Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, dans "Le Journal du dimanche" le 10 février 2008, sur le climat politique au sein de la majorité, la popularité du chef de l'Etat et les propositions du rapport Attali. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, dans "Le Journal du dimanche" le 10 février 2008, sur le climat politique au sein de la majorité, la popularité du chef de l'Etat et les propositions du rapport Attali.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : Q - Les élus de la majorité se montrent déçus et sévères vis-à-vis de Nicolas Sarkozy.

R - N'exagérons rien ! Les députés n'oublient pas qu'ils ont été élus en juin dernier avec lui et sur son programme. Mais ils veulent être respectés sur la forme, entendus sur le fond et mieux associés aux décisions. Aujourd'hui, des impatiences se font sentir sur le terrain. Les parlementaires s'en font l'écho, c'est naturel. En tant que président de groupe, je suis garant de la totale liberté de parole des députés.

Q - Comprenez-vous ces frustrations ?

R - Je les entends, bien sûr. Je reconnais que le climat est difficile. Il y a des incompréhensions, des agacements, des tensions, d'accord ! Mais pas question de se regarder mourir ! A nous d'être pugnaces. Si beaucoup reste encore à faire, c'est une évidence, beaucoup a déjà été fait. Le défaitisme ambiant m'insupporte au moins autant que les aquabonistes que j'entends ici ou là. Je refuse de m'avouer vaincu avant même d'avoir engagé la bataille. Nous devons défendre notre bilan. Si ce n'est pas nous qui le faisons, qui le fera ?

Q - Le rapport Attali a, visiblement, été la goutte d'eau...

R - Ce rapport est truffé de propositions originales et audacieuses. Il a été plombé par la communication désastreuse qu'en a faite Jacques Attali lui-même. Par son jusqu'au-boutisme, qui consistait à dire c'est "tout ou rien", par ses déclarations méprisantes sur la "république des imbéciles", il a braqué contre lui une bonne partie de la majorité et bloqué le jeu. C'est dommage. Pour éviter que ce rapport ne soit enterré, ce qui serait regrettable, nous allons nous en saisir directement. J'ai installé mercredi dernier quatre ateliers qui se mettront au travail dès le lendemain des municipales. Les 315 propositions du rapport Attali vont être passées au crible. Certaines seront améliorées. D'autres seront écartées.

Q - Lesquelles ?

R - La proposition de mise sous condition de ressources des allocations familiales me semble totalement inacceptable. En revanche, nous reviendrons sur les propositions qui concernent les professions réglementées ou la flexibilité du travail dont je salue au passage l'inspiration très libérale. J'en suis d'autant plus heureux qu'elles viennent d'un homme de gauche qui n'hésite pas à se démarquer de la ligne ultraringarde du Parti socialiste !

Q - Les propositions concernant les taxis seront-elles reprises, alors que l'Elysée semble vouloir les abandonner ?

R - Les choses ont été présentées d'une façon absurde dans une ambiance quasi révolutionnaire, version 1793 ! Il ne s'agit pas de mettre au bout des fourches la tête de certaines professions afin de les désigner à la vindicte populaire comme ce fut le cas pour la profession de taxis qui a été stigmatisée et caricaturée. Nous ferons de nouvelles propositions à partir de la seconde quinzaine d'avril. Les députés entendent contribuer à la réforme. D'autant que, in fine, tout passera par le Parlement ! J'aimerais que personne ne l'oublie...

- Le décrochage dans les sondages du chef de l'Etat est antérieur au rapport Attali. L'étalage de sa vie privée passe mal dans l'opinion publique.

R - Le Président a le droit au respect de sa vie privée. Et tout ce que je lis en ce moment me donne la nausée. Quant à l'affaire du pseudo-SMS, c'est vraiment le coup de trop !

Q - Nicolas Sarkozy se plaint d'être mal traité par la presse. Mais n'est-ce pas lui qui a médiatisé, à outrance, sa vie privée ?

R - L'heure n'est plus à "qui a tort qui a raison". Il est temps d'appeler au cessez-le-feu.

Q - La méthode du chef de l'Etat, entre annonces et reculs, est jugée brouillonne...

R - Quand on est trop ferme, on nous accuse d'être rigide, quand on est souple, on nous accuse de reculer. Je confirme, gouverner est un art difficile !

Q - Les Français se préoccupent de leur pouvoir d'achat.

R - Une inquiétude compréhensible. Ce qui a été fait pour les heures supplémentaires ou le rachat des RTT n'a pas encore donné tous ses effets. La règle d'or veut que c'est en travaillant plus qu'on améliore son pouvoir d'achat. Nicolas Sarkozy n'a pas dit autre chose pendant la campagne présidentielle, même si certains ont un peu vite oublié le "travailler plus" !

Q - Nicolas Sarkozy laisse entendre qu'il y aura un remaniement après les municipales.

R - Il faudra tirer toutes les leçons du scrutin au soir du second tour.

Q - Le "Plan banlieues" présenté vendredi semble avoir fait pschitt ?

R - Nicolas Sarkozy a eu la sagesse de ne pas casser ce qui a déjà été fait, notamment en ce qui concerne les crédits qui permettent, comme cela a été le cas à Meaux, de démolir les tours pour reconstruire à taille humaine. Maintenant, tout sera dans l'art de l'exécution. Il faut aller vite. Dans les deux mois qui viennent, les préfets doivent être en mesure d'appliquer les premières décisions.


Source http://www.ump.assemblee-nationale.fr, le 13 février 2008

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