Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, sur son opposition à la révision constitutionnelle pour la ratification du traité de Lisbonne, Paris le 19 février 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, sur son opposition à la révision constitutionnelle pour la ratification du traité de Lisbonne, Paris le 19 février 2008.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte-parole

Circonstances : Meeting organisé pour "un référendum sur le traité européen, dit traité de Lisbonne" à Paris le 2 février 2008

ti : Chers Amis, chers Camarades,


Je partage, bien sûr, l'indignation de toutes celles et de tous ceux qui sont intervenus avant moi. Je dénonce, moi aussi, le déni de démocratie qui consiste à faire revoter par le Parlement ce traité européen qui n'est qu'une reformulation à peine modifiée du projet de traité constitutionnel, rejeté lors du référendum en 2005.

C'est tout à fait dans la logique du comportement de ce gouvernement. Ce gouvernement est cyniquement au service de la minorité privilégiée de ce pays et, dans toutes prétendues réformes, foule aux pieds les intérêts des classes populaires. C'est de plus un gouvernement particulièrement réactionnaire jusques y compris dans ses méthodes.

Le déni de démocratie pour imposer le traité constitutionnel est présent dans le traité constitutionnel lui-même. Le problème sous-jacent au projet de Constitution et qui reste au centre des préoccupations ayant guidé la rédaction du nouveau traité européen, est de retirer une grande partie du pouvoir de décision aux pays nouvellement intégrés dans l'Union européenne, en supprimant l'obligation de prendre les décisions à l'unanimité.

Derrière le calcul compliqué de la répartition, il s'agit d'imposer la prépondérance des grandes puissances d'Europe occidentale ou, du moins, leur possibilité de veto contre les pays plus pauvres de l'Est (ou du Sud) de l'Europe.

Et, au-delà de ce problème précis qui a motivé ce traité, il est réactionnaire, comme tous les autres traités qui ont jalonné la mise en place des institutions européennes. Il concerne les échanges de capitaux et les échanges commerciaux, voire l'armement de l'Europe, et pas du tout le bien-être et l'avenir des Européens.

Pour ma part, je suis, avec mes camarades de Lutte Ouvrière, pour une Europe unie et sans frontière, avec une citoyenneté et un passeport uniques, une Europe où tous les citoyens puissent circuler librement et s'établir librement et qui cherche à réduire les inégalités sociales à l'intérieur de chaque pays, comme de pays à pays, de région à région, au lieu d'être simplement une chasse gardée pour les grands groupes capitalistes.

Pour que l'Europe soit plus sociale que l'est celle du grand capital, qu'incarnent les institutions européennes, il faudrait accroître la protection sociale, privilégier les services publics et limiter les capacités de nuisance des groupes capitalistes privés.

Ce que révèle le scandale de la Société Générale, ce jeu de roulette financière où peuvent partir en fumée des milliards d'euros qu'on fera inévitablement payer aux classes populaires, n'est évidemment pas dû aux institutions européennes. Mais comment des entreprises privées, aussi peu responsables vis-à-vis de la société, aussi peu contrôlées, pourraient-elles contribuer à la construction d'une « Europe sociale » ?

Pour empêcher les grandes entreprises d'investir en fonction de leurs profits à court terme, de délocaliser au gré des intérêts privés de leurs actionnaires, d'aggraver le chômage et les inégalités à l'intérieur de chaque pays et entre pays, il faudrait soumettre les entreprises industrielles, commerciales et bancaires au contrôle démocratique de la population.


Alors, c'est dire que nous rejetons absolument le traité dit de Lisbonne, qui nous est présenté.

Je sais bien que toutes celles et tous ceux qui sont ici ne partagent pas forcément la même vision de l'Europe future. Mais tous sont d'accord pour rejeter les méthodes anti-démocratiques du gouvernement et pour exiger que le traité européen soit soumis au vote par référendum.

Les députés et les sénateurs peuvent contraindre le gouvernement à procéder à ce nouveau référendum si deux cinquièmes d'entre eux votent, le 4 février, contre la révision de la Constitution. Je considère donc qu'il est du devoir de tous ceux qui n'acceptent pas d'être considérés comme des paillassons par le gouvernement de refuser la modification constitutionnelle, afin d'obliger le gouvernement à organiser un référendum !


Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 21 février 2008

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