Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à La Chaîne info le 18 octobre 2007, sur la réforme des régimes spéciaux de retraite. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à La Chaîne info le 18 octobre 2007, sur la réforme des régimes spéciaux de retraite.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, BARBIER Christophe.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : C. Barbier.- J.-F. Copé, bonjour... La forte mobilisation lors des grèves d'aujourd'hui est-elle un avertissement pour le Gouvernement ? Pas de passage en force pour les réformes des régimes spéciaux de retraite et du régime général ensuite ?

R.- D'abord, il n'a jamais été question d'un passage en force, on a toujours été clair là-dessus, on a toujours donné notre méthode, on a toujours dit qu'on privilégiait le dialogue mais ensuite la décision, que c'est la responsabilité d'un Gouvernement.

Q.- Il y a un ultimatum quand même : fin d'année ça doit être prêt.

R.- Oui, l'idée c'est qu'on tienne nos délais, mais enfin en même temps, je voudrais vous dire un mot de cette journée, c'est que voilà, c'est une journée noire pour le service publique, on ne va pas se mentir. C'est une journée noire pour le service public parce que l'image qui est donnée aux Français des transports publics, auxquels nous sommes profondément attachés, des services publics en général, n'est pas sans doute celle dont nous rêvons pour un pays moderne.

Q.- F. Hollande vient de réclamer la réouverture de vraies négociations dans un cadre global. Est-ce que le Gouvernement doit donner suite à cette demande ?

R.- Je ne sais pas ce que c'est que des "vraies" par rapport à des "fausses" négociations et je ne sais pas ce que c'est qu'un "cadre plus global" que celui qui a consisté justement à appréhender le problème sur l'ensemble des régimes spéciaux. En revanche, il y a une chose que je sais et que je vois en F. Hollande, une nouvelle fois, l'absence totale de courage politique et même à certains égards une authentique irresponsabilité par rapport aux problèmes des Français. Moi, je fais partie de ceux qui en ont un peu assez d'avoir en face une opposition qui n'assume pas sur un certain nombre de sujets. Le clivage n'est pas entre la gauche et la droite, il est entre la modernité et l'irresponsabilité. Et c'est ça qui est très choquant parce que sur ces sujets, je m'excuse, la réforme des régimes spéciaux, c'est juste un rendez-vous avec l'équité - que tous les Français soient traités de la même manière pour leur régime de retraite - et d'autres part, l'exigence de sauver ces régimes spéciaux qui sinon vont être en faillite.

Q.- En matière de courage politique, faites-vous confiance au Président et au Gouvernement pour tenir bon si la grève dure ou bien, comme on l'a vu avant l'été, avec le service minimum, avec l'université, craignez-vous que l'exécutif ne recule assez vite sur toute ou partie de la réforme ?

R.- La question n'est pas de "craindre". On est, si j'ose dire, les uns et les autres dans le même navire, celui qui consiste à conduire à bon port le pacte présidentiel sur lequel les Français ont élu N. Sarkozy. Donc c'est ça notre responsabilité.

Q.- Il y a aussi les municipales qui vont approcher, beaucoup de députés UMP vont vous dire : attention, il faut que cette grève s'arrête, lâchez du lest.

R.- Pour l'instant, il n'y a personne qui dit ça. Moi, je suis maire de Meaux, une ville qui est très touchée par la grève aujourd'hui parce que une partie importante de la population active à Meaux, elle travaille à Paris. On est à 50 km de Paris, mais en train. Cela dépend des moments, mais quand il n'y a pas de train, c'est un cauchemar d'aller à Paris. Donc le moins qu'on puisse dire, c'est que sur ces sujets, moi je vois bien que les gens, ils nous disent, à nous : attendez, il faut tenir parce qu'en réalité, c'est un rendez vous, je le répète avec l'équité.

Q.- Le groupe UMP que vous présidez est déterminé, vous les sentez fermes ?

R.- Oui, ça je vous le confirme parce qu'il y a derrière ça à la fois la crédibilité du politique et puis je le répète, au-delà de la crédibilité du politique, c'est l'intérêt général qui est aujourd'hui en cause par rapport à cette question.

Q.- Pour l'intérêt général, la majorité a voté avant l'été, dans l'urgence, une loi sur le service minimum. Où est-elle, pourquoi n'est-elle pas aujourd'hui disponible ?

R.- D'abord je rappelle que la loi en question, elle est applicable à compter du 1er janvier prochain. Donc, il se trouve que, là, on est dans un laps de temps où on ne peut pas reprocher au Gouvernement de ne pas avoir fait ce qu'il avait dit.

Q.- On vote vite, mais on applique tard.

R.- C'est une jolie formule, C. Barbier, mais allons au-delà de cette formule. Il faudrait quand même juste rappeler une chose : on ne peut pas d'un côté dire au Gouvernement : "il passe en force", et de l'autre lui reprocher d'avoir fait une loi dans laquelle il dit "on laisse la place à la négociation" puisque c'est un accord de branches ou un accord d'entreprises qui doit fixer les règles du jeu en matière de service minimum. L'objectif, c'est que ce soit fait avant le 1er janvier, donc on verra ce qu'il en est à compter du 1er janvier.

Q.- Est-ce que ce ne sera pas une loi inutile dans le cadre de grève aussi massive qu'aujourd'hui ? On aurait cette loi, aujourd'hui, qu'est-ce qu'on en ferait ?

R.- En même temps, le droit de grève est un droit constitutionnel, il faut le respecter, il faut trouver un bon équilibre. Vous savez, comme dirait l'autre, les conseilleurs sont parfois pas les payeurs et là, en l'espèce, il faut essayer de trouver un juste équilibre, c'est ce que le Gouvernement a fait avec le maximum de sagesse.

Q.- Est-ce que vous regrettez qu'il n'y ait pas dans cette loi sur le service minimum une disposition de réquisition en cas de nécessité ?

R.- C'est un débat qu'on a beaucoup eu à l'Assemblée lorsque le texte est venu en discussion. Finalement, on a considéré que cela pouvait intégrer un risque constitutionnel et c'est la raison pour laquelle ceux de mes amis députés qui souhaitaient avancer plus sur cette question, y ont renoncé.

Q.- Les 40 années de cotisations d'un député sont concentrées actuellement sur 22 années et demie d'activité, avec des cotisations doubles pour une partie de cette période. Le groupe Nouveau Centre à l'Assemblée est pour une réforme du régime spécial des parlementaires. Est-ce que le groupe UMP que vous présidez soutiendra cette réforme présentée par les centristes ?

R.- D'abord, premièrement, je dois vous dire qu'il me paraît absolument évident que les parlementaires, dès lors qu'ils ont un régime de retraite sur lequel il y a quelques éléments qui peuvent apparaître dérogatoires, doivent assumer leur responsabilité. La seule chose, c'est que moi je ne serai jamais dans le camp des démagos, je vous dis très directement. Pour une raison simple : les députés, au moment de la réforme des retraites en 2003, ils ont évidement fait la réforme des retraites des députés et en particulier en l'alignant complètement sur celle des fonctionnaires, à savoir 40 années de cotisations et pas de possibilité de prendre sa retraite jusqu'à 60 ans. Alors l'objectif aujourd'hui c'est de veiller à ce que ces deux points soient pleinement respectés et qu'il n'y ait donc pas de dérogation possible notamment pour prendre sa retraite avant 60 ans. Et moi j'ai souhaité qu'on puisse travailler sur cette question - et le groupe UMP d'ailleurs, là-dessus, va faire des propositions très concrètes. Et puis le deuxième élément, c'est de réfléchir à la situation dans laquelle vous pouvez cotiser comme député mais également, si vous êtes fonctionnaire en détachement, alors même que vous n'exercez plus comme fonctionnaire, là il n'y a pas vraiment de raison de cotiser comme fonctionnaire. Ca, c'est un point qui n'avait pas été vu en 2003, qu'il faut voir. C'est un point particulier, tout le monde n'est pas fonctionnaire et pour ceux qui sont concernés, il faut le faire. Et à mon avis, ces deux points-là sont majeurs. Pour le reste, le fait de pouvoir payer deux fois - payer deux fois, parce qu'on paie par rapport à ça - alors même que la durée moyenne de vie, si j'ose dire, au Parlement d'un député, c'est, d'après les statistiques, je crois 7,5 ans ou 8 ans. Je rappelle que pendant cette période, pour beaucoup, ce n'est plus dans sa carrière professionnelle. Certains continuent par ailleurs leur métier à temps partiel, ce qui est mon cas comme d'autres, mais il y en a qui ne le font pas. Donc, là, il y a évidement des éléments qu'il faut intégrer parce que si on ne le fait pas, eh bien on est alors dans un système d'inéquité dans l'autre sens.

Q.- Compte tenu de la démographie et des comptes sociaux, on va aller pour le régime général à 41 ans, ou 42 ans d'annuités, c'est logique ?

R.- Bien sûr c'est logique. Les études démographiques et par ailleurs les études liées aux projections financières montrent que l'expérience de vie ayant augmenté, comme on rentre plus tard sur le marché du travail qu'autrefois, du fait de l'allongement des études, il faut quand même tenir compte de l'équilibre global des régimes. Ou alors on ne peut pas dire qu'en même temps on est pour le régime par répartition. Donc je crois qu'il faut que là-dessus on regarde ce qui se passe ailleurs. Moi, je vais vous donner une exemple parce que c'est bien de regarder, moi je fais beaucoup de comparaisons internationales, ça permet un peu de voir ce qui se passe ailleurs, c'est pas mal. Au Danemark, il y a trois ans maintenant, le Gouvernement danois a proposé de passer à 67 ans - ce n'est pas du tout dans cet esprit que nous sommes pour la France - mais 67 ans, ça a été voté par la droite, mais également par la gauche au Danemark. C'est vous dire que d'un côté ou de l'autre de l'Europe, les socialistes n'ont pas tout à fait le même raisonnement sur l'intérêt national.

Q.- Est-ce que l'affaire de la caisse noire du patronat, de l'UIMM, sort en ce moment pour faire peur aux syndicats puisqu'on sait que cet argent est peut-être allé vers les syndicats ?

R.- Moi vous savez, je ne crois pas beaucoup à tout ça, je crois que ce sont deux choses différentes. En revanche, il y a deux sujets. Il y a l'enquête elle-même, elle est en cours. Et puis il y a aussi une autre réflexion, alors là, celle-là qui me paraît tout à fait relever de la responsabilité de l'exécutif et du législatif, c'est de réfléchir au mode de financement des syndicats.

Q.- Vous déposerez une proposition de loi sur le sujet ?

R.- Je ne sais pas quelle est la formule qu'on retiendra, mais en tous les cas ce qui est vrai c'est que beaucoup travaillent à cette question, je dois dire d'ailleurs dans toutes les formations politiques. Moi je pense que c'est un sujet sur lequel il doit y avoir consensus parce que c'est une exigence de transparence nécessaire.

Q.- Divorce en vue, selon plusieurs sources, pour le couple présidentiel. Si c'est le cas, est-ce que ça changera la donne, est-ce que pour vous c'est un fait politique d'avoir un Président qui a une Première dame de France à ses côtés ou pas ?

R.- Non, c'est un fait médiatique surtout parce que dites-moi, il n'y a pas beaucoup de journaux qui nous font échapper à toutes ces couvertures. Moi, je vais vous dire, j'ai sur ce point une philosophie qui est constante : j'ai toujours été extrêmement respectueux de la vie personnelle des uns et des autres. Pour ma part, je pense que tout cela n'a rien à voir avec le débat public.

Q.- Il y a la vie publique quand même. Une Première dame de France, ça compte.

R.- Oui, mais enfin, en même temps, je crois qu'il faut respecter les décisions quelles qu'elles soient et ça, ça relève pour le coup de la vie intime.

Q.- Et si C. Sarkozy redevient simple citoyenne, elle devra aller devant la commission d'enquête parlementaire sur la Libye ou...

R.- Ça, ça n'a rien à voir. Encore une fois, là-dessus les choses sont assez simples : la commission d'enquête est souveraine pour décider, pour choisir qui elle souhaite entendre. En même temps, je crois que le principe de séparation des pouvoirs, c'est quelque chose qui existe, et c'est la raison pour laquelle les réponses qui ont été données sur ce point me paraissent tout à fait claires.

Q.- L'Assemblée continue à discuter le budget. Quand vous étiez ministre du Budget, avec D. de Villepin à Matignon, c'était moins de 40 milliards de déficit. Là, on est passé au dessus des 41. Vous criez "casse-cou" à l'équipe Sarkozy/Woerth ?

R.- Non, d'abord parce qu'on est en début de mandature, et que c'est un métier difficile d'être ministre du Budget. Alors c'est vrai que nous, nous avons fait des progrès importants dans la réduction du déficit. La dernière année de Jospin c'est 2002, il nous avait laissé 49 milliards de déficits pour l'Etat. La dernière année d'exercice de mon mandat de ministre, nous étions à 35,7 milliards, donc 13 milliards de moins.

Q.- Là, si on creuse le trou, il faudra augmenter la TVA, la CSG prochainement.

R.- Non, l'objectif n'est pas de creuser le trou, l'objectif est de continuer de le réduire et je pars du principe que ce Gouvernement est de ce point de vue dans une ligne qui est vraiment celle de poursuivre ce travail et j'ai toute confiance en mon successeur pour le faire.

Q.- Pas de plan de rigueur dans la poche de la droite pour l'après municipales ?

R.- Non, ce n'est pas un plan de rigueur qu'il faut faire, c'est surtout de continuer de baisser les dépenses inutiles et en revanche d'augmenter celles qui sont utiles à la nation. J.-F. Copé, merci et bonne journée.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 18 octobre 2007

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