Déclaration de M. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur les défis écologiques de la planète, à Paris le 12 février 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur les défis écologiques de la planète, à Paris le 12 février 2008.

Personnalité, fonction : JOUYET Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires européennes

Circonstances : Lancement de l'année internationale de la planète terre, à Paris le 12 février 2008

ti : Monsieur le Directeur général,
Messieurs les Présidents,
Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,


C'est un hasard, mais un heureux hasard, qui me permet d'être aujourd'hui des vôtres : sans le déplacement du président de la République et de la ministre de l'Enseignement supérieur en Guyane, ce n'est pas à moi que serait revenu l'honneur, aujourd'hui, de participer au lancement mondial de la première année internationale de la planète Terre, proposée par les géosciences et l'Unesco, et proclamée par les Nations unies le 22 décembre 2005.

Cette première année internationale de la planète terre est le résultat d'une prise de conscience collective des limites de notre planète dont les ressources s'épuisent progressivement. Une planète anémiée et éreintée, si vous me permettez cette expression, par une population de 6 milliards et demi d'individus, de bientôt 9 milliards.

Cette prise de conscience, désormais largement partagée, y compris par nos plus hautes autorités politiques, résulte du travail des scientifiques et des spécialistes de la terre. Ils ont découvert, initié, étudié et annoncé, dans toutes leurs dimensions, les problèmes écologiques auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés.

Raréfaction des ressources minérales, disparition à terme des énergies fossiles, appauvrissement des sols pour l'agriculture, qualité des eaux, stockage des déchets, risques liés à un aménagement incontrôlé des territoires, autant de sujets que nous ne pouvons plus ignorer dans la perspective d'un développement durable et acceptable de notre environnement et de nos sociétés.

Il faut faire de la résolution des problèmes écologiques le moteur d'une croissance nouvelle, du développement des pays du tiers-monde et de la réduction des inégalités.


Une année internationale, c'est d'abord un projet à faire vivre ensemble. Plus de 60 pays se sont déjà engagés. Quelle plus belle illustration de la force de cette prise de conscience dont je parlais à l'instant et de son effet démultiplicateur, grâce à la communauté scientifique.

Vous me permettrez de relever que l'ensemble des Etats européens, sans exception, s'est mobilisé, et vous comprendrez aisément que ce ralliement de toute l'Europe à cette cause me touche tout particulièrement.


Une année internationale, pour quoi faire ? Avant tout pour expliquer à la communauté mondiale les défis qu'elle doit relever. Il s'agit d'en expliquer la portée scientifique et de permettre aux autorités publiques d'en tirer les conséquences en termes d'actions politiques.

La place donnée aux scientifiques pour permettre une décision collective informée mérite d'être renforcée. C'est ce que la France a initié dans l'exercice du Grenelle, nourri par les éclairages des scientifiques, et ce que fait l'Europe, en recourant le plus possible aux experts afin de préparer la décision publique.

Il est évident que les géologues, les géophysiciens, les géochimistes, qui étudient la Terre et les bouleversements qui ont ponctué son histoire depuis plus de quatre milliards d'années, doivent jouer un rôle central.

C'est pour cette raison que la France, attachée à l'inscription sociale et culturelle des initiatives mises en place pour cette année mondiale, a décidé de dénommer cette année internationale comme celle des "géosciences au service de l'humanité".


La Terre est soumise à deux contraintes que nous ne pouvons pas esquiver, quoi qu'en disent les plus optimistes.

L'une tient à la croissance démographique. Nous sommes 6,5 milliards aujourd'hui, nous serons 9 milliards en 2050 au vu des projections actuelles, soit 3 milliards d'individus de plus. Ils devront s'alimenter, consommer des ressources géologiques, produire de l'énergie. Ils engendreront une occupation accrue des sols et généreront des pollutions.

La seconde contrainte résulte du changement climatique : aux variations cycliques naturelles de la température de la Terre, souvent très sensibles, s'est ajouté le rôle des gaz à effet de serre produits en abondance par l'activité humaine depuis la révolution industrielle. Je veux ici rappeler l'urgence d'agir collectivement pour lutter contre le réchauffement climatique. Il faut, là aussi, compte tenu de sa responsabilité et de ses valeurs, que l'Europe soit exemplaire dans ce combat. Elle ne peut toutefois agir seule. Si nos vingt-six partenaires de l'Union européenne se retrouvent dans ce mouvement, il importe encore de convaincre les autres économies de se rallier à cette urgente nécessité. Ce sera l'une des priorités de la Présidence française du Conseil de l'Union européenne qui débute le 1er juillet prochain.

Nous attendons beaucoup des chercheurs, et en particulier de ceux qui travaillent dans les géosciences, pour qu'ils contribuent à rendre plus vivable cette terre. Quel peut être le rôle des sciences de la planète dans ce contexte ? Il faut en rester aux fondements de la démarche scientifique des géologues :

- prospecter pour trouver de nouvelles ressources minérales ;

- surveiller les évolutions des milieux naturels ;

- comprendre et anticiper les réactions de la Planète soumises en particulier aux sollicitations de l'Homme ;

- proposer des solutions alternatives en matière de ressources énergétiques et de stockage des déchets de plus en plus nombreux ;

- continuer à être des "lanceurs" d'alertes.

Ils doivent être entendus et écoutés par les décideurs publics.


Cette année internationale doit donc permettre la sensibilisation de nos autorités et de nos populations à l'urgence de savoir, au besoin de connaître pour agir.

Plusieurs séries de rencontres scientifiques permettront tout au long de l'année 2008 de dresser un état des lieux partagé et de faire le point sur les recherches les plus fécondes, dans le domaine notamment de ces géosciences.

Je souhaite également que cette année internationale marque un effort particulier vers la jeunesse du monde. Nous lui devons cet effort de pédagogie car, après tout, nous sommes bien les responsables du monde que nous leur léguerons.

Il faut expliquer, car seule la compréhension des interactions de leurs comportements avec leur environnement les conduira à adopter, par eux-mêmes et durablement, les réflexes que nous avons nous-mêmes tant de mal à faire nôtres.

Je suis convaincu que ce travail de sensibilisation aux disciplines scientifiques, et plus particulièrement aux géosciences, est un investissement en faveur du développement durable. Au-delà, tous les efforts des autorités françaises concourent à ce que nos jeunes s'orientent vers des disciplines scientifiques, en particulier les géosciences.


Avant de conclure, permettez-moi de rappeler l'engagement fort du gouvernement français pour faire du développement une réalité durable. L'Europe, je l'ai déjà évoqué, s'est fixée des objectifs particulièrement ambitieux, en vue de protéger notre environnement. Dans cette matière, nous ne serons crédibles en Europe que si la France est elle-même exemplaire. De la même manière, l'Europe ne pourra convaincre que si elle tient ses propres engagements.


Seule la vérité scientifique permettra d'objectiver les situations et de vaincre méfiances et défiances. Celles-ci avancent parfois derrière une pseudo-vérité scientifique qui vole vite en éclat à l'épreuve de la rigueur intellectuelle de la communauté des chercheurs.

Les enjeux sont tels que nous ne pouvons nous permettre de nous épuiser en arguties. J'ai confiance en votre capacité à travailler ensemble pour poser ce diagnostic partagé, préalable incontournable à la décision publique et à l'action des femmes et des hommes.

Une action qui ne peut être qu'à l'échelle de notre planète, d'où l'importance de cette initiative des Nations unies et de l'Unesco et de la Déclaration de Paris que vous proclamerez à la fin de cette réunion.

Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 février 2008

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