Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le projet gouvernemental pour libérer l'économie, reconstruire le contrat social et remettre les finances publiques à flot, Strasbourg le 28 septembre 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le projet gouvernemental pour libérer l'économie, reconstruire le contrat social et remettre les finances publiques à flot, Strasbourg le 28 septembre 2007.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Journée parlementaire de l'UMP à Strasbourg (Bas-Rhin), le 28 septembre 2007

ti : Mes chers amis et compagnons,

Nous arrivons au terme de ces journées parlementaires.
Elles auront été marquées par leur créativité.
Elles auront été marquées par notre unité.
Rien de tout cela n'aurait été possible sans Nicolas, sans sa formidable victoire et sans cette espérance et cette énergie qu'il a diffusé dans le pays.

En votre nom, j'adresse à Jean-François Copé et à Josselin de Rohan nos remerciements et nos félicitations.
Permettez moi d'y associer Fabienne Keller et Robert Grossman auxquels nous devons l'embellissement et le développement spectaculaire de Strasbourg, ainsi qu'Adrien Zeller et Philippe Richert qui ont tout fait pour que ce premier rendez vous politique de la rentrée soit une réussite.

Les faits sont là : pendant que l'opposition se déchire, nous sommes rassemblés, et tandis qu'elle se recroqueville sur le plan idéologique, nous nous ouvrons sur le plan politique.
C'est le signe d'une majorité parlementaire solide.
Une majorité qui tient le rôle de partenaire et non d'auxiliaire du gouvernement.
Une majorité qui conjugue deux principes : la fidélité et la liberté.

Nicolas a placé l'exigence d'ouverture et de diversité au coeur de sa démarche. Ce nouveau souffle politique, je sais Jean-François et Josselin que vous vous en êtes saisi pour proposer des innovations pour moderniser le rôle du Parlement. _ Nous voulons que le Parlement ait une maîtrise accrue de son ordre du jour, un droit de regard sur les nominations publiques.
Nous voulons une meilleure articulation du travail législatif en commission et en séance, une accentuation des pouvoirs d'évaluation et de contrôle. Nous voulons une démocratie politique plus créative et plus efficace.
Qui pourrait s'opposer à cette volonté ?
Qui pourrait refuser cette main que nous tendons ?

Cette régénération institutionnelle - que toi aussi Bernard et toi aussi Christian vous appelez de vos voeux - devra être prolongée par une rénovation de notre démocratie sociale.
Pour donner de la force à la France, il faut donner aux Français le pouvoir de participer et d'agir, bref, le pouvoir de choisir et de construire leur destin.
La démarche voulue par le Président de la République et conduite avec beaucoup d'intelligence par Jean Louis Borloo sur l'environnement illustre cette volonté d'ouvrir le dialogue avec tous.
Passer de la société de défiance à la société de confiance, de la société nivelée à la société des talents, c'est l'une des clés de la révolution culturelle qui est engagée.

Ces journées parlementaires sont les premières du quinquennat : elles couronnent quatre mois d'action particulièrement intense et elles annoncent une année encore plus intense.
Une année qui sera passionnante et décisive parce que nous allons rénover les fondements du vieux modèle Français.

Mes chers amis,

Durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a fait un double pari.

Le pari que le peuple ne craignait pas le changement mais bien au contraire qu'il l'espérait. Contre les illusions et les nostalgies faciles, notre pays a voté pour celui qui l'invitait à changer la France.

Le pari aussi que le temps était venu de bousculer les dogmes et les tabous qui ont si longtemps fait la prospérité de la gauche et surtout si longtemps retardé notre pays.
Tandis que nous nous ouvrons, le parti socialiste ne trouve rien de mieux que d'envisager un « comité de riposte » avec le parti communiste et la LCR.
Libre à eux de regarder dans le rétroviseur.
Nous, nous regardons droit devant.

Ce double pari, Nicolas l'a gagné dans les urnes !
Et il a commencé, dans les faits, à le gagner avec vous.

Au Parlement, vous avez voté certaines de ces lois qu'on disait impossibles.

La loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat présentée par Christine Lagarde consacre trois principes sur lesquels nous nous sommes engagés devant les Français : le travail, la récompense du travail, la transmission des fruits d'une vie de travail.
Au coeur de notre appareil productif, vous avez ainsi injecté le principal carburant qui lui faisait défaut : le pouvoir de travailler plus et les raisons de travailler plus !

La loi sur la récidive et la délinquance des mineurs portée par Rachida Dati valorise quant à elle la responsabilité contre l'impunité.
La loi sur le service minimum de Xavier Bertrand rehausse le sens du service public, c'est-à-dire le service du public.
La loi sur l'autonomie des universités défendue par Valérie Pécresse nous réconcilie avec l'excellence.

Toutes ces lois devaient, parait-il, jeter la France dans la rue.
Aujourd'hui, l'homme de la rue nous dit : continuez !

Son pari, Nicolas a aussi commencé à le gagner en rassemblant les Français, et, notamment, en invitant les partenaires sociaux au dialogue et à la recherche de solutions partagées.
Malgré les critiques d'une opposition qui jouent, comme à l'habitude, l'économie contre le social, les « pauvres » contre les « riches », les entrepreneurs contre les salariés, la droite contre les fonctionnaires, les Français sentent en réalité que les réformes ne sont pas l'oeuvre d'un clan ou d'un parti, mais bien le résultat d'un diagnostic peu discutable sur la situation du pays.
Pour tout dire, ils sentent que ces réformes sont l'expression d'une ambition nationale.

Oui, ce double pari est, pas à pas, en train de se concrétiser. _Mais nous ne sommes qu'au début du chemin.
Et nous sommes, bien entendu, confrontés à des difficultés.
La crise boursière américaine, la faiblesse chronique de notre croissance ne facilitent pas notre tâche.
Mais pour autant, la conjoncture ne change rien au fond du problème, bien au contraire !
Le problème, c'est que, que nous soyons en période de forte croissance internationale comme en période de faible croissance, notre économie reste moins performante que celles des principaux pays développés.
Nous disions hier qu'il fallait changer le système. Nous disons aujourd'hui qu'il faut le changer résolument.

Je vous annonce donc que avec Nicolas Sarkozy nous allons ensemble réformer, réformer et encore réformer.
Quel est l'objectif ?
Quel est notre horizon ?

Une France où les talents ne se brisent pas sur les situations acquises.
Une France dont la culture libérale et la culture sociale sont réconciliées.
Une France dont l'identité est à la fois affermie et ouverte sur l'Europe et le monde.
Une France où les citoyens donnent à la République autant qu'ils reçoivent d'elle.
Une France dont la voix est respectée et influente là où se jouent le sort de la paix et l'honneur de l'Homme.

Pour tout cela, il nous faut aller à la conquête d'une croissance forte, durable et saine qui conduit tout à la fois à débloquer l'emploi, le pouvoir d'achat et l'Etat.

Toute la difficulté de notre tâche, mais aussi sa grandeur, est de devoir tout faire dans un même élan : libérer notre économie, reconstruire notre contrat social, remettre nos finances publiques à flot.
C'est l'ensemble d'un système, largement issu des trente glorieuses, qu'il faut renouveler. Tout se tient puisqu'il faut, d'un côté, rompre avec une culture qui depuis une trentaine d'années nous conduit à travailler de moins en moins et, de l'autre côté, sortir d'un cycle qui nous à amenés à nous endetter de plus en plus.
Il s'agit de restaurer l'équilibre entre nos capacités de production - qui n'ont cessé de se réduire avec le temps - et nos ambitions redistributives, qui, elles, n'ont pas cessé de s'élargir.
Il faut, d'une main, aller chercher la croissance, et, de l'autre main, tenir les dépenses en faisant des choix et des efforts.
Pour faire tout cela, le Président de la République nous a donné un cap et une méthode.
Première étape : dynamiser la croissance. C'est ce que nous avons fait cet été en agissant sur l'offre et la demande.
En mettant le « paquet » sur la recherche et l'innovation, en nous libérant des 35 heures par le haut, nous sommes en train de muscler notre appareil de production.
En défiscalisant massivement les heures supplémentaires et en délivrant du pouvoir d'achat avec la déduction des intérêts d'emprunts et l'abaissement du bouclier fiscal, nous nourrissons la consommation.

Seconde étape : engager les réformes structurelles du marché de l'emploi, de l'Etat et de notre contrat social. C'est ce que nous ferons cette année.

Troisième étape : c'est l'accélération de la maîtrise de nos dépenses publiques que les adaptations structurelles rendront plus faciles.

Mes amis,
Lorsque j'entends l'opposition monter sur ses grands chevaux pour nous expliquer que notre action ne donne pas de résultats, franchement, les bras m'en tombent. La loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat n'est même pas entré en vigueur, la défiscalisation des heures supplémentaire ne sera effective qu'à partir de lundi, mais qu'importe : la gauche a décrété que cela ne marchait pas !
Evidemment, elle aurait préféré généraliser les 35 heures, comme le proposait le programme de madame Royal auquel elle nous a dit depuis sa défaite qu'elle ne croyait pas.
Elle aurait préféré réhabiliter l'impôt et les dépenses tous azimut.
Elle aurait préféré placer arbitrairement le SMIC à 1500 Euros.
Elle aurait préféré embaucher encore plus de fonctionnaires.
Eh oui, cela aurait été si bien !
Mais voilà, les Français qui ont du bon sens ont estimé que cela aurait été très mauvais pour la France.

A cette politique de gribouille, nous opposons une stratégie cohérente.
Et le projet de budget 2008 en constitue l'un des éléments.

Ce budget est sérieux et solide.
Il y a des priorités, mais il y a aussi des efforts.
Il est fondé sur des hypothèses de croissance et d'inflation réalistes.
La croissance des dépenses publiques respecte le « zéro volume » alors que celles-ci ont crû en moyenne de 0,7 % par an depuis 5 ans.
Nous maintenons le déficit au niveau atteint en 2005 et en 2006, entre 41 et 42 milliards d'euros.
Certes nul ne peut s'en satisfaire.
Mais il faut être réaliste et éviter de faire de la fiscalité en chambre.
Il y a des données incontournables que notre élection n'a malheureusement pas fait disparaître comme par enchantement.

Il y a d'abord le poids de la dette - qui progresse de 1,5 milliards - notamment en raison de la hausse des taux d'intérêts.
Il y a ensuite le coût supplémentaire des pensions : deux milliards de plus à financer en 2008, ce qui témoigne de la nécessité absolue d'une réforme des régimes spéciaux.
Il y a enfin les mesures de relance de la croissance du texte pour l'emploi et la croissance, qui représentent 9 milliards d'euros, et qui constituent le coeur de nos engagements.
Pour concilier allègements fiscaux et maîtrise de nos finances, nous avons fait des choix forts.
La diminution de l'emploi public, avec une réduction inégalée du nombre d'emplois d'environ 23 000, due au non remplacement d'une large partie des départs en retraite.
Après des années d'augmentation, la stabilisation des dotations aux collectivités locales, constitue, là encore, un choix politique qui tranche avec le passé. On ne peut pas, d'un côté, décider qu'il faut réduire les dépenses de l'Etat et de l'autre laisser augmenter les dépenses des collectivités locales et celles de notre système de santé.

Oui, ce budget est sérieux, et il est également volontariste.
L'amélioration massive du crédit d'impôt recherche, les mesures relatives aux jeunes entreprises universitaires, les moyens supplémentaires dégagés pour la recherche et l'enseignement supérieur témoignent de notre volonté de privilégier les dépenses d'avenir.

Alors, j'entends bien les critiques qui fusent ici où là...
Les uns disent que ce budget n'est pas assez rigoureux.
A ceux là je veux dire que le combat contre les déficits et l'endettement est le nôtre, car notre pays n'a pas vocation à vivre éternellement à crédit en reportant sur ses enfants la charge de régler sa dette.
Mais, pour être efficace, ce combat doit être placé dans une perspective politique et économique.
Je l'ai déjà dit avant hier à nos amis du Nouveau Centre : je ne pense pas que l'on oxygène la croissance en asphyxiant aveuglement l'Etat avant de l'avoir réformé, pas plus qu'on ne désendette un pays en étranglant son économie avant même de l'avoir relancée.

J'entends les critiques de la gauche !
Un jour, elle qualifie notre maîtrise des dépenses publiques de « saignée ». Pour ceux qui n'auraient pas compris : cette image nuancée n'a d'autre but que de nous renvoyer au souvenir de Verdun.
Et puis un autre jour, j'entends les mêmes nous donner des leçons d'orthodoxie budgétaire.
Budget trop « laxiste ».
Budget « déséquilibré par les cadeaux faits aux riches ».
Ah les « riches » de monsieur Hollande. Ils ont bon dos. Souvenez-vous, ils avaient déjà été pris pour cible pendant la campagne présidentielle. Etaient riches, tous ceux qui gagnaient plus de 2000 euros.
Cette pensée qui nivelle tout par le bas, qui oppose la réussite des uns aux aspirations des autres, n'est pas la nôtre.
Nous gouvernons pour tous.
Nous voulons la croissance pour tous.
Nous voulons tirer la France et les Français vers le haut et non les tenir au plancher.
Nos concitoyens les plus modestes doivent pouvoir accéder au statut des classes moyennes et les classes moyennes à celui des classes supérieures. Le progrès national est, à nos yeux, fondé sur l'espérance de réussite de chacun.
Voilà notre philosophie politique ! Et, j'en conviens, elle n'est pas celle de la gauche.

J'invite François Hollande et ses « camarades » à aller expliquer les yeux dans les yeux aux Français qui vont profiter de nos mesures fiscales que c'est un scandale !
Sur les 9 milliards que la gauche conteste, 5 sont dédiés à l'augmentation de la rémunération des heures supplémentaires.
Je les invite à aller dire à ce salarié qui gagne le SMIC, qui travaillera 4 heures de plus par semaine et qui verra ses revenus augmenter de plus de 2000 euros dans l'année (soit pratiquement l'équivalent d'un 13ème et 14ème mois) que c'est un scandale !
Pour l'essentiel, les heures supplémentaires sont accomplies par les ouvriers et les employés. Ce sont donc eux qui en profiteront majoritairement.
Oui, j'invite la gauche à aller expliquer à ces femmes et ces hommes dont l'instauration improvisée des 35 heures a bloqué les salaires que ce que nous proposons est injuste ! _Je les invite à aller expliquer à ces jeunes couples qui ont souscrit un emprunt sur 20 ans pour acheter leur logement, que les 8.900 euros dont ils bénéficieront avec notre crédit d'impôt, c'est un scandale !
Quant au bouclier fiscal - que la gauche se plait à présenter comme un épouvantail - il faut rappeler les faits : sur les 235.000 contribuables concernés, 200.000 ne sont pas redevables à l'ISF.
J'invite François Hollande à aller voir ce qui se passe en Espagne et en Italie, où ses amis socialistes baissent les impôts.
La vérité, c'est que la France, comme nous nous y sommes engagés devant les Français, est progressivement en train de se placer dans la moyenne européenne en matière de fiscalité.
C'est un atout pour notre économie.
C'est une bonne nouvelle pour les Français, et notamment pour les classes moyennes.

Mes chers amis
L'été a consacré nos premiers engagements fiscaux.
Dans la foulée d'une discussion et d'une négociation approfondies avec les partenaires sociaux, l'hiver consacrera nos principales réformes structurelles.
Toutes convergent vers un objectif : débloquer le pays en frappant au coeur du retard français que sont le sous-emploi, le poids de l'Etat et le déséquilibre social.

Nous engagerons la réforme, si nécessaire, du marché du travail.

Elle comportera la fusion de l'ANPE et de l'Unedic.
Pourquoi ? Pas par esprit de système ou pour réaliser des économies d'échelle, mais parce qu'avec autant de personnels dans ces deux organisations que ce qui existe dans les principaux pays européens, la France a l'un des taux d'accompagnement des chômeurs les plus bas !
La redéfinition du contrat de travail qui doit être plus souple pour l'employeur et plus sécurisant pour le salarié.
La réforme de la formation professionnelle parce que seulement 25% des salariés français en profitent réellement.
La réforme du marché du travail enclenchera une nouvelle gestion du temps de travail qui devra pouvoir être négociée au niveau des entreprises car ce qui est vrai dans un groupe de 2000 personnes ne l'est pas dans une entreprise de 10 ou de 100 salariés.

Enfin, il faudra traiter le problème scandaleux des seniors qui sont écartés de la vie active. 6 salariés sur 10 sont chômeurs ou inactifs au moment ou ils liquident leurs droits à la retraite. Rendez-vous compte : si la proportion des 55-64 ans en emploi était la même que dans les pays européens qui ont réussi en la matière, nous aurions 800.000 emplois de plus !
Ce gâchis, c'est le résultat d'un dévoiement culturel qui a fait trop longtemps la part belle au partage du travail plutôt qu'à son accumulation !
C'est le résultat d'un marché du travail , qui, en sur-encadrant l'emploi tue l'emploi !
C'est aussi la responsabilité d'entreprises qui préfèrent voir la collectivité nationale gérer le cas des seniors plutôt que de le voir traiter par leur direction des ressources humaines.

Cette réforme du marché du travail sera prolongée par celle de notre économie.
Il faut lever tous ces freins qui brident l'activité, et notamment toutes ces règles qui empêchent la concurrence de jouer pleinement sur les prix.
Dans la foulée des propositions de la commission présidée par Jacques Attali, vous serez appelé à légiférer sur ce tiercé gagnant : concurrence/transparence/consommation.

Parce qu'il est impossible de relancer la France sans relancer son Etat, nous allons réformer notre organisation publique, son fonctionnement, ses dépenses.
Avec la revue générale des politiques publiques, nous passons au crible toutes les services de l'Etat. Ca n'est pas spectaculaire pour le moment parce que ça se passe à l'abri des caméras et des commentaires.
C'est une révolution que nous voulons mener.
Et comme l'a indiqué le Président de la République, nous voulons la mener avec les fonctionnaires.
Un Etat sur-hiérarchisé, surpeuplé, sous-évalué, c'est à l'évidence un Etat démotivé et sous-équipé.
Les agents publics ont tout à perdre du statu quo et tout à gagner à dépoussiérer notre Etat, que je refuse de considérer comme kafkaïen mais que je considère comme la vitrine moderne et efficace de la République.

Réforme du marché de l'emploi, réforme de l'Etat, reste enfin la réforme de notre contrat social.

Mes amis,
Le Président de la République a eu raison de poser la question de l'avenir de notre contrat social.
Un tiers de notre PIB lui est consacré.
C'est beaucoup, mais c'est l'expression de notre unité nationale. Pas question donc d'y renoncer mais il faut le sauver. Et le faire sans stériliser notre économie.
Au delà du PLFSS et des franchises médicales, c'est tout un système qui n'arrive plus à suivre.

Avec les partenaires sociaux, le Président et le gouvernement ont engagé un dialogue de fond.
Ils savent et ils sentent que nous sommes animés par deux convictions :
- la première, c'est que le statu quo n'est pas possible. Il n'est pas tenable financièrement ;
- la seconde, c'est qu'on ne bâtit pas une croissance forte et durable sur les décombres de la cohésion sociale.

Avec les partenaires sociaux et avec tous ceux qui savent que la solidarité est sacrée mais qu'elle a un coût, nous allons donc rénover notre contrat social.
Nous adapterons nos régimes de retraites et nous réformerons les régimes spéciaux.
Nous réorganiserons notre système de santé, notamment pour répondre au vieillissement de notre population.
Nous irons à la chasse à la fraude et aux abus car la solidarité pour tous ne tient que si chacun s'engage à ne pas tricher dans le dos de tous.
Sur ce dossier si capital de la santé, dont les coûts et les investissements ne cessent de croître, trois questions en forme de défis nous sont en réalité lancées.
Comment et où ajuster la frontière entre ce qui relève de la solidarité nationale et des protections complémentaires ?
Comment clarifier la gouvernance d'un système où les responsabilités sont partagées et diffuses ?
Comment instaurer un mode de financement à long terme qui ne pénalise pas l'emploi ?
Ces questions nous allons les aborder franchement car tant que nous n'y aurons pas répondu notre système continuera à dériver jusqu'au jour où il s'effondrera. Or ce système il faut le sauver car il est impératif de maintenir en France un système de santé qui soit au plus haut niveau, et cela quels que soient les revenus des malades.

Mes chers amis,
Au regard de ce carnet de route, c'est bien toute la France que nous mettons en chantier et en mouvement.

Notre agenda est rempli.
Cet automne, le Grenelle de l'environnement se traduira par des décisions.
Comme le Président l'a rappelé à New York, ce qui est en jeu n'est pas accessoire et n'est plus discutable : c'est l'avenir de la planète. En la matière, la France doit se montrer exemplaire, notamment en imaginant une « fiscalité verte ».
Il y a le plan banlieues qui donnera une large part à l'éducation et la formation des jeunes.
Il y a les questions de sécurité et de justice sur lesquelles le Parlement sera sollicité.
Il y a la défense avec le livre blanc et la prochaine loi de programmation militaire.
Il y a la question de l'immigration qui reste une priorité de mon gouvernement.

La réforme que vous avez débattue au Parlement est destinée à donner à la France les instruments d'une immigration « choisie » et non subie.

Je suis attaché à la tradition d'ouverture de la France.
Mais la France n'est pas un Eldorado.
La France n'est pas un bout de terre sans âme et sans traditions.
Elle n'est pas la juxtaposition de communautés étrangères les unes aux autres.
La France est une Nation.
Une nation d'intégration.
Et l'intégration signifie que celui qui vient en France adopte la France, et, en retour, la France l'adopte comme l'un des siens.
Il n'y a pas d'intégration sans valeurs communes, il n'y a donc pas d'immigration sans contrôles, ni exigences. Voilà ce que je crois.

Tout ce que nous faisons, tout ce que nous ferons, répond, mes chers amis, à une certaine idée de la France.
Une France respectée, influente, rayonnante.
Notre nation est grande lorsqu'elle est grande en Europe et pour le monde. Quand elle se replie sur elle-même, elle s'abaisse et se perd.
Mais la grandeur n'est pas un postulat !
Elle est la récompense d'une politique nationale audacieuse et exemplaire.
Cette politique nous l'avons engagée.
Elle nous permet d'être ambitieux pour l'Europe, cette Europe que le Président de la république a sorti de l'impasse institutionnelle et que nous présiderons le 1er juillet 2008.
Cette politique nous permet aussi de parler au monde, là où les droits de l'homme sont bafoués, là, où comme actuellement en Birmanie, la démocratie est étouffée sous le poids de la force et le mépris de la liberté.
Elle nous permet d'obtenir la libération des infirmières bulgares injustement détenues en Libye.
Elle nous permet de jouer un rôle de premier plan dans la réforme du conseil de sécurité des Nations Unies.
Elle nous permet d'esquisser vis-à-vis du monde musulman une alternative au scénario catastrophe du choc des civilisations.

Mes amis,
Dans la foulée d'une victoire présidentielle qui ne fut pas seulement électorale mais aussi intellectuelle, je vois, chaque jour, notre pays s'engager dans une révolution culturelle.
Ce qui paraissait impensable il y a plusieurs années, est aujourd'hui pensé, dit, vécu par nos concitoyens.
Des valeurs les animent.
Et elles révèlent la grande tradition de l'humanisme français.

La passion du libre-examen face aux clichés et aux figures imposées.
La raison au service de la liberté.
La priorité donnée à la dignité humaine.
L'idéal du savoir et de l'effort au service du progrès.
L'importance de la « transmission » du patrimoine, de la mémoire, de l'identité.

La France change

La rupture est passée par là.
Cette métamorphose bouscule ceux que le mouvement surprend et effarouche.

La décision du Président de la République de composer un gouvernement d'ouverture a provoqué un tollé à gauche parce que la gauche sentait bien que c'était la fin d'une époque.
La gauche s'insurge, le peuple applaudit : voila le divorce entre le passé et l'avenir.

La vitesse d'exécution de notre équipe donne le tourbillon aux observateurs qui étaient habitués à la marche lente et majestueuse des régimes précédents.
Les élites doutent, le peuple applaudit : voila le divorce entre le passé et l'avenir.

Le tandem entre le Président et le Premier Ministre est innovant et complice.
Le voici pressé par le microcosme de jouer la sempiternelle guerre du pouvoir.
Le microcosme s'agite, le peuple se moque de cette comédie : voila le divorce entre le passé et l'avenir.
N'en déplaise à certains, il y a au sommet de l'Etat une seule stratégie, une seule politique et une seule dynamique. C'est celle du Président de la République.
Rien ni personne ne détournera le Président de son mandat et de ses objectifs.
Rien ni personne ne me détournera de ma fidélité et de mon amitié.
Rien ni personne ne me détournera de mon devoir.

Nous sommes, mes amis, dans une de ces rares périodes de notre histoire où tout doit et tout peut changer.
La tâche est difficile mais elle est passionnante.
Nous avons un cap.
Il y a au gouvernement une équipe dont je suis fier.
J'ai à mes côtés une majorité parlementaire qui sait ce qu'elle veut.
Nous avons des valeurs en partage.
Nous allons les respecter, nous allons les incarner ensemble, nous allons les porter ensemble. Et alors, la France que nous aimons et que nous voulons sera notre récompense.

Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 2 octobre 2007

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