Déclaration de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, sur la répartition du temps de parole des partis politiques dans les media et en particulier celui du Front national, Paris le 11 janvier 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, sur la répartition du temps de parole des partis politiques dans les media et en particulier celui du Front national, Paris le 11 janvier 2008.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie.

FRANCE. Front national, président

Circonstances : Voeux à la presse à Paris le 11 janvier 2008

ti : Mesdames et messieurs,


Je tiens tout d'abord à vous remercier de vous être déplacés, et à vous souhaiter, à titre personnel, une bonne et heureuse année 2008.

Au fil des ans, de cérémonie un peu formelle et compassée, l'exercice des voeux à la presse est devenu un véritable rendez-vous politique de premier plan, pour vous comme pour moi.

En m'adressant ainsi en début d'année à l'ensemble du monde médiatique, qui est à la fois un acteur autonome et un partenaire nécessaire des hommes politiques, j'entends bien sûr, au-delà des journalistes, adresser à l'opinion un message particulier.

Puisque nous sommes dans le mois des voeux, j'en forme un qui me semble particulièrement important : que notre travail commun au service du pluralisme, de la liberté d'expression et de la démocratie s'effectue dans les meilleures conditions possibles.

C'est de moins en moins évident, compte tenu de la chape de plomb que le pouvoir en place fait aujourd'hui peser sur l'univers médiatique.

I- En principe en effet, dans une démocratie qui se respecte, les média sont les outils par lesquels on informe la société. L'information des citoyens conditionne leur choix, notamment électoral. Le rapport entre la démocratie et les média est donc évident par lui même.

Le problème, c'est que l'instance en charge de veiller au pluralisme, le CSA, ne remplit pas sa mission.

Non seulement il laisse perdurer de graves iniquités dans la politique éditoriale ou dans la politique d'invitation des grands média nationaux, mais encore, il présente à l'opinion des chiffres partiels, tronqués ou injustement agglomérés.

Par exemple, il est impossible de trouver sur le site du CSA les temps d'interventions du Front National pour 2006.

On n'y trouvera qu'une somme de temps d'intervention regroupés dans la catégorie « formations non représentées au Parlement », dans laquelle le Front est probablement comptabilisé.

Mais comme nul ne peut voir le chiffre propre du FN, nul ne sait l'ampleur de l'injustice dont il est la victime.

Depuis les élections du printemps dernier, seuls les chiffres de juillet, août et septembre 2007 sont disponibles sur le site du CSA, et encore uniquement pour les journaux et bulletins d'information télévisés, à l'exclusion de toutes les autres émissions du programme, qu'elles soient politiques ou de variétés - or on sait que ces émissions politiques ou people sont un vecteur considérable de diffusion de l'image ou des idées des personnalités politiques-, à l'exclusion également de tous les autres média, notamment radiophoniques.

Les chiffres limités dans le temps et dans l'espace dont nous disposons sur ces trois mois font néanmoins apparaître une sous représentation grossière du Front national, et du seul Front national.

Avant de vous les livrer, je voudrais vous rappeler que tous les ans, nous présentons les chiffres de l'iniquité médiatique qui nous frappe, parce qu'ils sont proprement révoltants, mais rien n'y fait. Peut-être, ce soir ou demain matin, l'un d'entre vous aura-t-il le courage de les évoquer, dans le média dans lequel il travaille.

Sur un total de 216 heures et 6 minutes de temps d'interventions politiques dans les journaux et bulletins d'informations télévisés, le FN n'a eu droit qu'à un peu plus de 49 minutes, soit 0,38% du temps total.

Je rappelle qu'en prenant les chiffres les plus bas et les plus récents, nous avons réalisé 4,3% des suffrages aux élections législatives. Nous sommes donc 11 fois moins représentés dans les journaux que nous le sommes dans le pays.

Je voudrais également vous dire qu'établir ces chiffres prend un temps considérable, car évidemment, ils ne sont pas délivrés tels quels par le CSA. Celui-ci se contente de donner les temps de parole bruts, par parti, par chaîne et par mois. A charge pour chacun d'effectuer les comptages nécessaires, pour vérifier si son traitement a été équitable ou non, dans l'absolu, et aussi par rapport aux autres.

Il faut encore vous préciser que sur la même période, juillet, août et septembre dernier, nous n'avons été invités que 8 fois à la radio et 14 fois à la télévision, essentiellement dans des émissions du matin.

De plus, à la différence de nos concurrents, nous ne sommes jamais invités dans les émissions de variété grand public, comme celle de Michel Drucker le dimanche, qui permettent d'améliorer l'image des hommes politiques.

Ce dernier s'est d'ailleurs publiquement vanté de n'avoir jamais invité quiconque du Front National.

France 2 est pourtant une chaîne du service public !

II- Si l'on compare les temps d'intervention du FN à ceux des autres partis, on ne peut qu'être frappé de la différence de traitement. Par exemple, les temps de parole cumulés du Gouvernement, de la présidence de la République, de l'UMP et du Nouveau Centre, atteignent 150 heures et 36 minutes sur 3 mois, soit 69,7% du temps d'intervention politique total.

Je rappelle qu'au 1er tour des élections législatives de 2007, l'UMP et ses alliés du Nouveau Centre ont totalisé 41,91% des suffrages.

L'UMP est donc une fois et demie plus représentée dans les journaux qu'elle ne l'est dans l'opinion.

En la matière, c'est toutefois le chef de l'Etat lui-même qui détient le pompon. Selon l'étude de l'Institut National de l'audiovisuel parue récemment, le Chef de l'Etat a été la personnalité la plus présente en nombre de passages au 3ème trimestre dans les journaux des 6 grandes chaînes de télévision française.

La palme de la Sarkomania revient à TF1 surnommée télé-sarko en raison des relations privilégiée entre le locataire de l'Elysée et le patron du groupe média Martin Bouygues, qui a consacré pas moins de 43 séquences au nouveau Président, de juillet à septembre 2007.

Je sais à quel point il est difficile pour la presse d'être libre, puisqu'elle n'a pas, puisqu'elle n'a plus les moyens de son indépendance.

Concernant la presse écrite, par exemple, sans subventions de l'Etat, il n'y aurait plus de grands quotidiens.

Libération, qui est passé en 20 ans de 400.000 à 150.000 exemplaires, agonise depuis des années en dépit de recapitalisation cyclique, et ce journal d'opinion est aujourd'hui entre les mains du grand capital qu'il dit ne guère aimer, propriété de monsieur Rothschild.

Le Figaro, 300.000 exemplaires, vit grâce à la puissance financière du groupe Dassault.

Le Monde, qui tire encore à 330.000 exemplaires, croule sous les dettes et peut d'un jour à l'autre, se retrouver sous la coupe d'un administrateur judiciaire.

Comment pourrait-il en être autrement, lorsque les choix éditoriaux, impulsés par les média télévisuels, se portent systématiquement sur les leurres « people » ?

Cette contre-information conduit à l'abêtissement du peuple français qui serait seulement déplorable et choquant si les réalités géopolitiques, économiques et sociales n'entraînaient inexorablement la France vers l'abîme.

III- Je ne peux mieux dire, mesdames et messieurs, l'importance de votre rôle, de votre fonction dans un régime politique de liberté.

Le "quatrième pouvoir", selon l'expression du grand philosophe anglais Edmund Burke, tient un poste-clé : celui de de gate - keeper, c'est à dire de "portier". En triant les informations, il commande l'entrée dans l'espace du débat public, donc de la conscience publique.

Le pluralisme politique est donc la condition essentielle de la démocratie. Celui -ci se décline en pluralisme partisan et en pluralisme des opinions, lesquels supposent le pluralisme de l'information.
En effet, le principe de libre choix des électeurs dans le vote n'a aucun sens s'ils ne sont pas correctement informés des enjeux du débat politique.

C'est d'ailleurs pour prohiber la censure - que Louis XVI avait déjà abolie - que l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen a été voté en 1789: "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi."

J'y ajouterai le mot de Clémenceau, selon lequel la liberté d'expression, ce n'est pas seulement la liberté d'écrire, c'est aussi celle de lire.

Certain qu'il n'y a de noblesse de votre métier que dans le courage de la vérité et de l'équité, je forme des voeux pour que l'année qui vient permette à chacun de remplir sa mission au plus près des besoins et de l'intérêt du peuple souverain.


Je vous remercie


source http://www.frontnational.com, le 11 janvier 2008

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