Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, dans "Le Figaro" du 10 décembre 2007, sur l'ouverture politique pour la préparation des élections municipales, la réforme des institutions et le cumul des mandats. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, dans "Le Figaro" du 10 décembre 2007, sur l'ouverture politique pour la préparation des élections municipales, la réforme des institutions et le cumul des mandats.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick, WAINTRAUB Judith.

FRANCE. UMP, secrétaire général;

ti : Q - À l'approche des municipales, l'»ouverture» refait débat. Êtes-vous hostile, comme tant d'élus UMP, à une éventuelle nomination de Jack Lang au gouvernement ?

R - À mes amis UMP, je citerai l'Évangile : «Il y a plus de joie dans le ciel pour le retour d'une brebis égarée que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont jamais quitté le bercail.» L'«ouverture» n'est pas un gadget. Il faut continuer à recruter à gauche pour atténuer des clivages politiques qui sont trop profonds dans notre pays, ce qui entrave les réformes. Il peut y avoir ici et là des aspérités entre des personnes, ou des difficultés dues à des circonstances locales pour les municipales, mais, d'une manière générale, l'intégration des ministres d'ouverture à la majorité s'est très bien faite.Au sein de la majorité, le centre s'éparpille. Quelle capacité d'attraction peut-il exercer ?Cet émiettement du centre, aussi bien à gauche qu'à droite, témoigne à la fois de l'affaiblissement du PS et de sa perte d'attractivité, et d'un besoin de recomposition dans cette partie de l'univers politique. Mais comme l'a dit Sénèque, il n'est pas de vent favorable pour qui ne connaît son port. Or, au centre, actuellement, il n'y a pas de projet, pas de stratégie, pas de leader.

Q - Même chez les radicaux valoisiens ?

R - Je les mets à part : ils ont Jean-Louis Borloo comme président, et je l'ai entendu dire qu'il voulait faire du parti radical le «premier parti de France»...

Q - Selon vous, qui sortira gagnant de cette course au centre ?

R - La majorité présidentielle. N'oubliez pas que l'UMP, avec ses 360 000 adhérents, représente déjà fortement l'électorat cen­triste, même si je vous accorde volontiers qu'elle ne le représente pas complètement. La majorité doit avoir plusieurs pôles, dotés chacun d'une identité propre. Elle a vocation à rassembler la droite et le centre, conformément à son projet d'origine et à ce que souhaitent ses composantes. L'UMP a besoin elle aussi d'exprimer sa sensibilité centriste d'une voix plus forte, ce qui peut être vécu comme un défi par certains centristes autonomes. À eux, s'ils veulent avoir un avenir, de se rassembler autour d'un projet et d'un leader, voire de plusieurs.

Q - Dans cet espace central, qui est l'adversaire le plus dangereux de François Bayrou ?

R - Lui-même ! Après avoir atteint un score remarquable au premier tour de la présidentielle, il s'est à nouveau distingué par l'extrême rapidité avec laquelle il a dilapidé son capital politique. Lui aussi souffre d'une absence de véritable projet politique. Ses idées ne sont pas suffisamment claires, et la politique d'ouverture au Nouveau Centre lui a enlevé l'essentiel de ses arguments, fondés sur la dénonciation du sectarisme des grands partis.

Q - L'UMP peut-elle se revendiquer comme acteur principal de la majorité, dès lors que tout semble se décider à l'Élysée ?

R - Vous ne pouvez pas dire cela. La proximité avec le président est nécessaire à l'UMP : pour agir, elle doit comprendre de l'intérieur la politique du président et du premier ministre. Mais l'UMP n'est pas le gouvernement, et elle fait parfois entendre une mu­sique un peu différente. C'est normal, c'est même souhaitable.

Q - Concernant les institutions, Nicolas Sarkozy doit-il renoncer à s'adresser directement au Parlement pour que le PS approuve la réforme ?

R - Le débat mérite d'être poursuivi. Le gouvernement a fait une concession en renonçant, à la demande du PS, à modifier les articles 20 et 21 de la Constitution, ce qui aurait pourtant permis de clarifier les rôles du président et du gouvernement et de mettre la pratique en accord avec le droit. Mais après tout, l'ambiguïté existe depuis cinquante ans... En revanche, le refus des socialistes de moderniser une institution qui est d'essence monarchique me paraît singulier. C'est sous la République des Ducs qu'a été érigée l'interdiction pour celui qui incarnait le pouvoir, en l'occurrence le roi, de s'adresser directement à l'Assemblée. Pourquoi la France resterait-elle la seule démocratie moderne à interdire à son président de s'adresser directement aux élus, alors que les chefs d'État ou de gouvernement étrangers peuvent s'exprimer devant notre Parlement ?

Q - Certains à l'UMP craignent que l'exécutif ne se lie les mains en acceptant de partager la maîtrise de l'ordre du jour de l'Assemblée...

R - Il y a eu des mises en garde, mais pas de rejet. La revalorisation du Parlement est l'élément clef de cette réforme. Si l'on veut lutter contre l'absentéisme, il faut bien qu'il s'y passe quelque chose !

Q - Les ministres qui seront élus maires devront-ils quitter le gouvernement ?

R - Le cumul, qui n'est pas une question constitutionnelle, mérite un vrai débat. Le PS réclame le mandat unique, mais la plupart des parlementaires socialistes sont candidats aux municipales. Quand on veut faire la morale, il faut commencer par donner l'exemple !

Q - Avez-vous réglé la querelle de chefs qui vous opposait à Jean-Pierre Raffarin ?

R - Je ne sais pas qui est le chef. Il y a une répartition des tâches. Jean-Pierre Raffarin se passionne pour l'international, moi, je suis davantage dans le national et la gestion du quotidien. Nous échangeons constamment nos expériences et nos points de vue.

Q - Que répondez-vous à Jean-François Copé, qui vous reproche d'avoir suspendu Jean-Pierre Grand de l'UMP ?

R - Je l'ai suspendu parce qu'un député de l'UMP ne peut pas soutenir l'adversaire d'un candidat UMP aux municipales, comme il le fait à Montpellier. Jean-François Copé préside le groupe UMP de l'Assemblée, dont les règles de fonctionnement sont différentes. Je me garderais bien de me prononcer sur la gestion du groupe parlementaire.

Q - Quel bilan tirez-vous de l'activité de l'UMP depuis que vous en êtes le secrétaire général ?

R - Depuis la victoire à la présidentielle, l'UMP est passée de 243 000 à 360 000 adhérents. Ce succès nous oblige à repenser notre fonctionnement. Depuis que j'ai été élu secrétaire général, j'ai lancé plusieurs projets : nous réactivons notre association d'élus locaux, dont Camille de Rocca-Serra vient de prendre la tête, nous développons nos fédérations numériques avec beaucoup d'initiatives sur le Net, nous affinons nos outils de marketing direct et nous accentuons la recherche de financements, dans le cadre défini par la loi. J'envisage aussi la création d'une Fondation, à laquelle nous ne participerons pas mais qui ferait écho à nos idées. Je souhaite également que l'UMP, qui loue très cher des locaux où on ne peut pas tenir une réunion de plus de cent personnes, se dote d'un siège plus adapté à ses besoins et à ses moyens.


Source http://www.u-m-p.org, le 13 décembre 2007

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