Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à France 2 le 10 janvier 2008, sur la durée du travail, la préparation des élections municipales, la politique de l'immigration et la suppression de la publicité à la télévision publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à France 2 le 10 janvier 2008, sur la durée du travail, la préparation des élections municipales, la politique de l'immigration et la suppression de la publicité à la télévision publique.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick, HONDELATTE Christophe.

FRANCE. UMP, secrétaire général;

ti : F. Laborde.- On va parler de tout : élections municipales, pouvoir d'achat, 35 heures, commission Attali... Tout. On va commencer par les 35 heures et le pouvoir d'achat. Le président de la République poursuit ses voeux, et il a éprouvé le besoin quand même de recadrer un peu les choses. Et sur les 35 heures et sur le pouvoir d'achat, on n'avait pas bien compris, c'est cela ?
 
R.- Sur la durée du travaille, d'abord ce qui compte c'est la durée réelle du travail. La durée légale cela ne sert qu'à une seule chose : décompter les heures supplémentaires.
 
Q.- Quand se déclenchent-elles ?
 
R.- Donc, ce qu'a précisé le président de la République, c'est qu'il n'y a pas de changement ; nous, on est pour les heures supplémentaires. Donc, la trentième heure c'est une heure supplémentaire et elle est payée au tarif des heures supplémentaires.
 
Q.- Elle bénéficie du nouveau système des heures supplémentaires, c'est-à-dire des déductions de taxes, des déductions d'impôts ?
 
R.- Absolument, le système fiscal qui les favorise et qui les encourage. Nous, nous sommes pour le travail et donc on ne va pas le décourager.
 
Q.- Et les heures supplémentaires elles ne seront pas contingentées. Il n'y aura pas de limite ?
 
R.- Pour le moment, elles le sont et ce que nous voudrions faire, c'est les décontingentées bien sûr. Même si la moyenne est inférieure au contingent, dans certaines entreprises, on est au taquet.
 
Q.- Au niveau du pouvoir d'achat, il a encore recadré les choses en rappelant qu'avec la participation qu'il encourage, il appelle de ses voeux, il y aurait plus de distribution. Vous même à l'UMP, vous avez dit que vous allez faire des propositions ?
 
R.- Bien sûr, on a constitué un groupe de travail qui est animé par deux parlementaires, F. Lefèbvre et J. Chartier. Et nous allons faire un certain nombre de propositions importantes dans ce domaine.
 
Q.- Ce sera quoi ? L'augmentation du Smic, négociation des salaires ?
 
R.- C'est une seule mesure. Je ne vais pas les dévoiler ce matin, parce qu'ils sont au travail. Ce ne serait pas gentil pour eux. Mais ce sont des mesures sérieuses. Parce que la France a du retard. Une simple chose, une simple observation sur le pouvoir d'achat : tout le monde est frappé de ce que le salaire brut est très supérieur au salaire net, c'est l'organisation d'un système social qui veut cela.
 
Q.- C'est surtout agaçant pour le salarié !
 
R.- Mais quand on regarde sa feuille de paye, on voit un salaire brut qui peut être significatif, mais on arrive à un salaire net assez décourageant. Il faut essayer de changer cela.
 
Q.- C'est cela que vous allez changer, très bien. Alors parlons des municipales. A. Marleix qui justement s'occupe des listes électorales à l'UMP, a un pronostic assez pessimiste tout de même...
 
R.- Il ne devait être bien réveillé ce matin ! Parce que nous, nous allons faire une campagne...
 
Q.- C'est gracieux pour lui !
 
R.- Nous allons faire une campagne très active. Il ne faut pas la sous-estimée. Nous voulons politiser les élections municipales. Le président de la République va s'engager dans la campagne ; le Premier ministre va s'engager dans la campagne. Et je peux vous dire que s'agissant de l'UMP, nous allons mettre le paquet !
 
Q.- Donc, la liste des grandes villes qui pourraient être perdues par l'UMP que ce soit Périgueux, Bordeaux, Marseille...
 
R.- Moi je pense que nous allons gagner. Je pense que nous allons Lyon, par exemple.
 
Q.- Non, vous n'allez pas les perdre celles-là ?
 
R.- Et j'ai de bons espoirs de gagner Paris, même si c'est difficile. Mais la bataille qui a lieu dans le 12ème arrondissement est une bataille importante et elle peut faire changer complètement la situation.
 
Q.- Puisque vous parlez de Paris, deux membres du Gouvernement, B. Kouchner et J.-P. Jouyet qui ont dit qu'ils voteraient pour B. Delanoë, cela vous agace, cela vous turlupine ? Trouvez-vous que ce n'est pas convenable ?
 
R.- Non. Je pense que c'est sans surprise et c'est sans risque. C'est sans surprise, parce que quand ils sont entrés au Gouvernement, on ne leur a pas demandé de changer d'opinion et on connaissait leur opinion. On leur demande d'avoir du talent, on ne leur demande pas de changer. Au contraire, l'ouverture c'est que chacun garde son authenticité. Et ils ont du talent. C'est aussi sans risque, parce que de toute façon, on peu d'autant plus avoir une opinion originale en matière électorale que soi- même on n'est jamais candidat à une élection.
 
Q.- C'est une façon de dire que ni Kouchner ni Jouyet n'ont jamais pris aucun risque !
 
R.- Ils n'ont pas à se poser la question de savoir si l'UMP votera pour eux à des élections, puisqu'ils ne se présentent pas.
 
Q.- D'accord, bon appétit Messieurs ! Concernant le rapport Attali, deux points qui vont faire causer : il dit que l'immigration, c'est formidable et que c'est une chance pour la France. Est-ce compatible avec la politique des "quotas" préconisée par le président de la République ? Et puis, il dit que "les départements, il y en a trop, cent. Il faut les supprimer.
 
R.- L'immigration, oui, à certains égards, c'est une chance pour la France - avec mon nom, je peux difficilement dire le contraire.
 
Q.- Devedjian, c'est vrai que...
 
R.- Cela fait un peu gascon, mais tant que cela dans le fond.
 
Q.- Même si vous êtes implanté en Gascogne en effet depuis deux générations !
 
R.- Mais je pense que c'est surtout un problème qui doit être regardé par rapport à l'ensemble de l'Union européenne. Dans les vingt, vingt-cinq pays de Schengen, il y a la libre circulation. Donc, cela ne sert à rien de réglementer l'immigration dans un seul de ces pays. Il faut le faire de manière globale, si on veut être cohérent.
 
Q.- Ce sera le grand enjeu de la présidence française ?
 
R.- Et ce sera, évidement - présidence française, 1er juillet 2008 - ça sera un des objectifs, pas le seul mais un des objectifs importants, c'est d'avoir une politique coordonnée en matière d'immigration. Mais c'est vrai aussi que la politique des "quotas", celle de l'immigration choisie, c'est aussi une manière de saisir toutes les chances de l'immigration.
 
Q.- La suppression des départements est une bonne ou une mauvaise idée ?
 
R.- C'est une idée compliquée ! D'abord en région parisienne, c'est une vraie interrogation, parce que Paris est la seule ville de France à ne pas avoir fait d'intercommunalité.
 
Q.- Et pourquoi ?
 
R.- C'est assez paradoxal ! Toutes les grandes villes, toutes les grandes métropoles...
 
Q.- Mais pourquoi Paris ne l'a pas fait ?
 
R.- C'est une question qu'il faut poser à Monsieur Delanoë. Parce que la loi Chevènement - cela devrait plaire à Monsieur Delanoë, c'était une loi intéressante - a finalement permis à toute la France de se doter de nouvelles organisations qui est l'intercommunalité. L'intercommunalité, si elle monte en puissance dans certains cas elle peut prendre des responsabilités à la place des départements, parce qu'elle fait toute la politique sociale... Oui. ...elle est faite aujourd'hui par les départements.
 
Q.- Les minima sociaux, la gestion de la dépendance etc., tout cela est fait au niveau départemental !
 
R.- Voilà et ça doit être une politique de proximité. Vous ne pouvez pas la confier à la région, c'est trop loin. Vous ne pouvez pas la confier à l'Etat, c'est encore plus loin. Donc, il faut de la proximité. Les départements ont la force de le faire. Mais si on veut que quelqu'un d'autre le face, cela pourrait être les grandes villes ou -mais dans le tissu rural cela ne marche pas - l'intercommunalité. Elle est encore un peu faible aujourd'hui pour que ce soit possible.
 
Q.- Une dernière question qui nous concerne très directement : la fin de la publicité à la télévision.
 
R.- C'est cohérent ! S'il y a un service public, il faut qu'il soit différent du privé. Si c'est pour faire la même chose... Il y a toujours un débat sur la privatisation des chaînes publiques.
 
Q.- Hier, A. Montebourg disait : en fait, c'est avant la privatisation...
 
R.- C'est le contraire. Parce que si la chaîne publique courre dernière la chaîne privée avec exactement les mêmes méthodes - exactement les mêmes méthodes, on ne peut même pas faire la différence - pourquoi garder le fait...
 
Q.- Cela veut dire que les chaînes publiques n'auront plus d'obligation d'audience ?
 
R.- Cela veut dire qu'on les jugera sur la qualité de leur travail, mais en même temps, leur rémunération ne dépendra pas de cela. Et donc, peut être, elles pourront faire des choses différentes : elles pourront faire peut être plus de qualité, plus de culturel, même si elles doivent avoir une grande audience.
 
Q.- Est-ce que cela veut dire aussi qu'on gardera le même périmètre, façon pudique pour dire ...
 
R.- Aujourd'hui, il y a, à mon avis, si on les recense, plus de vingt chaînes publiques. Petites pour certaines, naturellement, mais si on additionne tout, c'est peut être un peu beaucoup quand même !
 
Q.- Donc, cela veut dire qu'on pourra en supprimer quelques unes ?
 
R.- Cela pourrait dire qu'on peut faire des regroupements. Cela pourrait dire aussi qu'on peut faire quelques privatisations peut être de petites chaînes, pour conserver un grand service publique original et de qualité.
 
Q.- Et qui serait recentré sur trois grandes chaînes par exemple ?
 
R.- Je ne sais pas, c'est à discuter. Mais on a besoin d'un service public. Et il doit être différent du privé.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 10 janvier 2008

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