Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à France 2 le 16 janvier 2008, sur l'autonomie universitaire et le financement des études. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à France 2 le 16 janvier 2008, sur l'autonomie universitaire et le financement des études.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :
F. Laborde.- Avec V. Pécresse, ce matin, nous allons parler, justement, de la mise en oeuvre de la loi qui porte votre nom. Bonjour et merci d'être avec nous. Alors, où est-ce qu'on en est, aujourd'hui ? Combien d'universités ont signé, quel est l'état des lieux, si je puis dire ?

R.- Je crois que la dynamique de la loi, elle est très forte aujourd'hui, puisque les ¾ des universités ont changé leur statut, pour définir leur nouveau conseil d'administration, des conseils d'administration qui vont être divisés par deux en nombre de membres. Et notre objectif c'est d'avoir 20 universités totalement autonomes au 1er janvier 2009 et c'est un objectif qui nous parait atteignable. Dès la semaine prochaine, nous allons lancer un groupe de travail pour la mise en place des bureaux d'aide à l'insertion professionnelle et aux stages...

Q.- Parce que c'est un des éléments majeurs de la loi, c'est-à-dire que ce n'est pas simplement l'autonomie, c'est l'aide aux étudiants qui sont en Fac.

R.- Un des éléments majeurs de la loi, c'est de dire : l'université va avoir comme mission, l'insertion professionnelle des jeunes, pas seulement la formation, aussi les amener à l'emploi.

Q.- Alors, il y a eu beaucoup de contestation quand cette loi était, comme ça, sur les rails. Maintenant c'est terminé, les mouvements étudiants sont satisfaits ? D'ailleurs je crois que vous allez les voir, juste en sortant d'ici...

R.- Oui.

Q.- A l'Elysée, où ils sont reçus par le président de la République, et vous serez à ses côtés.

R.- Tout à fait. Le président de la République reçoit les organisations syndicales étudiantes, comme il l'a fait tout au long du processus, et je crois que son soutien à cette réforme est quelque chose de très important, parce que ça a été de nature à rassurer les étudiants. Parce que depuis huit mois, toute notre action est en direction des étudiants, que ça soit la loi autonomie, mais aussi la réforme des bourses, pour leur donner davantage, ou bien la réforme de la licence, pour que la licence soit de meilleure qualité. Tout ce que l'on a fait... et on va aller plus loin, sur le sport à l'université, il n'y a pas de sport à l'université, sur le logement...

Q.- Et aussi la vie dans les campus, qui devait être plus agréable, etc., c'est ce qu'a dit à la conférence de presse de rentrée, N. Sarkozy.

R.- Alors, le plan campus qu'a lancé le président de la République c'est un plan qui va nous permettre de rénover des locaux universitaires. Aujourd'hui, vous avez 28 % des locaux qui sont complètement vétustes. Donc ce grand Plan campus, c'est les meilleures conditions de vie pour les étudiants, c'est des beaux bâtiments...

Q.- Des logements.

R.- Des beaux logements. Voilà.

Q.- Alors, en regardant, j'ai quand même vu que, voilà, il y a des étudiants qui considèrent que le fonds d'urgence que vous avez mis en place, qui permet en effet d'avoir des bourses, de distribuer un peu plus d'argent, eh bien ce fonds d'urgence, disent-ils, il n'y a pas assez d'argent dedans, voilà, pour dire les choses simplement.

R.- Non. On a mis... on restructure complètement toutes les aides, alors c'est évident que si on prend ligne budgétaire par ligne budgétaire, peut-être que les étudiants ne retrouvent pas toutes les lignes. On va mettre 100 millions d'euros de plus sur toutes les aides sociales. Dès janvier, là, au moment où je vous parle...

Q.- 100 millions.

R.- Les 100 millions d'euros. Et dès le moment où je vous parle, les 100.000 étudiants les plus défavorisés vont toucher une bourse de 7 % supérieure, parce que nous avons décidé de donner bien davantage à ceux qui ont moins, et puis 50 000 nouveaux étudiants vont devenir boursiers pour ouvrir les bourses davantage aux classes moyennes.

Q.- Donc, il y aura les bourses, les contrats étudiants aussi, pour les jeunes, pour financer leurs études. On voit qu'il y a des études qui font peur, parce que pour financer leurs études, ils font des petits jobs, ils font parfois des jobs qui sont parfois un peu illégaux, certaines jeunes filles se livrent à des activités... voilà.

R.- Oui, on a eu le cas dramatique de cette jeune fille qui se livrait à la prostitution pour...

Q.- Financer ses études.

R.-...Financer ses études. Ça, c'est évidemment, en tant que ministre, et puis en tant que femme, des situations que je ne peux pas accepter. C'est pour ça que nous avons augmenté les bourses, mais c'est aussi pour ça que nous avons voulu créer dans la loi des contrats étudiants. Ça existe dans tous les pays du monde. L'idée, c'est quoi ? C'est que les étudiants qui veulent, qui ont vraiment des besoins financiers ou qui veulent tout simplement gagner de l'argent pour leurs loisirs, doivent pouvoir travailler dans l'université : aider au service des bibliothèques, aider les étudiants handicapés, faire du tutorat pour les étudiants moins bons.

Q.- Oui, parce qu'il y a de quoi faire au sein de l'université, sans aller...

R.- Mais il y a énormément de tâches. Et en plus, ça fondra la vie universitaire sur la solidarité vis-à-vis de leurs camarades.

Q.- Bien sûr, et puis ça mettra de la vie dans les campus.

R.- Ils gagneront de l'argent en ayant des horaires aménagés pour leurs études.

Q.- Les stages, grande question : les étudiants disent « on fait des stages dans les entreprises, on n'est pas rémunéré, etc. ». Je sais que ce n'est pas totalement à l'ordre du jour encore, mais ça va venir bientôt, la rémunération des stages ?

R.- C'est totalement à l'ordre du jour. Nous sommes en train de travailler. Depuis, j'allais dire, des années, je me préoccupe de cette question, parce que je crois qu'il faut donner de la valeur au travail des étudiants quand ils font un stage, mais en même temps, il ne faut pas tarir l'offre de stages. Donc il faut trouver un équilibre. Ce qu'il faut que vous sachiez, c'est que dans notre nouvelle réforme de la Licence, désormais, dans chaque diplôme, vous aurez un stage obligatoire, ça veut dire qu'il va falloir trouver des dizaines de milliers de nouveaux stages.

Q.- Mais alors, justement, est-ce que vous allez vous mettre d'accord, si je puis dire, avec X. Darcos, parce qu'on a les collégiens de 3ème qui font des stages en entreprise, on a ceux qui sortent des écoles spécialisées, qui font des stages en entreprises. Vous dites que là, au niveau de la Licence, il faudrait faire des stages en entreprises... Il y a, à un moment donné où pour les entreprises, il en sort de partout, si je puis dire, ils ont toutes les tranches d'âges ; il y a les petits 3ème, et puis après on voit arriver les...

R.- Les stages de 3ème sont à mettre à part, parce que c'est des stages d'observation, c'est une semaine en entreprise, pour voir comment ça se passe, ou en administration.

Q.- Ils aiment beaucoup venir ici, les petits 3ème, on en a beaucoup, nous, il en sort de partout.

R.- Quand j'étais députée, j'en avais pris aussi. Mais je crois que c'est très utile pour ces jeunes, parce que d'abord il faut commencer à définir son projet personnel très tôt.

Q.- D'accord, ça, ça restera.

R.- Mais je pense que dans chaque cursus diplômant, il faut un stage. Parce que je crois que c'est important de se confronter à une organisation humaine. Il n'y a pas que la théorie, il y a aussi le contact humain, les relations humaines, ça fait partie de la vie professionnelle.

Q.- Vous êtes aussi ministre de la Recherche, ne l'oublions pas. Il y a eu le grand débat sur les OGM qui s'est terminé sur le thème : « eh bien non, c'est fini, enfin, on applique le moratoire, on ne cultive pas, en tout cas, une catégorie d'OGM, le Monsanto, en l'occurrence ». Vous, vous en pensez quoi, justement, de la recherche sur les OGM ? C'est une piste qu'il faut garder ? Est-ce que l'arrêt, ce moratoire, interdit de continuer toute recherche là-dessus ?

R.- Alors, je crois que c'est très important. Je crois que la recherche sur les OGM, aujourd'hui, c'est une question d'indépendance nationale. Alors, c'est un grand mot « indépendance nationale », mais ça veut dire qu'on soit maître de notre destin. Vous savez, tous les jours on importe des OGM, tous les jours on mange des OGM, donc il faut absolument qu'on cherche...

Q.- On mange des OGM dans quoi ?

R.- Dans l'alimentation.

Q.- Dans le pain ?

R.- Le soja. Regardez, vous avez toute une série d'OGM qui sont dans la nourriture. Alors, aujourd'hui, on a des étiquettes qui vous le disent, mais qui regarde les étiquettes ? Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut chercher, qu'il faut connaître les conséquences sur la santé et sur l'environnement, de chacune de ces plantes. Et, ce qui est très important, ce que vous avez dit : les OGM comme une catégorie, parler des OGM ça n'a pas de sens. Chaque plante génétiquement modifiée est un cas particulier. Il n'y a rien de commun entre un peuplier génétiquement modifié, qui va servir à faire des biocarburants, du tabac qui va servir à faire un médicament contre le cancer, ou bien le maïs que l'on vient d'interdire, le maïs pour l'alimentation animale. C'est des plantes différentes. Alors, moi, ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui les scientifiques doivent être encouragés à chercher et que quand on ne sait pas les impacts sur la santé, il faut davantage de recherche et il faut de la sérénité. Parce que les chercheurs, pour bien chercher, ils n'ont pas besoin de confrontation...

Q.- D'avoir [des] J. Bové à leur porte, qui font la grève de la faim. C'est ça ?

R.- Et surtout des faucheurs, parce qu'il faut faire vraiment très attention. On est à la croisée des chemins. Nous devons être bons en recherche dans ces domaines, pour se protéger et puis aussi pour être dynamiques, parce qu'il y a peut-être des espoirs fantastiques, pour les médicaments, pour l'agriculture...

Q.- Pour la science. Merci beaucoup d'être venue nous voir ce matin. Très bonne journée à vous.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 15 janvier 2008

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