Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la coopération entre les universités françaises et européennes pour la formation tout au long de la vie et la validation des acquis de l'expérience, Paris le 14 décembre 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la coopération entre les universités françaises et européennes pour la formation tout au long de la vie et la validation des acquis de l'expérience, Paris le 14 décembre 2007.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion de l'Association européenne de l'université à Paris le 14 décembre 2007

ti : Madame le Ministre,
Monsieur le Chancelier,
Mesdames et messieurs les présidents et recteurs,


A Uppsala, à Cambridge, à Alicante, à Paris, à Leyde, à Bologne, à Tübingen, l'université est depuis huit ou neuf siècles aux racines de l'Europe.

En l'inventant, les esprits les plus brillants et les plus novateurs de leur époque n'ont pas seulement fondé une institution révolutionnaire ; ils ont aussi créé les conditions pour que puisse éclore une culture humaniste européenne. Et cette culture a éclairé le monde.

L'université du Moyen-Âge a rapproché les Européens. En favorisant la mobilité des hommes et des idées, elle a servi de pierre angulaire à la pensée, à la science, à la médecine, à la culture, aux arts occidentaux.

Vous connaissez aussi bien que moi la résonance exceptionnelle de l'occasion qui nous rassemble : la Sorbonne atteint ses 750 ans !

Traversant les siècles et les frontières, le rayonnement de cette université nous place aujourd'hui devant nos responsabilités.

Nous le savons, les grandes questions de notre temps vont nous conduire à modifier nos comportements individuels et collectifs, notre organisation sociale et nos méthodes de travail. La force des mutations à venir nous impose d'élever le seuil de nos exigences en matière de connaissance et de formation.

L'université est au coeur de ce défi. Elle doit diffuser ce qu'elle sait, pour répondre aux nouveaux besoins de formation supérieure. Elle doit faciliter l'émergence de comportements et de métiers adaptés. Elle doit aussi tout faire pour assurer pleinement sa mission d'expérimentation, de théorisation, d'investigation intellectuelle.

Les besoins de connaissances indispensables à notre adaptation au monde présent et futur sont des besoins évolutifs. L'université doit affirmer sa vocation à les satisfaire, dans la durée.

La France a progressivement pris la mesure de ces nouveaux enjeux.

Sa législation encourage l'éducation tout au long de la vie depuis plus de 30 ans. Et en août dernier, elle a adopté une loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités, qui favorisera la mise en place de cette formation étalée.

Maintenant, il faut agir car des progrès décisifs restent à accomplir pour que l'offre de formation continue devienne un des volets du projet stratégique porté par tout président d'université.

Des progrès restent à réaliser pour que l'importance de son apport financier et pédagogique au sein des établissements soit reconnue et accrue.

Des progrès restent enfin à faire pour permettre un véritable rapprochement entre les formations universitaires et les qualifications professionnelles.

Dans tous ces domaines, il faut avancer et il faut le faire ensemble !

C'est pourquoi j'ai souhaité vous réunir ici, vous qui êtes les acteurs de la communauté universitaire européenne. C'est sur la base de vos travaux que la France s'engagera pour faire franchir une nouvelle étape à l'Europe de la connaissance, du savoir et de la science.

Je veux que la présidence française de l'Union, au second semestre de 2008, soit l'occasion d'une initiative forte, associant le monde de l'université et celui de l'entreprise autour de notre thème : l'université ouverte tout au long de la vie.


Mesdames et Messieurs,

Ce large et magnifique défi est entre nos mains. Saurons-nous ensemble réaliser partout le droit à la formation tout au long de la vie ?

Saurons-nous permettre à chacun, à tout endroit du territoire européen, de satisfaire ses besoins nouveaux de formation et de compétences ?

Saurons-nous autoriser chacun à poursuivre ou reprendre sa formation dans le pays voisin du sien ? Saurons-nous lui en donner les moyens - moyens linguistiques, financiers, administratifs ?

Parviendrons-nous à faire reconnaître à chacun, partout en Europe, les acquis de son expérience professionnelle ?

Au coeur de toutes ces questions décisives, il y a nos universités.

Qui mieux qu'elles saura offrir à nos parcours, à nos itinéraires si variés un espace organisateur, dans le cadre de la formation tout au long de la vie ?

Nos universités sont, par leur engagement dans la recherche et l'enseignement, productrices de connaissances nouvelles et organisatrices des nouveaux savoirs.

Elles sont par excellence le lieu où ces savoirs nouveaux doivent trouver leur juste place, prendre leur cohérence, s'approfondir et se voir transmis.

Elles doivent reconquérir un marché fortement concurrentiel, sur lequel les organismes de formation privés conservent trop souvent la haute main.

Certes, l'université ne construira pas l'Europe du travail. Ce n'est ni son rôle, ni sa mission. Mais l'université contribuera à son dynamisme, en assurant aux femmes et aux hommes qui travaillent la disponibilité des savoirs et des techniques.

Vos travaux à ce sujet emprunteront des pistes nombreuses. Vous me permettrez d'en parcourir quelques unes.

Nous avons collectivement fait le choix d'assurer à notre jeunesse un accès large, massif à l'enseignement supérieur. Dans le même temps, nous demandons à nos dispositifs de recherche de promouvoir une qualité qui autorise toutes les audaces scientifiques et technologiques. Notre dynamisme économique en dépend. C'est notre cap commun depuis Lisbonne.

. Ceci impose, d'abord, de repenser notre dispositif d'évaluation. Notre système de recherche et de formation supérieure doit être régulé par l'évaluation scrupuleuse de ses performances, et dynamisé par l'émulation internationale, qu'il s'agit de conforter.

En France, le volet "formation continue" sera nécessaire et compris dans les contrats quadriennaux, et évalué comme tel. Il faudra qu'une même exigence s'exprime à l'échelle européenne, pour désigner une carte lisible de la compétition universitaire.

L'objectif est clair : contribuer efficacement à faire de l'Europe un espace de mobilité naturelle, donc un espace attrayant pour le reste du monde.


. Il me paraît tout aussi nécessaire qu'une ambition européenne renouvelée pour l'université lève la contradiction apparente entre enseignement du plus grand nombre et formation des élites, entre université de masse et recherche d'excellence. Il n'y a pas, et il ne doit pas y avoir de contradiction entre elles : l'Europe que nous voulons exige un enseignement supérieur plus disponible et plus accessible.

Plus disponible, c'est une exigence absolue. Le développement de la connaissance s'accélère ; du même coup le rapport que l'on peut entretenir avec elle se modifie. Sa rapidité de production et d'évolution trouble et déstabilise les acteurs de l'activité économique.

La peur de ne plus savoir, ou de ne plus pouvoir s'adapter aux changements engendrés par l'application des connaissances nouvelles à l'innovation technologique introduit l'inquiétude dans les parcours professionnels, sans parler des répercussions qu'elle entraîne sur le développement personnel.

C'est à l'université d'y faire face, en favorisant la mise à disposition des savoirs qu'elle produit, transmet et échange. Cette disponibilité des savoirs suppose de les proposer sans hiérarchie préétablie, avec une exigence toujours égale de qualité.

Face à la complexité des mondes professionnels, face à l'âpreté des compétitions qui se déploient dans des sociétés de plus en plus ouvertes, elle doit représenter un espace apaisé et apaisant, celui du partage du savoir. Rassurer les hommes en sécurisant leur parcours professionnel, quel que soit l'endroit de notre continent où ils se trouvent, c'est une des missions du nouvel universalisme universitaire.

Cette ambition n'a de sens que si elle est largement partagée, et donc accessible.

Cette accessibilité ne saurait être réservée à certaines catégories. Elle doit être étendue au plus grand nombre. Si l'on veut que l'université, qui associe connaissance et compétences, soit au coeur d'une Europe du travail, elle doit faire évoluer l'idée qu'elle a d'elle-même et de ses missions.

Si l'on veut - et c'est indispensable - que tous ceux qui affrontent la complexité imposée par les évolutions du travail puissent trouver en elle des réponses à leurs questions, l'université ne doit plus être organisée pour la seule formation initiale.

Le temps plein doit cohabiter avec le temps partagé. L'université ne doit pas former seulement ceux qui ont "tout leur temps" mais aussi ceux pour qui, travail aidant, le temps est devenu une denrée rare.

Il faut donc perfectionner la gestion universitaire du temps, en permettant à tous un accès prolongé, dans la double perspective de la formation tout au long de la vie et de la validation des acquis de l'expérience. L'université doit devenir une institution où l'on "revient" facilement ; un lieu où les générations prennent conscience de leur communauté de destin, dans une société de la connaissance.

Ce prolongement de l'accès devra donc être à la mesure des besoins de notre continent et de son engagement dans la compétition internationale. Il doit valoir pour toutes nos universités.

Le processus de Bologne avec la généralisation des formations "modulaires", des crédits européens et des parcours flexibles de formation, a fait déjà beaucoup avancer les choses.
Il faut poursuivre sur cette voie.

Former tout au long de la vie, marquer les acquis de l'expérience du sceau académique, ce n'est pas seulement l'honneur de l'université. C'est aussi la marque de son efficacité à offrir une réponse à des questions professionnelles, personnelles et sociales.

Professionnelles d'abord, parce qu'il s'agit, pour tout individu qui ressent le besoin de s'adapter à des évolutions économiques et de lui permettre d'y répondre.

Personnelle ensuite parce qu'il s'agit de lutter contre la peur de la rupture technologique ; parce qu'il s'agit de satisfaire un besoin d'estime de soi, en reconnaissant les acquis d'une expérience parfois inscrite dans une longue vie de travail au meilleur niveau.

Sociale enfin parce que au-delà du développement économique et du maintien de l'emploi dans l'espace de mobilité européen, il s'agit bien de favoriser la régénération du lien collectif.

Nous le savons, notre société se trouve confrontée à certaines difficultés, quand elle veut insérer ses catégories les plus jeunes et maintenir en activité ses catégories les plus âgées.

Outre son coût économique et humain, une telle situation constitue un péril majeur pour l'équilibre de nos sociétés.

Aujourd'hui, le lien intergénérationnel, qui s'organise d'abord autour de l'activité partagée, se défait brin à brin. L'espace de production économique exclut encore beaucoup trop les possibilités de coopération productive entre les générations.

L'université, par sa capacité de veille et d'éveil à l'innovation, peut et doit promouvoir une formation tout au long de la vie partagée entre les générations.

Naturellement, les fondements et les ressorts éthiques de l'enseignement supérieur doivent aussi s'inscrire dans une offre de connaissances et de reconnaissances de compétences, avec pour objectif de répondre aux besoins de formation supérieure.

Il s'agit d'investir dans une intelligence collective, qui se déploie au service des personnes et des groupes à travers l'actualisation continue des savoirs et des compétences impliqués dans la vie professionnelle.

Le territoire culturel de cette intelligence ne saurait se réduire à l'espace des nations.

Il doit au contraire investir un espace européen de mobilité, où chacun, jeune et moins jeune, pourra, à tout moment de son évolution personnelle et professionnelle, trouver un ancrage, une référence identitaire.

Pouvoir à chaque moment de sa vie professionnelle et personnelle s'assurer d'une identité positive par le travail : cette nécessité des temps moderne impose un engagement nouveau du monde universitaire.

Pour cela l'université doit autoriser chacun à faire reconnaître ses acquis, à s'engager dans une nouvelle voie, à requalifier ses pratiques, à appréhender de nouvelles formes culturelles, bref à enrichir sa palette de réponses comportementales pour faire face à la complexité de sociétés de plus en plus ouvertes.

La vie professionnelle conduit aujourd'hui les hommes et les femmes à emprunter des chemins intellectuels jusqu'alors inexplorés, comme elle les conduit à découvrir des cultures entrepreneuriales et citoyennes nouvelles.

C'est pourquoi la formation tout au long de la vie, c'est aussi une formation sur le chemin de la vie que les femmes et les hommes empruntent.

Certes, peu d'entre nous se sentent chez eux partout, mais nous devrions partout être accueillis comme chez nous.


Mesdames et messieurs,

Dans les années qui viennent, nous allons devoir relever d'immenses défis communs :

- l'élévation indispensable du niveau de qualification professionnelle des citoyens européens, face à la mondialisation ;

- l'augmentation inéluctable de la durée d'activité professionnelle dans l'ensemble de nos pays ;

- l'accroissement nécessaire de la mobilité intra-européenne.

Face à ces défis, l'université jouera un rôle central. Voilà pourquoi nous devons aujourd'hui franchir une nouvelle étape de l'Europe de la connaissance.

La Commission européenne, dans son programme "Éducation et formation tout au long de la vie", s'y engage clairement.

C'est ainsi qu'à travers le programme sectoriel GRUNDTVIG elle s'attache à soutenir la mobilité des acteurs impliqués dans la formation des adultes - ils sont 7 000 chaque année.

C'est dans ce type de perspective, que je souhaite voir la France marquer sa présidence de l'Union par une initiative en faveur de l'université du XXIe siècle, telle que j'en ai dessiné l'esquisse.

Je vous ai réuni aujourd'hui pour vérifier que cet objectif est aussi le vôtre.

Je vous appelle dès maintenant à préparer et à présenter dans les prochains mois une charte pour l'université ouverte tout au long de la vie.

L'Europe universitaire doit porter l'ambition d'un nouvel universalisme pour le monde entier : enseigner tout, à tous et à tous les âges.

Si vous vous engagez dans cette voie, si un accord de vos conférences se trouve réalisé, alors la France placera cet enjeu au premier rang de ses priorités européennes.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 17 décembre 2007

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