Interview de M. François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, à RTL le 17 octobre 2007, sur la grève dans les transports, le financement des syndicats par l'UIMM et les tests ADN pour le regroupement familial dans le projet de loi sur l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, à RTL le 17 octobre 2007, sur la grève dans les transports, le financement des syndicats par l'UIMM et les tests ADN pour le regroupement familial dans le projet de loi sur l'immigration.

Personnalité, fonction : BAYROU François, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. UDF - Mouvement démocrate, président;

ti : J.-M. Aphatie.- La presse en parle déjà abondamment et RTL aussi fait une large place, ce matin : demain sera une journée noire en France, peu de transports publics, de trains, de métros, de bus en signe de protestation contre la suppression des régimes spéciaux de retraite. Cette grève dans les transports publics vous paraît-elle légitime ?
 
R.- Il y a un mouvement qui est un mouvement de défense d'un certain nombre d'acquis, en tout cas d'un certain nombre de dispositions du contrat que les salariés avaient signé. Je crois qu'il est normal et légitime qu'ils le défendent et en même temps, tout le monde voit bien que devant le déséquilibre des régimes de retraite, il faut faire quelque chose. Je ne crois pas qu'on puisse prétendre que les régimes spéciaux vont à eux tout seuls, régler le problème des régimes de retraite. On en sera très, très, très loin.
 
Q.- Personne ne le dit vraiment !
 
R.- Je vous donne les chiffres pour qu'ils soient présents à l'esprit : d'ici trente ans, pour rééquilibrer les régimes de retraite, on va devoir trouver 120 milliards d'euros par an - 120 milliards d'euros par an ! - et là-dessus, les régimes spéciaux, c'est 5 milliards. Donc on est au-dessous de 5 %.
 
Q.- Malgré tout, la réforme est présentée comme nécessaire au nom de l'égalité.
 
R.- Oui, je pense qu'il y a, pour beaucoup de Français, le besoin de savoir qu'on va se trouver devant une exigence d'équité, d'égalité devant la retraite. Moi, je pense qu'on aurait pu aller plus loin et prendre un autre chemin qui n'a pas été retenu par le Gouvernement, c'est celui d'un régime de retraite par points, où l'on aurait pris en compte les années passées sous le statut par les agents. Il y en a qui sont sous ce statut depuis trente ans, d'autres seulement depuis trois ans, ce n'est pas la même chose. Et on aurait pu défendre de vrais droits pour les retraités, ce qui, pour l'instant, n'est pas le cas. Mais c'était une remise à plat du système et le Gouvernement n'en a pas voulu.
 
Q.- Vous pourriez voter cette réforme, le moment venu, au Parlement ?
 
R.- Je pourrais la voter sauf que, excusez-moi de vous le dire...
 
Q.- Ah oui, c'est un décret !
 
R.-...On ne se dirige pas vers une loi.
 
Q.- Excusez-moi !
 
R.- On se dirige vers un décret. C'est une exigence que nous devrons tous prendre en compte. En même temps, ne parlons pas des salariés comme de privilégiés. Ils ne sont pas privilégiés, c'était dans leur contrat de travail.
 
Q.- Le scandale de l'argent liquide de l'UIMM prend de l'ampleur. Vous avez été président du CDS à partir de 1994. Vous êtes président de l'UDF depuis 1998. Votre parti a-t-il touché, un jour, des enveloppes venant de l'UIMM ?
 
R.- Depuis que la loi a été en place, la loi de financement public pour les partis politiques, les différents partis que j'ai présidés n'ont jamais eu un euro d'argent liquide qui soit arrivé sur leur compte.
 
Q.- La rumeur dit pourtant que peut-être de l'argent liquide de l'UIMM a été attribué à des personnalités politiques.
 
R.- C'est tout à fait possible. En tout cas, je n'en sais rien mais vous voyez à quel point le soupçon est en train de cheminer. Sous cette affaire, il y a le signe d'une énorme décomposition de la vie publique, sociale et politique ; en tout cas, sociale, en France. C'est pourquoi il faut que la lumière soit faite, qu'elle soit faite vite, que la transparence soit la règle dans cette enquête, que l'on puisse savoir, en effet, à qui ont été attribuées les sommes astronomiques et, au fond, sur quoi tout cela reposait. Je pense aux ouvriers qui sont dans les usines métallurgiques aujourd'hui ; vous êtes ouvrier dans une usine automobile à Rennes, ou ailleurs en France, et vous avez confiance dans votre syndicat, et tout d'un coup, vous apprenez par la radio que probablement il y avait des sommes incroyables en liquide qui étaient attribuées par les organisations patronales à ces syndicats. Vous ne croyez pas que c'est une énorme déstabilisation du lien de confiance qui doit exister à l'intérieur d'une société ? Je trouve que non seulement ces comportements sont archaïques, comme on le dit, mais ils sont profondément déstabilisateurs, profondément destructeurs du lien de confiance dans la société.
 
Q.- En tout cas, à l'UDF et aucun élu de l'UDF, de votre point de vue, n'a été mêlé à cette affaire de près ou de loin ?
 
R.- Pas que je sache et je crois que je le sais, jamais un euro n'a été attribué par ces organisations.
 
Q.- Vous avez annoncé votre intention, hier, de vous joindre à la démarche des députés socialistes qui saisiront le Conseil constitutionnel à propos des tests ADN sur l'immigration...
 
R.- Je souhaite que nous soyons le plus nombreux possible parmi les députés de la Nation à dire...
 
Q.- On vous a vu déjà dimanche avec la gauche, vous avez choisi votre camp dans cette histoire ?
 
R.- Ce n'est pas une affaire de camp. Le camp que je défends, c'est le vôtre.
 
Q.- Le mien ?
 
R.- Je veux dire celui de tous les citoyens attachés à l'idée qu'en France et dans la République, il y a un certain nombre de choses qu'on ne fait pas, et notamment...
 
Q.- Des principes, des valeurs qu'on respecte ?
 
R.-...Des principes. Des valeurs.
 
Q.- Et ceux qui sont pour les tests ADN, comme l'auditeur que nous avons entendu, ce ne sont pas des bons citoyens ?
 
R.- L'idée selon laquelle on aurait le droit de tout faire, et notamment de porter atteinte à des principes fondamentaux sous prétexte qu'on a la majorité, cette idée n'est pas la mienne. Je pense qu'il y a un droit, et notamment un droit des hommes, au-dessus de la loi. Je pense que mélanger les tests génétiques aux problèmes de famille, prétendre que pour les uns, pour nous, citoyens français, la famille elle est affective, que nous pouvons adopter, que nous pouvons recomposer les familles, mais que pour les autres, les immigrés, la famille, serait biologique uniquement, et qu'on le vérifierait simplement par des tests génétiques qui prouveraient si, oui ou non, il y a filiation directe ; vous voyez bien que c'est quelque chose qui n'avait jamais été fait jusqu'à maintenant et qui porte atteinte, pour beaucoup de gens, je le rappelle - les évêques, les Eglises, les autorités religieuses, les autorités philosophiques -, à des principes qui, pour nous, sont des principes précieux. Et quand on a des principes précieux, on les défend.
 
Q.- On lit, on entend que J.-M. Cavada, membre du MoDem, pourrait être la prochaine personnalité d'ouverture à intégrer le Gouvernement ?
 
R.-  Oui, je ne crois pas du tout que J.-M. Cavada ait dit cela et je ne crois pas du tout que telle soit son intention.
 
Q.- Il a dit qu'il faut voir dans quelles conditions ça pourrait se faire, il l'a dit !
 
R.- Peut-être a-t-il fait une déclaration, comme ça, de sympathie, d'ouverture ; mais je ne crois pas du tout que telle soit son intention. Il se trouve, je crois, que l'ouverture sous cette forme de débauchage individuel, c'est quelque chose qui ne correspond pas, à mon sens, à l'exigence de rassemblement qui est celle d'un pays comme le nôtre. Donc, en tout cas pour moi, je n'accorde pas de crédit à cette interprétation.
 
Q.- F. Bayrou, prochain candidat aux municipales à Pau - c'est ça ? - était l'invité... C'est ça ? Vous confirmez ?
 
R.- Non. Je dis que lorsque ma décision aura mûri, je la communiquerai à mes concitoyens.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 17 octobre 2007

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