Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 15 janvier 2008, sur l'interdiction de cultiver du maïs OGM, l'accord des partenaires sociaux sur un nouveau contrat de travail et la suppression de la publicité à la télévision publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 15 janvier 2008, sur l'interdiction de cultiver du maïs OGM, l'accord des partenaires sociaux sur un nouveau contrat de travail et la suppression de la publicité à la télévision publique.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, B. Accoyer.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- Le président de la République a décidé d'engager une clause de sauvegarde qui interdit désormais toute culture de maïs OGM en France. Il le fait sur la base de l'avis d'une Haute Autorité, provisoire en la matière, un avis que vous avez vous-même qualifié, B. Accoyer, de hâtif et de fragile. Alors, si on raisonne, si on est logique : en fondant sa décision sur un avis hâtif et fragile, N. Sarkozy a-t-il commis une erreur, B. Accoyer ?
 
R.- C'est une décision politique.
 
Q.- Oui, mais est-ce que c'est une erreur ?
 
R.- J'aurais préféré qu'elle soit davantage fondée sur des raisons scientifiques. C'est une décision qui tire les conséquences du dialogue du Grenelle de l'Environnement. Maintenant, il faut regarder devant, c'est-à-dire que cette décision ne doit en aucun cas mettre la France de côté dans ce qui est un enjeu essentiel pour notre avenir, d'ailleurs pour l'avenir de l'humanité, également...
 
Q.- Mais elle était faite de côté, puisqu'il y aura plus de cultures d'OGM.
 
R.-... C'est-à-dire les bio-technologies.
 
Q.- Elle est de fait puisqu'il n'y aura plus de cultures OGM en France.
 
R.- Non, parce que c'est une décision transitoire. C'est une décision qui ne concerne qu'un maïs qui est d'ailleurs cultivé de façon très minoritaire, à peine 0,75% du maïs cultivé en France. Donc, c'est une décision qui doit rester...
 
Q.- C'est une décision de principe : pas d'OGM cultivés en France. C'est une décision de principe !
 
R.- Non, c'est une décision provisoire qui va durer, je l'espère, que quelques mois.
 
Q.- Vous savez, il y a du provisoire qui dure. Non, ça ne vous inquiète pas plus que ça !
 
R.- Le provisoire, par définition, est ce qu'il est mais ce que j'ai dit, c'est qu'on ne saurait dans le pays de Descartes s'appuyer sur autre chose qu'une décision scientifique fondée, incontestable, pour prendre ensuite une décision politique qui soit définitive. Ca ne peut être donc dans ces conditions, avec une Haute autorité provisoire, qui s'est exprimée de façon hâtive, dont 14 des 19 scientifiques qui la composent aujourd'hui démissionnés parce qu'ils ne sont pas d'accord avec le rendu que le Président a fait de ses travaux.
 
Q.- Donc, le président de la République a été trop vite ?
 
R.- C'est une décision politique, il l'a dit lui-même.
 
Q.- Mais politique, dans quel sens ? C'est péjoratif dans votre bouche ou pas ?
 
R.- Politique, ça veut dire qu'il faut gérer politiquement un pays avec sa diversité, ses aspirations, et en l'occurrence, ses peurs.
 
Q.- Les partenaires sociaux ont conclu un accord sur le contrat de travail, et on attend que cet accord maintenant devienne une loi. Est-ce que les parlementaires sont prêts à l'adopter telle qu'elle, d'après vous, B. Accoyer ?
 
R.- D'abord, c'est une avancée considérable. Ca faisait des lustres et je n'ai pas de mémoire depuis que je suis la politique, c'est-à-dire que je suis rentré dans ma 2ème vie, la vie publique - c'est vrai qu'elle a été tardive - mais je n'ai pas de mémoire qu'il y ait eu un accord entre les syndicats de salariés et d'employeurs qui permettent d'aller aussi loin dans un nouveau contrat de travail. Je m'en félicite.
 
Q.- Et donc, ça va être adopté tel quel par le Parlement ?
 
R.- Alors oui, c'est l'idéal. Lorsque le Parlement peut débattre et légiférer sur la base d'accords entre les partenaires sociaux, c'est une démocratie qui a singulièrement progressé. Je crois qu'il faudra insister sur cette page. J'espère qu'elle sera aussi heureuse jusqu'à sa conclusion.
 
Q.- On se demande parfois - vous êtes président de l'Assemblée nationale, B. Accoyer - à quoi sert le Parlement. Le problème des OGM est traité par un Grenelle de l'Environnement, le problème du contrats de travail est traité par les partenaires sociaux ; et vous, à part enregistrer les buts, on ne voit plus trop ce que vous faites ?
 
R.- C'est pour ça que je me réjouis de la réforme institutionnelle qui nous attend dans quelques semaines...
 
Rires !
 
R.-... et qui va redonner, et ça n'est pas rien, une place qui est celle qu'elle doit avoir, au Parlement. On n'en parle pas souvent mais c'est cela qui va se passer. J'y travaille depuis le début de la législature. Il y aura une réforme institutionnelle importante, une réforme des réglements importants, et j'en suis persuadé, non seulement la place du Parlement sera ce qu'elle aurait dû toujours être ; mais en plus, les Français le verront.
 
Q.- Mais enfin, là pour l'instant, on vous demande d'enregistrer ce que les autres font.
 
R.- Oui, mais il faut toujours regarder devant.
 
Q.- Alors, regardons devant ! L'annonce par le président de la République, la semaine dernière, de la fin de la publicité dans le service public de l'audiovisuel suscite beaucoup de commentaires. On ne connaît pas, il faudra trouver un milliard d'euros de recettes pour compenser la perte de publicité ; et cette réforme, selon le Premier ministre qui l'a expliquée au "Grande Jury" dimanche, doit entrer en vigueur à France Télévision, dès le 1er janvier 2009. Donc, le vote de la loi au pas de charge. Qu'est-ce que vous en pensez, B. Accoyer ?
 
R.- Au pas de charge, attendez ! C'est dans un an.
 
Q.- Oui, mais il faut aller vite !
 
R.- 800 millions d'euros... Admettons que c'est une clarification. Que le secteur public fonctionne sur des fonds publics et que le secteur privé fonctionne sur des fonds privés, voilà une clarification qui est utile. En France, nous sommes de grands spécialistes de la confusion. Alors, on mélange le public, le privé, les intérêts publics, les intérêts privés. On va du privé au public. Ca ne peut pas marcher. Donc moi, personnellement, ça fait très longtemps que je pense que cette démarche est utile. Je comprends qu'elle suscite de l'inquiètude dans l'audiovisuel public et d'ailleurs, le Gouvernement et le Premier ministre ont annoncé, et le ministre de la Culture en particulier, ont annoncé un vaste travail de concertation pour que tout soit réalisé dans les meilleures conditions.
 
Q.- Ca fait très longtemps que vous le pensez, vous ne l'avez pas dit avant les élections, pourquoi ?
 
R.- Parce que personne n'abordait cette question à ce moment-là.
 
Q.- Le candidat ne l'a pas abordée. Vous avez raison !
 
R.- Il y a beaucoup de choses aussi, Monsieur Aphatie, sur lesquelles j'ai des opinions. Beaucoup, beaucoup de choses.
 
Q.- Non. Votre candidat, pourquoi il ne l'a pas dit avant l'élection ?
 
R.- Mais parce que ça n'était pas à l'ordre du jour !
 
Q.- Un parlementaire de l'UMP, T. Mariani, dans la presse ce matin - c'est dans France Soir, dit qu'à son avis, il y a une chaîne publique de trop !
 
R.- Ca, je ne connais pas assez le détail de l'audiovisuel public. Il est certain qu'on a toujours intérêt à faire le point régulièrement sur les développements d'une entreprise, d'une institution, d'une action quelle qu'elle soit pour la remettre dans les conditions de la meilleure efficacité possible. Ces dernières années, il y a eu - c'est vrai - beaucoup d'initiatives dans de nombreux domaines, domaine international. Est-ce qu'on peut faire mieux ? Est-ce qu'on peut faire encore plus performant ? La question doit être posée.
 
Q.- Le président de la République a dit qu'il allait s'engager dans la campagne des municipales. Faut-il lui compter son temps de parole, s'il s'y engage ?
 
R.- D'abord, les élections municipales, ce sont des élections qui comportent des enjeux locaux.
 
Q.- Ah ça, ce n'est pas ce que dit le président de la République...
 
R.- Mais il est exact que dans les élections municipales, lorsqu'on glisse son bulletin de vote, il y a une part de l'expression qui, pour beaucoup d'électeurs, est une expression politiuqe. Donc, je dirai que ce ne sont pas que des élections politiques mais ce sont des élections mixtes, des élections avec des enjeux locaux ; et on vote pour des hommes et des femmes et qui ont des étiquettes le plus souvent. Cette fois-ci, il y a une particularité, c'est l'ouverture que je pratique d'ailleurs.
 
Q.- Non, non, non, non... Ma question c'est : est-ce que le temps de parole du Président de la république doit être décomptée ?
 
R.- Le président de la République s'exprime comme chef de l'Etat. Il va donner, comme il le dit toujours, des directions qui sont des directions générales...
 
Q.- Mais est-ce qu'il faut décompter son temps de parole ?
 
R.- Non. Le Président de la République...
 
Q.- Il est au-dessus de tout le monde ?
 
R.-.. est à côté...
 
Q.- A côté. Pas au-dessus, mais à côté...
 
R.-... de la vie locale. Et il est au-dessus du pays.
 
Q.- La médiatisation de sa vie privée vous agace, B. Accoyer ?
 
R.- Ecoutez, le président de la République lui-même s'en est très longuement expliqué dans sa conférence de presse.
 
Q.- Ca vous agace ?
 
R.- Moi, personnellement, je n'ai jamais été intéressé par la vie privée de mes amis politiques, ni d'ailleurs de mes adversaires. Je n'ai aucun commentaire supplémentaire à faire.
 
Q.- Ca vous agace qu'il la médiatise ?
 
R.- Il fait comme il l'entend. Il est sincère et c'est sa nature.
 
Q.- Du coup, la droite à laquelle vous appartenez, a gagné un surnom. Vous le connaissez ?
 
(silence)
 
Q.- "la droite Bling-Bling".
 
R.- Ah écoutez, j'avais entendu parler de cela mais vous savez, il faut bien de temps en temps mettre des fioritures dans le débat.
 
Q.- Vous comprenez le sens de la formule ? "Bling-Bling".
 
R.- Ah écoutez, non ça ne m'intéresse guère toutes ces choses-là.
 
Q.- B. Accoyer, qui a entendu parler de la "droite Bling-Bling" - c'est pas mal quand même ! - était l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 15 janvier 2008

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