Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Le Figaro Magazine" le 19 janvier 2008, sur le bilan de la politique de l'immigration en 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Le Figaro Magazine" le 19 janvier 2008, sur le bilan de la politique de l'immigration en 2007.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement

ti : Q - Quel est le bilan de l'année 2007 pour votre ministère ?

R - En 2007, la nouvelle politique d'immigration a produit des résultats. Une quadruple rupture a été engagée. D'abord, le nombre de clandestins - que l'on situe habituellement entre 200.000 et 400.000 - a diminué en France pour la première fois depuis une génération.

Deuxième point : pour la première fois depuis trente ans, l'immigration professionnelle augmente et l'immigration familiale diminue.

Ensuite, la France accueille davantage de vrais réfugiés politiques, et nous décourageons les demandes abusives.

Enfin, le nombre de retours volontaires a augmenté : en 2007, 4.600 personnes ont quitté la France avec une aide financière pour faciliter leur réinsertion alors qu'ils étaient 2.400 en 2006.

Q - Mais comment pouvez-vous dire que le nombre de clandestins baisse puisque, par définition, il paraît impossible d'obtenir des chiffres ?

R - Quatre indicateurs me permettent de penser que, au total, le nombre de clandestins a diminué d'environ 6 %.

J'observe, d'abord, que le nombre de sans-papiers bénéficiant de l'aide médicale d'Etat a baissé de 4 % entre septembre 2006 et septembre 2007.

Ensuite, le nombre d'éloignements, c'est-à-dire de sans-papiers présents en France et raccompagnés dans leur pays d'origine, a été maintenu à un niveau très élevé : près de 23 200 éloignements en 2007. Au total, depuis 2002, plus de 105.000 clandestins ont quitté la France.

Par ailleurs, nous avons refoulé 26.500 personnes en 2007 : ce sont autant d'étrangers qui ont tenté d'entrer en France sans visa, mais qui en ont été empêchés. Grâce au renforcement des contrôles, au total, depuis 2002, 205.000 clandestins ont été raccompagnés dans leur pays avant même d'entrer sur notre territoire.

Enfin, le nombre de demandeurs d'asile déboutés, a diminué. 35 200 demandes d'asile ont été reçues en 2007, ce qui représente une baisse de 10,5 % par rapport à 2006. Et 26.400 personnes ont été déboutées, contre 32.000 en 2006. Moins de déboutés, c'est moins de clandestins.

Q - Pour en revenir à la lutte contre les fraudeurs : quels sont vos résultats ?

R - Je ne me résous pas à ce que les sans-papiers soient exploités par des passeurs ou des employeurs sans scrupules, qui sont les esclavagistes de notre temps. J'ai donc engagé un combat contre tous les fraudeurs. 1.564 employeurs d'étrangers en situation irrégulière ont été interpellés en 2007 contre 1.077 l'année précédente. Cela représente une augmentation de 45 %.

Les interpellations d'employés étrangers en situation illégale ont également progressé de 46 % : 2.772 en 2007 contre 1.893 en 2006. La gendarmerie et la police ont démantelé 96 filières et interpellé 3.456 personnes liées à l'organisation de ces réseaux.

Et nous avons particulièrement mené la guerre aux marchands de sommeil : 684 ont été arrêtés, contre 597 l'année précédente, ce qui représente une augmentation de 15 %.

Q - Au vu de tous ces chiffres, peut-on encore considérer la France comme une terre d'accueil ?

R - C'est précisément parce qu'elle lutte contre les détournements que la France peut rester fidèle à sa tradition d'accueil. La France n'est plus le premier pays d'Europe pour le nombre de demandeurs d'asile, mais elle demeure accueillante aux vrais réfugiés politiques. J'en veux pour preuve qu'en 2007, plus de 8.700 personnes ont acquis le statut de réfugié, ce qui représente une augmentation de 19 % par rapport à 2006.

Q - Comment expliquer ce résultat ?

R - Parce que les filières d'immigration clandestine et les passeurs ont enfin compris le message que nous leur avons envoyé : la procédure d'asile n'est plus une fabrique à clandestins...

Q - De plus en plus d'incidents sont signalés dans les centres de rétention administrative. Quelles mesures comptez-vous prendre pour éviter la surpopulation ?

R - Il n'y a pas de surpopulation dans les 29 centres de rétention administrative. Nous achevons un plan triennal de rénovation. Nous avons fermé plusieurs centres vétustes et insalubres comme celui d'Arenc près de Marseille, d'Hendaye ou de Paris. Et nous créons des capacités supplémentaires, en passant en trois ans de 1 200 places à environ 2 400. Ces centres de rétention ne sont pas une spécificité française. Et s'ils n'existaient pas, pour les clandestins, l'alternative serait la prison comme c'est souvent le cas en Allemagne. Chez nous, la durée maximale des séjours dans les centres de rétention est de 32 jours et la durée moyenne est d'une douzaine de jours. C'est une des plus faibles d'Europe. La durée autorisée s'élève à 18 mois en Allemagne, et au Royaume-Uni, pays de l'habeas corpus, elle est illimitée.

Q - La commission Attali va recommander une nouvelle vague d'immigration, estimant qu'un apport démographique pourrait rééquilibrer les comptes sociaux. Qu'en pensez-vous ?

R - S'il s'agit de développer une immigration professionnelle qui permettrait de restaurer un équilibre avec l'immigration familiale, cela correspond très exactement à la lettre de mission que m'ont adressée le président de la République et le Premier ministre, qui souhaitent qu'en 2012 il y ait une part équivalente entre l'immigration professionnelle et l'immigration familiale. Cela s'inscrit donc dans le prolongement de la politique que nous voulons mener.

Entre 2006 et 2007, le nombre des étrangers entrant en France pour y travailler est passé de moins de 10.000 à plus de 16.000. Dans le même temps, l'immigration familiale a diminué de 12,3 % (88.005 personnes contre 100.323). C'est un chiffre historique, car c'est la première fois depuis trente ans que l'immigration familiale diminue de façon significative.

Q - Quand et comment allez-vous définir les quotas de l'immigration économique, et quels sont-ils ?

R - Partant du principe que la France a le droit de choisir qui elle veut accueillir sur son territoire comme tout pays, nous devons progresser vers la définition d'une véritable politique des quotas. Cela fait partie de nos priorités pour l'année 2008. Nous avons déjà clarifié et organisé les conditions d'accès à l'immigration économique en France au travers de trois catégories. D'abord, les ressortissants de l'Union européenne, pour lesquels nous avons ouvert 150 métiers et fait jouer la préférence communautaire.

Dans la deuxième catégorie, celle des pays tiers, l'accès au marché du travail est limité à 30 métiers. Il s'agit en effet de faire baisser le taux de chômage, qui est de 8 % pour les Français, mais de 22 % pour la population immigrée. Je souhaite que des perspectives de travail soient d'abord offertes à ceux qui sont légalement installés sur notre territoire.

Il y a enfin une troisième catégorie, celle des pays avec lesquels nous avons des liens traditionnels. Ce sont, principalement, des pays d'Afrique et d'Asie. C'est pourquoi j'ai signé des accords bilatéraux avec le Bénin, le Gabon ou le Congo. Je prépare, de même, un accord avec les Philippines.

J'ajoute que plusieurs pays, comme la Tunisie et le Sénégal, nous ont fait part de leur intérêt pour une formule de quotas qu'ils pratiquent déjà, dans une certaine mesure, avec l'Espagne et l'Italie. Et j'ai déjà mis en place, pour des professionnels particulièrement qualifiés, une procédure spécifique prévoyant un séjour en France limité à trois ans, renouvelable une fois. C'est la démonstration que, si nous favorisons la circulation des compétences, nous refusons le pillage des cerveaux.

Dès la fin 2007, nous avons délivré les premières "cartes compétences et talents". Leur nombre pourrait atteindre 2 000 cette année.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 janvier 2008

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