Interview de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et aux droits de l'homme, à RTL le 8 février 2008, notamment sur la situation politique au Tchad, l'affaire de l'"Arche de Zoé" et la position de la France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et aux droits de l'homme, à RTL le 8 février 2008, notamment sur la situation politique au Tchad, l'affaire de l'"Arche de Zoé" et la position de la France.

Personnalité, fonction : YADE Rama.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et aux droits de l'Homme

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour R. Yade... Les six membres de l'Arche de Zoë ont donc formulé une demande de grâce qui doit être adressée au Président tchadien I. Deby. Ces demandes ont été transmises, hier, à l'Elysée. Le sont-elles ce matin ? Sont-elles en possession du Président tchadien, I. Deby ?
 
R.- Pas encore. Ces demandes ont été effectuées donc, hier, transmises à l'Elysée qui les transmet au ministère des Affaires étrangères. Et aujourd'hui, donc le ministère des Affaires étrangères le transmettra au Président Déby. C'est donc du ministère que cela partira.
 
Q.- Avez-vous une idée du temps que mettra I. Deby à dire ou non, à qui il accorde des grâces dans cette affaire ?
 
R.- Ecoutez, c'est une décision souveraine du Président Deby, une décision qui doit être prise dans le contexte actuel que vous connaissez. Et donc, cette décision lui appartient. Nous verrons bien.
 
Q.- Est-il possible, R. Yade, que le Président Deby grâcie certains des condamnés qui sont aujourd'hui détenus à la prison de Fresnes en France, et qu'il n'en grâcie pas d'autres ?
 
R.- Eh bien, de la même manière qu'on ne sait pas quand est-ce qu'il répondra, parce que cette décision lui appartient, la décision lui appartient aussi, quant à savoir s'il doit moduler la peine en fonction des personnes, ou s'il doit -comment dire- gracier pour l'ensemble de la peine de prison ou les condamnations financières. Toutes ces modalités-là appartiennent souverainement au Président Deby. Et nous, Français, nous ne pouvons pas moduler cette grâce dans un sens ou dans l'autre. C'est vraiment une décision du Président Deby.
 
Q.- Vous dites que c'est une décision souveraine. Cela veut dire que vous n'avez pas de dialogue avec lui sur ce sujet ? Il fait ce qu'il veut, comme il l'entend ?
 
R.- Ecoutez ! La souveraineté de Deby est ce qu'elle est, et donc nous la respectons. Je pense que Deby soit un ami de la France, oui ; qu'il en soit un vassal, non. Et je ne pense pas que... On ne peut plus, aujourd'hui, se permettre d'imaginer comme avant qu'à chaque fois qu'un Président africain doit prendre une décision, la France est derrière pour tirer les ficelles. Cette Afrique-là, monsieur Aphatie, c'est terminé. Et donc la décision appartient au Président Deby et cette souveraineté-là, nous la respectons comme nous avons toujours respecté l'ensemble de la procédure pendant le procès des membres de l'Arche de Zoë.
 
Q.- Vous, R. Yade, quand cette affaire avait éclaté, vous aviez qualifié le comportement des membres de l'Arche de Zoë d'irresponsable, mais aussi d'illégal. Comment verriez-vous éventuellement les membres de cette association sortir aujourd'hui de prison et être définitivement quitte avec la Justice, en tout cas pour la version de leurs actions au Tchad ?
 
R.- C'est l'opération que j'avais qualifiée au nom de tout un Gouvernement, d'illégale et d'irresponsable puisque la présomption d'innocence interdit de porter un jugement sur les personnes, mais rien n'interdisait de qualifier la nature de l'opération. Alors, aujourd'hui, de la même manière qu'à l'époque, enfin il y a quelques semaines, on ne pouvait pas, nous pouvoir politique, commenter la décision de justice, je ne peux pas aujourd'hui non plus vous dire comment je vois l'innocence ou la culpabilité de ces personnes-là. Vraiment c'est la procédure judiciaire qui continue avec le volant de grâces actuelles qui appartient au Président. Je ne peux vraiment pas vous en dire plus.
 
Q.- Le journal La Croix, ce matin, revient sur les événements militaires qui ont eu lieu au Tchad et assure - ce qui n'est pas la version officielle jusqu'à présent du Gouvernement français - je cite La Croix : "Que des troupes spéciales françaises ont pris part aux affrontements, la semaine dernière au côté des soldats qui défendaient le régime tchadien du Président Deby". Avez-vous des informations à ce sujet, R. Yade ?
 
R.- Ecoutez, notre position est la même. C'est la position qui est vraie, à savoir que le seul accord - parce qu'on ne peut agir que parce qu'il y a un accord -, mais le seul accord qui nous lie au Tchad est un accord de coopération technique qui permet, par exemple, une intervention sanitaire, d'apporter des Secours et c'est ce que nous faisons. Nous le faisons pour l'évacuation des Français, par exemple. On en est à 934 personnes dont 515 Français qui ont été évacués depuis le début des événements. Nous portons secours par l'aide humanitaire d'urgence en aidant les ONG qui interviennent sur place. Nous apportons une aide logistique. Mais à aucun moment, nous ne procédons à l'application d'un accord de Défense qui n'existe pas. On est dans un point de vue purement technique. Voilà. Et rien de plus !
 
Q.- Et donc, R. Yade, quand le journal La Croix indique que "des troupes spéciales françaises ont pris part aux affrontements", le journal décrit quelque chose qui, selon vous et selon la ligne officielle, ne s'est pas passée ?
 
R.- Exactement. Exactement. Si vous voulez me faire dire que les soldats français sont intervenus pour chasser les rebelles hors de N'Djamena, je vous réponds que non. Voilà.
 
Q.- Parce que vous le dites, ce matin au micro de RTL, R. Yade, parce que vous en êtes certaine ?
 
R.- Ecoutez, je ne suis pas à N'Djamena ; mais en tout cas, je fais confiance à nos soldats qui ont fait, je vous le rappelle, un travail formidable parce que les militaires français ont vraiment fait preuve d'un grand professionnalisme. Lorsque j'étais à Roissy, il y a deux jours, pour accueillir les Français évacués, je peux vous assurer qu'en parlant avec eux, tous n'ont eu qu'un mot à la bouche : des remerciements vis-à-vis de l'ambassade et du professionnalisme des soldats français. Et j'ajouterai aussi un point que personne ne dit, et il faut bien que quelqu'un le dise.
 
Q.- Eh bien, profitez-en ! Bien sûr.
 
R.- C'est que je veux souligner la gestion vraiment remarquable de la crise par le président de la République. C'est quand même une crise qui s'est passée sans que du côté des Français, il y ait eu un mort, il n'y a pas eu de scandale. Il faut quand même souligner que les méthodes qui avaient eu lieu avant celles liées à la France-Afrique, n'ont pas été appliquées cette fois. La France a eu une position de fermeté quant à la condamnation de ce qui s'est passé. Et puis, elle a été suivie par la Communauté Internationale. Je crois que c'est une gestion exemplaire. Et pourquoi vous ne le dites pas ? Je ne sais pas. En général, quand ça ne va pas, vous le dites ; quand ça va bien, vous ne le dites pas. Il fallait que ça soit dit. Donc, c'est fait, ce matin.
 
Q.- Le "vous" était un vous générique qui était adressé à la presse, j'imagine, R. Yade ?
 
R.- Générique.
 
Q.- Et correspondait-il à la consigne que N. Sarkozy vous aurait donnés à tous, mercredi : "Défendez-moi davantage". Il aurait dit, je cite Le Figaro, mais tous les journaux l'ont dit : "J'écoute, je lis et j'entends tout ce qui se dit à mon propos".
 
R.- Ecoutez, moi je trouve que... Enfin, ce qui me frappe, c'est l'extrême violence des attaques contre le président de la République. Des attaques personnelles, ciblées, que je trouve indignes, infamantes, il faut bien le dire. On a l'impression de voir des charognards qui ont humé l'odeur de leur proie et qui fondent sur lui, qui s'acharnent, parce que moi je trouve que c'est une véritable chasse à l'homme. Il y a des choses qui se passent qui ne sont pas normales. Il n'y a de retenue à rien. Il n'y a plus de morale. Et personne ne recule devant aucune bassesse, devant aucun scrupule. Personne n'a rien appris, tout oublié du choix démocratique des Français. Et moi, je trouve que ces gens qui veulent la peau de N. Sarkozy, sont des gens qui veulent leur revanche parce qu'ils n'ont pas accepté qu'il préside aux destinées de ce pays. Et je crois que ça c'est totalement injuste. Et de grâce ! un peu de dignité ! puisque le mot grâce est à l'honneur, ce matin. Un peu de dignité ; et j'ai envie de dire qu'il faut arrêter d'attenter à l'honneur d'un homme en le ciblant personnellement, tous les jours, au quotidien, par des attaques basses et infâmantes parce ce qui lui arrive aujourd'hui, ce qu'on lui fait subir aujourd'hui, on ne l'a pas fait subir à aucun autre Président, même personnalités politiques depuis très longtemps.
 
Q.- Je vous ai laissé parler, R. Yade. Mais "charognards", "vouloir la peau de quelqu'un", ce sont des mots très violents, peut-être même feront-ils polémique.
 
R.- Non. Le but n'est pas de faire polémique.
 
Q.- Ils le feront. Les mots ont été prononcés, R. Yade, ils feront polémique.
 
R.- Exactement. Mais on est tombé très, très bas.
 
Q.- Qui sont les charognards ?
 
R.- Ecoutez, moi... Pareil, vous le disiez ! On lit. On entend. C'est quand même tombé très bas. Où est la morale ?
 
Q.- Qui sont les charognards, R. Yade ?
 
R.- Regardez ce qui est écrit. Regardez ceux qui commentent. Vous ne les ignorez pas.
 
Q.- Ce sont eux les charognards ?
 
R.- Je trouve, oui.
 
Q.- Les journalistes ?
 
R.-... Parce qu'il n'y a pas de morale, il n'y a pas de morale ; et je trouve que quand on attaque à ce point, quand on attaque à ce point, l'honneur d'un homme, comme dirait quelqu'un, on va trop loin. Je pense que ce n'est pas seulement parce qu'il est président de la République, mais parce que c'est tout simplement c'est un être humain, et que ces attaques-là vont vraiment trop loin. Critiquons une action politique, si on veut, même si ça peut paraître injuste de temps en temps, mais arrêtons, arrêtons.
 
Q.- De quelles attaques vous parlez ? Enfin, les attaques, je ne sais pas. Ce sont les informations qui concernent la vie privée du chef de l'Etat.
 
R.- Voilà. Celles qui concernent sa vie privée.
 
Q.- Le Gouvernement est en guerre contre la presse aujourd'hui, R. Yade ?
 
R.- Non, le Gouvernement n'est pas en guerre contre la presse. Le Gouvernement respecte la presse. Et moi en tant que secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'Homme, j'ai fait de la liberté d'expression une de mes priorités. La liberté d'expression ne donne pas le droit...
 
Q.- Mais le mot de "charognard" ne va pas tellement avec cette profession de foi.
 
R.- Oui, mais quand vous voyez les messages qui sortent... quand vous voyez que le président de la République en est réduit, aujourd'hui, à porter plainte pour des propos qu'on lui prête, c'est quand même très grave. Et je pense qu'il y a aussi une certaine déontologie, et qu'à la liberté doit correspondre une certaine forme de responsabilité.
 
Q.- R. Yade était l'invitée de RTL ce matin. Et à mon avis, dans la journée, on va en parler de son intervention sur RTL.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 8 février 2008
 

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