Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la mise en oeuvre des actions décidées lors du "Grenelle de l'environnement", notamment le transfert au rail du transport routier, Modane le 9 novembre 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la mise en oeuvre des actions décidées lors du "Grenelle de l'environnement", notamment le transfert au rail du transport routier, Modane le 9 novembre 2007.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement à Modane (Savoie) le 9 novembre 2007 : visite du chantier du tunnel Lyon - Turin

ti : Mesdames et Messieurs


Quelques mots pour expliquer la raison de ce déplacement, qui s'inscrit juste dans la foulée du "Grenelle de l'environnement", et qui me permet, à la fois, d'illustrer les priorités que nous avons décidées, et qui vont être confirmées, renforcées par des décisions prises par le Parlement dans les prochaines semaines. Et puis répondre à l'invitation de mon ami Michel Bouvard. La France est appelée à engager une véritable mutation écologique. Et chacun est invité à y prendre sa part.

Dans le cadre du "Grenelle de l'environnement", la réunion régionale qui s'est tenue à Annecy, je crois le 12 octobre, avait réuni 700 participants, 700 participants bien décidés à mieux comprendre les enjeux pour mieux agir. La question écologique est devenue l'affaire de tout le monde.

Le président de la République nous a fixé une ambition : il s'agit de pratiquer une véritable rupture dans notre approche du développement durable et il s'agit de faire de notre pays un modèle.

La réussite de cette ambition ne peut être que collective.

L'Etat, les collectivités locales, mesdames et messieurs les élus, les industriels, les entreprises, les associations, les syndicats, les citoyens, tout le monde est concerné.

Et ici, en Savoie, je sais bien, et c'est une des raisons pour laquelle j'ai choisi de venir faire ce déplacement, le développement durable est déjà, depuis longtemps considéré comme une priorité. Je suis donc venu appuyer votre démarche et je suis venu vous dire que la mobilisation du Gouvernement à vos côtés est totale.

A bien des égards, et Michel Barnier n'y est pas pour rien, et je suis heureux qu'il m'accompagne aujourd'hui dans ce déplacement, la Savoie est déjà un laboratoire pour bien des mesures adoptées dans le cadre du "Grenelle de l'environnement".

Vous le savez, c'est d'abord en matière de transport qu'il faut engager une véritable rupture pour répondre au défi du changement climatique.

Dans ce secteur, les émissions de CO2 ont augmenté de près de 20 % depuis 1990. Il est donc absolument nécessaire et urgent d'inverser cette tendance.

Ces émissions venant à 90 % de la route, la conclusion est très claire : désormais, il faut donner une priorité absolue au report modal, tant pour les voyageurs que pour le transport de fret.

Plusieurs axes d'action ont été décidés dans le cadre du "Grenelle", on va maintenant les mettre en oeuvre.

En matière de transports urbains et de transports périurbains, l'Etat soutiendra, au côté des collectivités locales, le développement massif des transports en commun.

Pour les dix prochaines années, ce sont 1.500 km de projets de lignes nouvelles de bus ou de tramways qui ont été identifiés sur le territoire national.

Je voudrais d'ailleurs à ce titre, saluer les initiatives du plan de déplacement, prises notamment par les entreprises de Savoie Technolac, où je vais me rendre tout à l'heure. Ces initiatives visent à réduire l'usage de la voiture au profit des autres modes de transports.

En matière de transport de longue distance, et notamment de fret, j'ai voulu visiter le chantier de la ligne ferroviaire Lyon-Turin. Et en cela, j'ai voulu affirmer nos ambitions en matière de report modal.

Ces ambitions, nous les partageons avec nos amis italiens, sur ce dossier dont chacun connaît l'ampleur exceptionnelle.

Il s'agit d'un véritable maillon européen, Il s'agit d'un maillon central.

Il s'agit de mettre en réseau plus de 5.000 km de lignes ferroviaires existantes.

Il s'agit de la seule alternative au fret routier dans les Alpes.

Il s'agit de transporter à terme 40 millions de tonnes de marchandises et 7 millions de voyageurs par an, dans des conditions de sécurité et de fiabilité optimales. Et tout ceci sans porter atteinte à l'extraordinaire richesse écologique des Alpes, c'est-à-dire sans rompre le fragile équilibre environnemental de votre région.

Aujourd'hui, 80 % du trafic de marchandises entre la France et l'Italie passe par la route. Chaque jour, ce sont 10.000 poids lourds qui traversent les Alpes, en empruntant notamment les tunnels du Fréjus et du Mont-Blanc qui ont montré leurs limites.

Désormais, avec le Lyon-Turin, la part du fret ferroviaire devrait s'élever à 50 %. Cela permettra de reporter, chaque année, près d'un million de poids lourds de la route vers le rail.

Et cet objectif, nous sommes décidés à l'élargir à l'ensemble du territoire national, puisque d'ici 2012, nous voulons augmenter d'un quart la part du fret non routier.

Pour cela, il faut que l'usage de la route pour les camions ne soit plus indéfiniment gratuit, au point de fausser la concurrence et de faire payer à la collectivité une charge indue en infrastructure, au surplus souvent génératrice de nuisance et d'insécurité routière. Nous allons donc mettre en place une redevance kilométrique sur les poids lourds au niveau national selon les règles de l'eurovignette.

Mais il nous faut aussi et surtout une politique volontariste en matière de fret ferroviaire. Elle est de la responsabilité des opérateurs, qui doivent adapter leur organisation interne. Mais elle est aussi de la responsabilité de l'Etat, qui doit créer les conditions favorables.

Pour cela, nous allons actionner tous les leviers disponibles.

Nous allons développer le réseau des lignes à grande vitesse. Nous allons tout faire pour optimiser les lignes anciennes rendues disponibles, afin qu'elles servent davantage qu'aujourd'hui au fret. Il est hors de question de doublonner tout le réseau ferroviaire ; il faut au contraire que nos investissements soient doublement profitables.

Nous allons encourager le transport combiné. En particulier, dès 2008, l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) engagera des crédits pour aménager des voies ferrées en faveur des trains longs.

Nous allons développer les autoroutes ferroviaires sur de nouveaux axes, à l'image de l'autoroute ferroviaire alpine que nous devons pérenniser au-delà de 2008.

Nous allons mettre en place une autorité de régulation du secteur ferroviaire, notamment pour contrôler l'allocation des autorisations de passage sur le réseau et pour éviter que cette allocation ne se fasse au détriment du fret. Nous déposerons le projet de loi instituant cette autorité au Parlement dès le début de l'année 2008.

Le défi écologique nécessite enfin une meilleure maîtrise des émissions du parc automobile.

Nous allons instaurer une éco-pastille et une prime à la casse, qui permettront d'accélérer le renouvellement du parc automobile, et donc de réduire les émissions des véhicules.


Mesdames et messieurs,

Le développement durable, c'est aussi l'utilisation des énergies renouvelables.

Dans ce domaine, la Savoie est en pointe.

C'est le fruit d'une volonté mais c'est aussi le fruit d'une histoire.

La Savoie a été pionnière, dès la fin du XIXe siècle, dans le développement de l'hydroélectricité. C'est en 1883 que La Roche-sur-Foron est devenue la première ville électrifiée de France. Au fil des années, des filières industrielles se sont développées, jusqu'à ce que la Savoie prenne le virage des nouvelles technologies d'énergies renouvelables, dont je verrai tout à l'heure quelques exemples marquants.

Ce virage réussi, ce passage d'une génération de technologie à l'autre, appuyé sur un tissu industriel dynamique, est un exemple et je veux qu'il soit considéré comme tel et qu'il soit encouragé partout où cela est possible.

Le développement des énergies renouvelables, c'est bien entendu l'un des moyens de réduire nos émissions de CO2. C'est un moyen que nous devons utiliser de façon résolue, qui doit compléter l'amélioration de l'efficacité énergétique de nos installations, notamment nucléaires, et qui doit être un atout pour renforcer notre sécurité d'approvisionnement énergétique.

Les énergies renouvelables - je veux insister sur ce point - ce n'est pas une mode écologique réservée à quelques secteurs.

C'est un enjeu économique. C'est une opportunité de croissance, ce sont des filières nouvelles à développer, ce sont des centaines de milliers d'emplois à créer.

On a longtemps considéré ces énergies comme des gadgets sympathiques. Maintenant, c'est terminé ! Il s'agit d'une industrie, pas d'un gadget.

Nos voisins l'ont compris peut-être plus vite que nous, et nous avons pris du retard. Il n'y a pourtant aucune raison à ce que la France reste à la traîne.

Nous avons des compétences, nous avons des technologies, nous avons des organismes de recherche, nous avons des entrepreneurs innovants, nous avons de la main d'oeuvre qualifiée. Bref, nous avons tous les atouts pour jouer un rôle de leader !

Dans l'éolien, dans la biomasse, dans le solaire, il y a un gisement de plusieurs dizaines de milliers d'emplois à créer.

Ce sont des secteurs d'activité qui sont arrivés à un stade de développement qui fait qu'ils sont imbriqués avec les autres secteurs.

Le solaire photovoltaïque, pour ne prendre que cet exemple, ce n'est plus simplement quelques panneaux posés sur une toiture, c'est une composante à part entière de l'architecture, c'est un élément de la conception des bâtiments, ce sont des produits spécialisés et des filières spécifiques qui sont en lien avec les professionnels du bâtiment.

Les choses commencent enfin à bouger.

Dans le domaine du solaire thermique, la croissance a été de 80 % depuis 2005. Dans le photovoltaïque, le marché a doublé en 2006. Nous avons su mettre en place des conditions favorables à ce développement. Mais on voit bien aujourd'hui qu'il faut aller plus loin et qu'il faut aller résolument vers l'objectif européen de 20 % d'énergies renouvelables dans la consommation finale en 2020.

Pour amplifier le mouvement, il faut un effort d'accompagnement, notamment en matière de formation.

Je rencontrerai cet après midi les Compagnons du Solaire.

Leur travail est une illustration de cette mobilisation que le Gouvernement appelle de ses voeux.

Que faut-il pour développer une filière industrielle dans ce secteur d'avenir des énergies renouvelables ? Eh bien, la Savoie nous répond !

Il y a ici la volonté politique du département et de la région Rhône-Alpes ;
il y a des citoyens responsabilisés ;
il y a un réseau d'installateurs qui possède une solide expérience de terrain ;
il y a des pôles d'expertises solaires et en énergies renouvelables, avec l'Institut national de l'énergie solaire, le pôle de compétitivité Tennerdis, le "cluster" EcoEnergie. Et puis enfin, un tissu industriel qui se bat, avec notamment des fabricants et des systémiers.

La croissance écologique, elle est là, elle est là en puissance. Il faut que nous allions la chercher. C'est à nous de développer ces filières, à nous de bâtir une économie qui soit à la fois créatrice de richesses et respectueuse de l'environnement.

Nous en avons les moyens. Il suffit de regarder nos fantastiques capacités de recherche. Le défi environnemental, c'est bien sûr un défi comportemental, il faut modifier nos modes de vie, mais c'est aussi un défi scientifique.

Le Gouvernement a décidé d'un effort financier exceptionnel en faveur de la recherche. 1,8 million d'euros supplémentaires ont été inscrits cette année sur le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche et seront réinscrits pendant les cinq prochaines années.

En la matière, il faut mobiliser les intelligences, il faut fédérer les équipes, il faut rassembler nos capacités scientifiques, il faut développer la collaboration entre la recherche académique, la recherche privée et le monde économique.

Et l'Institut National de l'Energie Solaire illustre l'implication à grande échelle, dans les énergies renouvelables, de nos grands établissements de recherche que sont le CEA ou le CNRS.

Le savoir au service du développement durable, le développement durable au service de la croissance, la croissance au service de l'emploi : voilà, c'est tout une chaîne dynamique qui doit se mettre en place.

L'avenir, mesdames et messieurs, ne nous laisse pas de choix.

Notre planète est menacée. L'heure est donc venue pour la France de prendre ses responsabilités. A l'évidence, c'est une affaire mondiale mais le fait que ce soit une affaire mondiale ne nous dispense pas de nos propres responsabilités. Elle ne nous dispense pas d'être exemplaire au niveau national.
Et la France veut être exemplaire. Elle entend d'ailleurs faire de la question du développement durable l'une des priorités de la présidence de l'Union qu'elle assumera au printemps prochain. Et j'aurais l'occasion, la semaine prochaine, de réunir l'ensemble du Gouvernement pour préparer cette présidence française. La première priorité de la présidence française, c'est la lutte contre le réchauffement climatique.

Un mot pour terminer, pour vous dire que naturellement, le Gouvernement est décidé à faire en sorte que les échéances qui ont été fixées pour la réalisation du Lyon-Turin soient respectées. Il faut que les travaux du tunnel de base commencent à la fin de l'année 2010, en particulier pour que nous soyons en mesure de respecter les engagements que nous avons pris vis-à-vis de l'Union européenne, qui nous a apporté les financements nécessaires. Le calendrier sera respecté, les principaux actes, juridiques, techniques, seront posés aux dates où ils ont été prévus. Nous aurons l'occasion, avec le président de la République d'aborder cette question avec Romano Prodi dans quelques jours, à l'occasion du sommet franco-italien, qui se tiendra le 30 novembre à Nice. J'avais déjà eu l'occasion d'aborder cette question avec Romano Prodi, lorsque je lui ai rendu visite cet été. C'est une priorité absolue, nous ferons en sorte que les délais que nous avons fixés soient respectés, parce que c'est un investissement-clé, pas seulement pour la région Rhône-Alpes, mais pour l'Europe tout entière, et parce que c'est une pierre essentielle de la politique que nous voulons conduire, de transfert vers le rail du trafic poids lourds, qui, aujourd'hui, est une des causes principales des émissions excessives de CO2 dans notre pays.

J'ai été très heureux de visiter ce chantier spectaculaire. Je veux adresser toutes mes félicitations aux ouvriers qui ont travaillé sur ce chantier depuis 2002. J'ai pu constater, d'ailleurs, tout à l'heure, brièvement, en les saluant, combien ils étaient fiers du travail qu'ils ont accompli. On voit bien que c'est un travail difficile, que c'est un travail technique, que c'est un travail ingrat. Mais qu'en même temps, l'ouvrage réalisé suscite une vraie fierté chez les ouvriers, qui rappellent au fond tous ces ouvriers engagés dans tous les grands chantiers dont votre région a souvent été le témoin. Je veux aussi féliciter et remercier les collectivités locales, parce que je sais que derrière, il y a des contraintes, il y a des contraintes qui sont lourdes dans des vallées qui sont habituées, j'allais dire, hélas, à ces contraintes. Vous avez permis à ce chantier de se dérouler dans d'excellentes conditions, c'est grâce à vous. Et je veux vous dire que vos efforts ne seront pas vains et que cet ouvrage permettra d'améliorer considérablement la situation de la protection de l'environnement, le cadre de vie dans cette région, à un avenir que j'espère le plus proche possible, et qui est maintenant, autour - si les travaux démarrent bien en 2010 - de 2020. Donc rendez-vous en 2020 !

source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 13 novembre 2007

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