Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur les relations de partenariat stratégique entre le Kazakhstan et la France, Astana (Kazakhstan) le 8 février 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur les relations de partenariat stratégique entre le Kazakhstan et la France, Astana (Kazakhstan) le 8 février 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage officiel au Kazakhstan les 7 et 8 février 2008 ; intervention à l'Académie de l'administration publique d'Astana (Kazakhstan) le 8

ti : Mesdames et Messieurs


Je vous remercie de m'avoir invité à m'exprimer devant vous, dans cette Académie de l'administration publique qui symbolise les progrès du Kazakhstan.

Je retrouve aujourd'hui un pays qui m'a beaucoup marqué lorsque je l'ai visité, il y a quelques années. C'était en 1993. J'étais alors ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Et j'accompagnais le président François Mitterrand, venu saluer l'espoir suscité par votre récente indépendance. Je me rappelle avoir eu le sentiment de découvrir un pays attachant, un pays fier, un pays au potentiel exceptionnel. Eh bien, je constate quelques années après, que cette intuition était fondée.

Le Kazakhstan est un pays d'avenir.

La France, qui, actuellement, sous l'autorité du président de la République, Nicolas Sarkozy, se réforme et se modernise, entend nouer des relations de confiance et de travail avec les pays qui seront les nouvelles puissances de demain. Eh bien, le vôtre fait, à l'évidence, partie de ceux là !

La relation entre nos deux pays s'est enrichie ces dernières années : de très nombreux opérateurs français ont développé des activités économiques chez vous, les contacts entre nos ministres se sont multipliés, et nous avons accueilli le président Nazarbaev plusieurs fois en France.

En septembre dernier, à New York, nos deux présidents se sont rencontrés et ils ont décidé que nos relations devaient passer à la vitesse supérieure.

Je suis donc venu avec deux membres de mon Gouvernement, et une vingtaine de dirigeants des plus grandes entreprises françaises.

J'ai inauguré il y a un instant notre nouvelle ambassade à Astana.

J'ai signé aujourd'hui une déclaration sur un partenariat stratégique entre la France et le Kazakhstan.

Et le président Sarkozy viendra lui-même au début de l'année prochaine.

Entre nos deux pays, c'est donc une aventure commune qui s'engage !
Nous voulons multiplier les contacts, les échanges économiques, militaires, culturels, techniques, scientifiques, politiques, administratifs. C'est bien l'objet du partenariat stratégique dont j'ai lancé ce matin les travaux avec le Premier ministre Massimov.

Cette coopération vaste et prometteuse qui doit s'épanouir entre nos deux pays doit être fondée sur la mise en commun de nos atouts respectifs et sur la volonté de progresser ensemble face aux grands défis du monde.

Sur les grands enjeux géostratégiques, nos analyses convergent.

Avec un territoire grand comme cinq fois la France, exceptionnellement doté en ressources énergétiques, le Kazakhstan a vocation à jouer un rôle majeur en Asie centrale.

Un rôle de stabilité, un rôle de pont entre les continents, un rôle de trait d'union entre l'Europe et l'Asie.

Par ses choix comme par sa position géographique, votre pays rejoint l'aspiration des Français à assurer la stabilité internationale en misant sur la diplomatie multipolaire et sur le rôle clé de l'Organisation des Nations Unies.

Trafics de drogue, islamisme radical, stabilisation de l'Afghanistan, prolifération des armes militaires. Sur toutes ces questions, nos deux pays ont des approches communes.

Ils doivent maintenant davantage unir leurs efforts, notamment à l'occasion de la présidence française de l'Union européenne. Le ministre des Affaires étrangères et européennes, Monsieur Kouchner, se rendra au printemps à Astana et fera des propositions dans ce domaine.

Nous le savons, une partie des enjeux géostratégiques est déterminée par la question énergétique.

A cet égard, la politique du Kazakhstan est une politique équilibrée puisqu'elle cherche à diversifier ses voies d'évacuation des hydrocarbures.

Notre voeu est que les partenariats industriels entre nos deux pays se développent avec une vision de long terme, qu'il s'agisse du pétrole, qu'il s'agisse du gaz, qu'il s'agisse de l'industrie pétrochimique ou des infrastructures de transport.

Nous devons jouer à fond la carte de "l'interdépendance positive", cette logique "gagnant-gagnant" qui s'instaure entre des partenaires de confiance.

La gestion des ressources d'hydrocarbures est un défi majeur pour votre pays.

Elle soulève notamment la question de la transition énergétique et de la diversification de l'économie pour éviter la monodépendance et l'économie de rente.

Eh bien, la France souhaite accompagner le Kazakhstan dans sa réponse à ce défi, notamment par le développement de nos échanges économiques.

Nous sommes déjà le cinquième investisseur étranger au Kazakhstan mais nos entreprises souhaitent aller beaucoup plus loin. Et comme je le disais il y a un instant, je suis venu à Astana avec une délégation de plus de 20 dirigeants d'entreprise, dont certaines sont parmi les plus grandes au plan mondial : Areva, Total, Thalès, EADS, Gaz de France ou encore Alstom.

Des investissements importants dans votre pays ont été annoncés ces dernières semaines ou ces derniers mois et confirmés pour beaucoup ce matin, notamment dans le domaine des ciments et de l'hôtellerie.

Réciproquement, je veux vous dire que la France est une économie ouverte aux échanges et aux investissements : elle est d'ailleurs le 3e pays d'accueil des investissements étrangers dans le monde.

Entre nos deux pays, il y a donc de réelles possibilités d'investissements croisés que nous avons le devoir de développer.

Et cela, notamment dans les domaines où nos entreprises sont des leaders mondiaux : l'aviation civile avec Airbus, l'industrie aéronautique et spatiale, l'agroalimentaire, la recherche, les nouvelles technologies, le nucléaire civil.

Il y a aussi des partenariats technologiques à nouer. Dans le domaine des transports ferroviaires, le secrétaire d'Etat aux Transports qui m'accompagne, a signé ce matin avec son homologue un accord pour lancer une coopération.

La recherche et l'innovation sont au coeur de la politique économique de mon Gouvernement. Nous développons actuellement des instruments très efficaces - les pôles de compétitivité - qui favorisent le travail commun entre les scientifiques et les entreprises.

Je pense que nous pouvons certainement nous inspirer de cette formule, comme je l'ai proposé au président Nazarbaev, pour créer des technopôles avec le Kazakhstan. J'ai demande au secrétaire d'Etat chargé des Entreprises et du Commerce extérieur, qui va revenir au Kazakhstan au mois de mai prochain, pour la commission mixte économique, de présenter notre système de pôles de compétitivité.

Je veux dire un mot sur le nucléaire civil, ce domaine dans lequel la France a une expertise qui est mondialement reconnue depuis qu'elle a choisi, il y a presque 40 ans, d'en faire sa principale source d'énergie, puisque chez nous 80 % de l'énergie électrique est produite à partir des centrales nucléaires. A l'indépendance, le Kazakhstan a fait le choix, profondément respectable, d'abandonner le nucléaire militaire.

Cette décision confère aujourd'hui à votre pays une véritable autorité morale sur la scène internationale qui doit être mise en valeur.

Il faut que votre exemple inspire les pays qui s'aventurent aujourd'hui dans des activités dangereuses. Je pense évidemment en particulier à l'Iran.

De notre côté, nous menons de pair une politique active de non-prolifération et en même temps de coopération en matière de nucléaire civil.

Sur ce sujet, comme pour toutes les questions qui structurent la mondialisation, il est indispensable que les grands pays émergents comme le vôtre puissent maintenant jouer tout le rôle qui leur revient.

Cela vaut en particulier pour le grand projet scientifique ITER, ce projet autour de l'énergie de la fusion, pour lequel nous encourageons une participation du Kazakhstan.

C'est aussi vrai en matière de gouvernance économique. Le monde se transforme et l'économie des nations émergentes y occupe une part croissante.

Parmi ces économies émergentes, il y a, bien entendu, celle du Kazakhstan, qui est sans aucun doute le pays le plus prometteur de l'Asie centrale.

Le Kazakhstan est candidat à l'Organisation Mondiale du Commerce, avec le soutien de la France. Le Kazakhstan doit prendre toute sa place dans les institutions internationales multilatérales.

La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, qui ont été conçus il y a un demi-siècle, doivent mieux représenter les grands pays émergents. La France milite dans ce sens. Et, parallèlement, nous souhaitons que ces pays doivent assument toutes leurs responsabilités et tous les devoirs qui découlent de leur importance croissante.

C'est notamment vrai dans la lutte contre le réchauffement climatique, qui est une exigence vitale pour l'humanité tout entière.

Après la conférence des Nations Unies à Bali, en décembre dernier, les pays développés devront prendre des engagements contraignants. La France et l'Europe ont décidé d'assumer tous ces engagements contraignants. Mais les grands pays émergents devront aussi - sur une base naturellement différenciée - apporter leur contribution à cet effort international pour préserver notre planète. Pour réconcilier le progrès économique et le développement durable, nous aurons besoin de l'engagement et de l'influence de pays comme le vôtre.


Mesdames et Messieurs,

Depuis la Révolution française, il y a deux siècles, la démocratie et la reconnaissance des droits individuels figurent au coeur de notre histoire et de notre identité. Et depuis longtemps, la France se fait l'interprète des nations qui croient à leur indépendance.

Mieux que quiconque, vous connaissez le prix de cette indépendance, L'Etat de droit, le respect des droits de l'Homme, le pluralisme, le respect de la société civile ne sont pas seulement de nobles idéaux abstraits, ce sont en réalité des facteurs d'épanouissement, de stabilité et de prospérité.

Je sais qu'ici la capacité à vivre ensemble n'est pas un vain mot.

Elle est même le ciment indispensable à la cohésion de votre nation, cette nation qui se veut un modèle en matière de dialogue des cultures et des religions. Cet idéal qui s'est notamment traduit par l'organisation de deux congrès sur "les religions mondiales et traditionnelles", et par l'édification de votre "Pyramide de la Paix ", je veux vous dire que, nous, Français, y sommes extrêmement sensibles.

En 2010, le Kazakhstan présidera l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. C'est une responsabilité majeure. Les regards seront tournés vers vous. Vous serez le premier Etat de la Communauté des États indépendants à assumer cette charge. La capacité du Kazakhstan à devenir le modèle qu'il veut être en matière de droit et de bonne gouvernance constituera donc un exemple pour toute l'Asie centrale tout entière.

Je veux vous dire que dans la perspective de cette présidence, la France se propose de développer toutes les coopérations administratives entre nos pays.

Nous avons une expérience parfois vieille de plusieurs siècles en matière de droit public, de droit constitutionnel, de juridiction administrative, de contrôle des finances publiques, de droit pénal, d'organisation des services publics, de diplomatie, de système éducatif, de douanes, de protection sociale. Eh bien, cette expérience, nous vous proposons de la partager avec nous.

Le lieu même où nous nous trouvons, cette Académie fondée il y a plus de 10 ans, en partenariat avec notre Ecole nationale d'administration, illustre toutes les possibilités que recèlent de nouvelles coopérations entre nous.

Je souhaite notamment que nous développions les échanges d'étudiants. J'ai indiqué ce matin que dans cet esprit nous allions doubler le nombre des bourses qui sont offertes aux étudiants kazakhs, parce qu'elles améliorent la connaissance et l'intérêt mutuel entre nos deux grandes nations.


Mesdames et messieurs,

Je ne suis pas, en venant vers vous, seulement le porte-parole de mon pays. Je suis aussi, l'interprète de l'Europe.

La construction européenne constitue un processus unique dans l'histoire humaine.

Elle a mis fin à 1 000 ans de guerres entre nos peuples. Librement et fraternellement, nos Etats se sont unis pour créer un espace de développement commun.

L'Union européenne, c'est aujourd'hui 27 Etats membres, 490 millions d'habitants, c'est le premier exportateur mondial, avec un PIB supérieur à celui des États-Unis, et une monnaie qui est désormais une référence mondiale.

L'Union européenne est donc aujourd'hui un acteur majeur de la mondialisation. Et dans cet esprit, j'estime que le Kazakhstan a vocation à être un partenaire de premier plan de l'Union européenne.

L'Europe a déjà engagé un dialogue très nourri avec l'Asie centrale - et particulièrement avec votre pays -, notamment en matière de politique stratégique, de sécurité énergétique, et de coopération industrielle. Il faut poursuivre cet effort. Et comme vous le savez, à partir du 1er juillet 2008, c'est la France qui aura le privilège pendant six mois de diriger l'Union européenne. Nous souhaitons que cette présidence nous permette d'accélérer le rapprochement entre l'Asie centrale et l'Europe.

Avec nos partenaires européens, avec le représentant spécial de l'Europe pour le dialogue stratégique avec l'Asie centrale - qui est un Français -, nous souhaitons développer nos coopérations en matière d'infrastructures de transport d'énergie.

Nous entendons engager des travaux sur les questions de sécurité qui se posent à votre région et qui peuvent nous concerner également. Nous voulons développer les partenariats de gouvernance administrative, nous voulons encourager les échanges d'étudiants. Bref, nous voulons avancer sur tous les sujets dont je vous ai parlés, en les démultipliant au niveau européen.


Mesdames et Messieurs,

Je vois aujourd'hui le Kazakhstan pleinement engagé dans la modernité.

Je le vois prêt à jouer tout le rôle que ses atouts lui confèrent.

La force de son histoire et la vigueur de son potentiel lui ouvrent les portes de l'avenir.

Eh bien, par ma présence, qui est, je crois, la première d'un chef du Gouvernement français au Kazakhstan, je veux vous indiquer que la France est disposée à contribuer de toutes ses forces à cette vaste et belle entreprise.


Je vous remercie.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 13 février 2008

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