Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à LCI le 8 janvier 2008, sur la conférence de presse du président de la République, le service minimum dans l'éducation, la remise à la fin du mois de janvier d'un livre vert sur le métier d'enseignant et l'allègement des programmes scolaires en primaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à LCI le 8 janvier 2008, sur la conférence de presse du président de la République, le service minimum dans l'éducation, la remise à la fin du mois de janvier d'un livre vert sur le métier d'enseignant et l'allègement des programmes scolaires en primaire.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti : C. Barbier.- Conférence de presse de N. Sarkozy ce matin. S'agit-il pour le Président de se relancer après une série de sondages en baisse ?
 
R.- Est-ce le mot juste, "se relancer" ? Tout de même, les sondages ne sont pas à ce point inquiétants, ils sont d'ailleurs divers. Non, tout simplement, en début d'année, il est nécessaire de recadrer l'action du Gouvernement, que le Président rappelle quelles sont les lignes de force, que l'on mettre en perspective ce que nous faisons. C'est une conférence qui permet de démarrer l'année 2008 sur un bon pied.
 
Q.- Parlera-t-il d'éducation ?
 
R.- J'imagine qu'il parlera d'éducation, en tous les cas le sujet de l'éducation est toujours un sujet présent dans la politique de N. Sarkozy, parce qu'il croit, à juste titre, qu'il n'y a pas de grands projets politiques sans un projet éducatif pour la Nation.
 
Q.- On attendu du contenu, ce matin, à cette notion de "politique de civilisation" annoncée dans les voeux, avec d'ailleurs une dimension scolaire dedans. Cela vous "branche-t-il", comme on dit, ce concept de "politique de civilisation" ?
 
R.- Oui, je trouve que c'est très important que l'on rappelle que la politique c'est construire une culture commune, c'est avoir un destin partagé. Ce n'est pas seulement une succession de recettes, économiques, sociales, qui se bricolent au jour le jour, mais c'est construire une progression collective pour une nation. Et l'une des raisons pour lesquelles N. Sarkozy a été élu, c'est parce qu'il a remis en perspective cette idée de la nation, de la patrie même, de la France, sa place, son destin dans le monde. Et je trouve que cette notion de "politique de civilisation", qui remet du long terme, et qui lutte contre le côté haché, rapide et répétitif du temps moderne, du temps médiatique, que cette perspective à long terme, cette longue durée est une très bonne manière d'aborder les choses.
 
Q.- Le Président sera interrogé également sur sa vie privée. Trouvezvous qu'il manque de discrétion ? Vos électeurs, à Périgueux, vous disent-ils : "Attention, il faudrait que le Président soit un petit peu plus sobre !" ?
 
R.- Il faut que les Français s'habituent à la modernité. Qu'est-ce qu'il y a de mieux finalement ? Est-ce qu'il vaudrait mieux un Président qui cacherait sa vie, ou qui, comme un autre Président naguère, avait une deuxième famille, payée aux frais de l'Etat, et soigneusement calfeutrée ? Ou est-ce qu'il faut qu'il montre ce qu'il est, dans sa vie personnelle ? Je crois qu'il a fait le bon choix. Et puis alors, les médias sont un peu mal placés. On a toujours l'impression que...C'est comme si vous aviez des voisins, que vous montiez sur un escabeau pour aller voir ce qu'ils font chez eux, et après vous diriez : "Mais que font ces gens-là, ils pourraient se cacher !" Il y a quand même une poursuite aussi de la vie personnelle du Président qui lui est ensuite imputée à crime. Je trouve qu'il n'y a rien de plus naturel que de montrer ce que l'on est, d'être transparent, d'être ouvert, comme le serait un couple moderne.
 
Q.- Le pédagogue que vous êtes n'est-il pas choqué quand il voit le Président exhiber le fils de sa compagne sur ses épaules, devant les objectifs des caméras, à Petra ? Cela, personne ne l'y oblige, aucun média ?
 
R.- Rien ne me choque qui manifeste des gestes d'amour, de sympathie, de bonheur de vivre ensemble. Ce qui me choque, c'est lorsque des gens ne vont pas bien, lorsqu'ils sont malheureux, lorsqu'ils se sentent mal dans leur peau. Et je pense qu'un Président heureux, j'allais dire un Président amoureux, c'est un Président sans aucun doute plus de tonus en lui-même, et qui sera d'une manière générale, dans sa fonction ce qui est quand même l'essentiel, parce que c'est cela qui compte, dans sa fonction, encore peut-être plus énergique et efficace.
 
Q.- Alors, ce n'est pas une lettre d'amour mais vous envoyez ce matin aux recteurs une circulaire sur le service minimum - le service minimum, c'est-à-dire une garderie à l'école primaire, en cas de grève. Comment allez-vous le mettre en place, comment allez-vous le financer ?
 
R.- J'ai annoncé très clairement qu'on ne pouvait plus accepter qu'à l'école primaire lorsqu'il y a grève, des enfants soient livrés à eux-mêmes. Et donc, j'ai proposé aux maires, sur la commune desquels se trouve une école, de participer à la garderie, à l'accueil des enfants en cas de grève. Je propose de passer une convention avec ces maires et de leur rembourser les frais de garde qu'ils auront lors de la grève.
 
Q.- C'est-à-dire les maires vont embaucher des mères de famille ou des étudiants pour garder les enfants, et puis vous remboursez ?
 
R.- Pas forcément, parce que les maires ont déjà généralement des structures d'accueil, ils ont des centres d'accueil, ils ont des lieux de loisirs, ou tout simplement ils ont du personnel d'encadrement qui vient de diverses structures associatives. Et donc, ils organiseront cet accueil, et nous leur rembourserons cet accueil.
 
Q.- Avec quel argent ?
 
R.- Sur l'argent que nous prélèverons grâce aux jours de grève, parce que les jours où les professeurs font grève, on prélève, comme vous le savez, le 30ième de leur mois, cela représente des sommes très importantes, et nous pourrons très largement payer des maires sur cette sommez-là.
 
Q.- Alors, pour que cela fonctionne bien, demanderez-vous aux enseignants qui veulent faire la grève de se déclarer 48 heures à l'avance ?
 
R.- Absolument, ce sera la difficulté mais j'y tiens beaucoup. Il faut que les inspecteurs d'académie aient une clarté de la situation préalable, il faut qu'ils sachent quels sont les professeurs qui feront grève. Et je rappelle d'ailleurs que c'est la loi de se déclarer gréviste. Donc, nous verrons si les choses fonctionnent. Et puis, si jamais cela ne fonctionne pas - je crois que ça fonctionnera et que ça donnera satisfaction aux familles - mais si ça ne fonctionne pas, il faudra aller plus loin, parce que le président de la République l'a dit : le service minimum ça fait partie de notre projet politique.
 
Q.- Plus loin, c'est quoi ? C'est faire une loi, des décrets, des ordonnances ?
 
R.- Nous verrons, nous en parlerons avec les syndicats. Mais en tous les cas, je ne reculerai pas sur ce sujet parce que c'est une promesse du Président N. Sarkozy.
 
Q.- Ce service minimum "bénévole", si j'ose dire, sur la bonne volonté des enseignants grévistes, cela marchera le 24 janvier pour la grève des fonctionnaires ?
 
R.- Alors, précisément, nous l'expérimentons dès le 24 janvier, c'est une grève qui sera sans doute forte, puisque toute la fonction publique a décidé de s'y associer, et donc ce sera un très bon test pour nous. Si nous voyons que le dispositif que nous mettons en place commence à donner de bons effets, nous nous en tiendrons là. Si vraiment cela ne marche pas, nous évoluerons, nous irons plus loin.
 
Q.- Pourquoi ne pas aller plus loin aussi en instaurant un service minimum pédagogique, avec des cours assurés à l'école, au collège, au lycée en cas de grève ?
 
R.- C'est une idée qui n'est pas impossible à imaginer mais très difficile à mettre en place. Vous n'imaginez pas, par exemple, qu'un cours de mathématiques, de lettres, ou d'histoire-géographie soit fait à la réduction, qu'il y ait un quart d'heure au lieu d'une heure, que sais-je ? Ce sera assez difficile à imaginer un service pédagogique qui ait du sens, dans le cas d'une grève si elle était massivement suivie. Mais, je le répète, nous ne sommes fermés à aucune solution, nous l'envisagerons avec nos partenaires syndicaux.
 
Q.- Souhaitez-vous que le ministre du Budget de la Fonction publique, E. Woerth, relève le point d'indice qui sert à calculer le salaire des fonctionnaires, comme le demandent les syndicats ?
 
R.- Ce qui est certain, c'est que les syndicats ont le sentiment, comme les autres, que la fonction publique n'est plus aussi bien traitée que naguère. C'est-à-dire que, dans le cadre global du pouvoir d'achat, de la question du pouvoir d'achat, les fonctionnaires n'ont pas le sentiment que leur salaire accompagne la progression globale des salaires. C'est un sentiment qui n'est pas fondé, puisque nous calculons, comme vous le savez, l'indice des salaires sur l'indice des prix. Enfin, c'est un sentiment qui existe. Il y a de grandes disparités. Mais la réponse véritable à cette question, vous la connaissez, le président de la République l'a dit : c'est que les syndicats comprennent qu'il faut travailler plus pour gagner plus, qu'ils prennent des heures supplémentaires, qu'ils travaillent autrement, qu'ils s'engagement différemment, s'ils veulent, comme tout le monde, avoir une situation plus aisée, il faut aussi sans doute qu'ils paient un peu plus de leur personne.
 
Q.- N'en venez-vous pas à l'idée de S. Royal dans la dernière campagne, c'est-à-dire, 35 heures mais dans l'établissement ?
 
R.- Non, en ce qui concerne l'Education nationale, ce n'est pas du tout comme cela que j'envisage les choses, ce serait très difficile à appliquer. Simplement, j'invite les enseignants à prendre des heures supplémentaires, ce qu'ils font d'ailleurs, ils l'ont très bien fait en particulier au collège, lorsque nous avons mis en place, en novembre dernier, l'accompagnement éducatif qui concerne 20 % des collèges aujourd'hui et 100 % à la rentrée prochaine. Ils prennent des heures supplémentaires, cela leur permet de travailler autrement et d'avoir des revenus supplémentaires.
 
Q.- Un Livre vert sur le métier d'enseignant devait vous être remis en décembre, il a été reporté à la fin janvier, on parle d'un nouveau report. Pourquoi ?
 
R.- Non, ce n'est pas un report, il sera remis à la fin du mois. Tout simplement, parce que nous avons été étonnés de la richesse et des contributions. La commission Pochard, à laquelle participe M. Rocard, comme vous le savez, a été très, très étonnée...
 
Q.- Il y a eu des polémiques aussi ?
 
R.- Sans discuter. Mais enfin, elle a été très étonnée, avec bonheur, d'ailleurs, de la qualité des contributions qui lui ont été remises. Le document est absolument énorme, il faut le mettre en synthèse pour qu'on puisse s'en servir. Il n'y a pas de volonté de perdre du temps, mais simplement partir sur des bases saines et complètes.
 
Q.- Vous souhaitez alléger le programme en primaire, mais vous organisez la baisse du niveau ?
 
R.- Pas du tout, nous voulons faire en sorte que l'école primaire retrouve ses fondamentaux. Aujourd'hui, un élève de l'école primaire fait plus d'heures que tous ses petits compagnons des autres pays européens, il est plus souvent à l'école qu'eux, il a des matières plus nombreuses...
 
Q.- Et il est moins bon à la sortie ?
 
R.- Et au total, il est quand même dans les classements les plus modestes, il est dans les dix derniers de l'ensemble des comparaisons internationales. Donc, il faut nous recentrer sur l'essentiel. Et j'annoncerai dès le mois de février, non seulement des nouveaux programmes, mais de nouveaux objectifs, une nouvelle manière de travailler, bref, une nouvelle organisation de l'école primaire qui est de nature je pense à nous obliger à nous ressaisir pour aller à l'essentiel.
 
Q.- Et vous voulez dans ce cadre-là diviser par deux le nombre de redoublements en primaire, mais il vaut mieux redoubler que de se noyer, de couler dans la classe supérieure ?
 
R.- Hélas, les chiffres ne le montrent pas. On montre que les enfants qui redoublent n'ont pas pour autant un succès scolaire particulier, le redoublement n'est pas pour l'instant, majoritairement, efficace sur le projet scolaire. Et lorsqu'on regarde les élèves qui ont redoublé, lorsqu'on les voit arriver en sixième, ceux qui ont déjà redoublé une fois, on se rend compte qu'on a déjà réorganisé la sociologie française d'une manière terrible, que les déterminismes familiaux ont beaucoup joué. Donc, ce n'est pas redoubler qui compte, en tout les cas pas redoubler dans les mêmes conditions. C'est accompagner les élèves en difficulté de manière différente, c'est ce que nous faisons en organisant dès la rentrée prochaine à l'école primaire des études surveillées.
 
Q.- Alors, l'élève Darcos, le ministre Darcos sera évalué comme tous ses collègues. Les syndicats et les parents vous demande de rajouter des critères plus scolaires d'amélioration du niveau à côté des critères budgétaires qui ont été retenus. Vous êtes d'accord ?
 
R.- Ils sont dedans ces critères parce que tout ce que nous décidons contribue à améliorer le niveau. Nous espérions que ces critères précisément visent uniquement à cela. Mais il faut aussi des critères objectifs qui sont l'efficacité de nos systèmes de remplacement, qui sont l'accueil des élèves handicapés, qui sont la mise en place d'études surveillées, qui sont la place du sport à l'école.
 
Q.- Le budget aussi...
 
R.- Le budget bien entendu. Tous ces critères convergent autour d'un seul but : faire en sorte que les élèves de France apprennent mieux et réussissent mieux.
 
Q.- Garder en détention de détenus qui ont purgé leur peine mais qu'on estime encore dangereux, comme le propose la loi Dati discutée aujourd'hui, est-ce que cela ne choque pas l'humaniste que vous êtes ?
 
R.- Ce qui choque surtout, ce sont les récidivistes qui sont sortis de prison et qui recommencent quelques jours après. Je ne suis pas un spécialiste des problèmes pénaux mais je crois que l'opinion ne comprend pas lorsqu'elle voit un récidiviste qui a été lâché quelques jours plus tôt qui recommence à commettre des crimes terribles. Je pense en particulier aux crimes d'ordre sexuel. La recherche aujourd'hui, d'une réponse à cette difficulté est une réponse légitime.
 
Q.- Vous briguez la mairie de Périgueux en association avec le MoDem. On peut donc apprivoiser F. Bayrou ?
 
R.- Je brigue la mairie de Périgueux, plus exactement je veux continuer le travail que je fais avec les Périgourdins. Je suis viscéralement attaché à cette ville, c'est une ville que j'aime et où je suis très engagé. Il se trouve qu'à Périgueux, comme c'est une élection qui n'a pas un caractère politique très marqué, nous avons fait le consensus avec tous ceux qui sont de bonne volonté, et en particulier avec le MoDem. Mes bonnes relations avec F. Bayrou ont dû jouer un rôle, mais pas seulement.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 8 janvier 2008

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