Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, à France 2 le 9 octobre 2007, sur la présentation du plan santé mentale et le lancement de la campagne d'information sur la dépression. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, à France 2 le 9 octobre 2007, sur la présentation du plan santé mentale et le lancement de la campagne d'information sur la dépression.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de la santé, de la jeunesse et des sports;

ti : R. Sicard.- Bonjour à tous. Bonjour R. Bachelot.
 
R.- Bonjour R. Sicard.
 
Q.- C'est aujourd'hui que vous présentez le plan « Santé mentale » du Gouvernement. Coïncidence, c'est quelques jours après le drame de Bordeaux, où un déséquilibré qui était en permission, je dirais, a tué sa mère. Ce plan « Santé mentale », vous allez mettre le paquet là-dessus ?
 
R.- Oui. Je reviens d'un mot sur ce drame, qui est un drame isolé. Toutes les vérifications semblaient avoir été faites et je crois qu'il ne faut pas déduire de ce cas isolé une quelconque conclusion trop hasardeuse. Enfin, des enquêtes sont en cours.
 
Q.- Il n'était pas sorti parce qu'il y avait un manque de moyens, c'est ça que vous voulez dire.
 
R.- Non, absolument pas. Un diagnostic avait été posé par une équipe médicale, des autorisations administratives avaient été données et puis il y a eu un coup de folie qui a abouti à ce drame. Oui, le plan de santé mentale, qui va se terminer en 2008, continue sur un bon rythme. Il y a des moyens importants qui ont été consacrés : 1,2 milliard d'investissements, des embauches, les embauches qui avaient été annoncées ont été faites. Moi-même je souhaite booster encore mieux ce plan de santé mentale, c'est ainsi que dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, j'ai mis 46 millions d'euros supplémentaires pour embaucher 800 personnels paramédicaux et 100 médecins supplémentaires, pour justement un certain nombre d'objectifs comme par exemple la lutte contre la dépression.
 
Q.- Et pourtant - avant d'en venir à la dépression - beaucoup dans le monde de la psychiatrie disent qu'il manque de moyens, par exemple on cite le nombre de psychiatres qui va dramatiquement diminuer dans les dix prochaines années.
 
R.- Oui, c'est effectivement la question de la démographie médicale qui est posée. Il y a quelques années, le nombre des médecins admis en première année de médecine, a été dramatiquement baissé et nous allons, dans les années qui viennent...
 
Q.- Et ça, c'était une erreur.
 
R.- Voilà, et ça c'était une erreur, qui a été rectifiée, d'ailleurs, puisque, actuellement, le numerus clausus est à 7.100 médecins admis, futurs médecins admis en première année, et il y a eu des années à moins de 4.000 et là, effectivement, nous allons avoir une période de disette, si l'on peut dire, puisque, quand on forme un médecin, il faut dix ans.
 
Q.- Mais quand les psychiatres disent qu'ils n'ont pas les moyens de travailler, qu'est-ce que vous leur répondez ?
 
R.- Eh bien que des moyens, justement, dans ce plan de santé mentale, sont mis en oeuvre, moyens de rénovation des institutions, des hôpitaux psychiatriques. Tout cela, évidemment, prend du temps. Que des embauches sont effectuées mais qu'il va falloir un certain nombre....
 
Q.- En 2005.
 
R.- Il va falloir un certain nombre d'années. Le plan fait 2005 à 2008, les efforts sont faits de manière continue et active.
 
Q.- En 2005, il y avait déjà eu un drame à Pau, avec une infirmière et une assistante qui avaient été assassinées...
 
R.- C'est à la suite de ce drame que le plan avait été mis en oeuvre.
 
Q.- P. Douste-Blazy avait promis 2.500 embauches...
 
R.- Elles ont été tenues.
 
Q.- Elles ont été faites ?
 
R.- Voilà.
 
Q.- Alors, vous lancez aussi aujourd'hui un plan contre la dépression. C'est une maladie qui est méconnue.
 
R.- C'est une maladie qui est méconnue, qui touche trois millions de Français. Deux populations sont particulièrement concernées, c'est-à-dire les jeunes et les personnes de plus de 80 ans. Entre 50 et 75 ans, disons, cela va mieux, on est moins atteint par les dépressions. Il y a deux fois plus de femmes déprimées que d'hommes et 70 % des suicides dans notre pays, sont dus à un état de dépression.
 
Q.- C'est un mal français ou ça existe partout ?
 
R.- Non, c'est un mal généralisé. L'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, considère la dépression comme l'une des dix maladies les plus préoccupantes. Et, face à cela, on voit que les gens sont très mal informés, que les entourages cernent mal la dépression. Vous savez, on dit : « Ecoute, secoue-toi... »
 
Q.- Ce n'est pas pris très au sérieux.
 
R.- Ce n'est pas pris très au sérieux. Les malades ne savent pas vers quel professionnel de santé s'adresser, c'est la raison pour laquelle il va y voir un spot télévisé.
 
Q.- Alors, on va le regarder.
 
R.- On va le voir.
 
Q.- On va regarder le spot publicitaire.
 
[A l'antenne, passage du spot publicitaire]
 
Q.- Alors, ce message, il sera diffusé à partir du 29 octobre.
 
R.- Voilà.
 
Q.- Il signifie quand même que finalement, les gens qui sont atteints de dépression, ne s'en rendent pas compte eux-mêmes.
 
R.- Ne s'en rendent pas compte, donc ils vont, à travers ce guide, qui a été fait par des experts, mais aussi par des associations de malades pour qu'il soit éminemment compréhensible, ils vont pouvoir se rendre compte, à travers des explications très simples, s'ils sont atteints ou non par la dépression, et aller consulter un professionnel de santé, aller consulter un médecin. Il y a également un site Internet : infodepression. fr, sur lequel on peut aller consulter les renseignements nécessaires. Je veux aussi...
 
Q.- Le traitement, c'est forcément les antidépresseurs ou il y a d'autres moyens ?
 
R.- Pas forcément, il y a d'autres thérapeutiques, psychothérapiques en particulier. Moi, je n'ai pas voulu, dans ce guide, que soit privilégiée l'une ou l'autre démarche. Cela relève du médecin. Je veux aussi axer mon action de prévention et de traitement sur deux populations : les jeunes, en particulier les jeunes homosexuels. Vous savez qu'il y a des effets de dépression, de taux de suicides extrêmement élevés. Et puis les personnes âgées, à travers une mallette d'informations des professionnels, sur ces deux populations ciblées, et puis une action de prévention du suicide, parce que c'est effectivement un des effets les plus graves de la crise dépressive.
 
Autre sujet, très différent : les franchises médicales. Samedi, il y aura de grandes manifestations contre ces franchises médicales. Vous les ferez, quoi qu'il arrive ?
 
R.- Elles sont dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Je considère que c'est quelque chose d'absolument indispensable, pour...
 
Q.- Vous ne reculerez pas.
 
R.- Bien sûr, pour traiter la maladie d'Alzheimer, le cancer, les soins palliatifs, ces trois objectifs, d'ailleurs, qui ne sont contestés par personne. Nous avions le choix entre laisser dériver un peu plus les comptes publics ou réorienter les dépenses vers cela.
 
Q.- Ce que disent les syndicats, c'est qu'il ne fallait pas faire le paquet fiscal et des cadeaux fiscaux, comme ils le disent.
 
R.- Non, il n'y a évidemment pas de cadeau fiscal, puisque le projet de loi "Travail, emploi" s'adresse à rénover le pouvoir d'achat, à l'augmenter, pour les classes moyennes et pour les classes les plus défavorisées.
 
Q.- Et l'idée de taxer les stock-options pour financer la protection sociale, ça sera fait cette année ?
 
R.- Je pense qu'il y aura un amendement parlementaire sur ce sujet et j'y suis favorable.
 
Q.- Donc ça sera dès le projet de loi de finance de la Sécu, de cette année.
 
R.- Si on me propose cet amendement, oui.
 
Q.- Vous êtes aussi ministre des Sports, vous étiez samedi à Cardiff. Quel est votre pronostic pour la suite ? La France sera championne du monde ?
 
R.- Très, très beau match, je me garderai bien de tout pronostic. Ce que je salue déjà en tant que ministre des Sports, ce n'est pas seulement le résultat de l'équipe qui est absolument formidable, ils ont été purement géniaux, c'est le fait que l'on va trouver de l'argent supplémentaire, qui va permettre à la Fédération française de rugby de mettre son sport en exergue. D'ores et déjà, il y a 40 % d'inscriptions supplémentaires dans les clubs de rugby et vous savez que faire du sport, c'est la meilleure façon de lutter contre la dépression, contre le cancer, contre la maladie d'Alzheimer. Donc, c'est vraiment une stratégie gagnant/gagnant.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2007

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