Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, à "France Inter" le 31 décembre 2007, sur l'interdiction de fumer dans les bars et restaurants à compter du 1er janvier 2008, la grève des médecins urgentistes et les conditions sanitaires des étrangers placés en centre de rétention administrative. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, à "France Inter" le 31 décembre 2007, sur l'interdiction de fumer dans les bars et restaurants à compter du 1er janvier 2008, la grève des médecins urgentistes et les conditions sanitaires des étrangers placés en centre de rétention administrative.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne, STEINER Thierry.

FRANCE. Ministre de la santé, de la jeunesse et des sports;

ti : T. Steiner.- C'est demain qu'entrera en vigueur la prohibition du tabac dans tous les lieux publics, ou après-demain en fait, puisque on pourra encore fumer la nuit prochaine dans les boîtes en fêtant la nouvelle année, et à partir de mercredi, il y aura des contrôles dans les bars, les restaurants, les boîtes de nuit. Qui va effectuer ces contrôles ?
 
R.- Plusieurs agents son habilités à effectuer ces contrôles, bien sûr, police, gendarmerie, inspecteurs du travail, médecins inspecteurs de la santé publics, agents de salubrité, inspecteurs des affaires sanitaires et sociales. Mais je crois que, finalement, cette interdiction de fumer sera surtout observée grâce à deux catégories de personnes : les clients, bien sûr, parce que la majorité des Français est non-fumeurs, sept Français sur dix, ils veulent vivre dans une atmosphère sans tabac. Et puis les gens qui travaillent dans ces établissements dit de "convivialité". J'allais dîner samedi soir dans une brasserie où les serveurs m'ont dit : "tenez bon, tenez bon, nous vivons depuis des années dans une atmosphère enfumée et nous craignons pour notre santé". Donc, je crois surtout qu'il y aura une sorte d'autorégulation. Et d'ailleurs dans tous les pays où cette interdiction est généralisée, cela se passe de cette façon-là.
 
Q.- Les patrons de bar et de casino, notamment, eux, sont en pétard, ils anticipent une baisse de 10 à 30 % de leur chiffre d'affaires ?
 
R.- Cette crainte n'est pas fondée. Il y a des pays où l'interdiction de fumer existe depuis très longtemps, plus de trois ans, par exemple, trois ans en Italie. Et non seulement la fréquentation n'a pas baissé, mais la fréquentation de ces établissements a même augmenté. Sept Français sur dix sont non-fumeurs. Beaucoup de personnes craignent de venir dans des atmosphères enfumées parce qu'elles ne supportent pas le tabac, parce qu'elles sont avec des enfants ou des personnes fragiles, qui souffrent par exemple de troubles respiratoires. Et on a vu par exemple en Irlande, la fréquentation de ces établissements augmenter de 7 %...
 
Q.- En Angleterre, ça a baissé par contre ?
 
R.- Oui, mais, enfin, très peu, très peu...
 
Q.- 7 % dans les pubs.
 
R.- Et on a vu au contraire, globalement, la fréquentation augmenter. En plus, je signale que des aides ont été apportées aux patrons de ces établissements, que ce soit des buralistes, avec des contrats d'avenir, ou les propriétaires de ces lieux de convivialité, avec le contrat de croissance, avec des aides fiscales qui leur permet d'adapter leur établissement. Donc, vraiment, c'est une stratégie gagnant-gagnant.
 
Q.- Alors, il faudra aller sur le trottoir pour s'en griller une, et là, les patrons de bars vous disent qu'il y aura forcément des nuisances sonores, des déchets sur la voie publique ; ceux qui habitent au-dessus d'un bar ou d'un restaurant ne vous disent pas merci, là !
 
R.- Je crois que l'enjeu c'est un véritable enjeu de santé publique, et que, j'incite d'ailleurs les fumeurs à profiter de cette nouvelle année, je leur dis "bonne année, bonne santé, profitez de 2008 pour arrêter de fumer". Je leur donne, au passage, le numéro de téléphone de Tabac Info- Service : O825 309 310 ; c'est ouvert de 8h00 à 20h00, du lundi au samedi. Et profitez-en pour consulter un médecin - on va vous donner également les consultations de tabacologie dans les hôpitaux, il y a 400 consultations de tabacologie dans les hôpitaux, il y a des médecins spécialistes en tabacologie, il y a un forfait de prise en charge par la Sécurité sociale de 50 euros pour payer les substituts, les traitements de substitution à la nicotine. Donc, véritablement, il y a tout un dispositif qui est mis en place. Profitons de 2008 pour une année avec plein d'oxygène et beaucoup moins de nicotine. Soyons très, très concrets. Pour les boîtes de nuit, par exemple, les préfets imposent en général que toute sortie soit définitive pour éviter que les gens aillent boire de l'alcool dans les voitures, sur le parking, par exemple.
 
Q.- Comment cela va-t-il se passer ? Il va falloir repayer pour rentrer ou il va falloir mettre en place un système ?
 
R.- Ce n'est pas à moi de gérer cette affaire, ce sont aux patrons de ces établissements.
 
Q.- D'organiser les choses.
 
R.- Ces patrons organiseront comme ils voudront les entrées ou les sorties de leur établissement. Ce qu'il y a, c'est qu'on devra respecter l'interdiction de fumer à l'intérieur de l'établissement.
 
Q.- Aucun aménagement ?
 
R.- Non.
 
Q.- Les hôpitaux, les prisons ?
 
R.- Ce sont des lieux ouverts au public qui sont concernés. On ne peut pas dire que les prisons soient des milieux ouverts au public, même si, effectivement, cela pose un vrai problème de santé publique. Mais pour l'instant, je dirais ce qu'on appelle "les domiciles privés" ne sont pas concernés par l'interdiction du tabac. Quant aux hôpitaux, j'incite fortement, évidemment, l'ensemble du personnel hospitalier à faire respecter cette interdiction du tabac, parce que le personnel, lui, est exposé. Et ce que nous voulons faire avec cette prohibition du tabac, c'est aussi de protéger, c'est surtout même de protéger les personnes qui vivent, qui pourraient vivre, qui ont vécu dans des atmosphères enfumées.
 
Q.- Donc, y compris dans les hôpitaux psychiatriques, par exemple ?
 
R.- Voilà. Vous savez que s'exposer de une à sept heures par semaine à un tabagisme dit passif, augmente le risque d'infarctus du myocarde de 25 % ! Et le risque diminue dès le premier jour où on cesse de fumer, le risque d'infarctus du myocarde.
 
Q.- Les bars à chicha sont aussi en colère. L'Union des professionnels du narguilé, qui représente 800 salons en France, et affirme que 4.000 emplois sont en jeu, affirme qu'elle ne tiendra pas compte de la loi ?
 
R.- Eh bien, je les incite, je leur demande de respecter la loi. Je rappelle qu'une bouffée de narguilé contient autant de monoxyde de carbone qu'une cigarette dans son entier ! Il n'y a donc aucune raison d'exempter les bars à chicha, les bars à narguilé de cette mesure de santé publique.
 
Q.- Ils vont devoir fermer ?
 
R.- Non, transformer leur établissement.
 
Q.- Les médecins urgentistes sont en grève en ce moment, grève illimitée et symbolique depuis une semaine. Ils réclament notamment le paiement des heures supplémentaires et une solution pour les arriérés de RTT. Que leur proposez-vous concrètement ?
 
R.- D'abord, il n'est peut-être pas inutile de faire le point sur cette grève - 6 % de grévistes, donc une grève finalement très peu suivie. D'ailleurs, je salue même le sens de la responsabilité des grévistes puisqu'ils assurent sur assignation ces urgences. Je tiens pour autant le plus grand compte de leur demande, et d'ailleurs, j'ai indiqué qu'une concertation allait s'ouvrir les 7 et 8 janvier. Le 7 janvier, avec les quatre intersyndicales de praticiens concernées, et le 8 janvier, avec les huit syndicats représentatifs de la fonction publique hospitalière. Nous avons en stock 23 millions d'heures supplémentaires et 3,5 millions de jours stockés dans les comptes épargne-temps...
 
Q.- Ce qui fait à peu près 900 millions, si vous payez tout cela ?
 
R.- On n'en sait rien, on n'en sait rien. Comment voulez-vous savoir - c'est pour cela que nous ouvrons une concertation - ce que les personnels décideront de faire de leur compte épargne-temps ? Certains voudront le monétiser, c'est-à-dire transformer ces comptes épargne-temps en argent. D'autres voudront le garder en congés, et il s'agit d'aménager tout cela. Certains voudrons améliorer, bonifier leur retraite. Donc, on ne peut absolument donner aucun chiffrage. C'est pour cela que la concertation s'ouvre. Je répète, parce que ces chiffres ont été contestés, que nous avons les moyens de faire face très raisonnablement aux demandes. Et les établissements hospitaliers, l'Etat, ont été prévoyants : 348,5 millions d'euros dans ce qu'on appelle le fonds pour l'emploi hospitalier, et 324 millions d'euros ont été provisionnés par les hôpitaux. Donc, nous avons du grain à moudre dans cette concertation.
 
Q.- Les médecins urgentistes réclament aussi une revalorisation des gardes, les médecins libéraux ont, eux, obtenu une prime incitative pour les samedis après-midi et les jours de pont, 150 euros. Aux urgences, à l'hôpital, ils sont sur le pont sept jours sur sept et ils voudraient bien avoir quelque chose.
 
R.- D'abord, je signale que ces jours de garde sont évidemment, eux aussi rémunérés. Ils ont, eux aussi...
 
Q.- Ils voudraient des primes.
 
R.- Ils ont bénéficient, bien entendu, non pas d'une prime mais d'un supplément de salaire. C'est d'ailleurs tout à fait normal. Je signale que ce ne sont pas tous les médecins, ce sont ceux qui sont sur le tableau d'astreinte, c'est-à-dire 2.200 médecins qui correspondent aux 2.200 secteurs de la permanence des soins qui touchent ce supplément de rémunération de 150 euros. Et en aucun cas les médecins qui font leur travail habituel sur ces jours. Donc, on ne peut pas du tout comparer les choses.
 
Q.- MG-France, le premier syndicat de médecins généralistes, propose de créer le 33-33, un numéro de téléphone national unique pour accéder à un médecin de permanence justement. C'est une bonne idée ce 33-33 ?
 
R.- Oui, il y a effectivement un certain nombre de difficultés pour...devant la multiplicité des téléphones qui permettent d'avoir accès à la permanence des soins. Nous sommes en train de travailler sur ce sujet car beaucoup de services sont concernés.
 
Q.- Si on a un pépin, en attendant, ce soir par exemple, on fait plutôt le 15 ou le 18 ?
 
R.- Cela dépend des secteurs.
 
Q.- Un pépin de santé ?
 
R.- Adressez-vous à votre commissariat, il vous donnera tous les renseignements utiles.
 
Q.- Le SAMU est-il menacé ? P. Pelloux, le responsable de l'Association des médecins urgentistes de France, était ici la semaine dernière, et nous disait qu'il craignait la mise en place d'un grand secteur de la sécurité civile qui serait placé sous l'autorité du ministère de l'Intérieur ?
 
R.- Il y a eu des difficultés de langage entre "les rouges et les blancs", comme on les appelle. Nous sommes d'ailleurs en train d'y travailler avec M. Alliot-Marie. Nous avions un certain nombre de choses à régler, en particulier de la rémunération des "rouges", de la rémunération des pompiers quand ils assument un certain nombre de tâches qui relèvent de la permanence des soins. Nous allons régler ces questions. Et il n'est absolument pas question de remettre en cause, bien entendu, le SAMU. D'ailleurs, je me rends dans un SAMU en quittant votre antenne, à Pontoise.
 
Q.- Juste une question sur l'agitation qui est en train de prendre de l'ampleur dans les centres de rétention administrative où sont gardés les étrangers en attente d'expulsion. Certains sont en grève de la faim en ce moment, la police est intervenue ce week-end à Vincennes. J. Martinez, le porte-parole de la Cimade, nous disait avoir constaté le placement en rétention de personnes malades, de femmes enceintes, d'enfants en bas âge ; ils nous disent aussi que les conditions sanitaires ont parfois déplorables. La ministre de la Santé est-elle sensible à ce dossier ?
 
R.- La ministre de la Santé est évidemment sensible à ce dossier. Je veux rappeler la loi française qui s'applique, c'est-à-dire que toute personne malade est en situation de demander à ne pas être expulsée. Et d'ailleurs, c'est très utile, en particulier pour les malades atteints du Sida. Vous savez que c'est un des combats que je mène de façon continue. Et il n'y a aucune crainte à avoir. Par exemple, les personnes atteintes du Sida peuvent recevoir des soins dans notre pays même si elles sont en situation irrégulière, sauf si le pays d'où elles viennent, en général c'est assez rare...
 
Q.- Comment expliquer que certains sont quand même placés en rétention administrative ?
 
R.- Il faut qu'ils fassent, j'allais dire, la démarche judiciaire qu'il va bien.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 31 décembre 2007

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