Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à "LCI" le 13 novembre 2007, sur les grèves et manifestations dues aux réformes des régimes spéciaux de retraite, des universités, de la carte judiciaire et des institutions, ainsi que sur le mécontentement de certains députés UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à "LCI" le 13 novembre 2007, sur les grèves et manifestations dues aux réformes des régimes spéciaux de retraite, des universités, de la carte judiciaire et des institutions, ainsi que sur le mécontentement de certains députés UMP.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, BARBIER Christophe.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député;

ti : C. Barbier.- La majorité est-elle prête à affronter un conflit long avec des grèves reconduites plusieurs jours de suite ?
R.- Oui, même si on ne peut que regretter une grève. Une grève c'est toujours un échec, un échec pour ceux qui la font et surtout un échec pour ceux qui la subissent, c'est-à-dire ces millions de Français pour qui c'est un problème insurmontable que d'aller simplement à leur travail.
Q.- "Regretter" dites-vous, mais on a l'impression que le Gouvernement n'est pas mécontent d'aller au conflit pour essayer de dresser l'opinion contre les grévistes et aller au rapport de force dans la rue.
R.- Pas du tout.
Q.- Un mauvais procès ?
R.- Ce que vous dites est un mauvais procès. Le Gouvernement souhaite rétablir l'équité quant à nos régimes de retraite et le faire dans le dialogue dans la concertation.
Q.- N'y a-t-il pas un appel à la majorité silencieuse de droite de se dresser contre cette grève et de protester dans les sondages mais aussi dans la rue ?
R.- Ce n'est pas le rôle des partis politiques. J'ai vu qu'il y avait des associations d'usagers qui se mobilisaient. Je dois dire qu'effectivement je comprends cette exaspération des usagers. Nous sommes le seul pays au monde où ainsi chacun, chacune est prise en otage, ne peut plus aller travailler, gagner sa vie, conduire ses enfants. Tout ça est un problème qui explique un certain nombre de mobilisations. Mais il ne faut pas dresser les Français les uns contre les autres, nous avons besoin de tous pour assurer, préparer l'avenir.
Q.- Le Gouvernement aurait pu procéder. Il s'est donné le temps de cette pseudo négociation. Vous n'avez pas de regret, il n'y aurait pas mieux valu aller plus vite, puisqu'au bout du compte, on est à la grève ?
R.- Pourquoi "pseudo négociation" ?
Q.- Parce que ça n'a abouti à rien, c'est un dialogue de sourds.
R.- Le Gouvernement est ouvert, il a d'ailleurs encouragé un certain nombre d'accords qui ont abouti, certes avec un seul syndicat, mais il appelle à la négociation. Les entreprises concernées appellent à la négociation et je suis convaincu, en tout cas j'en forme le voeu ardent, que ces négociations vont se poursuivre et que tout rentrera dans l'ordre.
Q.- Alors incitez-vous dans ce cas là les ministres concernés, notamment X. Bertrand, à accepter la proposition de la CGT, c'est-à-dire une négociation tripartite : Etat, syndicats, entreprises concernées ?
R.- Ne mélangeons pas tout. C'est de cette confusion que naissent des situations qui placent la France dans une situation impossible. L'Etat ne peut pas s'occuper de tout. Il y a des entreprises et il y a les salariés de ces entreprises. Le dialogue social, ce n'est pas un dialogue à trois, c'est un dialogue entre les employeurs - l'entreprise - et puis les représentants des salariés.
Q.- Le but de la droite c'est quand même d'éclater au maximum le front et de diviser les syndicats.
R.- Mais nullement, mais il faut que la France cesse de vouloir mettre l'Etat absolument partout. Nous n'en pouvons plus tellement c'est lourd et cela écrase les citoyens d'impôts, nous n'en pouvons plus tellement c'est compliqué parce que ça ne marche jamais, parce qu'il y a trop d'interlocuteurs, trop d'éléments qu'il faut mettre en harmonie. Donc il faut que les rapports soient naturels comme ils le sont dans tous les pays du monde : l'employeur, les salariés.
Q.- Alors la majorité a voté cet été une loi dont on a beaucoup parlé sur le service minimum. Elle sera en vigueur à partir du 1er janvier normalement. Est-ce qu'elle nous vaccinera contre ce genre de journées galère qu'on va encore connaître ?
R.- D'abord vous l'avez rappelé, elle ne s'applique pas puisqu'elle s'appliquera seulement...
Q.- S'appliquerait-elle aujourd'hui, est-ce qu'on aurait des métros, des RER, des trains ?
R.- Cette loi a deux avantages, deux avancées considérables : la première c'est de bien connaître quels sont les salariés qui ne font pas grève, ainsi de pouvoir les affecter à des services concrets ? Est-ce que le train de 8h22 sera là demain ? Ça c'est ce que cette loi permettra et d'autre part, elle permet une information, la meilleure possible des usagers.
Q.- Appelez-vous N. Sarkozy à monter en première ligne pour aller raisonner les grévistes et calmer les usagers demain et après-demain ?
R.- D'abord je n'ai pas à appeler le président de la République à telle ou telle mission, ce serait tout à fait déplacé. Deuxièmement, il n'a échappé à personne que N. Sarkozy était très attentif à tout ce qui se passe et particulièrement à cette situation qui est problématique parce que c'est un engagement que les Français ont accepté très largement, qu'ils souhaitent, celui de la réforme des régimes. Et d'autre part, l'autre engagement c'est que tout se passe pour le mieux.
Q.- La situation n'est pas assez grave pour que ce soit à l'Elysée, autour du Président, qu'on réunisse toutes les parties ?
R.- Je pense que le Président suit très attentivement ce différend, cette grève. Mais ce n'est pas à lui de se substituer aux chefs d'entreprise, ou aux ministres. Il suit et il donne certainement les conseils pour que tout revienne dans l'ordre dans les meilleures conditions, et il n'a pas à se substituer aux interlocuteurs.
Q.- Grève également dans certaines facultés, et parfois blocages. "Il n'y a pas de noyautage du mouvement étudiant par l'extrême gauche" affirme O. Besancenot. Est-ce que vous le croyez ?
R.- Non, non je crois que c'est le moment de constater qu'en France, nous sommes encore le seul pays au monde, où l'extrême gauche révolutionnaire - elle le dit, d'ailleurs c'est écrit dans l'intitulé de certains partis politiques d'extrême gauche - est en action. Elle est en action partout, ça ne choque personne. Il n'y a qu'en France que ça ne choque personne. Mais elle est en action dans les universités, c'est clair, elle manipule les assemblées générales avec des techniques bien connues : on attend, on vote avec un minimum d'étudiants et après, on prétend que c'est représentatif. Non, ce n'est pas ça la démocratie, ça c'est la révolution.
Q.- Alors face à cette "révolution", face à ces manipulations, faut-il employer la force et faire dégager les facs bloquées, notamment celles où il y a eu un vote pour la reprise des cours, vote qui est contesté par une minorité ?
R.- Vous savez, les révolutionnaires sont toujours les provocateurs. Ils cherchent toujours les incidents, pour manipuler l'opinion publique, déstabiliser les sociétés, les universités, les étudiants dans leur parcours. Les victimes de ces blocages, ce sont les étudiants.
Q.- Donc, faites dégager les facs.
R.- Alors que nous venons de voter un texte qui permettra par l'autonomie possible des universités - et les universités, on le voit, le souhaitent - d'améliorer les conditions de fonctionnement et de vie des étudiants, alors que nous avons ainsi apporté une modernisation attendue depuis extrêmement longtemps. Ce sont les étudiants qui pâtissent de l'action de ces minorités agissantes que l'on connaît bien, il faut que tout cela cesse. S'il y a des actes qui sont illégaux, des blocages, il revient effectivement aux pouvoirs publics de permettre à ce que les autres puissent jouir de la liberté d'aller suivre leurs études.
Q.- Par la manière forte, s'il le faut ?
R.- S'il y a des actes illégaux, l'ordre doit prévaloir mais l'affrontement n'est jamais satisfaisant. Encore une fois, nous avons affaire à des minorités agissantes, révolutionnaires, formées à l'agitation, qui savent faire. Mais enfin il n'est pas question qu'une minorité puisse déstabiliser toute la communauté des étudiants français.
Q.- Ne faut-il pas, de l'autre côté, redonner encore un peu plus d'argent au budget de l'enseignement supérieur et de la recherche notamment pour créer des postes ? Le budget a été augmenté mais pas le nombre de postes ?
R.- Mais pour la première fois, le budget augmente de 4,8 %...
Q.- Pas en nombre de postes, on n'investit pas de ce côté-là.
R.- Mais attendez ! Vous, vous raisonnez qu'en nombre de postes. Ce qui compte c'est la qualité, ce n'est pas le nombre d'agents, c'est la qualité. Et pour qu'il y ait de la qualité, ça n'est pas obligatoirement des postes. Au contraire, ça peut être des moyens matériels, ce sont des moyens également qui permettent de travailler mieux, d'avoir de meilleurs laboratoires de recherche, de mieux motiver les enseignants comme les étudiants, d'avoir de meilleures couvertures et on l'a vu, il y a encore eu des mesures pour l'accompagnement, le logement des étudiants. Croyez moi, il y avait bien longtemps qu'il n'y avait pas eu autant de mesures aussi profondes pour moderniser et améliorer la situation de nos universités.
Q.- Qualité plutôt que quantité, c'est aussi l'argument pour la réforme de la carte judiciaire. "Passage en force", "manque de communication", déplorent le PS et l'UMP. Est-ce que R. Dati n'a pas oublié en cours de route la concertation avec les élus ?
R.- Non, mais il faut quand même rappeler que la carte judiciaire, il y a plusieurs décennies que l'on essaye de la réformer, que de nombreux gardes des Sceaux y ont échoué et qu'enfin R. Dati, le garde des Sceaux, a le courage de conduire cette réforme. Alors, qu'il y ait un certain nombre de juridictions qui vont être supprimées parce qu'il n'y a que quelques magistrats, que c'est insuffisant et que la proximité de la justice, ce n'est pas une proximité kilométrique mais c'est une proximité technique, une proximité de compétence, une proximité de rapidité, de clarté, c'est normal que ces élus soient préoccupés.
Q.- Est-ce que vous les laisserez ces élus, notamment les députés, voter contre le budget de la Justice pour marquer leur colère ?
R.- Mais ils ne sont que quelques uns. Il faut les écouter, il faut trouver des solutions pour compenser les départs de ces quelques juridictions qui vont être regroupées pour qu'on ait plus de compétences et de rapidité à ces juridictions et je suis persuadé que le budget de la Justice sera voté.
Q.- Ils pourront voter "contre", ces députés, juste pour marquer leur mécontentement ?
R.- Vous savez, les parlementaires ont toute leur liberté.
Q.- 7/10 c'est le moral des troupes UMP, selon J.-P. Raffarin. Quelle note donnez-vous au moral des députés de la majorité ?
R.- Je pense que le moral des députés est bon, il est bon, ils savent très bien que lorsqu'il y a beaucoup de réformes, beaucoup de mesures qui sont prises, eh bien il y a une certaine contestation, certaines réserves. Mais ce que je peux vous dire c'est que sur le terrain, les députés, ils entendent leurs électeurs. Et que disent-ils les électeurs ? Ils disent : "Continuez, nous avons voter pour que la France se modernise, pour que ça change, nous savons bien que ça ne peut pas changer en 24 heures", surtout que la configuration, la conjoncture, le prix du pétrole, le prix des produits alimentaires augmente, mais ils disent "Continuez, parce qu'il faut que nous en sortions".
Q.- On dit que les députés UMP vous préfèrent à J.-F. Copé, leur nouveau président de groupe, vous vous étiez l'ancien, c'est vrai, ils viennent pleurnicher un peu au président de l'Assemblée nationale ?
R.- Non, non, non. J.-F. Copé fait son travail.
Q.- Il tient son groupe...
R.- Il le fait avec compétence et efficacité. Et toutes les attaques dont il est l'objet sont infondées.
Q.- Pourquoi êtes-vous opposé à l'introduction d'une dose de proportionnelle dans la réforme des institutions ? L'UMP planche sur ce sujet ce soir ?
R.- Indépendamment du fait que cela affaiblirait l'une des caractéristiques qui stabilise la vie politique française, c'est-à-dire avoir des majorités claires et fidèles pendant une législature, cela créerait deux catégories de députés : des députés qui se feraient élire sur le terrain, en prenant des engagements, qui seraient responsables devant leurs électeurs ; et d'autres qui seraient nommés. D'une certaine façon, des députés de terrain, des députés des fauteuils rouges. Je ne vois pas comment on peut faire cohabiter deux catégories de députés différentes. En plus, il n'est pas question d'augmenter le nombre des parlementaires.
Q.- En un mot, N. Sarkozy recevra le colonel Kadhafi en décembre ? Pourra-t-il venir prendre la parole, le colonel Kadhafi, à l'Assemblée nationale ?
R.- Je ne suis pas encore informé de ce projet de visite. Mais que la France régularise, normalise ses relations avec le plus grand nombre de pays au monde me paraît extrêmement important. Donc, nous verrons le moment venu comment cette visite sera organisée.
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 13 novembre 2007
 

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