Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à RTL le 2 janvier 2008, sur la politique de "civilisation" préconisée par le président de la République et le droit opposable au logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à RTL le 2 janvier 2008, sur la politique de "civilisation" préconisée par le président de la République et le droit opposable au logement.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick, HONDELATTE Christophe.

FRANCE. UMP, secrétaire général;

ti : C. Hondelatte.- P. Devedjian est notre invité politique, ce matin. Alors, je ne vais pas vous souhaiter "Bonne année", Monsieur Devedjian, parce que ça ne se fait pas...
 
R.- Ca se fait par SMS, maintenant !
 
Q.- Oui, mais quand on est un journaliste indépendant, on ne souhaite pas "Bonne Année" à un homme politique...
 
R.- Ah non ! Pourquoi ? Vous souhaitez à tout le monde quand même !
 
Q.- Oui, on peut, disons, vous souhaiter "Meilleurs voeux", par exemple de devenir ministre en 2008 puisqu'en 2007, ça n'a pas été votre tour ?
 
R.- Ce n'est pas indispensable !
 
Q.- Il y a des gens qui vous l'ont souhaité franchement, au creux de l'oreille, quand ils vous ont embrassé... la nuit dernière ?
 
R.- Ce n'est pas le fond de mes préoccupations, en tous les cas.
 
Q.- Alors, on a besoin de vous. On a besoin de vous parce qu'on est toujours dans l'explication de texte. Depuis que le Président nous a présenté ses voeux, il nous a livré des formules assez énigmatiques, notamment celle-là. Il a dit : "Nous avons besoin une politique de civilisation" ? Késaco une "politique de civilisation" ?
 
R.- Ah ben, c'est quand même assez évident ! D'abord, ça veut dire quelque chose qui s'inscrive dans la durée. Ce qui caractérise souvent la politique, c'est le côté éphémère, les choses qui se succèdent les unes aux autres, qui se superposent, et qu'on oublie très vite. Alors qu'on a le sentiment, parfois, que la France piétine, que l'Europe végète, avoir une grande ambition pour la France, la transformer, saisir aussi l'opportunité que nous avons, qui passe une fois tous les treize ans, la responsabilité de l'Union européenne, présider l'Union européenne à partir du 1er juillet, c'est une formidable opportunité aussi, et à un moment où l'Europe peut devenir plus efficace parce que nous avons le Traité simplifié.
 
Q.- Non mais pour ça, il y a des tas de formule ! "J'ai des ambitions pour la France", "J'ai des ambitions pour l'Europe"... Mais "une politique de civilisation" ! Il nous a habitué à tellement de concrets, Sarkozy, tellement de phrases simples que dès qu'on est dans "le fumeux", on se dit : c'est pas de lui. Enfin, ça ne lui ressemble pas !
 
R.- Pourquoi vous dites que c'est fumeux ? Vouloir s'inscrire dans la durée, vouloir construire quelque chose de politique qui va tenir la distance et qui ne sera pas oublié, le lendemain matin, ou l'après-lendemain matin, et remplacer...
 
Q.- Ca veut dire : marquer l'histoire, une "politique de civilisation" ?
 
R.- Essayer de s'inscrire dans l'Histoire. Ce qui caractérise quand même l'Europe, c'est d'avoir inventé la démocratie, inventé la modernité et aujourd'hui, dans la mondialisation, le sentiment qu'on a, c'est que l'Europe, finalement, n'a pas toute sa place, n'a pas toute sa dimension. Ce que nous avons inventé dans le monde, aujourd'hui ça n'est plus ce qui le domine, en tous les cas de moins en moins. Eh bien, avoir l'ambition que l'Europe et ses valeurs et son modèle de civilisation reprenne toute sa place dans la mondialisation, c'est une belle ambition.
 
Q.- Ca, ça explicite bien la deuxième formule un peu "fumeuse" de voeux du Président : "Notre vieux Monde a besoin d'une deuxième Renaissance".
 
R.- Oui. Mais la Renaissance a été un moment formidable. Pour moi, c'est un moment ambigu aussi puisque la Renaissance en Europe, elle est due à la chute de Constantinople après la prise par les Turcs et l'immigration des intellectuels qui a fécondé l'Europe ; mais ça a été un moment formidable, une explosion artistique, une explosion des techniques aussi et aussi une forme de gouvernement qui a évolué à ce moment-là.
 
Q.- C'est pas un peu se payer de mots que d'envisager que la France puisse redevenir ce qu'elle a été sous la première Renaissance ? Y en aurait-il une deuxième ?
 
R.- D'abord, c'est l'Italie surtout qui a été le coeur de la Renaissance. Le moment de la France est venu un peu plus tard ; mais le fait que nos dirigeants politiques, quels qu'ils soient, aient une grande ambition pour notre pays, le fait que l'Europe ne se satisfasse pas de sa situation aujourd'hui dans le Monde, c'est plutôt bien, non ?
 
Q.- Les analystes, enfin les plus "vicelards", disent : ces voeux un peu "fumeux", un peu "pompeux" sont là pour faire oublier ce qu'on appelle désormais le voyage bling-bling en Egypte, le séjour sur le bâteau, le trop de luxe ?
 
R.- Ecoutez, d'abord N. Sarkozy vit dans la transparence et il faut croire que ça plaît à la presse parce qu'elle se précipite là-dessus. Je remarque d'ailleurs qu'elle en fait ses choux gras, qu'elle vend du papier, qu'elle vend de l'audience avec ça. Il est mal venu de le lui reprocher !
 
Q.- Sur ses vacances, aujourd'hui, vous dites quoi, vous, aujourd'hui ? Vous dites que puisqu'elles sont assumées, finalement il n'y a plus de problème ! Vous reconnaissez qu'il peut y avoir un problème ou... ?
 
R.- Je ne vois pas le problème, non. Franchement. Il est transparent. S'il ne l'était, on le lui reprocherait. Qu'est-ce que vous lui reprochez précisément ?
 
Q.- Le fait de dire : c'est V. Bolloré qui m'a payé mon Jet, ça règle le problème ? Par exemple ?
 
R.- Non. Mais il est permis aussi d'avoir des amis, y compris des amis qui ont un peu d'argent. Quand on est d'ailleurs président de la République, on a plutôt l'habitude de vivre avec...
 
Q.- Un certain confort.
 
R.- Non, avec les grands de ce monde aussi, d'une certaine manière, avec les gens qui comptent, avec les gens avec lesquels on a des échanges intellectuels aussi, parce que c'est bien... Les grands capitaines d'industrie, par exemple, c'est bien de savoir ce qu'ils pensent. On ne dirige pas un pays, simplement dans sa tour d'ivoire.
 
Q.- Alors, parmi les mesures nouvelles qui rentrent en action, aujourd'hui, il y a le droit opposable au logement. Et tout le monde a noté qu'a priori, il y avait 600.000 personnes qui pouvaient le revendiquer. Il y avait a priori la possibilité de compter sur 60.000 logements. Donc, c'est une loi qui sera inapplicable ? Ou alors qui va encombrer les tribunaux ?
 
R.- Non. D'abord, c'est une loi qu'on va mettre en oeuvre progressivement, d'abord avec les commissions de médiation et ensuite, qui va s'appliquer à ceux qui sont dans les situations les plus difficiles. Vous savez, tous les demandeurs de logement ne sont pas non plus des demandeurs de logement immédiat. Il y a des gens qui sont dans une situation de précarité qui ont besoin d'un logement d'urgence ; et ceux-là, il faut leur donner vraiment satisfaction le plus vite possible. Mais moi, mon expérience d'élu local, par exemple, m'a fait voir de grand nombre de refus de logements proposés par des gens qui les demandent. Moi j'ai des souvenirs, par exemple, de gens qui ont refusé sept logements.
 
Q.- Eux-mêmes ?
 
R.- Eux-mêmes. Parce que ça ne leur convenait pas, ce qui peut se comprendre d'ailleurs, ils ne voulaient pas n'importe quoi. Donc, le grand nombre des demandeurs de logement n'est pas, non plus, si prégnant que cela. C'est, à mon avis, difficile. Difficile mais ça aussi, c'est un changement de comportement profond d'avoir cette responsabilité de l'Etat au regard de la demande de logement social.
 
Q.- Mais on peut quand même imaginer que puisque le droit est là, maintenant il va permettre aux gens d'aller devant le tribunal administratif pour exiger un logement de la part de l'Etat. Mais s'il n'y a pas de logement, on aboutit soit à une loi qui sera inappliquée, soit à un encombrement des tribunaux tel que ça ne sera pas gérable ?
 
R.- D'abord, premièrement, on peut augmenter le nombre des logements. C'est ce qui se passe.
 
Q.- Vous allez le faire dans les Hauts-de-Seine ?
 
R.- Oui, c'est ce qu'on fait dans les Hauts-de-Seine. C'est difficile dans les Hauts-de-Seine. Alors, qu'est-ce qu'on fait pour ça ? On achète des logements...
 
Q.- Parce que vous êtes président du Conseil général des Hauts-de- Seine. C'est pour ça que j'en parle.
 
R.- Alors, qu'est-ce qu'on fait pour essayer d'améliorer notre stock de logements sociaux ? On est en train d'acheter des logements libres et on va les transformer en logements sociaux après les avoir réhabilités. Des immeubles, parfois pas en très bon état. On les achète en entier. On les rénove complètement et on les transforme en logements sociaux. Ca va plus vite que de les construire parce que malheureusement, les procédures étant ce qu'elles sont, c'est souvent assez long.
 
Q.- Merci P. Devedjian d'être venu, ce matin, tenter de nous expliquer, donc. Je ne sais pas si vous avez convaincu tout le monde ; mais ce qui est, donc...
 
R.- Eh bien c'est une ambition. Un projet de civilisation, c'est avoir une ambition.
 
Q.- Un projet de politique de civilisation !
 
R.- Et le fait d'avoir une ambition, en France, ce qui m'étonne c'est que ça étonne !
 
Q.- Merci P. Devedjian.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 janvier 2008
 

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