Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à "RMC" le 24 octobre 2007, sur le pouvoir d'achat des étudiant, le logement étudiant et la gratification des stages. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à "RMC" le 24 octobre 2007, sur le pouvoir d'achat des étudiant, le logement étudiant et la gratification des stages.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :
 
 
 
J.-J. Bourdin.- Merci d'être avec nous. On va évidemment parler du pouvoir d'achat des étudiants, on va parler du pouvoir d'achat en général, du "Grenelle de l'environnement", des sujets qui vous concernent, directement ou indirectement. Commençons avec le pouvoir d'achat, globalement, parce que c'est le grand souci des Français aujourd'hui, on ne cesse de le répéter sur RMC et sur BFM TV, oui ou non faut-il conditionner les allègements de charges des entreprises à des augmentations de salaires ?
 
R.- Je crois que la question de la politique salariale c'est une question qui doit être concertée mais c'est une question qui est essentielle aujourd'hui et c'est évident que ça fait partie du programme de N. Sarkozy de dire...
 
Q.- Il l'a dit lui-même. Il a dit : « Il faut conditionner les allégements de charges à des augmentations de salaires ». Vous êtes sur le même terrain, là ? Vous le suivez ?
 
R.- Il a dit : « Il faut avoir une politique salariale très dynamique parce que notre dynamisme économique passe par des augmentations de salaires », c'est ce qu'il a dit. Et de faire un donnant-donnant avec les entreprises.
 
Q.- Vous êtes d'accord sur ce donnant-donnant.
 
R.- Je crois qu'il faut...
 
Q.- C'est indispensable ?
 
R.- Je crois qu'il faut qu'on fasse prendre conscience aux entreprises qu'il y a une priorité à augmenter, à faire une politique salariale très dynamique pour les salariés.
 
Q.- En ce qui concerne le pouvoir d'achat des étudiants, alors, là, vous avez concerné un plus grand nombre d'étudiants, je parle des bourses, le nombre de boursiers passera à la rentrée 2008 de 500.000 à 550.000, 50.000 nouveaux boursiers qui seront issus de familles de classe moyenne. C'est cela ?
 
R.- Oui, nous avons proposé une réforme de grande ampleur des bourses qui va coûter 100 millions d'euros. L'idée c'est quoi ? C'est que quand on ne sait pas comment on va financer ses études, eh bien on autolimite ses ambitions. Et comme notre objectif c'est d'emmener tous les jeunes vers un chemin de réussite et de les emmener au plus fort de leurs talents et de leur permettre d'exprimer leurs talents, il fallait réformer ces bourses, les rendre beaucoup plus simples, beaucoup plus claires, beaucoup plus lisibles et les étendre aux classes moyennes sur des critères comme le mérite ou bien pour aller faire des séjours à l'international. Donc, on a changé ce système de bourse, on l'a étendu à 50.000...
 
Q.- Ça veut dire quoi les classes moyennes, V. Pécresse, dans votre esprit ?
 
R.- Les classes moyennes pour moi, en fait il faut que le système soit équitable. Quand vous êtes imposable à l'impôt sur le revenu, vous avez des aides fiscales : c'est le quotient familial. Donc, le quotient familial vous aide à payer des choses à vos enfants. Si vous n'êtes pas imposable à l'impôt sur le revenu, vous n'avez pas d'aide nécessairement. Vous avez des étudiants boursiers, et puis vous avez des étudiants dont les parents ne sont pas imposables, qui n'ont pas d'aide fiscale, qui n'ont pas de bourse. Et c'est ces personnes-là que je voulais toucher, c'est à ces personnes-là que nous nous somme adressés en créant des bourses au mérite, en créant des bourses de mobilité internationale et en élargissant l'assiette des bourses.
 
Q.- Rien pour le moment sur le logement étudiant, V. Pécresse ?
 
R.- Alors, le logement étudiant, le mouvement est déjà lancé puisqu'en 2004 il y a eu un grand plan de mise à niveau du logement étudiant. On doit construire chaque année, c'est nos objectifs, 5 000 logements nouveaux et en rénover 7 000 puisque vous savez que les résidences CROUS elles datent des années 70, elles sont vétustes, pour certaines, il faut les rénover. Donc, on a un grand plan qui est lancé. Le problème c'est qu'il faut aller plus loin parce qu'il y a des blocages, et notamment particulièrement en région parisienne et dans la région lyonnaise, un peu aussi à Marseille et à Lille, et dans les grandes agglomérations. Pour aller plus loin, j'ai demandé à celui qui avait fait le premier rapport, J.-P. Anciaux, de revenir et de regarder si on ne pouvait pas faire d'autres choses. Alors, quoi ?
 
Q.- Quelles sont les idées qu'on pourrait développer ?
 
R.- D'abord, identifier les blocages qui font qu'on n'arrive pas à construire encore suffisamment, ça c'est une première chose. Mais la deuxième chose, c'est trouver trois nouvelles pistes, je pense à la colocation. Vous savez qu'aujourd'hui nous avons un prix des petites surfaces, et notamment dans les grandes villes, qui a augmenté de façon très forte, il y a même eu un peu un effet d'aubaine - des aides au logement données par le Ministère du Logement aux jeunes - un effet d'aubaine puisque les loueurs de chambres ont du coup augmenté leur loyer à due concurrence. Donc, le problème pour lutter contre ça, il faut essayer de développer la colocation dans les grands appartements, parce que les prix des grands appartements, eux, ont progressé de façon plus modérée.
 
Q.- Alors, comment favoriser la colocation ?
 
R.- Aujourd'hui, les aides sont plafonnées quand vous êtes en colocation. Parce que les aides sont plafonnées par appartement, donc ça vous incite à prendre une chambre et le prix de la chambre est beaucoup plus élevé.
 
Q.- Donc, vous voulez déplafonner ces aides ?
 
R.- Je veux faire en sorte qu'il y ait une incitation à la colocation, qu'il y ait aussi une incitation au logement intergénérationnel qui se développe dans beaucoup de pays, notamment au Québec ou en Espagne. Le principe est simple, c'est des personnes plus âgées qui ont un grand appartement, là encore familial, leurs enfants sont partis, ils peuvent louer des chambres à des étudiants, et là aussi les aides sont plafonnées. Donc, il faut qu'on regarde si on ne peut pas aller vers ces systèmes qui sont des systèmes...
 
Q.- Vous savez que beaucoup de propriétaires ne veulent pas de colocation parce qu'ils ont peur, plusieurs étudiants dans un appartement, dans notre appartement, les propriétaires sont réticents.
 
R.- Ils sont ambivalents parce que l'intérêt aussi des étudiants c'est qu'ils partent, donc on peut récupérer l'appartement, alors qu'avec un locataire qui s'installe c'est plus difficile. Donc, c'est ambivalent. Le problème aussi c'est la mise en relation entre les bailleurs et les étudiants, il faut peut-être avoir quelques associations qui se montent dans les universités pour, j'allais dire montrer un peu patte blanche et garantir à ceux qui vont louer l'appartement ou aux personnes âgées qui vont louer des chambres que les étudiants sont des étudiants bien sous tous rapports, que l'université leur propose et dont elle se porte garante.
 
Q.- Vous avez vu cette affiche, V. Pécresse, de l'UNEF. Est-ce qu'elle vous a choquée, franchement ? Je la montre aux auditeurs de RMC qui ne l'auraient peut-être pas vue, voilà, voilà.
 
R.- Les auditeurs de RMC, ils doivent avoir du mal à la voir mais...
 
Q.- Oui, parce qu'elle est très grande. « Sarkozy président, c'est 15 milliards pour les plus riches. Et pour les étudiants ? ». C'est l'UNEF. Ce n'est pas très beau, on voit N. Sarkozy qui fait un doigt d'honneur, c'est de quel goût ça ?
 
R.- Moi, j'ai trouvé ça d'un absolu mauvais goût et puis j'ai surtout trouvé ça complètement injustifié. D'abord parce que comme vous le savez il n'y a pas 15 milliards de cadeaux pour les riches, il y a 9 milliards d'allégements fiscaux, dont 5 pour défiscaliser les heures supplémentaires et ceux qui font des heures supplémentaires pour gagner plus d'argent, ce ne sont pas des riches. Donc, déjà c'est un mensonge. Et ensuite, les étudiants, 1,8 milliard d'euros pour la recherche et l'enseignement supérieur cette année, c'est du jamais vu depuis dix ans, et ce milliard d'euros pour l'université spécifiquement, on va l'utiliser pour améliorer le logement étudiant, pour construite davantage de logements, on l'utiliser pour réformer ces bourses, pour augmenter les bourses des étudiants les plus défavorisés - 2,5 % d'augmentation des bourses cette année alors que l'inflation est de 1,6. Donc, on a conscience qu'il y a un rattrapage de pouvoir d'achat à effectuer pour les étudiants et on est en train de le faire. 300 millions d'euros pour l'immobilier universitaire, c'est la première fois, me semble-t-il, qu'on dégage autant d'argent pour rénover les campus, avec un grand plan campus du 21e siècle. Tout ça c'est des dépenses très lourdes qui vont être faites pour les universités et puis toute une série de dépenses aussi pour les aider à devenir autonomes pour une meilleure réussite des étudiants.
 
Q.- Parlons des stages dans les entreprises. J'ai vu ce qui est proposé par le Gouvernement pour les stagiaires, 380 euros mensuel mais à partir du premier jour du quatrième mois de stage. Ca revient à légaliser les stages gratuits, non, dès lors qu'ils ne dépassent pas trois mois ?
 
R.- Alors, pour les stages c'est très simple, mon objectif...
 
Q.- Ce n'était pas votre proposition de loi, V. Pécresse, quand vous étiez députée.
 
R.- Mon objectif en tant que ministre de la Recherche c'est qu'il y ait un stage dans chaque cursus. Mais pour qu'il y ait un stage dans chaque cursus, il faut que les entreprises acceptent de prendre les jeunes dans chaque cursus. Or, ça veut dire mettre sur table plusieurs centaines de milliers de stages supplémentaires. Donc, ça, c'est mon premier défi. Le deuxième défi c'est de faire en sorte que le travail des stagiaires soit correctement rémunéré et récompensé, valorisé. Il y a un souci...
 
Q.- Donc, pendant trois mois, on ne les paie pas, les stagiaires, et le premier jour du quatrième mois, on les paie.
 
R.- Non, attendez ! Ce décret est une proposition faite par le Gouvernement qui est en train d'être concerté.
 
Q.- Vous êtes d'accord avec cette proposition, avec ce décret, franchement ?
 
R.- Alors, je vous réponds très franchement : les partenaires sociaux doivent depuis un an et demi, parce que ça fait un an et demi qu'ils ont signé la charte des stages, depuis un an et demi ils doivent négocier branche par branche les conditions d'accueil du stagiaire. Nous, nous sommes dans la situation, l'Etat, de leur dire : « bon, vous avez pas négocié, on va mettre un filet de sécurité minimal ». C'est le filet de sécurité minimal qui est proposé par le Gouvernement, c'est 380 euros.
 
Q.- Oui, au bout de trois mois.
 
R.- Au quatrième mois. Pourquoi un filet ? Mais c'est très difficile de fixer...
 
Q.- Mais est-ce que vous êtes d'accord, franchement, avec cette proposition ?
 
R.- Je vous réponds très franchement, quand j'étais députée, j'avais proposé qu'on mette la rémunération à 50 % du SMIC.
 
Q.- 50 % du SMIC.
 
R.- Avec une exonération de charges pour les entreprises qui soit aussi à la hauteur de... ...
 
Q.- c'était une bonne idée !
 
R.- De la concertation est née - et pour moi j'en ai maintenant - la certitude que c'était trop élevé pour des stages proposés par exemple à des bacs professionnels, pour des stages proposés à des élèves en formation courte. Donc, ce qui est la bonne piste, me semble-t-il, et c'est ce que nous avons demandé avec X. Bertrand au Comité des stages, la bonne piste c'est d'essayer de travailler, mais c'est compliqué, à une modulation en fonction des diplômes.Et dans quinze jours, dans quinze jours, nous avons rendez-vous avec le Comité des stages, X. Bertrand et moi-même, pour avoir leur conclusion, la conclusion de la concertation sur ce décret.
 
Q.- Mais vous défendrez cette idée ?
 
R.- Ah ben, moi, je l'ai défendue...
 
Q.- Pendant trois mois, les stagiaires ne sont pas payés, ils sont payés à partir du premier jour du quatrième mois.
 
R.- Je défendrai les propositions qui auront reçu un consensus dans le cadre du Comité des stages.
 
Q.- Je vous demande si vous êtes d'accord ou pas avec cette idée.
 
R.- Si, non mais je vous dis, J.-J. Bourdin...
 
V. Pécresse !
 
R.- Je vous dis que...
 
Q.-... est-ce que vous allez défendre cette idée ?
 
R.- Je défends l'idée que l'Etat doit fixer un seuil minimal parce que les entreprises aujourd'hui n'ont aucun seuil. Elles peuvent ne rien payer.
 
Q.-  Donc, vous défendez l'idée.
 
R.- Il faut un seuil minimal.
 
Q.-  Donc, il faut que les entreprises donnent un peu, un petit quelque chose aux stagiaires pendant les trois premiers mois.
 
R.- Il faut que les entreprises respectent l'idée qu'à partir de trois mois, un stage est rémunéré, que les stages longs sont tous rémunérés.
 
Q.-  Non, non, mais les trois premiers mois, rien ?
 
R.- Il faut qu'on qu'on se mette d'accord sur cette question, il faut que ça avance. Moi, mon objectif c'est d'abord que les stagiaires aient un stage. Pourquoi ? Parce que le stage c'est de la formation d'abord.
 
Q.-  Ca, on est bien d'accord.
 
R.- Et ça a un coût pour l'entreprise.
 
Q.-  Mais oui ou non est-ce que l'entreprise doit donner quelque chose aux stagiaires les trois premiers mois ? Oui ou non ?
 
R.- Ça dépend, ça dépend des cursus, ça dépend... Franchement, ce n'est pas une question à laquelle on peut apporter une réponse binaire. Moi, je pense que les stages longs doivent nécessairement être rémunérés, c'est-à-dire les stages au-delà de trois mois parce que sinon après c'est un effet d'aubaine pour l'entreprise.
 
Q.-  Ah ben oui, évidemment !
 
R.- Les stages de trois mois sont des stages courts...
 
Q.-  Donc, on ne les paie pas !
 
R.- Et ces stages courts peuvent être inscrits dans des cursus de formation et peuvent éventuellement ne pas être rémunérés. Moi, je préférerais que toutes les branches professionnelles dialoguent, fassent un effort et rémunèrent leurs stagiaires. [...]
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 24 octobre 2007
 

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