eu un compromis intelligent de trouvé. Chacun peut l'apprécier et le considérer comme tel.
 
Q.- 57 % des automobilistes, selon la Sofres, trouvent que les scooters sont les véhicules sont les plus dangereux sur la route. Devez-vous, vous, comme secrétaire d'Etat, imposer aux pilotes de scooter une formation spécifique, peut-être "un permis plus" ?
 
R.- Actuellement, on est en train de discuter scooters, vélos, etc. Et si j'écoute certains, il faudrait un code spécifique pour les scooters, un autre pour les vélos, à la limite, demain on va nous en inventer un pour les piétons et un autre pour les automobilistes. Je crois qu'il doit y avoir un seul code de la route, qui est un code de la circulation, qui est un code de sécurité, de sûreté des Françaises et des Français. Et puis ensuite, peut-être, quelques règles particulières. Je pense que pour les cyclistes, on peut trouver quelques accommodements, et ces accommodements ce n'est pas rouler sur les trottoirs, ce n'est pas brûler les feux. On doit trouver des bons sens. Et on va faire la même chose pour les scooters, et je le dis en tant que père de famille, j'incite quand même à la très grande prudence parce qu'il y a trop d'accidents dûs aux scooters, en particulier dans les grandes villes, et il y a quand même un problème auquel il faut que nous nous attaquions.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2007

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