Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à La Chaîne Info le 11 janvier 2008, sur la libération de deux otages des FARC en Colombie, la culture des OGM, l'organisation administrative des régions et le refus de voir politiser les élections municipales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à La Chaîne Info le 11 janvier 2008, sur la libération de deux otages des FARC en Colombie, la culture des OGM, l'organisation administrative des régions et le refus de voir politiser les élections municipales.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, BARBIER Christophe.

FRANCE. UMP, vice-président;

ti : C. Barbier.-  C. Gonzalez et C. Rojas sont libres. Vous avez eu à gérer à  Matignon en votre temps une partie des dossiers des otages. Peut-on  vraiment négocier avec les FARC ? 
 
R.- Je le pense, je pense qu'il y a des discussions. Ces discussions doivent  être prolongées, c'est pour cela que je pense que, d'abord, c'est une  formidable nouvelle, c'est un signe d'espoir pour tous les otages, y  compris naturellement, pour I. Betancourt. Je pense que ces résultats ne  sont pas étrangers aux initiatives du président de la République  française... 
 
Q.- La vidéo envoyée... 
 
R.-...Je pense que ce message, tel qu'il a été envoyé, a donné un impact  mondial qui a servi la cause pour la libération des otages. Je pense qu'il  faut continuer... 
 
Q.- Continuer avec Chavez ? 
 
R.- Avec Chavez, avec Uribe, et avec N. Sarkozy, et avec un dialogue pour  faire en sorte que les FARC s'engagent dans un processus de  négociations. 
 
Q.- Est-ce que la France n'a pas compliqué les choses en 2003, quand  D. de Villepin avait envoyé une équipe, à la frontière du Brésil et de  la Colombie, de manière un peu cavalière ? 
 
R.- Je pense qu'il y a eu un changement d'orientation. A un moment, on a  pensé qu'on pouvait sortir de ces difficultés par des voies discrètes. Il  est clair que c'est la mobilisation mondiale - et c'est pour cela que  l'expression de N. Sarkozy à travers une cassette, c'est-à-dire, une  communication qui était comparable à celle des preneurs d'otages,  c'était une communication qui a eu un impact mondial considérable et -  qui a donc servi la libération des otages, partielle. 
 
Q.- N. Sarkozy diffère sa réponse sur le maïs OGM : clause de  sauvegarde ou pas clause de sauvegarde. Vous l'incitez à  déclencher la clause de sauvegarde ? 
 
R.- Non, je pense qu'il a raison de réfléchir. Je pense que sur ce sujet il faut  être vigilant. D'abord, je ne comprends pas pourquoi on ne demande  pas l'avis au Parlement. Parce qu'il ne s'agit pas seulement d'une  expertise, il s'agit d'une responsabilité. Il faut que quelqu'un prenne la  responsabilité. Le Parlement il est là pour prendre des responsabilités. 
 
Q.- En votant, oui ou non, à la clause de sauvegarde ? 
 
R.- En prenant une position sur le fait qu'on décide de saisir l'Union  européenne, ou qu'on décide d'assumer la diffusion des OGM, en  France, en tout cas, celui qui est concerné. Donc, je pense que,  aujourd'hui, il ne faut pas avoir une décision précipitée, je crois  vraiment qu'il ne faut pas tourner le dos au progrès. On ne sait jamais,  le résultat d'un progrès. Quand on a inventé des médicaments, il y a  forcément derrière les médicaments des effets pervers. Donc, la  précaution, cela veut dire qu'il faut mettre les instances scientifiques,  techniques, morales. Mais il ne faut pas fermer la porte au progrès, il ne  faut pas tourner le dos aux initiatives. Il y a des gens qui sont guéris par  des OGM, il y a des peuples qui pourront avoir la possibilité de  résoudre les crises de la faim par les OGM. Et donc, il faut que la  science puisse apporter à l'humanité les progrès ; l'homme doit mettre  le principe de précaution en avant, mais pas systématiquement le  principe d'interdiction. Je pense que dans notre pays la peur prend trop  de place. Il faut rassurer et on rassurera, notamment par les progrès  scientifiques et certainement en tournant le dos à l'avenir, en se repliant  sur nous-mêmes. 
 
Q.- Votre position n'est-elle pas fondée aussi sur l'existence d'un vote  agricole, d'un vote rural, que l'UMP veut garder ? 
 
R.- Vous savez, quand les agriculteurs et les scientifiques sont d'accord  dans notre pays, il faut réfléchir. Il faut réfléchir au choix scientifique  qui est fait. Et puis, en effet, le monde rural aujourd'hui est sans doute  un des mondes, parce qu'il est proche de la nature, qui n'a pas peur de  l'avenir. Quand j'ai vu des récents sondages sur les jeunes Français, que  je vois qu'ils ont moins confiance en l'avenir que les jeunes  Américains, que les jeunes Danois, je voudrais que notre pays n'ait pas  peur de l'avenir. Il y a des capacités d'intelligence pour trouver les  solutions scientifiques, techniques, humaines au progrès. Et donc, il faut  avoir confiance dans l'avenir. "N'ayez pas peur " reste le vrai message  en ce début de XXI ème siècle. 
 
Q.- Alors, n'ayez pas peur de supprimer les départements, créés en  1790. La commission Attali devrait proposer la fin des  départements. 
 
R.- C'est loufoque, c'est assez surprenant de voir qu'on fait appel à des  gens de grande intelligence, de grande expertise, et qui nous sortent les  vieilles lunes. 
 
Q.- Enfin, c'est un peu obsolète les départements : la journée de cheval  pour se rendre au chef-lieu, c'est un peu passé... 
 
R.- Je pense que la vraie question aujourd'hui, moderne... La commission  Attali n'est pas moderne, elle nous propose un article, elle nous sort  vieilles lunes : le commerce le dimanche, la grande sympathie pour les  grandes surfaces, et puis la suppression des départements. La vraie  question en France aujourd'hui, c'est le pouvoir des régions, c'est le  développement économique territorial. Et quel est le problème en  France ? Nos régions sont trop petites, qu'on fusionne deux régions,  qu'on divise par deux le nombre de régions. Quand la France aura 12  régions, elle pourra avoir, comme l'Allemagne, comme l'Espagne, un  vrai impact économique régional. Et donc, c'est plutôt sur la région  qu'il faut agrandir et développer plutôt que de remettre en cause le  département, parce que le département a comme vocation la proximité,  et c'est par ce terrain, cette proximité-là qui fait que chacun a une  identité territoriale affirmée, le département. Donc, la vraie question de  la modernité aujourd'hui, c'est la force des régions et la division par  deux du nombre des régions, et ce n'est pas la remise en cause du  département, vieille idée, qui naturellement, si elle avait été bonne aura  déjà été engagée. 
 
Q.- Supprimer la publicité dans l'audiovisuel public, vieille idée ou idée  neuve ? 
 
R.- Plutôt idée neuve, idée développée par les Anglais, une BBC à la  française, pourquoi pas. 
 
Q.- Faut-il regrouper au passage les chaînes publiques, voire en  privatiser quelques-unes, comme le suggère P. Devedjian, secrétaire  général de l'UMP ? 
 
R.- Je pense qu'il faut sans doute redistribuer les cartes. Il nous faut un  service public identifié, dont la logique du service public soit vraiment  une logique qui dépasse l'intérêt simplement commercial, l'intérêt du  marché. Le marché n'arbitre pas tout, il arbitre là où il y a initiative  privée, il n'arbitre pas forcément là où il y a initiative publique. Et  donc, un vrai service public. De ce point de vue là, pas besoin d'aller  chercher des solutions miracles. BBC à la française. 
 
Q.- Sur les 35 heures, plutôt qu'un pas en avant, un pas en arrière, ne  fallait-il pas aller carrément jusqu'au bout et dire : plus de durée  légale du travail en France, chacun négocie son contrat ? 
 
R.- On a besoin d'une durée légale pour avoir des heures supplémentaires.  On veut des heures supplémentaires, à la fois, parce qu'il faut travailler  plus, mais aussi, parce qu'il faut gagner plus. Et donc, comme il faut  pouvoir déclencher un seuil d'heures supplémentaires, il faut bien un  seuil de durée légale, à partir du moment où il y a heures  supplémentaires. Donc, la durée légale du travail est d'évidence  nécessaire à notre système social. 
 
Q.- "La politique locale ne doit pas être un enjeu national", dites-vous,  aujourd'hui, dans Le Parisien. N. Sarkozy et P. Devedjian ont donc  tort de vouloir politiser les municipales ? 
 
R.- Je pense qu'il ne faut pas aller à un excès de politisation. Vous ne  pouvez pas demander à un décentralisateur, à un Girondin, une  renationalisation, une recentralisation du débat local avec des thèmes  nationaux. Le thème des 35 heures n'est pas un thème municipal. Les  35 heures dans les entreprises, ce n'est pas un thème d'arbitrage  électoral local. Le local c'est la fiscalité locale, les impôts locaux par  rapport aux impôts nationaux. Est-ce qu'on augmente les impôts  locaux, est-ce qu'on les baisse ? Nous, nous disons à l'UMP, nous ne  voulons pas augmenter les impôts locaux. C'est un engagement, mais  c'est un engagement qui a un impact local, qui n'est pas d'une  nationalisation du sujet. Il y a des sujets nationaux, il y a des sujets  locaux, il faut bien doser. On fait un conseil samedi, justement pour  bien doser la part du local et la part du national dans notre message  politique pour les municipales. 
 
Q.- Donc, vous allez demander au Président de ne pas trop s'impliquer  dans les municipales, parce que cela nationaliserait le débat, cela  donnerait un référendum, pour ou contre Sarkozy ? 
 
R.- Je pense qu'il faut qu'il s'implique mais sur des thèmes qui sont ceux  de l'aménagement du territoire, ceux de la cohésion territoriale, de la  cohésion sociale, qui ne sont pas des thèmes de sujets nationaux  seulement. Il faut tenir compte du fait qu'une campagne à Marseille ou  une campagne à Lille, qu'une campagne à Quimper ou une campagne à  Strasbourg, ce ne sont pas les mêmes campagnes. Je suis  décentralisateur, je fais partie de ceux qui souhaiteraient même que les  élections locales n'aient pas lieu en France le même jour. En  Allemagne, on vote dans un Land un jour et un mois après dans un  autre Land. Le fait d'avoir des élections municipales partout en France  le même jour, ça a tendance à nationaliser le débat. Je suis pour  territorialiser les débats locaux. Il y a des questions nationales, élections  nationales ; questions locales, élections locales. 
 
Q.- L'ouverture à gauche des listes UMP, question nationale. Vous  souhaitez donc un peu de modération, pas trop d'ouverture  systématique ? 
 
R.- Je suis pour l'ouverture, mais l'ouverture autour d'un projet.  L'ouverture, ce n'est pas aller chercher l'adversaire pour le mettre à  l'intérieur de son propre camp, pour faire de la division. Il s'agit  simplement que tout le monde adhère à un projet, mais ce projet ne doit  pas avoir d'esprit partisan. Et on peut très bien être avec J.-C. Gaudin et  avoir une culture socialiste dans l'intérêt de Marseille. On peut être à  Strasbourg avec F. Keller, dans l'intérêt de Strasbourg, avec des idées  différentes de celles de F. Keller. A condition qu'on adhère au projet  pour Strasbourg ou au projet pour Marseille. 
 
Q.- Votre expérience d'ancien Premier ministre vous amène-t-elle à  penser qu'il faudrait un remaniement après les municipales,  comme il y en avait eu un après les régionales 2004, dans votre  Gouvernement ? 
 
R.- Je pense qu'en effet, c'est quelque chose qui est probable, c'est la  décision du président de la République et du Premier ministre. Mais au  bout d'un an, une élection locale, je pense que le diagnostic peut être  fait. Il y a des ministères qui sont aujourd'hui à renforcer. Je trouve que,  aujourd'hui, il y a un manque dans la politique gouvernementale, un  déficit, qui est celui de l'aménagement du territoire, par exemple. Donc,  il est clair que sur ce sujet, il faut une action relancée. 
 
Q.- Le conseil national de l'UMP se réunit ce week-end, et accueille T.  Blair. T. Blair, c'est "le" modèle à suivre, c'est "le" modèle pour  Sarkozy ? 
 
R.- Ce n'est pas "le" modèle, mais dans le parcours de T. Blair, il y a des  choses très significatives. C'est un réformateur. Nous avons eu de  vraies divergences avec T. Blair, notamment sur la question irakienne.  Ces divergences demeurent. Mais nous avons remarqué, noté que T.  Blair avait une méthode de réforme qui nous intéresse. Et puis T. Blair  est quelqu'un qui, sur le plan européen, s'est engagé. C'est sans doute  l'Anglais le plus européen. Et je pense qu'il a un avenir en Europe. Je  pense que, si on veut le Royaume-Uni tienne toute sa place dans un  projet européen, qu'il sorte de son isolationnisme, nous avons besoin de  T. Blair dans les instances européennes. 
 
Q.- Son avenir, dans la tête de Sarkozy, c'est d'en faire le président de  l'Europe, quand le Traité de Lisbonne aura été ratifié ? 
 
R.- On n'en est pas là, mais il est clair... 
 
Q.- Il serait bon, très crédible... 
 
R.-...que nous avons besoin d'un leader anglais dans notre projet européen,  avec naturellement le gouvernement du Royaume-Uni. Il est clair que  nous avons besoin de T. Blair, qui est un vrai européen, pour le  développement de l'Europe dans ce XXI ème siècle. 
 
Q.- "Président m'as-tu vu", accuse F. Hollande. Conseillez-vous à N.  Sarkozy d'être un peu plus discret sur sa vie privée ? 
 
R.- Sa vie privée le regarde et le regarde seul. Et je trouve que notre débat  politique est bien souvent médiocre quand il s'égare des grands intérêts  nationaux. Quant à F. Hollande, il n'a vraiment pas de leçons à donner.  Quand je le vois prôner l'absence au Congrès de Versailles sur le choix  européen de la France ! Quelle médiocrité, que de vouloir jouer la  chaise vide, de cacher les divisions du PS par la non participation. 
 
Q.- Il voulait un référendum ! 
 
R.- Quand on est député, on ne pratique pas le rôle de la chaise vide ou  alors on démissionne. Etre député, c'est représenter les Français, et  d'aller porter l'opinion au Parlement. On doit porter cette opinion, et on  ne doit pas rester chez soi. Ce nihilisme politique - "je me fais élire,  mais je n'irai pas au vote" - est quelque chose qui est, je crois,  profondément condamnable. 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 11 janvier 2008

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