Déclaration de M. Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie, notamment sur l'apport des fondations internationales à l'aide au développement, à Paris le 22 janvier 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie, notamment sur l'apport des fondations internationales à l'aide au développement, à Paris le 22 janvier 2008.

Personnalité, fonction : BOCKEL Jean-Marie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Signature d'un protocole d'accord avec M. Walter B. Hewlett, président de la Fondation William et Flora Hewlett, à Paris le 22 janvier 2008

ti : Monsieur le Président Paul Brest,
Monsieur le Président de l'Agence inter-établissements de Recherche pour le Développement (IRD), cher Jean-François Girard,
Monsieur le Directeur de l'Institut de Recherche pour le Développement,
Monsieur le Directeur de la Recherche de l'Agence française de Développement,
Mesdames et Messieurs,


C'est un très grand honneur pour moi que de vous accueillir aujourd'hui au ministère de la Coopération, pour assister à la signature du protocole d'accord entre l'Agence inter-établissements de Recherche pour le Développement (AIRD), l'Institut de la Recherche pour le Développement (IRD), l'Agence française de Développement (AFD) et la fondation William et Flora Hewlett, représentée ici par son président M. Paul Brest et deux de ses collaborateurs, Mme Sara Seims et M. Eric Brown, qui nous viennent de loin et que je veux saluer d'emblée, en les remerciant de nous avoir fait l'amitié de venir en France.

Le document que vous allez signer aujourd'hui vise à rapprocher vos institutions respectives pour conjuguer vos efforts de recherche dans un domaine important pour le développement : la santé de la procréation et la démographie en Afrique Sub-saharienne.

Je ne m'étendrais pas longuement sur ces sujets pour lesquels vous êtes infiniment plus compétents que moi.

Je me cantonnerai simplement à rappeler que 75 % de la population d'Afrique Sub-saharienne vit aujourd'hui avec moins de deux dollars par jour et que cette situation n'est pas tenable.

Pourtant, le taux de croissance déjà très élevé de la population du continent noir va continuer à croître dans les prochaines années.

Cette croissance démographique façonnera l'avenir et la physionomie du continent africain et pèsera sur les équilibres de notre planète.

C'est dans la perspective de mieux connaître les interactions entre les dynamiques de populations et de santé, la croissance économique et la réduction de la pauvreté que vous avez souhaité vous rapprocher.

Je souhaite que cet effort de recherche conjugué, innovant, porte ses fruits et éclaire notre connaissance des dynamiques aujourd'hui à l'oeuvre sur le continent africain.


Je voudrais dire un mot de ce projet de collaboration qui nous rassemble aujourd'hui.

Le rapprochement entre des opérateurs publics de la recherche et de l'Aide au développement français avec une fondation philanthropique américaine est une première que je voudrais saluer.

Il y a bien longtemps qu'une fondation américaine n'avait pas traversé l'Atlantique : il faut sans doute remonter aux riches heures de la fondation Rockefeller, durant l'entre-deux-guerre, pour trouver des projets de coopération scientifique associant le monde de la recherche français et la communauté philanthropique américaine.

Faut-il y voir un signe de renouveau et de rayonnement retrouvé pour notre effort de recherche ?


Depuis plusieurs années, nous avons pleinement pris conscience de la part importante que jouent les fondations nord-américaines sur la scène internationale du développement et auprès des populations des pays du Sud.

Nous sommes parfaitement conscients que les fondations internationales sont aujourd'hui très actives dans des domaines clé du développement tels que la protection de l'environnement, la santé ou encore l'éducation.

Nous avons appris à connaître ces institutions singulières dont nous étions initialement peu familiers - de par sa tradition jacobine, la France a longtemps été une terre inhospitalière pour les fondations et la philanthropie privée en général. Héritage de la révolution de 1789, qui avait confié à l'Etat le soin de tout faire, ou presque...

Nous avons pris l'habitude de vous croiser sur le terrain, où vous aviez parfois laissé d'illustres héritages, et nous nous sommes en quelque sorte peu à peu apprivoisés.

Les Agences d'aide au développement se sont progressivement intéressées au potentiel d'innovation des fondations alors que les fondations, à la recherche de levier public pour leurs innovations, se sont tournées de façon croissante vers les bailleurs de fonds traditionnels du développement, c'est-à-dire les agences d'aide bilatérales ou multilatérales.

Cette acculturation réciproque est récente mais elle produit d'ores et déjà des effets vertueux pour les pays et les populations bénéficiaires de l'Aide au développement.

Grâce à ces synergies entre les bailleurs publics de l'Aide au développement et les fondations philanthropiques, des initiatives déterminantes ont pu être prises à grande échelle :

- je pense au fonds GAVI, qui comporte à son actif la distribution de millions de vaccins dans le monde, et qui n'aurait jamais vu le jour sans le leadership et l'apport financier initial de la fondation Bill et Melinda Gates.

- Je pense également à la création du "Critical Ecosystem Partnership Fund" - le CEPS - que j'ai pu découvrir lors de mon dernier déplacement à Washington, où coexistent des investissements de la Banque mondiale, du gouvernement du Japon et de la France - à travers l'Agence française de Développement - de l'ONG Conservation International et de contributions de la fondation MacArthur, une illustre cousine du Midwest de la fondation William et Flora Hewlett.

- Je pense enfin à la récente initiative conjointe des fondations Gates et Rockefeller en faveur du développement rural en Afrique, l'initiative AGRA - "Alliance for a Green Revolution in Africa", en laquelle nous fondons de réels espoirs et avec laquelle nous dialoguons.

Ces quelques exemples ne sont pas exhaustifs.

Ils visent simplement à rappeler l'apport désormais déterminant des fondations internationales à la lutte contre la pauvreté et au financement des Biens public globaux.


Depuis plusieurs années, nous sommes particulièrement attentifs au travail conduit par la fondation William et Flora Hewlett avec laquelle, malgré un incontestable éloignement géographique - vous êtes localisé, je crois, dans la Baie de San Fransisco, à Menlo Park ? -, nous ressentons de très fortes affinités.

Ces affinités se sont traduites au fil des ans par des rencontres et des échanges puis par des collaborations ponctuelles.

Oui, Monsieur le Président, cher Paul Brest, nous partageons avec vous de réelles affinités :

- votre ouverture sur le monde, qui est l'une de votre caractéristique,

- votre souci de la protection de la planète et d'un développement soutenable pour l'humanité,

- votre engagement pour une mondialisation plus équitable et votre foi dans le progrès scientifique, fruit de votre proximité avec l'illustre campus universitaire de Stanford,

- votre engagement, enfin, dans plusieurs "chantiers globaux" qui s'avèrent déterminants pour l'avenir de l'humanité : la protection de l'environnement, la lutte contre le réchauffement climatique, la santé de la reproduction ou encore le lien entre commerce et développement, qui conditionne la répartition des richesses sur notre planète.

Sur ces différents sujets, votre fondation s'est dotée d'une expertise qui fait d'elle l'égale des meilleures institutions publiques de développement.

C'est par ce que nous nous sommes des pairs et que nous nous reconnaissons mutuellement comme tels que nous sommes aujourd'hui réunis.

C'est parce que nous pensons que la coopération innovante et inédite, que nous entamons aujourd'hui avec vous, nous est mutuellement bénéfique pour notre compréhension des enjeux du développement.

Je voudrais dire, pour conclure, ma joie de voir se matérialiser aujourd'hui l'un de mes voeux les plus chers : encourager des coalitions innovantes pour le développement ; rassembler des acteurs qui auparavant s'ignoraient ; encourager les partenariats de toute nature entre le secteur privé, le monde des ONG, celui de la recherche et les bailleurs de fonds du développement.

Tel est le voeu que j'avais formulé, peu de temps après mon arrivée ici au ministère de la Coopération, au mois de juillet dernier.

Ce voeu, vous le comblez aujourd'hui, en donnant de la chair à mon idée de coalition.

Je vous en remercie sincèrement et souhaite longue vie à ce partenariat plein d'avenir entre l'Agence inter-établissement de Recherche pour le Développement, l'Institut de Recherche pour le Développement, l'Agence française de Développement et la Fondation William et Flora Hewlett.


Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 janvier 2008

Rechercher