Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur les grands axes de la future loi de programmation pour la sécurité intérieure et sur la création d'une police de terrain, Colombes le 28 janvier 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur les grands axes de la future loi de programmation pour la sécurité intérieure et sur la création d'une police de terrain, Colombes le 28 janvier 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacemenet à Colombes (Hauts-de-Seine) le 28 janvier 2008

ti : Madame le maire - chère Nicole,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,


Je suis venu à Colombes, parce que je vois dans cette ville de Colombes, l'un des reflets de la France en action.
Il y a ici en effet des projets, des innovations qui témoignent chaque jour de votre élan. Il y a aussi un esprit d'ouverture dont Rama Yade est l'un des symboles.
C'est l'un des symboles de l'ouverture dans mon Gouvernement.
Cette ouverture que le président de la République a voulu au sommet de l'Etat, je suis heureux de voir que peu à peu, elle se décline partout au niveau local.
L'ouverture, c'est une nouvelle façon d'agir ; c'est une nouvelle façon de se rassembler ; c'est une nouvelle façon de promouvoir l'intérêt général. C'est aussi une façon de faire émerger de jeunes talents qui incarnent la France plurielle, qui est la réalité de notre pays, et que nous voulons voir à tous les niveaux de son organisation.

Vous avez, Madame le maire, une grande ambition : conforter l'insertion de Colombes dans le tissu de la grande métropole qui l'entoure.
Pour mieux l'inscrire dans le réseau des transports franciliens, le tramway mettra bientôt votre ville à 10 minutes de la capitale.
C'est un vrai chantier d'équipement, dans lequel Colombes a une longueur d'avance sur les communes voisines.
Pour relayer le recul historique de l'activité industrielle, vous savez su attirer de grands groupes français et internationaux : Pepsi-Cola et Tetra-Pak dans la zone Défense Ouest ; AREVA et ses 1000 salariés dans la zone Perspective Défense.

Mais pour que le succès soit complet, il reste encore quelques défis à relever, quelques défis dans lesquels le dialogue entre l'Etat et les communes doit jouer à plein.
Vous savez qu'avec le président de la République, nous voulons faire de cette année 2008 une année de grandes transformations. Ces transformations nationales auront nécessairement des résonances au niveau local, et ce qui se fait au niveau local aura aussi des influences au niveau national.
Je crois, Madame le maire, à l'efficacité d'une ville de 80.000 habitants comme Colombes pour appuyer, par ses initiatives locales, notre politique de l'emploi et de croissance, à laquelle le rapport, qui a fait beaucoup de bruit cette semaine, de Jacques Attali ouvre des pistes stimulantes.
Je crois aussi au rôle décisif des municipalités pour relayer la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement. Il n'y aura pas de développement durable sans mutation collective et comment imaginer que ce développement durable ne soit pas d'abord le fait des municipalités, des collectivités locales, qui ont les responsabilités immédiates sur le terrain.

A Colombes, les choses sont enclenchées.
Ici, les Zones Urbaines Sensibles attendent un nouveau souffle, une relance visible et puissante, et je sais combien, chère Nicole, vous vous êtes battue pour cela. Après 5 ans de concertation qui n'avaient pas permis de progrès suffisamment décisifs, j'ai voulu que cette relance s'engage au plus vite. Et le 18 janvier, une convention de rénovation urbaine a été signée.
265 millions d'euros vont être mobilisés. Ils permettront d'accomplir d'importants travaux de désenclavement, de sécurisation, de plantation.
Dans le quartier Europe/Île Marante, 300 logements sociaux vont être démolis et reconstruits, 110 autres réhabilités, des équipements construits pour la petite enfance.
Dans le quartier des Grèves, la voirie va être revue.
Dans le quartier Bouviers/Fossé Jean, la mixité sociale va être améliorée.
A l'échelle du pays tout entier, je vous rappelle que nous nous sommes fixés un objectif de 60.000 logements supplémentaires construits sur des terrains publics pour la période 2008-2012.
Notre mobilisation pour le logement est massive et sérieuse, et c'est, à l'évidence, ce qu'il faut pour Colombes !

Mais pour que tout cela puisse fonctionner, il faut continuer à relever le défi de la sécurité pour tous et partout.
Et si j'ai choisi de me rendre tout à l'heure au commissariat de la ville, c'est bien pour cela. C'est bien pour montrer à quel point la question de la sécurité est pour nous essentielle. Elle l'était quand les résultats n'étaient pas bons, elle reste une question essentielle quand les résultats s'améliorent.
Pour la première fois depuis 12 ans, les violences contre les personnes diminuent. Sur cinq ans, la décrue est même spectaculaire : à Colombes, -22 % pour la délinquance générale, -32 % pour la délinquance sur la voie publique ! Ces chiffres convergent avec les chiffres nationaux pour la même période, et ils confirment le bien-fondé de l'action qui a été engagée par Nicolas Sarkozy.
J'insiste sur cette baisse de la délinquance de voie publique, parce qu'elle touche très directement tous les Français.
Par rapport à 2006, c'est un recul de plus de 7 % pour cette délinquance. 7 %, c'est 128.000 victimes épargnées à l'échelle du pays !

Parmi les cibles de notre effort sur la sécurité, il y a le trafic de drogue et l'économie souterraine qui restent des préoccupations majeures.
La ville de Colombes y est exposée. En 2006, une série d'opérations de police ont permis, dans la cité des Grèves, le démantèlement de plusieurs réseaux de trafic de cannabis.
La dernière a conduit 30 prévenus devant le tribunal correctionnel de Nanterre, qui a prononcé contre eux des peines de 6 mois à 5 ans de prison.

Cette décision, c'est un encouragement pour les citoyens qui veulent vivre en paix, et c'est un avertissement sérieux pour ceux qui croient à leur impunité, et notamment les récidivistes qui font maintenant l'objet des peines planchers.
Une cohérence réelle soude à nouveau les maillons de notre chaîne pénale, et je crois que cela contribue à créer un climat de confiance.

Cette confiance, il revient à tous les acteurs de l'entretenir.
En disant cela, je pense à la relance des Groupements d'Intervention. Le recentrement de leur activité est l'un des objectifs des mois à venir.
Je pense aussi à l'importance d'une démarche contractuelle, qui engage dans la prévention de la délinquance l'ensemble de la chaîne sociale : les services municipaux, les bailleurs, les transporteurs, les associations. Il n'y a pas d'un côté des services de police et la justice qui seraient chargés de lutter contre la délinquance, et de l'autre côté des services administratifs, des services de l'Etat, des services sociaux dont ça ne serait pas l'objectif. Lutter contre la délinquance, c'est le devoir de tout le monde. C'est le devoir de chaque citoyen ; faire appliquer la loi, c'est le devoir de tous ceux qui ont une parcelle d'autorité dans notre pays, parce que cette parcelle d'autorité, il la détienne du peuple et le peuple veut que la loi soit appliquée. C'est l'essence même du fonctionnement de notre démocratie.

Les contrats locaux de sécurité et de prévention ne doivent pas être des réunions formelles. Ce doit être des lieux d'échanges opérationnels sur la sécurité urbaine. Dans ce concours, l'engagement du Gouvernement sera sans réserves et conformément aux annonces de Nicolas Sarkozy, le 29 novembre, la préparation d'un projet de loi de programmation pour la sécurité intérieure vient de commencer. Les premières réunions interministérielles ont eu lieu il y a quelques jours, à Matignon.

Parmi les mesures envisagées que nous voulons voir figurer dans cette loi de programmation, il y a la mutualisation des moyens de police dans les agglomérations de banlieue, par-delà même les frontières communales ; il y a un recrutement important d'agents administratifs, pour rendre les policiers à leurs missions principales ; il y a un investissement significatif pour doter les forces de sécurité des ??quipements technologiques les plus performants.

Ici même, à Colombes, un réseau récent de 61 caméras a contribué à sécuriser les habitants et à élucider des affaires judiciaires. Je salue l'effort engagé sur ce plan par la municipalité de Colombes depuis 2001. C'est la preuve que la modernité technique, les laboratoires, les fichiers d'empreintes, la vidéosurveillance on tout leur rôle à jouer dans la sécurisation des zones urbaines.

Toutes ces nouvelles technologies ne remplacent naturellement pas le professionnalisme et le sens du devoir dont font preuve les hommes et les femmes qui oeuvrent pour la sécurité.
Vendredi dernier, j'honorais la mémoire de trois gendarmes morts en service.
Nos forces de l'ordre sont en première ligne pour livrer ce que je n'hésite pas à appeler un "combat de société". Face à la culture de la violence, face à la culture de la haine, face au mépris des règles communes, la lutte pour le civisme et pour le respect mutuel est un combat de société !
Les forces de l'ordre le mènent dans des circonstances parfois éprouvantes, pour des résultats souvent lents à obtenir et fragiles.
Ces hommes et ces femmes méritent notre considération, ils méritent notre appui. Ils méritent aussi une adaptation juste des formes et des conditions de leur métier.
La revalorisation des grilles indiciaires prévue par la seconde loi d'orientation pour la sécurité intérieure n'en sera qu'un des éléments.

Je sais, Madame le maire, qu'à Colombes, une police municipale fonctionne sept jours sur sept depuis 2003. Sa liaison avec la police nationale est constante et efficace.
Police municipale et police nationale sont confrontées aux mêmes exigences : connaître le terrain d'intervention pour dissuader et opérer vite et fort ; établir avec les populations un contact suivi, parce que c'est dans la durée que la confiance se construit ; agir en partie prenante de la vie locale.

Je souhaite qu'un effort concerté s'engage pour fidéliser, dans les secteurs sensibles et en particulier dans la petite couronne, les policiers les plus aguerris. La position du Gouvernement à ce sujet ne comporte aucune ambiguïté. Personne n'a le moindre désir de réitérer l'expérience de la police de proximité, expérience mal conçue, mal conduite qui, de 1997 à 2002, a abouti à une forte augmentation de la délinquance, tout en installant une confusion des rôles.

La police ne peut se rapprocher de la population, et être plus présente physiquement dans les quartiers sensibles, que si les conditions claires de sa présence sont affirmées ; la police est là avant tout pour combattre la délinquance, avec discernement, mais sans faiblesse, avec la garantie du respect de son autorité.

C'est parce qu'à Colombes comme ailleurs, nous avons engagé une baisse forte et suivie de la délinquance que nous pouvons envisager la stabilisation territoriale de certains effectifs.

C'est parce que nous recevons l'encouragement des chiffres récents que l'adaptation de la présence policière devient possible, dans le strict respect de ses missions centrales : le maintien de la paix publique, l'application des lois, l'interpellation des délinquants.

La police de proximité de 1997 à 2002, c'était l'utopie d'une police à tout faire - un peu de surveillance, un peu d'animation, un peu de conseil, un peu de prévention, un peu d'assistance sociale... autrement dit, rien de très efficace !
Moi, ce que je veux, c'est une véritable police de terrain.
C'est une police qui connaît son territoire et qui en est maîtresse.
Eh bien, cette police, nous allons la mettre en place - avec des mesures de contractualisation ; avec des dispositifs incitatifs ; avec un véritable accompagnement social, pour permettre aux policiers de se loger, eux et leurs familles, dans des zones urbaines où l'immobilier est trop cher.

Mesdames et messieurs,
Nous savons tous que le traitement des problèmes urbains ne relève pas seulement de la sécurité. Le "plan banlieues" qu'annoncera le président de la République le 8 février prochain mettra l'accent sur le désenclavement des quartiers et de leurs habitants. Son volet humain sera également important, avec des mesures fortes en faveur de l'emploi et de la réussite scolaire.
Il faut redonner aux jeunes qui constituent la richesse d'une ville comme Colombes, une véritable chance d'accéder au meilleur de la formation, et à des emplois pérennes.
Entre les jeunes qui sont décidés à s'en sortir et l'Etat, il faut un contrat marqué par un parcours éducatif et professionnel, un parcours qui doit être personnalisé mais qui doit être exigeant.

Voilà, mesdames et messieurs, les convictions que je voulais partager avec vous. La ville de Colombes est, à l'évidence, sur le chemin du progrès. Il y a ici des résultats, des politiques qui donnent plus de sens et de plus de qualité à la vie quotidienne des habitants, il y a des projets autour desquels je vois des énergies converger. C'est toute cette dynamique, chère Nicole, que je suis venu aujourd'hui saluer et encourager.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 30 janvier 2008

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