Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, à France-Inter le 12 octobre 2007, sur la Cité de l'histoire de l'immigration, l'identité nationale et la polémique sur les tests ADN dans le projet de loi sur l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, à France-Inter le 12 octobre 2007, sur la Cité de l'histoire de l'immigration, l'identité nationale et la polémique sur les tests ADN dans le projet de loi sur l'immigration.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement;

Circonstances : Ouverture au public de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) à Paris, Porte Dorée, le 10 octobre 2007

ti :  
N. Demorand.- Pour ce « 7-10 » consacré à l'ouverture de ce que la presse a appelé « le lieu de mémoire de l'immigration en France », on est maintenant en duplex avec le ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'identité nationale et du Codéveloppement. Bonjour B. Hortefeux.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- On regrette que vous ne soyez pas là avec nous, B. Hortefeux.
 
R.- Mais je suis dans ma région, en Auvergne. Vous comprendrez qu'entre vous et ma région, j'ai préféré ma région ce matin, même si je suis de tout coeur avec vous.
 
Q.- Vous avez visité la Cité de l'Immigration lundi, me dit-on. Pourquoi il n'y a pas eu d'inauguration officielle ?
 
R.- D'abord, je crois même que j'ai été le premier responsable public à me rendre sur place. J'y suis resté d'ailleurs près de deux heures, en compagnie de son président, J. Toubon. Je crois que vous le recevez tout à l'heure.
 
Q.- Oui, il est à ma droite.
 
R.- Voilà. J'étais avec Patricia Sitruk, la directrice générale, et c'est vrai que j'ai été très impressionné par cette visite. On y voit des objets intimes, personnels, notamment J. Toubon m'a montré le marteau qui fut l'unique bagage d'une réfugiée espagnole qui avait été chassée par le franquisme. Et, à côté de ça, c'est vrai qu'il y a des immenses panneaux très pédagogiques représentants les mouvements migratoires à travers les époques.
 
Q.- Ça a l'air passionnant, donc, pourquoi d'autres collègues du Gouvernement, ou je ne sais pas le président de la République, ne sont pas venus ?
 
R.- D'abord, je crois que c'est le bon sens qui compte. Non, je ne suis pas moi, un spécialiste, mais la réalité c'est que les travaux ne sont pas achevés, ils se termineront au début de l'année 2009. Ca veut dire que...
 
Q.- Donc c'est pour des questions de sécurité...
 
R.- Non, si l'inauguration de la Cité avait eu lieu cette semaine, par exemple, on n'aurait pas pu bénéficier d'un auditorium de 200 places qui est aujourd'hui indisponible précisément parce qu'il n'est pas achevé. Quand on invite, vous savez, pour une inauguration, il vaut mieux pouvoir recevoir dans les meilleures conditions possibles. Et puis je crois qu'il y a une réalité aussi, bien particulière, c'est que cette Cité nationale de l'immigration n'est pas un musée comme les autres. C'est un musée vivant, naturellement, qui s'enrichit chaque jour. Et donc je crois qu'il faut prendre le temps pour le faire. Mais la raison pratique, principale, c'est que quand on inaugure, il vaut mieux que les travaux soient terminés.
 
Q.- Une dernière question sur le sujet : avez-vous une date ? Donc, ce sera plutôt en janvier, vous nous avez dit, pour l'inauguration officielle ?
 
R.- Ca, écoutez, il faut voir ça avec J. Toubon, qui est certainement beaucoup mieux placé que moi pour y répondre. Et je crois qu'il faut qu'il y ait une inauguration dès lors que les travaux sont définitivement terminés.
 
Q.- On lui posera la question à 8 heures 20. En tout cas, à peine nommé, B. Hortefeux, en mai 2007, vous avez dû faire face à la démission d'une partie des historiens qui ont travaillé ici même à la Cité de l'Immigration. Ils protestaient contre la création d'un ministère associant Immigration et Identité nationale. Ça vous laisse indifférent cette démission collective ?
 
R.- D'abord, je ne crois pas qu'elle ait été concrétisée, mais ce qui est certain, c'est que dès ma prise de fonction - donc ce n'était pas une mesure, une attitude, une posture à mon égard à titre personnel, c'était une réflexion générale - j'ai naturellement souhaité les rencontrer. Je les ai reçus, nous avons eu un débat long, un débat intéressant, chacun était respectueux des positions des uns et des autres. Moi, j'ai réaffirmé une chose simple, vous savez, c'est que N. Sarkozy avait évoqué pendant sa campagne présidentielle et avait insisté sur la création de ce ministère. Il n'y a pas eu donc de surprise au lendemain du scrutin. C'est d'ailleurs toute la marque de N. Sarkozy : il dit avant ce qu'il va faire après. Donc il n'y avait pas d'ambiguïté, ça avait été ratifié, approuvé par les Français. Il était donc logique et sain qu'un engagement pris soit une promesse tenue. C'est ce qui s'est produit.
 
Q.- Dans Le Figaro de ce matin, B. Hortefeux, où un sondage est publié, qui semble indiquer donc que les Français sont favorables au texte sur la maîtrise de l'immigration que vous présentez en ce moment même au Parlement, vous dites que vous jouez en quelque sorte l'opinion publique qui vous soutient contre les élites historiennes de France. C'est bien ça votre stratégie politique ?
 
R.- Non, non...
 
Q.- Vous le dites très clairement.
 
R.- Non, non, je ne parle pas des historiens...
 
Q.- Des prescripteurs.
 
R.- Je parle des prescripteurs d'opinion, c'est quelque chose de différent. D'abord il y a une première réalité, vous avez raison de la rappeler, c'est la deuxième ou troisième enquête consécutive qui montre que nos compatriotes approuvent très massivement la loi que j'ai présentée, concernant la maîtrise des flux migratoires. C'est donc un élément qui est très important. Deuxième réflexion, par tempérament, par conviction, je suis toujours très attentif aux opinions qui sont émis et respectueux de ceux qui les profèrent. C'est pour ça que j'écoute avec intérêt ce que disent les historiens. Mais il n'en demeure pas moins...
 
Q.- Ils vous disent de retirer l'amendement ADN par exemple, ils vous disent les historiens...
 
R.- Non, mais si précisément, non mais précisément... d'abord ils ne le disent pas de cette manière-là, vous les résumez, mais c'est...
 
Q.- C'est les gens du Gouvernement qui le disent de cette manière-là. Et les Sénateurs, certains de la majorité d'ailleurs !
 
R.- C'est ça. Ecoutez, je vais vous poser une question : à votre avis, il y a combien de parlementaires qui se sont opposés au projet de loi ? Parce qu'il ne faut pas résumer de manière caricaturale, il faut être précis, dans toute la mesure du possible. Il y a à peu près 400 à 500 parlementaires qui se sont exprimés pour le projet de loi et trois qui se sont exprimés, ou trois ou cinq qui se sont exprimés, point. Donc vous avez raison de souligner qu'il s'agissait d'une toute petite minorité. Et que l'ensemble des Français, en tout cas dans toutes les enquêtes d'opinion, la très grande majorité des Français approuve ce dispositif. Je vous disais donc que j'écoute par définition les interlocuteurs, que ça soit des intellectuels, des prescripteurs et autres, mais c'est vrai que ma responsabilité comme responsable public, c'est d'abord d'écouter le peuple. Donc j'entends, j'écoute les élites, mais j'entends le peuple.
 
Q.- N. Sarkozy, le président de la République lors de son déplacement à Sofia, a déclaré la chose suivante, B. Hortefeux, j'aimerais que vous fassiez un commentaire de texte : "l'idée que je me fais de notre pays, dit N. Sarkozy, la France, c'est que chaque fois que quelqu'un est injustement opprimé, ce quelqu'un-là devienne Français immédiatement, non pas par les papiers, non pas par l'administration, mais il devient Français parce que sa souffrance devient une souffrance qui doit être portée par la France". Cela veut dire quoi, ne pas être Français par les papiers et l'administration mais l'être en même temps ? J'avoue ne pas comprendre, expliquez-nous.
 
R.- Ecoutez, moi, je peux vous expliquer la politique que je mène sous l'autorité du président de la République.
 
Q.- Mais vous ne comprenez pas cette phrase-là ?
 
R.- Mais si, je la comprends très bien et d'ailleurs, elle s'illustre dans la vie de notre pays, puisque comme vous le savez, la France est le premier pays d'Europe, ou le second pays au monde derrière les Etats-Unis, mais le premier pays d'Europe en matière d'accueil des réfugiés. Nous sommes loin devant la Grande-Bretagne, loin devant l'Allemagne, ça veut dire qu'il y a une tradition d'accueil dans notre pays de tous ceux qui souffrent. Il faut que nous puissions accueillir et protéger tous ceux qui ne sont pas protégés par leur Etat, c'est cela la règle du droit d'asile.
 
Q.- Mais ça veut dire quoi ? Ca veut dire quoi être Français, sans l'être par les papiers ?
 
R.- Parce qu'on peut l'être de coeur, on peut l'être de tempérament, mais il y a une réalité simple que je rappelle, c'est que ce n'est pas la même chose d'être dans notre pays en règle, c'est-à-dire avoir des papiers ou ne pas avoir de papier. La situation juridique naturellement ne peut pas être la même.
 
Q.- Non, mais vous imaginez, B. Hortefeux, à un poste frontière dire « je suis Français de coeur » ça ne suffit pas, il faut un passeport, il faut des papiers.
 
R.- Bien sûr que, comme chacun des pays du monde, il y a des règles pour venir dans notre pays et il y a des pratiques à respecter. Je le dis moi très simplement, j'ai une position, vous savez qui est très simple : un étranger en situation irrégulière, a vocation à être reconduit dans son pays d'origine. Et un étranger en situation légale, c'est-à-dire qui partage nos valeurs, respecte nos lois, doit pouvoir bénéficier d'un effort d'intégration. C'est cela, la politique claire, limpide, juste et transparente de notre pays.
 
Q.- Un mot, B. Hortefeux, et ce sera ma dernière question, vous avez parlé d'une réflexion sur un pacte d'immigration européen, sur lequel la France entend réfléchir dans le cadre de sa présidence de l'Union, ce sera en juillet prochain, en 2008. Vous en avez parlé, exactement dans les mêmes termes que J. Lang, avant-hier sur notre antenne, sur France Inter, c'est lui, qui va avoir la charge de cette réflexion ?
 
R.- Ecoutez, je crois que vous prenez les sujets, les questions essentielles, par des questions personnelles.
 
Q.- C'est important de savoir ce qu'il pense.
 
R.- Moi, ce que je peux vous dire, qui est intéressant sur le fond, c'est que j'étais avant-hier à Madrid, j'ai rencontré tous mes interlocuteurs gouvernementaux. J'étais hier à Londres, à chaque étape, j'ai évoqué la nécessité de préparer, de réfléchir à un pacte européen sur l'immigration. Eh bien, à chaque étape, cette proposition, cette suggestion, cette piste qui avait été initiée d'ailleurs par N. Sarkozy il y a déjà plusieurs mois, a reçu un accueil très attentif et très encourageant.
 
Q.- Et donc vous ne répondez pas sur la forme, là ? Vous avez parlé du fond. Sur la forme, qui sera le missionnaire, si j'ose dire ?
 
R.- Ecoutez, cela...
 
Q.- Vous n'avez pas dit non, non, plus à J. Lang.
 
R.- Ecoutez, je ne sais pas, J. Lang est déjà très occupé avec la Commission sur la réforme des institutions. La préparation du Conseil européen, c'est pour plus tard.
 
Q.- Merci infiniment, B. Hortefeux, je rappelle que vous étiez en duplexe des studios de France Bleu à Clermont-Ferrand. France Bleu Pays d'Auvergne. Merci, d'avoir été avec nous. Vous êtes le ministre de l'Immigration, de l'intégration de l'Identité nationale et du Codéveloppement.
 
R.- Vous avez raison de souligner que c'est le Codéveloppement.
 
Q.- Oui, je l'ai dit.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 12 octobre 2007
 

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