Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur "France 2" le 24 septembre 2007, sur le problème des chiens dangereux, la culture des OGM, le développement durable ainsi que sur l'augmentation de la dette publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur "France 2" le 24 septembre 2007, sur le problème des chiens dangereux, la culture des OGM, le développement durable ainsi que sur l'augmentation de la dette publique.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche;

ti : Bonjour à tous et bonjour à vous M. Barnier.

Bonjour.

Q- On va voir tout de suite que cette question d'actualité vous concerne directement. Est-ce qu'il faut aujourd'hui interdire les chiens dangereux en France ou au moins les contrôler beaucoup plus strictement après la série noire qu'on vient de connaître ?

R- C'est une question qui intéresse plusieurs ministres et d'abord pour la sécurité publique, M. Alliot-Marie qui s'est saisie de cette question. Les chiens les plus dangereux, qu'ils soient des chiens d'attaque ou de défense, sont classés dans des catégories dont il faut contrôler. En ce me concerne comme ministre de l'Agriculture, je suis chargé de l'identification de ces chiens, et c'est d'ailleurs le sujet d'une campagne que nous allons lancer aujourd'hui pour que tous les propriétaires de chiens - il y a presque 9 millions de chiens en France et de chats - aillent comme la loi, d'ailleurs, les y oblige, identifier leur chien chez leur vétérinaire.

Q- Quels sont les chiffres aujourd'hui, justement, à ce sujet ?

R- Aujourd'hui, il y a moins de 60 % des animaux, des chiens, qui sont déclarés et encore moins, 1 million et quelques, qui portent une puce. Or pourtant une puce, c'est la manière de tracer, d'avoir une traçabilité pour les chiens. C'est aussi quand il y a une épidémie de rage, ça peut arriver, un moyen de sauvegarder son animal, de le retrouver si il est perdu. Donc les propriétaires doivent, peuvent et doivent identifier en allant chez leur vétérinaire, leur chien ou leur chat.

Q- Est-ce que justement, c'est parmi cette proportion de chiens non déclarés - vous avez dit 60 % de chiens identifiés, ça veut dire 40 % de chiens non identifiés - qu'on trouve les chiens dangereux, les
croisements et tous ces chiens qui posent de plus en plus de problèmes aujourd'hui ?

R- Si vous avez 40 ou 50 % des chiens qui ne sont pas déclarés, il est probable que parmi ces chiens-là qu'on a achetés un peu n'importe comment, sans les déclarer, peut-être dans des animaleries qui ne sont pas les plus certifiées, on peut avoir des bêtes dangereuses. Donc il faut déclarer. Et il faut aussi responsabiliser les propriétaires de chiens. C'est aussi l'objet du travail que nous faisons avec le ministre de l'Intérieur.

Q- Mais est-ce qu'il ne faudrait pas interdire certaines races, M. Barnier, en France ?

R- Mais certaines races sont interdites. Les chiens les plus dangereux sont interdits, les croisements sont interdits et je pense qu'on va être plus sévère sur ces sujets.

Q- Est-ce qu'il ne faudrait pas et ce sera ma dernière question sur ce point, faire comme les Allemands, par exemple : instaurer un permis pour les propriétaires, voire un impôt pour ceux qui
possèdent des chiens dangereux ?

R- Déjà le fait de déclarer son animal, c'est une manière de faire savoir à la société, aux autorités publiques qu'on a ce chien. Et je pense que pour les animaux les plus dangereux ou ceux qui présentent le plus de risques - disons les choses plus simplement - probablement il faut travailler. Mais je ne veux pas conclure la discussion sur une sorte de permis, peut-être, enfin d'autorisation. L'important c'est que le propriétaire de l'animal soit bien adapté aussi à son animal et réciproquement. Ce n'est pas si facile que ça. J'entendais ce matin à la radio un maître chien qui expliquait comment on devait se comporter, comment on devait apprendre et qu'on ne pouvait pas non plus confier n'importe quel animal à n'importe qui.

Q- Autre question d'actualité, les OGM. Est-ce que oui ou non le Gouvernement a l'intention d'interdire la culture des OGM en France, comme l'a annoncé le journal Le Monde, la semaine dernière ?

R- Ecoutez, on est dans un débat et monsieur Borloo, J.-L. Borloo a le mérite d'avoir lancé un vrai débat où pour la première fois sur ce sujet majeur, qui est pour moi le combat principal, le changement climatique, un vrai débat où tout le monde s'exprime et de manière assez improbable - on voit autour de la table des gens qui sont très opposés, et qui, sur certains sujets, se mettent d'accord, je pense par exemple à ce qui vient de se produire entre les forestiers et puis la Fédération nationale de l'environnement, sur la gestion de la forêt - on voit des rapprochements à force de discuter. Ca c'est la démocratie. Alors ne me demandez pas de conclure aujourd'hui ce débat, qui n'est pas conclu.

Q- Vous avez une opinion en tant que ministre de l'Agriculture sur les OGM ?

R- J'ai une opinion.

Q- Quelle est-elle ?

R- Je l'exprime à l'intérieur du gouvernement. Il y a une chose que je peux dire sur les OGM, sur les végétaux génétiquement modifiés, c'est qu'on a besoin de recherche pour ne pas dépendre totalement, dans quelques années, des Américains ou des Chinois. Et la recherche sur les OGM pour moi, elle est primordiale, à la fois pour des fins de nutritions, pour des fins thérapeutiques. Par exemple une maladie comme la mucoviscidose peut être combattue avec des plantes OGM. A des fins d'amélioration de la production industrielle. Par exemple le papier cardon : on utiliserait moins de produits chimiques si on pouvait utiliser des peupliers fabriqués avec des OGM. Donc...

Q- Dans ces cas-là, on continue les cultures d'OGM donc ?

R- Moi, personnellement, je souhaite que l'on préserve la recherche. C'est une deuxième question que celle des plantations ou des cultures à des fins commerciales. Et cette question est ouverte. Elle sera tranchée au terme du débat. Après avoir écouté tout le monde, je vous le promets, le président de la République prendra une position, et probablement il y aura besoin d'une loi pour sécuriser et la recherche et d'éventuels développements agricoles et peut-être aussi d'une haute autorité - je l'avais proposée il y a une quinzaine d'années - pour qu'on ait une instance d'évaluation incontestable et incontestée.

Q- Alors vous avez été ministre de l'Environnement avant d'être ministre des Affaires étrangères et aujourd'hui ministre de l'Agriculture. On connaît votre engagement pour l'écologie, de longue date. Je présente d'ailleurs à l'antenne « L'atlas pour un monde durable », que vous venez de publier. Est-ce que vous vous sentez à l'aise dans cette question des OGM, quand vous défendez finalement l'intérêt de la majorité des agriculteurs contre les écologistes, par exemple, qui sont contre
les OGM ?

R- Je suis tout à fait à l'aise et d'abord je ne défends pas les agriculteurs contre les écologistes. Je pense d'ailleurs, depuis assez longtemps, que les agriculteurs sont les premiers écologistes. Ce sont les premiers protecteurs de la nature. Alors il y a des problèmes dans les pratiques agricoles qu'on est en train de réduire, que les agriculteurs eux-mêmes ont réduit, en maîtrisant mieux la gestion de l'eau, en utilisant de moins en moins de pesticides - et on va encore faire des efforts - en donnant, par exemple, une autonomie énergétique, ce qui est un grand projet que j'ai pour l'agriculture française.

Q- Environnement et agriculture sont compatibles pour vous ?

R- L'agriculture, les agriculteurs doivent être et veulent être en tête du combat pour le développement durable. C'est leur intérêt, parce que ce sont les premiers touchés par le changement climatique. S'il y a moins d'eau, si le climat désertique comme je l'écris dans mon livre, dans mon atlas, gagne le Sud de la France d'ici une trentaine d'années, qui seront les premiers touchés ? Ce seront ceux qui cultivent en dehors de tous les autres membres de la société française parce que ce changement climatique, il va bouleverser toutes nos habitudes de produire, de consommer, de nous transporter, d'aménager ou de ménager le territoire.

Q- Est-ce qu'au passage, vous l'avez envoyé à J.-L. Borloo, votre collègue de l'Environnement, ce livre ? J.-L. Borloo dont on a parlé, par exemple de son voyage au Pôle Nord, un coup d'oeil sur le réchauffement de la planète et beaucoup de CO2.

R- Je lui ai montré ce livre, le jour où nous sommes allés au conseil des ministres à Strasbourg. Il l'a trouvé très intéressant.

Q- Qu'est-ce que vous avez pensé de son voyage au Pôle Nord ? 24 heures sur place, beaucoup de CO2 dépensé. Il a été critiqué là-dessus.

R- Oui mais ça, c'est un peu l'écume. Moi je pense très important que le ministre du Développement durable fasse des gestes, utilise des mots qui frappent. Et aller au Pôle Nord, comme madame Merkel y était allée pour montrer ce qui se passe à la fois dans la glace qui contient notre mémoire, où on trouve des métaux lourds en allant très très profond et de plus en plus, et en voir la fonte des glaces, ça, ça nous concerne et c'est une manière de dire : attention ! La situation est grave, prenons garde, faisons attention.

Q- Même si on n'y passe pas longtemps ?

R- Oui mais on ne peut, quand vous êtes ministre on ne va pas passer 15 jours au Pôle Nord.

Q- "L'Etat en faillite" : l'expression est de F. Fillon, ce week-end. Elle a marqué les esprits. Il a eu raison de dire ça ?

R- Le Premier ministre a raison de dire la vérité, c'est son honneur, c'est sa responsabilité. P. Mendès-France pour lequel j'ai toujours eu beaucoup d'admiration, disait un jour : « ne sacrifions pas l'avenir au présent ». Le président de la République, N. Sarkozy, et le Premier ministre, F. Fillon ne veulent pas sacrifier l'avenir au présent. Nous parlions d'environnement, c'est la même chose, l'avenir des générations futures. Si on consomme sans précaution nos ressources et nos espaces, on sacrifie les générations futures. C'est la même chose pour la dette. Que chaque Français qui naît, que chaque petit Français ait 10 ou 11 000 euros de dette avant même d'arriver à la vie, ce n'est pas normal.

Q- Et quelle conséquence ça a ? Par exemple pour les agriculteurs, ça veut dire aussi qu'il va falloir se serrer la ceinture, l'Etat en faillite ?

R- Il faut gérer et nous gérons tous nos ministères, avec le principe de précaution, avec le principe de la rigueur, de la bonne gestion. Et puis ce n'est pas seulement de l'argent français pour les agriculteurs, c'est aussi une politique agricole commune qui est importante et qui est aussi une manière de préserver cette économie agricole européenne.

Q- Dernière question, M. Barnier, je reviens sur le Grenelle de l'environnement qui va avoir lieu en octobre. Des associations anti corrida veulent y participer. Est-ce qu'elles y seront autorisées, est-ce que finalement le Gouvernement va légiférer dans ce sens ?

R- Ecoutez ! C'est une tradition, en tous cas dans une grande partie de la France. Je ne crois pas qu'il soit question de remettre en question, de remettre en cause cette tradition à laquelle beaucoup de Français sont attachés. Qu'on prenne des précautions pour respecter les animaux, il y a peut-être des progrès à faire. En tous cas, je ne crois pas qu'il soit question de remettre en cause cette tradition.

M. Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, je vous remercie.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 24 septembre 2007

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