Interview de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, à "RMC" le 28 novembre 2007, sur la médiatisation des accès de violence en banlieue, le prix des places de cinéma, l'industrie cinématographique, la gratuité des musées, la redevance télévisuelle et l'audiovisuel public. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, à "RMC" le 28 novembre 2007, sur la médiatisation des accès de violence en banlieue, le prix des places de cinéma, l'industrie cinématographique, la gratuité des musées, la redevance télévisuelle et l'audiovisuel public.

Personnalité, fonction : ALBANEL Christine, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti : J.-J. Bourdin.- Notre invitée ce matin, C. Albanel, ministre de la Culture et de la Communication. C. Albanel, bonjour. J'ai une question directe à vous poser à propos de ce qui s'est passé dans les quartiers populaires d'Ile-de-France, et notamment à Villiers-le-Bel : est-ce que les médias jouent leur rôle, pleinement leur rôle, est-ce qu'ils en font trop, pas assez ? Comment jugez-vous la couverture médiatique de ces événements ?
 
R.- Je trouve... elle est difficile à faire, tout le monde le sait. Moi je la trouve bonne. Je crois que les médias ont montré d'un côté la violence et la gravité de ce qui se passait et je crois quand même qu'on a franchi, évidemment, une étape...
 
Q.- ... on doit montrer ?
 
R.- Je pense qu'on doit montrer et on doit montrer les différents aspects, c'est-à-dire que quand par exemple il y avait un reportage, hier, sur l'école qui était complètement dévastée ou la bibliothèque qui l'a été, des choses comme cela, je crois elle est brûlée, avec les réactions des maires qui arrivaient, des animateurs qui sont hyper mobilisés, qui étaient absolument désespérés, c'est aussi je crois un aspect qu'il faut montrer : les conséquences chez les gens qui vivent là, leur tristesse, leur incompréhension. Et puis alors, bien sûr après, il y avait eu ce phénomène des voitures brûlées, où à un moment donné on se demandait s'il y avait un espèce de concours à qui brûlerait, semble-t-il, à un moment donnée en 2005, et là je crois que ça s'était posé, il me semble que ça ne peut se poser quand même que dans la durée.
 
Q.- Dans la durée, ça veut dire qu'on doit montrer aussi ce qui se fait de bien en banlieue, et qu'on ne doit pas abandonner les quartiers populaires lorsque les événements ne se produisent plus.
 
R.- Evidemment pas, évidemment pas !
 
Q.- Lorsque les violences ne sont plus là, enfin la violence elle est pratiquement quotidienne dans certains quartiers populaires, on le sait.
 
R.- Elle est quotidienne mais je pense qu'il se fait beaucoup de choses en banlieue, c'est-à-dire...voilà, vraiment.
 
Q.- Justement, sur le plan de la culture, on va en parler, C. Albanel parce que j'ai reçu plusieurs mails, notamment ce mail-là qui vient d'Eric, qui est un auditeur fidèle, qui nous dit : « moi, je suis désolé mais c'est le prix des salles de ciné que je voudrais avoir baisser » ; j'ai aussi un autre message, c'est un extrait du Bondy-blog - vous connaissez bien le Bondy-blog - : « hier soir, j'ai été au ciné, plus de 9 euros la place. Comment cela est-il possible ? 3,50 euros un sachet de chocolat. Impensable ! Si on convertit ce chiffre dans nos anciens francs, ça fait 20 F quelques sucreries. Mais comment un gamin de quartier peut-il aller au cinéma ? ».
 
R.- Je l'ai dit à l'instant, je crois qu'on fait beaucoup de choses pour les banlieues, d'ailleurs il y a des investissements je crois massifs, il y a des associations culturelles qui sont vraiment en très grand nombre qui proposent des sorties, qui proposent des abonnements souvent au cinéma. Et d'ailleurs, à mon avis, c'est un des axes qu'on peut porter dans un plan pour une éducation artistique et culturelle aussi. Ce qu'on voudrait faire d'ailleurs c'est des partenariats entre les établissements culturels et les établissements scolaires pour qu'il y ait vraiment des échanges.
 
Q.- C'est-à-dire ?
 
R.- Par exemple, vous avez quelque part un conservatoire, vous avez quelquefois un théâtre, et vous faites un partenariat un petit peu réel sur le long terme, une bibliothèque, etc. avec les établissements scolaires pour qu'il y ait, justement, ces échanges. Sur le prix des cinémas, je crois que par la vie associative, par quand même les tarifs réduits, par aussi les médiathèques, vous pouvez aussi emprunter naturellement pour des prix absolument dérisoires des films, bon, je pense que ça peut être une partie de la réponse. Maintenant, on souhaite tous que les prix, que les places soient moins chers. C'est vrai que 10 euros c'est cher.
 
Q.- Est-ce que 9 euros, 10 euros une place de cinéma, est-ce que c'est trop cher, franchement ?
 
R.- C'est élevé mais en même temps...
 
Q.- Non mais est-ce que c'est trop cher, C. Albanel ? Je vous dis ça, je vous pose la question, pourquoi, C. Albanel ? Parce que j'ai regardé les prix et les comparatifs de prix dans d'autres pays : aux Etats-Unis c'est 30 % moins cher ; en Grande-Bretagne, c'est aussi cher, sinon un peu plus cher, c'est le seul pays en Europe qui est plus cher que nous ; en Belgique, c'est 30 % moins cher. Partout c'est moins cher, pourquoi est-ce que c'est si cher en France le cinéma ?
 
R.- Vous avez aussi le prix de l'immobilier, vous avez aussi le coût pour les exploitants, tout ceci entre en ligne de compte.
 
Q.- Ça participe à l'augmentation du pouvoir d'achat toutes ces dépenses-là.
 
R.- Oui, bien sûr, mais les prix ne sont pas tout à fait les mêmes. Vous parlez de l'Angleterre ; par exemple, on sait qu'à Londres, l'immobilier est excessivement cher. Donc, il faut voir aussi qu'une salle de cinéma elle se maintient à grands frais quelque part. Donc, je crois que ça fait partie de l'économie de cinéma qui effectivement est tendue et qui donne des places chères. Mais il y a quand même pas mal de moyens de contourner malgré tout le prix des places et de ne pas payer évidemment les 10 euros demandés à tout le monde.
 
Q.- Bien ! On va parler de télévision, on va parler, C. Albanel, parce que j'ai beaucoup de sujets à aborder avec vous. La culture, toujours. Je ne sais pas si vous avez vu Time qui va paraître lundi prochain ? Est-ce que vous avez vu le futur numéro de Time Magazine ?
 
R.- Sur la culture en France ?
 
Q.- Sur la culture en France, oui.
 
R.- Oui, enfin, je n'ai pas eu le temps de le lire précisément.
 
Q.- Moi, je vous le livre : à la une, vous savez quelle est la une de Time ? « La mort de la culture française ».
 
R.- Oui.
 
Q.- Et je lis encore : « à la recherche du temps perdu, le pays de Proust, de Monnet, de Piaf, de Truffaut, a perdu son statut de superpuissance culturelle. Peut-il retrouver sa gloire d'antan ? ».
 
R.- Ecoutez, pour Time, moi j'ai reçu le journaliste précisément dans le cadre de cette enquête.
 
Q.- Ah !
 
R.- J'ai passé plus d'une heure avec lui. Je comprends très bien, bon. Il part évidemment d'un âge d'or, si vous voulez, et avec l'idée que notre système extrêmement assisté dans son esprit, où on donne... évidemment l'Etat est extrêmement intervenant, finit par tuer la création elle-même. Et on a eu toute une discussion où je lui ai dit : « écoutez, on a gardé un des cinémas, enfin sans doute le plus vivant actuellement en Europe, on a gardé quand même des écrivains ». Alors, il dit évidemment...
 
Q.- Enfin 200 films par an en France sur le marché intérieur. Oui, d'accord, mais les films américains en France font la moitié des entrées.
 
R.- Oui, mais...
 
Q.-... ben oui !
 
R.- Actuellement, sur le marché français, les parts de marché du cinéma français devancent pour la première fois le cinéma américain. Cela veut dire que on n'a pas qu'un petit marché intérieur uniquement à usage externe, on exporte. Regardez « La môme » actuellement, « Amélie Poulain », etc. On a eu des grands succès à l'étranger et on a un marché intérieur de cinéma très vivant. C'est ce que je lui avais dit.
 
Q.- Combien de romans parus à la rentrée en France ? Des centaines.
 
R.- Oh, il y en a 700 en tout dans l'année.
 
Q.- 700 ! Moins de douze romans traduits aux Etats-Unis alors que 30 % de tous les romans vendus en France sont traduits de l'anglais.
 
R.- Ca, écoutez, c'est aussi notre richesse, c'est qu'on a toujours été... nous sommes passionnés par l'étranger, quelquefois un peu plus passionnés par l'étranger que par ce qui se passe chez nous.
 
Q.- Tant mieux, tant mieux qu'on s'intéresse à l'étranger, oui mais enfin on pourrait passionner l'étranger aussi avec nos romans, non ?
 
R.- Oui, alors là, il y a vrai sujet, c'est comment exporter, en effet, comment pousser nos auteurs, comment pousser nos créateurs davantage ? Mais, ceci étant... Vous savez, il y a aussi pas mal de systèmes protectionnistes aux Etats-Unis, ce qu'on ne dit jamais, parce que quand vous allez jouer, vous avez des guildes, par exemple, d'artistes et de comédiens, je peux vous dire que pour aller jouer quand vous êtes français aux Etats-Unis c'est extrêmement difficile. Il y a aussi des frontières, il y a aussi des protections très, très fortes, ce qu'on ne dit pas en général.
 
Bien. Dans cet article, il est aussi évoqué le problème des musées en France et la gratuité dans les musées. Je sais qu'il y a une expérience qui est en cours. Est-ce que vous êtes favorable à une gratuité générale ? Est-ce que les musées doivent être tous gratuits en France ?
 
R.- On fait une expérience, on l'a fait de façon très honnête pour voir deux points : est-ce que la fréquentation augmente vraiment ? ; Et, deuxièmement, est-ce que change la structure du public, ce qui nous intéresse, c'est-à-dire est-ce que ces gens qui ne viennent jamais viennent ? Et en plus, on fait plusieurs expérimentations, on en fait une sur les collections permanentes gratuites, totalement gratuites, et l'autre dans des grands lieux comme le Quai Branly, le Louvre, mais ça existait, le Centre Pompidou. Pour les jeunes de 18 à 25 ans dont on sait qu'ils vont très peu dans les musées, on fait une soirée gratuite chaque soir de la semaine en leur disant « Venez, venez à Branly tel soir, au Louvre tel soir, etc. ». Et on va voir ce que ça donne et ensuite on va en tirer les conclusions.
 
Q.- Mais pour l'instant, pour l'instant, que savez-vous ? C'est efficace, c'est...
 
R.- On n'a pas commencé, alors on commence le 1er janvier.
 
Q.- Vous n'avez pas commencé, oui ça commence en janvier, oui, c'est vrai.
 
R.- On commence le 1er janvier, ça dure six mois. Alors, après, on a pris une société extérieure qui va analyser tout ça. A titre personnel...
 
Q.-... vous êtes favorable ?
 
R.- A titre personnel et intuitivement, moi je suis plus favorable aux gratuités ciblées pour des catégories, certains jours, en gardant cet aspect désir, cet aspect fête.
 
Q.-...Qu'à une gratuité généralisée.
 
R.- Oui, parce que l'idée que la culture est gratuite est dangereuse. Pour moi, la culture n'est pas gratuite, enfin, vous voyez. Elle a son prix.
 
Q.- La culture n'est pas gratuite, bien. Et la télévision, et la télévision publique qui n'est pas gratuite puisque nous payons une redevance.
 
R.- Pas gigantesque, mais enfin...
 
Q.- Pas gigantesque mais est-ce qu'elle va augmenter cette redevance télé ?
 
R.- Non, elle ne va pas augmenter.
 
Q.- Elle ne va pas augmenter !
 
R.- Elle ne va pas augmenter pour 2008, la décision en effet a été prise qu'elle n'augmenterait pas. Maintenant, on est en train de réfléchir à une évolution du paysage audiovisuel public, de France Télévisions, avec d'ailleurs leurs responsables, pour réfléchir comment mieux organiser les choses, comment mutualiser davantage à l'intérieur de l'audiovisuel public.
 
Q.- « Mutualiser » ça veut dire quoi ? Regrouper les chaînes, par exemple ?
 
R.- Non, non, parce que les Français sont intéressés vraiment, ils aiment leurs chaînes, ils aiment leur identité.
 
Q.- France 4, France 5, France 24.
 
R.- Mais France 2, France 3, France 5.
 
Q.- France 2, France 3, France 5... Est-ce qu'on ne pourrait pas regrouper certaines chaînes ?
 
R.- Non mais on peut... mais en revanche on peut déjà commencer par regrouper des fonctions supports : vous avez une holding d'un côté, vous avez des chaînes de l'autre, et tout ce qui est, je sais pas, ressources humaines, affaires financières, achats, etc. Il y a énormément de choses qui pourraient être - toutes les fonctions supports pourraient être - regroupées au sein de la holding, sans doute.
 
Q.- Privatisation de France 2 ou France 3, c'est oublié ça ?
 
R.- Ce n'est pas à l'ordre du jour.
 
Q.- Ce n'est pas à l'ordre du jour.
 
R.- Non.
 
Q.- Donc, on fait des économies structurelles, si je puis dire.
 
R.- A mon avis, on peut faire des économies, en effet.
 
Q.- Administratives, sur l'administratif, sur l'organisation, le fonctionnement.
 
R.- Je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire...
 
Q.-... mais on ne change rien aux chaînes en place.
 
R.- Et il faut évidemment faire évoluer programmatiquement l'identité, en effet, des chaînes pour qu'elles soient plus près de leur mission, ça c'est sûr.
 
Q.- Et on donne, est-ce qu'on donne la possibilité à ces chaînes de faire plus de pub, notamment à France 2 ?
 
R.- Ca va faire partie... il y a un autre chantier, c'est celui de la pub.
 
Q.- Oui, vous y êtes favorable ?
 
R.- Moi, je pense que... de toute façon, on est un peu en fin de cycle, un peu dans tous les domaines, et tout le monde ressent le fait qu'il faut essayer de faire bouger un peu les choses, c'est-à-dire que tout le monde ressent cela sur, au fond, tous les grands dossiers. Et on peut en dire autant des relations entre les diffuseurs et les producteurs avec les fameux décrets Tasca, etc. Et en même temps, la responsabilité et ma responsabilité c'est de se dire : « il ne faut pas non plus tout désorganiser », c'est-à-dire que dire « il faut plus de pub », mais attention il y a aussi la presse écrite...
 
Q.- Plus de pub, oui ou non ?
 
R.- On est en train d'y travailler. En ce moment, on a lancé...
 
Q.- Vous y êtes favorable, vous, C. Albanel ? Non ?
 
R.- Je ne peux pas répondre à cette minute à cette question. Moi, je pense qu'il faut plus de financements pour les chaînes, sûrement, et pour les chaînes publiques.
 
Q.- Oui, mais alors si on augmente pas la redevance, il faut bien trouver le financement.
 
R.- Justement, on va ouvrir le chantier. On est en train en ce moment de faire un audit vraiment avec des cabinets extérieurs pour essayer d'anticiper, pour voir ce que donnerait, mais en travaillant vraiment sur des bases très sûres, ce que donnerait des évolutions en faisant bouger les curseurs au point de vue publicité. On est en train, justement, d'essayer de l'anticiper et ensuite, on va prendre des décisions dans les premiers mois, vous savez ça va être dans les premiers mois de 2008.
 
Q.- Des programmes, des films... des films interrompus par la pub sur France 2 ?
 
R.- Et de toute façon, non. C'est-à-dire que de toute façon, il n'est pas question de changer de modèle, on ne va pas avoir des films de deux heures qui durent trois heures parce que tous les quarts d'heure, il y a une séquence de pub. On est Français et ça on ne l'accepterait pas.
 
Q.- Bien. C. Albanel est notre invitée, ce matin. Eh bien, nous allons faire un peu de pub, tiens, sur BFM TV et sur RMC. [...]
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 28 novembre 2007

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