Interview de M. Martin Hirsch, Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, auprès du Premier ministre, à RTL le 20 septembre 2007, sur la législation sur l'euthanasie, le bouclier sanitaire, la pauvreté et le recours aux tests ADN pour les regroupements familiaux. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Martin Hirsch, Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, auprès du Premier ministre, à RTL le 20 septembre 2007, sur la législation sur l'euthanasie, le bouclier sanitaire, la pauvreté et le recours aux tests ADN pour les regroupements familiaux.

Personnalité, fonction : HIRSCH Martin, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, auprès du Premier ministre;

ti : J.-M. Aphatie.- C'est une question personnelle et presqu'intime que je vais poser au responsable politique que vous êtes. Depuis plusieurs journaux maintenant, RTL diffuse le témoignage bouleversant de M. Simon, actrice, petite-fille de M. Simon. Elle a choisi, à 67 ans, parce qu'elle a été victime d'un cancer généralisé, d'aller mourir dans la dignité en Suisse, elle s'est éteinte hier matin - O. Geay a recueilli son témoignage. En France, cette pratique de la mort choisie est interdite, la politique répugne à aborder ce sujet. Pensez-vous que le Gouvernement devrait s'y pencher, qu'on devrait réfléchir ensemble à cette question ?
 
R.- Je pense qu'il faut toujours y réfléchir. La question qui se pose, c'est de savoir s'il faut des lois nouvelles sur ce sujet-là.
 
Q.- C'est la question...
 
R.- Moi, je ne crois pas. Je ne crois pas qu'il faille des lois nouvelles sur ce sujet-là, en revanche, la réflexion éthique doit se poursuivre. Moi, je suis toujours, effectivement, ému également par quelques belles fins de vie. Je pensais aux Koestler (phon.), par exemple.
 
Q.- Mais pas de loi nouvelle parce qu'à votre avis, l'arsenal juridique, aujourd'hui, permet en France de faire ce type de démarche ? Non, évidemment ?
 
R.- Je pense que même dans la législation actuelle, depuis des décennies, il y a des gens qui ont choisi de partir...
 
Q.-...On le fait sans le dire et donc, on en resterait là ?
 
R.- Il y a d'autres sujets éthiques aujourd'hui sur le feu, sur lesquels on peut revenir.
 
Q.- Les exégètes du discours présidentiel de mardi ont remarqué que si le président de la République a parlé des franchises médicales en matière de dépenses de santé, en revanche, il n'a rien dit du combat qui est le vôtre, d'instaurer un bouclier sanitaire qui consisterait en un plafonnement des dépenses de santé non remboursées, notamment en direction des ménages les moins favorisés. Cela veut dire que le bouclier sanitaire, c'est une idée qui est enterrée ?
 
R.- Non, le bouclier sanitaire n'est pas du tout enterré. Il est bien vivant et on va travailler dessus. On était, hier, après le discours du Président de la République, le Premier ministre a réuni tous les membres du Gouvernement qui étaient concernés par le discours, qui ouvrait beaucoup de champs, dont celui de la protection en matière de santé - et on a évoqué le bouclier sanitaire pour lequel il y a un rapport qui vient d'être remis à R. Bachelot, à E. Woerth et à moi-même, qu'on avait demandé, qui dit que c'est une bonne idée, que cela peut mieux protéger. Et donc, F. Fillon nous a demandé, en particulier a demandé à R. Bachelot de travailler sur ce sujet dans les semaines et les mois qui viennent pour essayer de le faire aboutir, même si c'est compliqué.
 
Q.- Donc, la semaine prochaine, R. Bachelot, ministre de la Santé, va présenter le PLFSS, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Elle devrait en parler, à votre avis, du bouclier sanitaire ?
 
R.- Je ne sais pas si elle en parlera la semaine prochaine. Ce que disent les personnes qui ont travaillé sur ce sujet, qui ont remis ce rapport, qui sont des hauts responsables de l'assurance maladie, c'est que cela pourra entraîner un changement assez profond dans nos règles, y compris techniques, d'assurance maladie, qui pensent qu'il faut deux ans pour le mettre en oeuvre, qu'il faudrait décider assez vite si on suit ou non leurs recommandations, encore une fois, qui sont très favorables au bouclier sanitaire, donc c'est pour cela que F. Fillon a demandé à ce que l'on travaille sans tarder sur ce sujet-là. Et donc, ce n'est pas un enjeu du PLFSS, du projet de loi de financement de Sécurité sociale, immédiat. Derrière ça, il y a une question extrêmement importante qui transcende un peu toutes les questions sociales, aujourd'hui. Vous avez remarqué dans le discours que sont ouverts des chantiers qui concernent la retraite, la dépendance, la maladie, le travail, la pauvreté, etc. Moi, j'ai toujours été frappé, ces dernières années, où j'ai eu comme souci permanent de faire en sorte que les questions de pauvreté soient au coeur des discussions sociales, et quand on discute quelquefois avec certaines organisations syndicales, en leur disant : "pourquoi est-ce que vous ne voulez pas bouger sur tel ou tel sujet ?", ils répondent : "parce que quand on accepte un peu moins de protection pour les mieux protégés, on n'a jamais vu que cela se traduise par un peu plus de protection pour les plus fragiles". Eh bien là, je trouve - et en plus, c'est mon travail -, mais je trouve qu'il y a un enjeu assez formidable de faire en sorte que tout ce qui va bouger, se traduise effectivement par plus de protection pour les plus fragiles. Le bouclier sanitaire, c'en est une illustration. Si l'on demande à certains d'être un tout petit peu moins protégés, ça doit permettre - et vraiment, ça doit être la ligne de force -, cela doit permettre à ceux qui paient 2.000 euros lors d'un séjour hospitalier d'être beaucoup mieux protégés.
 
Q.- Ca coûte cher de réduire la pauvreté, c'est paradoxal, mais c'est comme ça ?
 
R.- Pas forcément.
 
Q.- La panne de croissance, l'hypothèse d'une rigueur budgétaire vous inquiète ?
 
R.- Moi, je suis toujours inquiet.
 
Q.- De nature ?
 
R.- Oui, je suis un perpétuel inquiet et les sujets sur lesquels je travaille sont des sujets d'inquiétude.
 
Q.- Plus inquiet que d'habitude ?
 
R.- J'ai regardé sur les quarante dernières années quel était le lien entre la croissance et la pauvreté, eh bien, on s'aperçoit qu'il n'y a pas eu, au cours de ces dix dernières années, de liaison directe entre la croissance et la pauvreté.
 
Q.- Quand elle augmente la pauvreté ne diminue pas ?
 
R.- Et c'est ça notre problème. Cela veut dire qu'on a des mauvais mécanismes de réduction de la pauvreté. Donc quand la croissance augmente, c'est bon pour l'emploi mais si l'on ne fait pas de politique spécifique, ce n'est pas bon pour la pauvreté. De toute façon, il faut changer notre modèle social.
 
Q.- Mais quand la croissance baisse, la pauvreté augmente peut-être ?
 
R.- Pas forcément, justement, non plus. Et donc, pourquoi je dis ça ? Parce que ce qu'on doit faire en matière de pauvreté, c'est reconnecter les politiques de lutte contre les pauvretés sur le travail. C'est-à-dire faire en sorte que le principal outil soit de permettre aux gens d'avoir accès au travail et que la solidarité les complète. Et ça, ça permettra de mettre des politiques de lutte contre la pauvreté qui sont mieux branchées et sur la croissance, et sur le plein emploi.
 
Q.- A. Duhamel en parlait à l'instant : les députés ont accepté l'idée de recourir de manière expérimentale aux tests ADN pour vérifier la filiation des personnes étrangères et qui réclament un visa au titre du regroupement familial. C'est une mesure qui est très controversée. Quelle est votre opinion ?
 
R.- Je l'ai déjà donnée : moi, je ne suis pas favorable à cette idée. Et je compte sur le Sénat avec lequel j'avais travaillé sur les questions de bioéthique pour ne pas s'engager dans cette voie, pour un argument : on parle d'identité française, on parle d'identité nationale, les principes éthiques qu'on a mis en place pour l'ensemble de la population française ou vivant en France, ou ayant envie de vivre en France, les principes éthiques font partie de l'identité française, font partie de l'identité nationale. Défendre l'identité nationale, défendre l'identité française, c'est aussi défendre ce type de principes. Ce qui veut dire parfois renoncer à des techniques nouvelles, séduisantes. C'est tout ça, ce qu'on a vu en matière d'éthique, quand il le faut.
 
Q.- Et si le Sénat confirmait le vote des députés ?
 
R.- Je m'emploierai à essayer de convaincre aussi les sénateurs. Mais je pense qu'il y en a pas mal qui sont convaincus.
 
Q.- Vous pourriez quitter le Gouvernement sur une question comme ça ?
 
R.- Je ne pense pas que cela se pose question par question, en fonction du vote des parlementaires.
 
Q.- Donc, c'est non, c'est plutôt non, vous ne quitteriez pas le Gouvernement pour une question comme ça ?
 
R.- Non.
 
Q.- La Une du Parisien : "Ensemble... Jusqu'à quand ?", Sarkozy - Fillon. Votre patron, c'est qui ? C'est Fillon, c'est Sarkozy ? Ils sont ensemble jusqu'à quand ?
 
R.- C'est les deux. Peut-être que je ne suis pas au bon endroit...
 
Q.- Vous ne savez pas qu'il y a eu une crise de ménage entre les deux ? On ne vous l'a pas dit ?
 
R.- En tous les cas, cela ne se voit pas. Je vous citais tout à l'heure le fait qu'on était chez le Premier ministre, hier, à travailler sans qu'il y ait de problème. J'étais le matin au Conseil des ministres dans les mêmes conditions, donc, ce n'est pas quelque chose que je vois.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2007

Rechercher