Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF - Mouvement démocrate (MoDem), à "LCI" le 24 octobre 2007, sur le Grenelle de l'environnement et les OGM, les tests ADN dans la loi sur l'immigration, Le Nouveau Centre, la loi électorale et la réforme des institutions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF - Mouvement démocrate (MoDem), à "LCI" le 24 octobre 2007, sur le Grenelle de l'environnement et les OGM, les tests ADN dans la loi sur l'immigration, Le Nouveau Centre, la loi électorale et la réforme des institutions.

Personnalité, fonction : BAYROU François, BARBIER Christophe.

FRANCE. UDF - Mouvement démocrate, président;

ti : C. Barbier.- Le "Grenelle de l'environnement" entre dans sa phase de conclusion. Poudre aux yeux ou révolution ?
 
R.- Non. Je pense qu'on peut en sortir quelque chose de bien, si on va jusqu'au bout, si on réfléchit tous ensemble. Il y a qu'une chose qui m'inquiète, c'est que, semble-t-il, la dernière phase des négociations, des échanges, a lieu pendant ces deux jours et que les conclusions du président de la République auront lieu demain après-midi, comme si les conclusions étaient prises avant les négociations.
 
Q.- Normalement, c'est à la mi-décembre qu'on aura vraiment concrets avec peut-être une loi cadre sur une fiscalité écologique, une taxe carbone supplémentaire. Vous voteriez oui ?
 
R.- Je pense que c'est une des pistes qui devront nécessairement être suivies, le jour où on se rendra compte qu'il y a quelque chose de précieux pour l'humanité dans l'atmosphère et le climat, et qu'on a le devoir autant que possible de réguler l'utilisation de ce carbone qui est dans les entrailles de la terre depuis des millions d'années ; et que nous avons brûlé en 150 ans. Il y a là, quelque chose, un indice ou une piste de ce qu'on devra faire, si l'on veut obtenir des résultats sérieux.
 
Q.- Vous êtes exploitant agricole, vous êtes "l'Homme au tracteur". Faut-il arrêter définitivement la culture des OGM ? Il y a 22.000 hectares en "Mon 810", comme on dit, qui sont actuellement en attente de semailles en avril ?
 
R.- La recherche, elle est nécessaire. Mais je pense que l'utilisation des OGM en France n'est pas si cruciale qu'il faille prendre ce genre de risque. La question à laquelle on se confronte depuis des années et à laquelle je ne comprends pas qu'on ne trouve pas de réponse, c'est qu'il nous manque des avis scientifiques indiscutables sur le sujet. S'il y a dissémination, c'est-à-dire si ces gènes se promènent dans la nature, et vont en effet se multiplier, alors il faut arrêter les OGM. S'il n'y a pas dissémination, on peut en discuter. Mais ce qui nous manque, c'est l'avis scientifique, sérieux, déterminant, pour savoir s'il y a un risque dans les OGM pour la consommation humaine et s'il y a dissémination.
 
Q.- Le principe de précaution dans la Constitution, il faut le retirer, comme le dit J. Attali, parce que cela empêche justement l'initiative, le risque, la recherche ou il faut le laisser, comme le dit N. Hulot ?
 
R.- Il faut le garder. Il faut conserver le principe de précaution, parce que c'est un mouvement de conscience. Pour une fois, une société, un pays, des sociétés, des pays disent : "On ne peut pas faire n'importe quoi, et lorsque nous agissons ou nous cherchons, il faut qu'on pense en même temps à nous et aux générations futures". Et je trouve que c'est bien.
 
Q.- C. Lepage, membre du MoDem, accepte une mission gouvernementale dans le giron de J.-L. Borloo sur l'environnement. Vous jouez le jeu de l'ouverture ?
 
R.- Je pense nécessaire et bien qu'on accepte des missions, lorsque ce sont des missions d'intérêt général et pas de récupération. Lorsqu'on peut être libre et en même temps apporter sa compétence, c'est bien de le faire.
 
Q.- Au nom de l'intérêt général, J.- M. Cavada va-t-il rentrer au Gouvernement ?
 
R.- Non, je crois que non.
 
Q.- On entend cela !
 
R.- J'ai entendu les interprétations autour de ses déclarations. Pour moi, c'est extrêmement simple : nous ne sommes pas un mouvement qui est au pouvoir ! Nous avons choisi de ne pas être au pouvoir. Et donc, tous les responsables de ce mouvement sont solidaires entre eux. Autrement, ils manqueraient à cette solidarité.
 
Q.- Pourquoi avez-vous voté, hier, contre la loi sur l'immigration, alors que l'ADN est désormais présenté comme une chance donnée au migrant qui n'a pas d'état civil dans son pays fiable, de prouver qu'il est bien le fils de celui qui veut se regrouper avec lui en France ?
 
R.- Et est-ce que vous pensez, C. Barbier, que cela a été fait pour cela ?
 
Q.- C'est moi qui pose les questions. Vous, vous avez voté contre.
 
R.- Moi, je vous pose une question. Vous avez suivi tout le débat.
 
Q.- On en est là, maintenant, au point d'arrivée, au moment du vote, l'ADN est une mesure qui a été encadrée.
 
R.- Au point d'arrivée, toutes les autorités spirituelles et philosophiques, depuis les évêques jusqu'au Comité d'éthique, tous ont dit : "Attention, il y a là, le doigt mis dans un engrenage, et c'est un engrenage dangereux, et qui ne correspond pas aux valeurs de la France". Cet engrenage quel est-il ? Cela consiste à dire, d'une part que les migrants et les Français du point de vue de la famille, ne doivent pas être considérés de la même manière. Parce qu'on ne songerait pas à faire des tests génétiques pour les familles françaises. Il y a tellement d'adoptions, de familles recomposées, que nul ne songerait à faire ce genre de chose. Donc, la première impossibilité c'est qu'on considère la famille des migrants et la famille française sur deux plans différents. Et la deuxième atteinte à des choses précieuses auxquelles nous croyons, c'est que désormais on va mettre la génétique dans la régulation de ce genre de phénomènes de société. Or, nous avons depuis le début penser que la génétique c'était fait pour la médecine et pour les enquêtes policières. La génétique cela ne doit pas être répandu dans l'administration de la France. Et ceci mérite que le Conseil constitutionnel s'y penche, et j'espère qu'ils disent que ce n'est pas conforme aux principes de notre droit.
 
Q.- Le Nouveau Centre, qui ne peut bénéficier du financement classique des partis politiques n'ayant pas obtenu assez de voix dans assez de circonscriptions, va recevoir une prime spéciale. Est-ce que ce n'est pas justice pour un groupe de 21 députés et puis qui compte des ministres répartis au Gouvernement ?
 
R.- J'aime bien comme vous présentez les choses, en riant vous-même de votre présentation. Les choses sont extrêmement simples : il y a une règle qui a été votée à l'Assemblée nationale à plusieurs reprises, par le Parlement à plusieurs reprises, et qui consiste à dire que lorsqu'il y a l'argent du contribuable pour financer un mouvement, ce mouvement-là, il doit ne pas être un mouvement bidon. Je vous rappelle ce qui s'est passé : le mouvement dont vous avez cité le nom, qui n'est ni "Nouveau" ni "Centre" mais qui s'appelle comme cela, ce mouvement-là, il a choisi de présenter des candidats absolument fantaisistes dans des circonscriptions où il n'avait jamais mis les pied.
 
Q.- Mais 21 députés c'est un mouvement bidon ?
 
R.- Les frères, les soeurs, les secrétaires, et les chauffeurs... Je cite des faits absolument exacts dont toute la presse a rendu compte.
 
Q.- Mais il y a des élus !
 
R.- Et donc, je dis : "La règle du jeu ayant été écrite, elle a été écrite pour une raison profonde et simple, c'est pour que des députés ne puissent pas faire des mouvements qui soient des mouvements artificiels." On a écrit une règle pour tout le monde qui est : c'est les électeurs qui doivent vous donnez le droit au financement. On est en train de changer cette règle pour récompenser les ralliements. Ceci ne sera pas constitutionnel. Je vais, tout à l'heure, monter à la tribune de l'Assemblée nationale pour montrer que ce texte de loi qui est tombé, comme vous le savez, absolument, comme un météore, par surprise totale annoncée hier à onze heures, examinée ce matin à 9h30, au mépris de tous les droits de l'Assemblée.
 
Q.- Vous l'enverrez devant le Conseil constitutionnel avec l'aide du Parti socialiste ?
 
R.- J'espère qu'il y aura plus de 60 députés de quelque groupe que ce soit, parce que vous avez vu que même à l'UMP, il y a des gens qui ont dit : "ça ne va vraiment pas cette histoire". J'espère qu'il y aura plus de 60 députés pour le soumettre au Conseil constitutionnel et pour montrer qu'il ne correspond pas aux principes de notre droit.
 
Q.- Qui est propriétaire du label UDF, c'est le Nouveau Centre, c'est le MoDem ?
 
R.- Je suis le président de l'UDF, et l'UDF appartient à ses militants. Personne ne peut s'en servir.
 
Q.- Le Comité Balladur pour la réforme des institutions termine ses travaux. On aura cette réforme après les municipales de mars 2008. C'est bien, pour ne pas polluer le scrutin ?
 
(Rires.)
 
Q.- Parce que moi, je vous fais rire maintenant !
 
(Rires encore).
 
R.- On avait annoncé cette réforme au mois de décembre. Mais il y a un certain nombre de choses qui, naturellement, gênent et on ne veut pas les examiner.
 
Q.- Le cumul des mandats gène ?
 
Par exemple, oui.
 
Q.- Trente députés à la proportionnelle, cela vous suffit ? C'est bien ?
 
R.- C'est ridicule !
 
Q.- Pourquoi ?
 
R.- C'est ridicule, parce qu'on ne demande pas la charité. C'est 5 % de l'Assemblée ! Franchement, cela n'a aucun sens. Et cela sera d'ailleurs la réaction unanime de tous ceux qui depuis longtemps disent :"il faut une loi électorale juste en France". Donc, tout cela ne tiendra pas. Mais il y a pire encore dans les propositions que la presse annonce du Comité de Balladur.
 
Q.- Par exemple...
 
R.- Le pire encore, c'est l'idée que désormais on va faire des citoyens à deux vitesses.
 
Q.- 100.000 grands électeurs choisissent ( ?)...
 
R.- On va mettre cent mille grands électeurs qui voter une première fois avant le peuple, pour choisir et classer les candidats qui leurs seront soumis.
 
Q.- Ploutocratie ?
 
R.- J'espère que ce n'est pas ploutocratie, parce que ploutocratie cela veut dire le Gouvernement des riches, et heureusement, en France pour l'instant, le droit de vote des citoyens, il n'est pas soumis à leurs ressources économiques. Mais ce n'est pas de la ploutocratie, c'est en tout cas, quelque chose qui est de l'oligarchie : c'est l'idée qu'il y a des citoyens de premier plan, qui sont les élus, et il y a des citoyens de deuxième plan, qui sont les électeurs banals. Rien de tout cela ne sera acceptable ! Et je suis absolument certain que cela ne rentrera pas dans notre droit. Je ne sais pas quelle mouche a piqué les membres de ce Comité. Vraiment, cela ne sera pas accepté par les Français ! Vous croyez que les Français vont accepter que des gens votent à leur place ?
 
Q.- Il y a les 500 parrainages pour l'instant !
 
R.- Ce n'est pas du tout cela ! Le parrainage, ce n'est pas un vote ! On ne compte pas les parrainages. On ne publie pas le nombre des parrainages. Le parrainage, cela consiste à dire : on va essayer d'éviter les candidatures fantaisistes en demandant à des maires de dire : celui-là est acceptable. Voilà, Point.
 
Q.- En un mot rapide, S. Royal veut reprendre contact avec vous. Vous êtes disponible ?
 
R.- Je crois qu'elle a dit que ce n'était pas le moment, parce qu'elle a des choses...
 
Q.- Mais elle a dit :"Il faudra reprendre".
 
R.- Je suis certain qu'un jour, il faudra avoir de manière, comment dirais-je, non dans le feux de l'action, de manière plus calme, des réflexions à l'intérieur de la démocratie française entre les grands courants démocratiques du pays pour savoir quels sont les points auxquels nous sommes attachés - vous venez de parler des institutions - et qu'il faudra changer un jour ou l'autre. Donc, de ce point de vu là, j'ai rencontré N. Sarkozy, j'ai rencontré F. Hollande. Je suis disposé à parler avec tous les responsables du pays.
 
Q.- Et vous serez candidat aux municipales de Pau ? Votre réflexion est mûre ?
 
R.- Je vous promets que le jour où j'aurai mûri ma décision sur ce sujet, cela n'est pas à LCI que je viendrai le dire.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 24 octobre 2007

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