Déclaration de Mme Rachida Dati, ministre de la justice, rendant hommage à Bénazir Bhutto, assassinée au Pakistan, présentée comme symbole de la démocratie et du nouveau rôle des femmes dans la vie du monde, Paris le 5 janvier 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Rachida Dati, ministre de la justice, rendant hommage à Bénazir Bhutto, assassinée au Pakistan, présentée comme symbole de la démocratie et du nouveau rôle des femmes dans la vie du monde, Paris le 5 janvier 2008.

Personnalité, fonction : DATI Rachida.

FRANCE. Ministre de la justice

Circonstances : Assassinat le 27 décembre 2007 à Rawalpindi (Pakistan), dans un attentat, de Mme Benazir Bhutto, ancien Prermier ministre du Pakistan.

ti : En arrachant la vie d'une femme devenue le symbole démocratique et progressiste d'un pays musulman, l'assassinat de Benazir Bhutto contredit l'idée, la réalité et le sens de la Justice.

La barbarie de cet acte terroriste défie la morale et le droit, autant que les repères du Juste et du Bien.

Elle est l'incarnation suprême de l'Injustice. Celle qui ne connaît ni les frontières du temps ni celles de l'espace. Celle qui crée un écho universel reniant simultanément la voie de la Justice et le sens de l'Histoire. Parce qu'enlever la vie de Benazir Bhutto, c'est vouloir annihiler les jalons sociaux, politiques et humains qui doivent pourtant lui survivre.

Comme Indira Gandhi ou Olympe de Gouges, Benazir Bhutto est allée au bout de ses convictions. Son courage politique a surpassé son instinct de survie. La complexité de son engagement reflète les difficultés de son pays. Elle traduit, parallèlement, les stigmates du monde actuel : l'indispensable dialogue entre l'Orient et l'Occident ; la ténuité des frontières entre la spiritualité et la laïcité, entre la démocratie et l'autorité, entre l'Etat civil et l'Etat militaire ; le respect de la place accordée aux femmes, envers et contre tout.

De plus en plus, les femmes font l'actualité de la planète. Du progrès, surgissent des femmes engagées, revendiquant la modernité, la rupture avec la culture de la guerre, de la puissance et de la domination. Autant de symboles archaïques contrevenant à la capacité de développement d'un pays. Car les conditions du plein essor supposent de reconnaître les droits civils et de respecter la dignité de toute une population. Pas uniquement ceux d'une moitié de celle-ci.

La force de l'Histoire a transformé la condition des femmes en laboratoire du changement social. Les droits qui leur sont reconnus en témoignent : l'éducation, le vote, la capacité à exercer une activité politique ou économique. La force de leurs engagements les impose, en même temps, comme un vecteur de paix.

Il existe une relation symbolique entre l'idée de la femme, de la mère, et celle de la Nation. Il existe également un ressort vital les conduisant à refuser la mort de leurs enfants. De Golda Meir à Shirin Ebadi, Taslima Nasreen, Aung San Suu Kyi, Soeur Emmanuelle ou Ingrid Betancourt, chaque combat de femme est un pas supplémentaire vers l'humanité.

Précisément parce qu'elle touche une femme, l'injustice qui a frappé Benazir Bhutto est encore plus criante et universelle. Il n'est pas question que sa disparition demeure vaine. Il n'est pas envisageable que l'Histoire fasse machine arrière.

Plus que jamais, la Justice doit imposer le respect de la liberté et de la démocratie, en sanctionnant ses atteintes. Plus que jamais, elle doit être l'outil du maintien de la paix dans le monde, dont les femmes sont les héroïnes, autant, voire davantage, que les hommes. Plus que jamais, elle doit permettre de réduire l'écart entre la réalité de la société et celle de l'Etat.

A défaut de rendre la vie à Benazir Bhutto, l'honneur de sa mémoire impose, pour le moins, de faire de l'égalité des chances un principe aussi incontournable que celui de l'égalité des droits.

Il y a deux siècles, Olympe de Gouges écrivait déjà : "Si la femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune."

Il est du devoir de la Justice de rattraper le temps et les droits perdus, pour que toutes ces vies ne le soient plus.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 janvier 2008

Rechercher