Interview de M. Christian Estrosi, secrétaire d'Etat chargé de l'outre-mer, à RTL le 2 octobre 2007, sur l'amendement sur les tests ADN dans le projet de loi sur l'immigration et sur l'ouverture politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christian Estrosi, secrétaire d'Etat chargé de l'outre-mer, à RTL le 2 octobre 2007, sur l'amendement sur les tests ADN dans le projet de loi sur l'immigration et sur l'ouverture politique.

Personnalité, fonction : ESTROSI Christian, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'outre-mer;

ti : J.-M. Aphatie.- Vous êtes confronté au problème d'immigration à Mayotte, en Guyane notamment... Qu'est-ce que vous pensez de cette proposition de T. Mariani, député : "Faisons des tests ADN pour contrôler la vérité des déclarations de certaines personnes qui veulent entrer en France" ?
 
R.- C'est un amendement parlementaire. Je vois que dans notre pays, on refuse, pour certains, d'aborder un certain nombre de sujets. On sait que l'ADN, c'est en matière de méthodes modernes, pour élucider un certain nombre de choses, pour soigner, pour traiter, des nouvelles technologies appliquées aussi à la science. Et je suis, quelque part, satisfait que le Parlement accepte sans tabou - et c'est une nouveauté - de débattre en toute démocratie de ce sujet. Maintenant, ce sera aux parlementaires de trancher ce débat.
 
Q.- Votre avis ; c'est bien ou ce n'est pas bien ?
 
R.- Ce qui compte c'est que le texte de loi sur l'immigration, conformément aux engagements du président de la République, soit adopté.
 
Q.- Vous ne voulez pas me donner votre avis sur les ADN ?!
 
R.-...Parce que l'essentiel, c'est que les Français sachent qu'au terme de ce débat, il y aura de nouvelles dispositions pour lutter efficacement contre l'immigration. Il appartient à la France de pouvoir choisir librement...
 
Q.- Ca, on a compris, C. Estrosi...
 
R.-...Celles et ceux que nous devons accueillir. C'est ce que permettra ce texte. Le reste n'est qu'une petite part du débat.
 
Q.- L'ADN, c'est une petite part du débat ?
 
R.- C'est une petite part d'un débat démocratique...
 
Q.- Pas intéressante ?
 
R.-...Entretenu par les parlementaires, qui est passionnant et qui démontre qu'enfin, on a brisé des tabous dans notre pays...
 
Q.- Non, mais votre avis, C. Estrosi ?!
 
R.-...Et que les parlementaires, sur ce genre de sujets, ne s'interdisent pas d'en débattre.
 
Q.- Votre avis, C. Estrosi, sur l'ADN : bien ou pas bien ?
 
R.- Mais mon avis, c'est d'abord de faire confiance à B. Hortefeux qui fait un travail remarquable...
 
Q.- Ce n'est pas une réponse ça C. Estrosi !
 
R.-...Qui est fidèle par son texte de loi aux engagements qui ont été pris par le président de la République. Il fera des propositions après avoir écouté les parlementaires, écoutons d'abord les représentants du peuple.
 
Q.- Eh ben dis donc ! Je ne sais pas si vous vous définissez comme catholique, par exemple ?
 
R.- Je me définis comme chrétien catholique, je le revendique, et pour autant, très ouvert vers l'ensemble des religions monothéistes.
 
Q.- La Conférence des évêques de France, ils l'ont communiqué hier : "Nous nous réjouissons que des élus d'appartenance politique variée se soient opposés aux tests génétiques".
 
R.- Je ne mêle pas les responsabilités politiques qui sont les miennes aux responsabilités qu'exerce un certain nombre de religieux.
 
Q.- On n'aura pas de réponse sur votre sentiment personnel sur les tests ADN, c'est ça ?
 
R.- J'ai répondu.
 
Q.- Non.
 
R.- Place au Parlement, place au Parlement !
 
Q.- Ce qui est une manière de ne pas répondre...
 
R.- Mais vous vouliez que nous en parlions au niveau de l'Outre-mer ?
 
Q.- Non, je voulais qu'on en parle au niveau de la loi française...
 
R.- Mais c'est ce que j'ai entendu dire dans votre intitulé...
 
Q.-...au niveau de la loi française, puisque vous en êtes l'un des coauteurs, en tant que membre du Gouvernement.
 
R.- Je ne comprends pas... Mais je ne suis pas co-auteur d'un amendement parlementaire !
 
Q.- Vous en êtes solidaire ?
 
R.- Vous savez qu'il y a cette séparation entre l'exécutif et le législatif...
 
Q.- On sert souvent cet argument, c'est un peu hypocrite quand même, c'est-à-dire que sur un dossier qui divise autant la société française et ses représentants, le Gouvernement qui s'abrite derrière le parlement, "Ah, c'est le Parlement", "c'est un amendement parlementaire", "C'est les parlementaires qui décident"...
 
R.- On peut peut-être expliquer de quoi il s'agit ? Il s'agit d'un amendement qui propose, à titre expérimental, une forme de volontarisme, notamment là où il y a des difficultés : établir les états civils.
 
Q.- Donc, vous soutenez cet amendement ? C'était ma question !
 
R.- Donc une forme de liberté. Je trouve qu'il est intéressant qu'un parlementaire ait ouvert le débat là-dessus et que le Gouvernement écoute l'ensemble du débat parlementaire avant de faire des propositions.
 
Q.- J'avais compris, d'accord. On va parler d'autre chose, qui est aussi un peu contesté, c'est l'ouverture. On a vu qu'à Strasbourg, J. de Rohan, président du groupe UMP au Sénat, a dit ceci : "Il est dangereux d'introduire dans une équipe - donc, dans l'équipe que vous formez - des personnages qui font passer leurs ambitions personnelles avant la recherche de l'intérêt général". C'est violent, hein !
 
R.- Vous savez, dans ce domaine, je suis très à l'aise parce que voilà des années que je fais partie de ceux, dans ma propre famille politique, qui ont été d'ailleurs quelquefois isolés, qui prônent cette ouverture. Je me la suis appliquée à moi-même, en tant que président du quatrième département de France, il y a de nombreuses années de cela, où j'ai partagé les responsabilités avec des membres de mon opposition. Et je dis très clairement que d'avoir fait un gouvernement...
 
Q.- Vous avez des socialistes dans votre exécutif départemental ?
 
R.- Pas dans mon exécutif, mais à la tête de commissions importantes et partageant des responsabilités importantes, et me faisant des propositions importantes. Donc, pour moi, c'est un principe de respecter tout simplement les Françaises et les Français dans leur grande diversité, que nous ayons un gouvernement qui ressemble à la France, conformément à la volonté du président de la République. Qu'on comprenne, enfin - parce qu'il a fallu cinq ans pour cela - qu'on est rentré dans le quinquennat, que les Français ont choisi un président de la République, qu'ils lui ont donné une majorité et que ce Français essaie de répondre à ce pays qui, ces dernières années, n'a pas pu se reformer tellement il était confronté à des tensions, à des rapports de force, à des oppositions idéologiques et stériles. Regardez, nous n'avons jamais réformé aussi vite ! C'est sans doute parce que nous avons beaucoup apaisé...
 
Q.- Et il y a encore beaucoup de choses à faire !
 
R.-...Grâce à cette ouverture. Alors, je dis simplement que l'ouverture, cela s'adresse aussi bien à ceux qui ont des talents et des compétences et qui ne sont pas forcément issus de notre famille politique, comme à ceux de notre famille politique qui ne partageraient pas toujours les mêmes opinions que les nôtres. Ca veut dire quoi ?
 
Q.- Et donc, du coup, aujourd'hui Le Figaro parle de J. Lang ou de J. Dray qui pourrait vous rejoindre. Qu'est-ce que vous en pensez ?
 
R.- Je dis simplement à ceux qui dans notre famille ne partagent pas cette volonté d'ouverture, eh bien que ça s'adresse même à eux l'ouverture. Voyez-vous, moi j'ai connu une période, dans notre propre famille, où ce n'est pas l'ouverture qu'on faisait, c'était la fermeture.
 
Q.- De quelle période vous parlez ?
 
R.- C'est-à-dire que l'on interdisait à celles et ceux qui ne pensaient pas forcément comme tout le monde, de pouvoir partager les responsabilités.
 
Q.- De quelle période, vous parlez ? C'était J. Chirac qui était comme ça, qui verrouillait le RPR ?
 
R.- Chacun s'en souvient.
 
Q.- C'est ça ? C'était J. Chirac qui verrouillait le RPR ?
 
R.- Mais en tout cas, on sait où tout cela nous a conduit : cela nous a conduit à l'échec. Eh bien qu'aujourd'hui, on essaie de parler aux Français, on essaie de décrisper un certain nombre de blocages pour permettre aux réformes de pouvoir se poursuivre au rythme soutenu qu'a imposé le président de la République, c'est plutôt une bonne chose pour notre pays.
 
Q.- Si J. Lang vous rejoint, par exemple, c'est une bonne nouvelle d'après vous, puisque Le Figaro le cite aujourd'hui comme étant sollicité par N. Sarkozy ?
 
R.- D'autres personnalités de talent comme B. Kouchner, comme E. Besson...
 
Q.- Je vous parle de J. Lang, vous parlez de B. Kouchner ! Mais il vous a déjà rejoint B. Kouchner, c'est fait !
 
R.- Mais J. Lang, aujourd'hui, fait des propositions importantes au président de la République dans le cadre d'une commission où le Président lui a confié des responsabilités. Ce sont des propositions intéressantes, elles méritent d'être entendues et d'être prises en compte.
 
Q.- C. Estrosi qui aime bien les socialistes !...
 
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2007

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